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PHYSIQUE
QUANTIQUE CORPUSCULAIRE | PHYSIQUE
QUANTIQUE ONDULATOIRE
PHYSIQUE QUANTIQUE RELATIVISTE | PHYSIQUE
NUCLÉAIRE
PHYSIQUE QUANTIQUE
DES CHAMPS | PHYSIQUE
DES PARTICULES ÉLÉMENTAIRES
| 43.
PHYSIQUE QUANTIQUE RELATIVISTE |
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de ce chapitre:
09.03.2010 23:30
Version: 2.1 Revision 1
LISTE DES SUJETS TRAITÉS SUR CETTE PAGE
Le lecteur attentif aura noté que
la mécanique quantique (physique quantique ondulatoire)
est une théorie non relativiste : elle n'incorpore pas
les principes de la relativité restreinte d'Einstein (cf.
chapitre de Relativité Restreinte). Nous allons
donc nous efforcer à combler ce manque.
ÉQUATION
D'ÉVOLUTION RELATIVISTE DE SCHRÖDINGER
La physique des particules
ne peut être correctement et totalement décrite dans le
cadre de la mécanique
quantique. Comme les énergies sont généralement supérieures
aux masses des particules, il est nécessaire, en plus, de travailler
dans le contexte de la théorie de la relativité restreinte.
Voyons comment inclure celle-ci par une première approche
basique.
L'énergie-impulsion
d'une particule libre de masse m,
satisfait comme nous l'avons vu dans le chapitre de Relativité Restreinte à l'équation:
(43.1)
Nous cherchons à quantifier
cette équation. Pour cela, nous allons revenir à des relations
que nous avons démontrées lors de l'étude des opérateurs linéaires
fonctionnels et de l'équation évolutive de Schrödinger.
Rappelons que la
quantité de mouvement est décrite par la relation (utilisant
l'opérateur de divergence) :
(43.2)
et l'énergie totale
par:
(43.3)
Ces deux relations ayant été démontrées
dans le chapitre de Physique Quantique Ondulatoire!
Les substitutions
des deux relations précédentes appliquées à la relation et
multipliée par l'équation d'onde (cf.
chapitre de Physique Quantique Ondulatoire) des deux
côtés
de l'égalité conduisent
au développement :
(43.4)
En utilisant le d'alembertien (cf. chapitre
d'Électrodynamique),
nous pouvons écrire cette dernière relation sous
la forme condensée finale suivante appelée "équation
d'évolution relativiste de Schrödinger" ou plus fréquemment "équation
de Klein-Gordon libre" (en l'absence de champ
magnétique!) :
(43.5)
Remarque: En physique des particules élémentaires,
cette équation est nommée "équation
relativiste covariante des bosons".
L'équation de Klein-Gordon libre est aussi souvent donnée sous
la forme suivante (plus esthétique) :
(43.6)
Il est important
de remarquer que l'équation de Klein-Gordon fait intervenir
des scalaires et caractérise donc des particules de
spin zéro.
Remarques:
R1. Nous pouvons
vérifier que les ondes planes de la forme:
(43.7)
sont des solutions
de l'équation de Klein-Gordon libre (nous y reviendrons plus en détail
dans le chapitre de Physique Des Particules Élémentaires).
R2. Nous reviendrons
lors de notre étude de l'équation de Dirac et du spin des fermions
sur l'équation de Klein-Gordon libre (afin de la généraliser).
ANTI-MATIÈRE
Lors de la démonstration
de l'équation de Klein-Gordon libre, nous
avons laissé exprès de côté un cas très intéressant du développement
que nous avons effectué.
Peut-être ne l'avez
vous pas remarqué, mais l'équation peut
prendre deux valeurs pour une impulsion donnée:
(43.8)
l'une positive
et l'autre négative. La valeur de l'énergie, pourrait donc
prendre toutes les valeurs de 
Jusqu'ici, nous avions
implicitement admis en mécanique classique que les solutions
négatives n'étaient pas physiques et devaient donc simplement êtres écartées.
Cela ne peut se faire en théorie des champs quantifiés sans
conduire à des incohérences graves. Plutôt que d'ignorer ces
solutions d'énergie négative, il convient de leur trouver une
interprétation physique.
Nous observons d'abord,
que toutes les énergies négatives sont autorisées par la relation
précédente (aussi bien que pour l'énergie positive). Nous disons
que les états d'énergie négative sont tous occupés mais non
observables; les électrons sont dits "électrons
virtuels".
Imaginons un paquet
d'onde constitué par une superposition d'ondes planes sur un
intervalle étroit en impulsion. Ce paquet se déplace dans l'espace.
Dans le cas unidimensionnel, il se propage à la vitesse:
(43.9)
Démonstration:
En nous nous basons toujours sur l'hypothèse que le champ de
potentiel est nul, nous avons donc:
(43.10)
et:
(43.11)
donc démonstration
effectuée que:
(43.12)
Considérons
d'abord une particule d'énergie positive .
Sa position en fonction du temps est donné par:
(43.13)
Une particule
d'énergie négative se
déplace selon:
(43.14)
En d'autres termes,
et ce sera notre première conclusion, nous pouvons dire qu'une
particule d'énergie négative est équivalente à une
particule d'énergie positive se
déplaçant à l'envers dans le temps et ceci est ce que nous
nommons une "antiparticule".
Il nous reste maintenant à voir quelle
est l'interprétation d'une particule se déplaçant à l'envers
dans le temps :
Pour simplifier,
nous considérons une particule non relativiste de charge électrique
(-q) plongée dans un champ électrique et
magnétique statiques.
Elle satisfait à l'équation du mouvement:
(43.15)
Nous avons étudié dans
le chapitre d'Électrodynamique que les champs et pouvaient être
construits à partir du quadripotentiel .
Donc nous pouvons récrire l'équation précédente à partir
des deux relations déterminées en électromagnétisme:
et
(43.16)
Cependant, il est
toujours possible d'imposer la jauge suivante (nous laissons
le soin au lecteur de faire la vérification en utilisant exactement
la même méthodologie que celle utilisée en dans le chapitre
d'Électrodynamique):
(43.17)
L'équation du mouvement
devient:
(43.18)
ou encore:
(43.19)
Comparant les deux
dernières équations nous arrivons à notre seconde
conclusion: une particule de charge q se déplaçant à l'envers
dans le temps obéit aux mêmes équations du mouvement
qu'une particule de charge opposée -q se
déplaçant
vers l'avant dans le temps. L'interprétation physique
de la deuxième particule est évidente.
La physique quantique
relativiste implique donc l'existence d'antiparticules, qui
sont effectivement observées.
Tout cela pour en
arriver où exactement?
- Premièrement, la
découverte théorique de l'antimatière permet d'avoir une possible
explication de l'existence de l'Univers qui violait précédemment
le principe de conservation de l'énergie. La théorie que nous
venons de voir, prédit donc que l'Univers devrait contenir
autant de matière que d'anti-matière. Les scientifiques sont également à la
recherche de la présence de cette antimatière.
- Deuxièmement, si
nous considérons dans le vide un photon d'énergie ,
il est capable de porter un électron virtuel vers un état d'énergie
positive, où il devient réel. Il apparaît alors une lacune,
ou un "trou" dans la région des énergies négatives.
D'après le principe de la conservation de la charge, on voit
apparaître un électron positif, ou positon, particule antimatérielle
symétrique de l'électron.
Ainsi, le
photon se matérialise sous la forme d'une paire ,
avec:
(43.20)
Remarque: Certains résultats expérimentaux semblent montrer
que les antiparticules ne sont pas les parfaits miroirs des particules
que nous connaissons. Effectivement, la symétrie droite/gauche
et temporelle ne semble pas être respectée (il y a brisure
de symétrie). Nous n'avons encore rien rédigé à ce sujet sur
le présent site mais nous le ferons dès que nous le pourrons.
ÉQUATION
DE KLEIN-GORDON GÉNÉRALISÉE
L'équation de Klein-Gordon
libre que nous avons initialement présentée plus
haut ne prend
pas en compte l'influence du champ magnétique sur l'observation
du dédoublement des raies du spectre des atomes (constat
expérimental). C'est pour cette raison que Klein et Gordon
intégrèrent
dans leur équation le champ magnétique. Cependant,
ils le firent sans prendre en compte le spin de l'électron.
C'est seulement après leur travail que Pauli développa
son
équation (dite "équation de Pauli") qui amena ensuite
à l'équation de Dirac (voir plus loin).
Pour déterminer l'expression de
l'équation de Klein-Gordon d'une particule chargée
dans un champ magnétique et un potentiel électrostatique,
utilisons la puissance du formalise Lagrangien :
L'équation classique du mouvement
admise (cf. chapitre de Mécanique
Analytique), comme valable
aussi en relativité, est donnée nous le savons par
(équation d'Euler-Lagrange) :
(43.21)
Dans le chapitre
de Relativité Restreinte,
nous avons vu que le lagrangien d'une particule libre a pour expression
:
avec
(43.22)
et dans le chapitre d'Électrodynamique
que le lagrangien total était :
(43.23)
Pour des besoins ultérieurs, commençons
par calculer :
(43.24)
Calculons le premier terme :
(43.25)
Comme le potentiel ne dépend pas
de la vitesse, le terme est
nul.
Le potentiel vecteur ne dépend
pas de la vitesse de la particule dès lors :
(43.26)
Il vient dans ce cas:
(43.27)
L'hamiltonien classique s'écrit
(cf. chapitre de Mécanique Analytique)
:
(43.28)
Nous avons donc démontré précédemment
que :
(43.29)
Nous pouvons donc écrire avec
cette relation l'hamiltonien sous la forme :
(43.30)
Le produit scalaire
a pour expression (puisqu'ils sont
colinéaires) :
(43.31)
L'hamiltonien s'écrit
alors :
(43.32)
En travaillant sur les deux premiers
termes :
(43.33)
Or :
(43.34)
Dès lors :
(43.35)
Finalement, nous obtenons (pour un système
conservatif) :
(43.36)
Toujours dans le cas d'une particule
se déplaçant dans un champ électromagnétique,
la relation entre l'énergie et l'impulsion (qui est différente
de la quantité de mouvement par la présence d'un terme
comprenant le potentiel vecteur) se calcule comme suit:
Nous connaissons la relation relativiste
suivante :
(43.37)
Comme :
(43.38)
alors en substituant et en
passant un terme de l'autre côté de l'égalité
la relation précédente devient (nous changeons de
notation pour l'hamiltonien):
(43.39)
Si nous récrivons cette
relation en faisant usage des opérateurs correspondants
(cf. chapitre de Physique Quantique Ondulatoire)
de l'énergie et de la quantité de mouvement (quantification
canonique):
et
(43.40)
Alors finalement nous pouvons
écrire en analogie avec l'équation de Klein-Gordon
libre (en l'absence de champ) "l'équation
de Klein-Gordon généralisée":
(43.41)
Cette équation est celle de Klein-Gordon
qui s'applique à une particule de charge q sans spin se déplaçant dans un champ électromagnétique.
Si
alors la relation précédente s'écrit :
(43.42)
Nous retrouvons donc l'équation
de Klein-Gordon d'une particule libre mais sans spin !
Il serait intéressant
de regarder maintenant l'expression de l'équation de
continuité
(qui exprime rappelons-le : la conservation de l'énergie) avec
la prise en compte du champ magnétique
(parce que au fait elle posera toujours problème... et même
un très
gros). Pour cela, considérons le cas d'une particule libre
se déplaçant avec une quantité de mouvement
et ayant une énergie E.
Nous avons vu que nous pouvions lui associer une onde plane de
la forme :
(43.43)
Soit l'équation
Klein-Gordon libre et son expression en conjugué complexe
(nous travaillons avec les unités naturelles )
(43.44)
Nous multiplions (1) par
et (b) par 
(43.45)
Soit :
(43.46)
Par différence (1)-(2) :
(43.47)
Le calcul des dérivées
par rapport à t des fonctions suivantes :
(43.48)
Par différence (1)-(2)
(43.49)
Ce qui nous donne finalement
:
(43.50)
Soit f un champ scalaire et
et un champ vectoriel. L'analyse vectorielle donne :
(43.51)
Posons :
(43.52)
Dès lors :
(1)
(43.53)
Posons maintenant :
(43.54)
Dès lors :
(2)
(43.55)
Soustrayons (1)-(2) :
(43.56)
Comme :
(43.57)
En changeant les signes :
(43.58)
Cette dernière
relation et :
(43.59)
donnent :
(43.60)
A nouveau, rapprochons cette relation
avec l'équation de continuité :
(43.61)
Rappelons que lors de notre
première étude de l'équation de Klein-Gordon
nous avons vu qu'en mécanique quantique son équivalent
est donné par la même équation mais avec les
significations suivantes :
est la densité de probabilité,
est la densité du flux de particules.
Nous avons donc :
(43.62)
Si la fonction d'onde associée
et sa conjuguée complexe :
(43.63)
Les dérivées par rapport
au temps de ces fonctions
(43.64)
Les gradients se calculent comme suit
:
(43.65)
En reprenant l'expression de la densité
de probabilité et compte tenu de différentielles précédentes,
il vient :
(43.66)
La densité de probabilité
a donc pour expression :
(43.67)
En reprenant l'expression de la densité
de courant et compte tenu de des différentielles, il vient
:
(43.68)
La densité de courant a pour
expression :
(43.69)
En se plaçant dans
la situation des connaissances de l'époque, l'équation
de Klein-Gordon présente
plusieurs pathologies et inconvénients.
- La densité de probabilité
peut devenir négative (puisque comme nous l'avons vu, l'énergie
peut l'être aussi), ce qui est inexplicable. Une telle situation
n'existe pas avec l'équation de Schrödinger.
- L'équation de Klein-Gordon
a l'inconvénient d'être du second ordre en
(l'équation de Schrödinger est elle du premier ordre).
L'évolution temporelle nécessite dont la connaissance
non seulement de mais
également de sa dérivée 
- Si nous appliquions cette équation
à l'atome d'hydrogène, nous ne retrouverions pas les
mêmes niveaux d'énergie en structure fine.
Tout ceci a conduit à l'époque
qui précède les travaux de Dirac, à un rejet
de cette équation qui, de plus, ne tenait pas compte du spin.
ÉQUATION
DE DIRAC LIBRE CLASSIQUE
Jusqu'à présent,
toute particule a été considérée comme
ponctuelle et sans aucune structure ou degré de liberté
interne. Dans cette optique, toute l'information sur l'état
du système à l'instant t est alors réputée entièrement contenue dans
la connaissance de la fonction d'onde .
Une telle description est insuffisante,
comme nous allons le voir. Cette insuffisance provient des preuves
expérimentales démontrant qu'une particule telle
que l'électron possède un moment magnétique
propre, indépendamment de tout mouvement de rotation dans
l'espace autour d'un centre. L'existence de ce moment magnétique
entraîne
à son tour l'existence d'un moment cinétique propre,
ou intrinsèque, qui a été baptisé "spin"
car on croyait au début que ce degré de liberté
était lié à une rotation de la particule sur
elle-même. Ce degré de liberté est "interne"
- bien que l'électron continue à être considéré
comme une particule ponctuelle ; c'est, au même titre que
la charge ou la masse, un attribut intrinsèque, donné
une fois pour toutes. Il s'avère impossible de donner du
spin une image classique! Se représenter l'électron
comme une petite bille de rayon non-nul qui tourne sur elle-même
conduit à des absurdités (par exemple, on trouve
qu'un point situé à la périphérie
de l'électron
a une vitesse très supérieur à
c).
Il reste cependant que le spin d'une particule massique est son
moment cinétique
dans le référentiel où elle est au repos.
L'hypothèse
du spin de l'électron a été formulée
par Uhlenbeck et Goudsmit en 1925 pour rendre compte des atomes
complexes comme nous l'avons vu en physique quantique corpusculaire.
Le spin d'une particule est
toujours demi-entier ou entier, c'est un fait d'expérience.
Le caractère
entier ou demi-entier du spin définit deux grandes de particules,
les bosons (spin entier) et les fermions (spin demi-entier), obéissant
à des statistiques très différentes telles
que celles que nous avons présentées dans le chapitre
de Mécanique Statistique (d'où l'existence d'une
relation appelée "théorème spin-statistique").
Revenons au cas de l'électron.
Les deux valeurs possibles révélées par
une mesure de S (le
que nous avions en physique quantique corpusculaire) sont donc
(cf. chapitre de Physique Quantique Ondulatoire)
associée
aux deux valeurs possibles d'un nombre quantique
lui même associé donc à l'état libre
( )
au moment cinétique :
(43.70)
Donc :
(43.71)
Une description complète de l'état
de l'électron contient donc nécessairement une fonction
d'onde donnant comme d'habitude la densité de probabilité
de présence, mais prenant également en compte le degré
de liberté du spin, d'où la notation .
Si les coordonnées d'espace prennent des valeurs réelles
continues, en revanche la variable de spin est donc essentiellement
discrète.
En maintenant l'interprétation
usuelle, la quantité
est la probabilité de présence autour du point choisi
avec la valeur
pour le spin. La condition de normalisation des probabilités
introduit comme toujours une sommation, qui porte non seulement
sur les degrés orbitaux (sommation continue, c'est-à-dire
intégration) mais également sur les degrés
de spin (sommation discrète) :
(43.72)
exprimant notamment le fait que nous
épuisons toutes les possibilités du spin en sommant
sur les deux valeurs possibles. En tout état de cause,
l'électron
n'a plus une mais deux fonctions d'onde, une pour chaque valeur
de .
La notation précédente
n'est pas forcément la meilleure pour les particules
libres de spin supérieur à 1/2
comme nous l'avons vu lors de notre étude du moment cinétique.
S'agissant d'une variable prenant des valeurs discrètes,
il est tout aussi légitime de mettre en indice et de poser .
Enfin, il est commode d'utiliser une notation matricielle, rangeant
en colonne les différentes fonctions correspondant aux valeurs
possibles de la variable discrète .
Ainsi, pour l'électron, nous admettrons désormais
que toute l'information au sens de la physique quantique ondulatoire
est contenue dans un vecteur-colonne à deux lignes appelé
"spineur" (cf.
chapitre de Calcul Spinoriel) et noté :
ou
(43.73)
Revenons maintenant sur l'équation
de Klein-Gordon libre (plus générale que l'équation
de Schrödinger bien évidemment mais moins que celle
comportant le champ magnétique) :
(43.74)
Cette équation est comme nous
le savons malheureusement incomplète car elle ne contient
aucune information sur le spin de l'électron.
Nous pouvons cependant, pour
tenter de trouver une solution à ce problème,
faire un parallèle
avec le champ électromagnétique. Celui-ci comporte
aussi un spin, résidant dans la polarisation du champ (cf.
chapitre d'Électrodynamique). Cette polarisation
est étroitement
liée à la nature vectorielle du champ électromagnétique
et transparaît dans les équations de Maxwell, qui
sont du premier ordre en dérivées. Cependant en
combinant les équations de Maxwell, nous avons vu dans
le chapitre d'Électrodynamique
que nous pouvions obtenir les équations d'onde :
et
(43.75)
qui sont (coïncidence
très
pertinente!) un cas particulier de l'équation de Klein-Gordon
quand
:
(43.76)
Les équations d'onde recèlent
cependant moins d'informations que les équations de Maxwell
originales : elles ne contiennent explicitement aucune relation
entre les différentes composantes des champs
et ,
comme par exemple le fait que, dans une onde électromagnétique
de vecteur d'onde donné, les champs et sont mutuellement perpendiculaires et tous les deux perpendiculaire
au vecteur d'onde. Pour établir ces contraintes, il faut
retourner aux équations de Maxwell et donc à des équations
avec des dérivées du premier ordre.
Il en est de même pour
les fermions (les électrons en font partie). L'équation
de Klein-Gordon, quoiqu'elle ne soit pas fausse, est incomplète.
Il faut tenter ici d'établir une équation du premier
ordre en dérivées
qui décrive bien le spin 1/2
des électrons des fermions. Cette dernière condition
signifie que cette équation doit donc faire intervenir
les deux composantes d'un spineur (en analogie avec celui que
nous nous déterminé plus haut) :
(43.77)
Nous écrirons alors cette équation
que nous cherchons comme :
(43.78)
où D est une matrice
faisant intervenir des dérivées du premier ordre
(un opérateur différentiel de premier ordre).
Pour donner un exemple avant d'aller
plus loin, regardons comment l'équation de Klein-Gordon peut
s'exprimer sous une telle forme.
Nous avons donc (équation de
Klein-Gordon libre) :
(43.79)
ou (équation de Klein-Gordon
généralisée) :
(43.80)
Ce qui s'écrit aussi pour l'équation
de Klein-Gordon libre :
(43.81)
ou pour l'équation de Klein-Gordon
généralisée :
(43.82)
Restreignons-nous maintenant au cas
de l'équation de Klein-Gordon libre (le raisonnement étant
similaire pour la version généralisée).
La dernière expression de l'équation
de Klein-Gordon libre suggère d'introduire les deux combinaisons
:
(43.83)
d'où résulte :
(43.84)
Dès lors :
peut s'écrire de deux façons
:
(43.85)
Soit, sous forme matricielle :
(43.86)
ou encore :
(43.87)
Ce que nous pouvons écrire:
(43.88)
Donc par rapport à notre idée initiale d'avoir une relation sous
la forme:
(43.89)
nous pouvons faire la similitude avec l'équation antéprécédente:
et (43.90)
où D est bien un matrice .
Mais nous, nous recherchons toujours
(en faisant le parallèle avec les équations de Maxwell)
un système d'équation avec des différentielles
du premier ordre. Dans l'objectif de chercher une forme plus générale
incluant sous forme naturelle le spin, nous allons poser en analogie
avec le résultat ci-dessus :
(43.91)
où A est un scalaire,
un vecteur et
un matrice symétrique
(en lisant la suite vous verrez que poser cela permet de trouver
ce que nous cherchons...).
Rappelons que la multiplication
entre
et
constitue un produit scalaire tel que celui défini dans notre étude
du chapitre de Calcul Spinoriel.
Remarque: Il
faut être très prudent
dans les développements qui vont suivre car les notations traditionnelles
dans le domaine rendent très difficiles les distinctions
entre produit,
produit scalaire, et produit de composantes de vecteurs formant
un vecteur.
Posons (au fait nos prédécesseurs ont fait de nombreux essais
avant de poser cela...):
(43.92)
Ainsi, ,
et
reste (imaginons...) inconnu. Il nous faut également déterminer .
Toujours par analogie avec l'exemple
fait plus haut, tentons de retrouver l'équation d'onde pour
déterminer la constante
:
(43.93)
Pour que nous retrouvions l'équation
d'onde il faut que :
1. 
Effectivement:
(43.94)
2. :
(43.95)
Il y a donc deux possibilités
qui peuvent s'appliquer à des champs différents que
nous noterons .
Nous avons donc une sorte de double spineur tel que :
(43.96)
Ces équations sont appelées
"équations de Weyl".
Il nous faut maintenant généraliser
les équations de Weyl au cas d'un fermion de spin demi-entier
avec masse. Cette nouvelle équation doit respecter les contraintes
suivantes :
C1. Elle doit se réduire aux
équations de Weyl quand la masse tend vers zéro
C2. Elle doit mener à l'équation
de Klein-Gordon libre
C3. Elle doit décrire des particules
possédant un spin
La solution consiste alors à
coupler les deux équations de Weyl par un terme proportionnel
à la masse :
(43.97)
Pour vérifier que les facteurs
ont été correctement choisis, nous appliquons
sur la première équation et nous y substituons la
deuxième. Nous trouvons :
(43.98)
ou encore :
(43.99)
à comparer avec :
(43.100)
Ce qui est bel et bien
l'équation de Klein-Gordon libre (nous démontrons
la même correspondance pour la composante )
et renforce donc la validité des hypothèses et développements faits
jusqu'à maintenant.
Il est usuel de rassembler les deux
spineurs dans un seul spineur (cela devient alors un "bi-spineur")
de quatre composantes (un spineur à quatre composantes dont
deux sont en fait associées aux particules et deux antiparticules
comme nous allons le verrons) :
(43.101)
et de définir les
deux matrices
suivantes (sous une forme dite "forme chirale") :
(43.102)
où
est la matrice unité traditionnelle
définie par :
(43.103)
et:
(43.104)
où les
sont les "matrices de Pauli"
données
par (cf. chapitre de Calcul Spinoriel)
:
(43.105)
qui doivent satisfaire rappelons-le
(démontré plus haut):
(43.106)
Les matrices de Pauli sont donc de bonnes candidates
pour résoudre notre problème!
Remarques:
R1. Comme nous l'avons vu dans le chapitre
de Calcul Spinoriel (section d'Algèbre), n'est
pas vraiment une matrice de Pauli en soi. Cependant, dans certains
ouvrages elle est indiquée comme en étant une (c'est aussi notre
choix ici).
R2. Comme nous l'avons également vu
dans le chapitre de Calcul Spinoriel, rappelons que les matrices
de Pauli représentent implicitement des rotations spatiales infinitésimales
d'un spineur.
Ceci nous permet, enfin, de combiner
les équations :
(43.107)
en une seule (ne pas oublier l'association des opérateurs )
:
(43.108)
en utilisant la notation d'usage en
calcul tensoriel et en choisissant les unités naturelles
nous avons :
(43.109)
ce qui constitue la forme habituelle
de "l'équation de Dirac" ou "équation
relativiste de l'électron" avec la "dérivée
covariante":
(43.110)
Remarque: En physique des particules élémentaires,
la relation antéprécédente est appelée
"équation relativiste covariante
des fermions" car elle décrit les particules
de spin 1/2.
Les matrices
sont appelées "matrices de Dirac".
Sous forme encore plus condensée (en utilisant le "slash
de Feynam") l'équation
de Dirac s'écrit
parfois :
(43.111)
Nous avons ainsi, comme en analogie
avec les équations de Maxwell, des équations différentielles
du premier ordre qui ont comme propriété :
P1. De permettre de retomber sur l'équation
de Klein-Gordon, in extenso sur l'équation d'onde (comme
pour les équations de Maxwell)
P2. De prendre en compte (décrire) explicitement le caractère
spinoriel des fonctions d'onde comme nous allons le voir en nous
penchant de plus près sur les matrices de Pauli.
Remarque: Comme l'équation de Dirac s'applique aux particules
de spin 1/2 elle s'applique aussi aux neutrinos dont la masse
au
repos est nulle (donc la résolution de l'équation
de Dirac se simplifie largement).
Dans le but maintenant d'interpréter
le contenu physique de l'équation de Dirac, nous allons utiliser
une représentation différente des matrices de Pauli.
Nous avons vu que la représentation :
(43.112)
était dite "représentation
Chirale" alors que nous allons utiliser maintenant la "représentation
de Dirac" définie par :
(43.113)
Nous vérifions facilement (algèbre
linéaire élémentaire) que cette représentation
s'obtient par la transformation (n'hésitez pas à nous demander
les détails si vous n'y arrivez pas):
où
(43.114)
Rappelons que est
la matrice adjointe (la conjuguée de la matrice transposée)
de U.
Or, lorsque tous les éléments sont des réels
comme c'est le cas ci-dessus et que la matrice est carré alors
(cf. chapitre d'Algèbre Linéaire)
nous savons que .
Démonstration:
(43.115)
et:
(43.116)
Cherchons maintenant les solutions particulières à
l'équation de Dirac sous la forme :
(43.117)
En substituant dans l'équation
de Dirac et après simplification par
nous trouvons facilement:
(43.118)
Effectivement en unités naturelles:
(43.119)
Avec la représentation de Dirac
nous obtenons après développement (calcul trivial) :
(43.120)
Effectivement:
(43.121)
Pour que cette équation matricielle
ait des solutions non nulles, il faut comme d'habitude que le déterminant
de la matrice soit nul (cf. chapitre d'Algèbre
Linéaire). Nous
vérifions
facilement que :
(43.122)
Ce qui implique (ne pas oublier que nous sommes en unités naturelles!):
(43.123)
Avec la représentation de Chirale nous aurions obtenus:
(43.124)
et nous ne serions pas tombés sur une condition aussi esthétique
et physique pour qu'il y ait des solutions!
La masse étant toujours
positive, l'équation de Dirac comporte donc quatre solutions
linéairement indépendantes, dont deux avec une énergie
positive et
deux avec une énergie négative .
Il s'agit donc bien des antiparticules que nous avions déterminées
lors de notre étude de l'équation de Klein-Gordon
libre mais avec le spin en plus d'où le doublage des solutions
supplémentaires (deux orientations du spin possibles
par particule et par antiparticule). Avec la représentation
Chirale nous ne serions pas retombés sur ce résultat.
D'où la
nécessité de l'utilisation de la représentation
de Dirac des matrices de Pauli.
Nous savons donc qu'il existe des solutions à
l'équation de Dirac. Déterminons maintenant celles-ci.
Posons :
(43.125)
où
sont les deux doubles composantes du spineur. Nous écrivons
ainsi le système d'équations :
(43.126)
ce qui nous donne:
et
(43.127)
Ainsi, nous avons :
(43.128)
Nous savons qu'il existe des solutions et la physique
quantique nous impose que ses solutions soient linéairement
indépendantes. Ainsi, choisissons les solutions pour
comme étant proportionnelles à :
ou
(43.129)
et comme (cf. chapitre de Calcul Spinoriel):
(43.130)
nous avons alors les possibilités suivantes
:
(43.131)
La question est maintenant... devons-nous utiliser
ou
? Eh bien, pour (1) et (2) nous devons utiliser
sinon
devient une singularité pour .
Pour (3) et (4) nous devons utiliser
sinon
devient une singularité pour .
Remarque: Le terme 
est souvent appelé " solution particule" dans
la littérature
et le terme  " solution
antiparticule".
En reprenant
(43.132)
et en notant les spineurs (nous changeons de notation) :
(43.133)
Nous avons finalement en
utilisant (1) et (2) et en notant N( ) la
partie de solution que nous devrions normaliser
les solutions suivantes possible et qui sont indépendantes:
(43.134)
avec
ainsi que :
(43.135)
avec .
Ce qui peut s'abréger :
(43.136)
ÉQUATION
DE DIRAC LIBRE LINÉARISÉE
Nous avons vu tout au début
de notre étude la physique quantique ondulatoire que l'équation
de Schrödinger classique d'évolution était :
(43.137)
soit une équation différentielle
d'un premier ordre par rapport au temps et du second par rapport
aux coordonnées spatiales.
Nous avions ensuite déterminé
l'équation d'évolution relativiste de Schrödinger
(équation de Klein-Gordon libre) donnée par :
(43.138)
Nous remarquons qu'en passant à
une forme relativiste nous avons maintenant une équation
différentielle du second ordre dans le temps et dans l'espace.
Ensuite en passant par l'équation
de Klein-Gordon généralisée contenait également
une équation différentielle du second ordre en temps
et en espace :
(43.139)
et dans l'équation de Dirac
libre, nous obtenons de même une équation différentielle
matricielle de premier ordre en temps et de deuxième ordre
en espace :
(43.140)
Ces changements d'ordre des différentielles
d'un modèle relativiste ou non impose bien sûr dans
le cas d'un premier ordre de connaître les conditions initiales
en temps et en espace de l'équation d'onde, ce qui est
faisable. Cependant, lorsqu'un second ordre apparaît,
il faut alors en plus connaître les conditions initiales
des dérivées
des fonctions d'onde (cf. chapitre de Calcul
Différentiel
Et Intégral). De plus, même si mathématiquement
la rigueur nous a amené naturellement aux différents
ordres obtenus, il est étrange en passant d'un modèle
relativiste que nous changions d'ordre. Pourquoi ? : pour la
simple
raison qu'en approximant les équations relativistes, nous
n'arrivons pas avec le facteur de la constante de Planck à
faire des approximations (développement en série
de
)
qui nous ramèneraient à du premier ordre. Les équations
relativistes et non relativistes sont donc à priori incompatibles
dans les limites non relativistes !
La méthode de Dirac pour résoudre
ce problème aura été la suivante :
Les ordres de l'équation différentielle
de Klein-Gordon venant à la base de la relation (voir les
débuts de nos développements de l'équation
de Klein-Gordon libre) de l'énergie totale en l'absence de
tout champ :
(43.141)
Dirac à donc l'idée
géniale
de linéariser cet hamiltonien en posant :
(43.142)
dont nous devrons déterminer
les paramètres qui
pourront être des scalaires, des vecteurs ou des matrices (attendons
un peu... la réponse viendra).
Ainsi, l'équation d'onde d'évolution
relativiste la plus simple que nous pourrons construire sera :
(43.143)
Sous une forme beaucoup plus commune
dans la littérature :
(43.144)
Comme ici :
(43.145)
nous retrouvons alors au la relation antéprécédente
aussi sous la forme :
(43.146)
Si la quantité de mouvement
venait à être nulle, nous retrouverions ainsi l'énergie
au repos pour l'hamiltonien :
(43.147)
où comme nous allons le voir
plus loin .
La validité de cette linéarisation
devra être vérifiée en retrouvant les résultats
obtenus lors de notre étude précédente de l'équation
de Dirac.
Elevons maintenant l'opérateur
au carré soit :
(43.148)
et posons :
(43.149)
A ce stade, il est important de remarquer
que nous travaillons peut-être avec des opérateurs
(des matrices typiquement) qui pourraient ne pas commuter car les
sont
inconnus. Dès lors, l'élévation au carré
sera effectuée comme suit :
(43.150)
Nous développons ainsi le hamiltonien
de Dirac

(43.151)
En effectuant les produits des termes
entre parenthèses et en respectant l'ordre des opérateurs,
il vient :

(43.152)
En groupant certains termes :

(43.153)
Pour être conforme à nos
hypothèses de linéarisation, nous devons avoir :

(43.154)
Ecrit sous forme de commutateurs, nous
avons les trois conditions suivantes à satisfaire :
(43.155)
Nous observons ce qui suit :
- Le carré de chaque opérateur
et
est égal à 1 (ou à la matrice unitaire s'il s'agit
de matrice...).
-
est un anti-commutateur.
-
est un anti-commutateur.
ces trois relations peuvent se résumer
comme suit :
(43.156)
A ce stade, nous devons rechercher
quels sont les objets mathématiques répondant au
trois conditions ci-dessus. Nous pourrions montrer qu'une matrice
carrée de dimension
2 ou 3 ne répond pas
aux trois conditions et un scalaire encore moins!
Dirac a alors adopté par analogie
aux développements antérieurs, des matrices carrées
de dimension 4 incluant des matrices de Pauli (comme par hasard...)
et a admis pour
une matrice unité (ce choix fait par Dirac est particulier,
il y a d'autres choix possibles).
Donc ce que nous notions "1" avant est au fait une matrice
unitaire carrée de dimension 4!
Les matrices considérées
par Dirac sont donc pour :
(43.157)
Dans lesquelles, nous avons les matrices
de Pauli et la matrice unitaire suivantes:
(43.158)
Ce qui conduit aux matrices
:

(43.159)
On peut vérifier que les conditions
de linéarisation sont vérifiées par les matrices
précédentes :
- Première condition :
(43.160)
De même pour les :
(43.161)
La première condition
est donc bien remplie!
- Deuxième condition (attention aux notations qui dérapent
un peu par tradition entre matrices et scalaires!):
(43.162)
et :
(43.163)
Donc:
(43.164)
la deuxième condition est bien remplie.
- Troisième condition :
(43.165)
La troisième condition
est bien remplie.
En se référant à
l'équation de début écrite avec le formalisme
de Dirac
(43.166)
Avec :
(43.167)
Ce qui donne finalement :
(43.168)
Nous nous retrouvons devant
une fonction d'état possédant 4 composantes dans
laquelle :
et
(43.169)
sont des spineurs et l'ensemble
:
(43.170)
est
donc un "bispineur de Dirac"
et nous notons :
(43.171)
la "fonction
d'état
de Dirac". Le lecteur remarquera que nous retrouvons
les mêmes
concepts que lors de notre étude de l'équation
de Dirac libre non linéarisée.
En développant, il vient :
(1)
(43.172)
Pour un électron libre, nous
savons que la solution est :
(43.173)
Avec le bispineur de Dirac, nous avons
:
(43.174)
avec :
(43.175)
avec
à
sont les composantes du bispineur de Dirac.
Nous noterons :
avec
(2)
(43.176)
En calculant leurs dérivées
par rapport à t:
(3)
(43.177)
Avec (2) et (3) dans (1), il vient
(43.178)
Soit un système d'équations
dont les inconnues sont
:
(4)
(43.179)
Nous aurons des solutions non toutes
nulles si et seulement si le déterminant des coefficients
est nul (pour en connaître les raisons, voir le chapitre
d'Algèbre
Linéaire) et donc une infinité de solutions (pour
les composantes du spineur de Dirac) possibles. Soit :

(43.180)
En simplifiant par c:

(43.181)
La division dans le déterminant
précédent permet le calcul des déterminants
partiels (cf. chapitre d'Algèbre Linéaire)
:

(43.182)
En résolvant le déterminant
précédent, il vient :
(43.183)
D'où la relation suivante :
(43.184)
Les valeurs de l'énergie données
par l'équation de Dirac sont donc :
(43.185)
Soit :
(43.186)
Si nous adoptons pour ,
deux valeurs constantes pour
et ,
nous disposons de deux relations pour calculer
et
soit :
- Avec (4c) :
(43.187)
Soit :
(43.188)
- Avec (4d) :
(43.189)
Soit :
(43.190)
N.B : En adoptant ,
il vient :
(43.191)
En prenant les unités naturelles
:
(43.192)
En adoptant ,
il vient :
(43.193)
En prenant les unités naturelles
:
(43.194)
Si nous adoptons pour ,
deux valeurs constantes pour
nous disposons de deux relations pour calculer
soit :
- Avec (4a) :
(43.195)
Soit :
(43.196)
- Avec (4b) :
(43.197)
Soit :
(43.198)
Notons, qu'en adoptant ,
il vient :
(43.199)
Avec les unités naturelles :
(43.200)
En adoptant ,
il vient :
(43.201)
Soit avec les unités naturelles
:
(43.202)
Bien que la méthode soit différente,
nous retrouvons donc les coefficients des spineurs que nous avions
obtenus dans notre étude de l'équation de Dirac libre
classique. Cela nous rassure donc dans les hypothèses posées
au début de cette linéarisation et valide ces résultats.
De plus, les relations précédentes indiquent aussi
une dégénérescence d'ordre deux de l'énergie
pour chaque valeur de l'impulsion. En l'absence de champ extérieur,
l'électron libre n'est donc pas influencé par l'orientation
de son spin. Nous retrouvons donc les mêmes résultats
que ce soit pour l'équation de Dirac libre classique ou linéarisée.
Cependant, l'explication donnée
par Dirac pour expliquer les énergies positives et négatives
est que son équation s'applique non seulement à l'état
d'une particule à énergie positive (en l'occurrence
l'électron) mais également à l'état
d'une particule à énergie négative (son
antiparticule soit le positron). La valeur absolue de ces
deux énergies
étant strictement égales.
La présence du signe négatif
affectant l'énergie à posé problème
à l'époque pour son interprétation (dans le
cadre où nous omettons la variable du temps puisque nous
avions vu lors de l'étude de l'équation de Klein-Gordon
libre qu'une particule à énergie négative peut
être vue comme une particule qui remonte le temps).
Si nous raisonnons dans le cas où
le terme
est faible comparé à ,
nous nous posons la question : comment et quels sont les conséquences
d'une transition entre un état d'énergie
à celui de l'état d'énergie
avec un saut ("gap") de (nous
retrouverons cette valeur lors de notre étude de la matérialisation
dans le chapitre de Physique Nucléaire).
Dirac a recours à l'image d'une
mer d'énergie négative (puisque rappelons-le, le nombre
de solutions à notre système matriciel est infini,
d'où l'analogie avec une mer plus qu'un contexte discret)
dans laquelle tous les états d'énergie négatives
sont occupés par les électrons et les états
d'énergie positives seraient vides. Si un électron
est soumis à une transition (via, par exemple un photon d'énergie
supérieure à ),
il quitte cette mer en laissant derrière lui une lacune (le
fameux "trou" de charge positive auquel les électroniciens
font parfois référence....). Cette lacune devient une
charge positive, d'énergie .
L'apparition de cette lacune est assimilée à l'apparition
d'une particule ayant une charge positive. Bien évidemment,
nous pouvons nous imaginer le cas inverse, ce n'est qu'une question
de conventions.
ÉQUATION
DE DIRAC GÉNERALISÉE
Dans le cas de l'électron libre,
nous avons donc maintes fois vus et démontrés que
l'hamiltonien a comme expression
(43.203)
Dans le cas d'un électron se
déplaçant dans un champ électromagnétique,
nous avons aussi démontré lors de notre étude
de l'équation de Klein-Gordon au début de ce chapitre:
(43.204)
Soit :
(43.205)
Bref fini pour le rappel!
Si maintenant, nous reprenons l'hamiltonien
de Dirac pour l'électron libre démontré plus haut:
(43.206)
En tenant du fait que nous avions démontré
plus haut que dans le cas particulier d'une particule plongée
dans un champs magnétique et un potentiel électrostatique
nous avions:
(43.207)
avec:
(43.208)
et du fait qu'il faille
rajouter à
l'hamiltonien le terme de l'énergie potentielle électrostatique:
(43.209)
Nous obtenons
alors l'hamiltonien de Dirac généralisé
:
(43.210)
Nous avons donc sous une autre forme connue:
(43.211)
ÉQUATION DE PAULI
Considérons maintenant une représentation à deux composantes
du spineur:
(43.212)
et rappelons que:
et
(43.213)
Il vient alors:
(43.214)
Soit:
(43.215)
Ce qui après simplification donne:
(43.216)
Avant de continuer, ouvrons une parenthèse importante sinon quoi
nous n'arriverons pas à trouver une solution à ces deux équations.
Rappelons qu'un des spineurs solutions de l'équation de Dirac
libre était donné par (nous l'avons démontré plus haut et nous
enlevons l'indice i ainsi que le symbole du produit scalaire pour
simplifier les écritures):
(43.217)
Soit en unités S.I.:
(43.218)
Afin de simplifier le calcul des équations antéprécédentes nous
abaisserons la situation à un cas non relativiste, c'est-à-dire
lorsque l'énergie de masse est beaucoup plus grande que l'énergie
cinétique. Donc la solution précédente devient (on oublie la deuxième
qui poserait problème...):
(43.219)
L'idée est alors de trouver une solution telle à:
(43.220)
qui lorsque nous faisons une approximation non relativiste et
que nous annulons le champ magnétique (in extenso le potentiel
vecteur), nous retombons sur:
(43.221)
L'idée est simple mais il fallait y penser!
Après maints tâtonnements (eh oui la physique quantique ne c'est
pas faite en un jour...) nous trouvons qu'une solution particulière
satisfaisant à notre idée précédente est:
(43.222)
Effectivement:

(43.223)
Nous avons finalement deux équations:
(43.224)
Maintenant, considérons uniquement la deuxième équation:
(43.225)
En supposant (gratuitement! après quoi il faudra comparer aux
résultats expérimentaux) que le terme est
beaucoup plus petit que nous
pouvons écrire:
(43.226)
En faisant la même hypothèse avec nous
avons:
(43.227)
Nous avons alors:
(43.228)
Or, nous voyons bien que si le champ magnétique (in extenso le
potentiel vecteur) s'annule, nous retombons sur bien notre idée
de départ! Le pari est donc bon!
A cause de toutes ces approximations vers le bas, la composante est
souvent prise comme étant la "petite" composant de la
fonction d'onde ,
relativement à la grosse composante .
La première équation:
(43.229)
peut maintenant être simplifiée facilement en prenant la solution
précédente tel que:
(43.230)
Soit:
(43.231)
En utilisant l'identité remarquable démontrée dans le chapitre
de Calcul Spinoriel:
(43.232)
Nous avons:
(43.233)
Détaillons le produit vectoriel en se rappelant qu'il agira comme
opérateur sur :
(43.234)
Or, nous avons:
(43.235)
Intéressons nous juste à la composante dans le coin supérieur
gauche (sinon les calculs sont trop longs) de cette somme de matrices.
Il ne faut pas l'oublier que cette composante de la matrice agira
sur la première composante en tant qu'opérateur sur (notée
de même...):
(43.236)
Or:
(43.237)
Donc:
(43.238)
Or, nous reconnaissons ici la troisième composante d'un produit
vectoriel n'agissant pas comme opérateur. Finalement, il vient:
(43.239)
Soit:
(43.240)
Ainsi, la relation de la composante principale:
(43.241)
Devient:
(43.242)
Après réarrangement:
(43.243)
ce qui constitue "l'équation de Pauli" et décrit donc
de manière relativiste les deux composantes de
liberté du spin de l'électron.
Le terme:
(43.244)
est appelé "terme de Stern-Gerlach" et représente l'énergie
d'interaction du champ magnétique avec le moment intrinsèque de
l'électron.
L'équation de Pauli, et donc celle de Dirac (puisque cette dernière
est plus générale), donnent le facteur gyromagnétique correct de pour
un électron libre. Pour vérifier ceci, prenons comme il a été fait
expérimentalement, un champ magnétique constant:
Nous vérifions facilement que le choix d'un potentiel vecteur
correspondant à un champ magnétique constant est alors:
(43.245)
Ce choix va avoir pour effet de faire disparaître le potentiel
vecteur au profit du champ magnétique dans l'équation de Pauli
ce qui fera apparaître l'interaction entre le moment angulaire
orbita et le champ magnétique comme nous allons le voir:
Effectivement, nous avons:
(43.246)
Démonstration:
(43.247)
Nous avons alors dans l'équation de Pauli:
(43.248)
Or, rappelons que nous avons vu dans le chapitre de Calcul Vectoriel
que:
(43.249)
Cela nous donne donc:
(43.250)
où:
(43.251)
noté aussi (cf.
chapitre de Mécanique Classique/Physique Quantique Corpusculaire)
est donc un opérateur représentant le moment cinétique.
Nous avons donc:
(43.252)
En définissant l'opérateur spin comme étant (oh! on retrouve
quelque chose de connu et vu dans le chapitre de Physique Quantique
Ondulatoire!! c'est magnifique non?):
(43.253)
Cette relation nous sera très utile dans le chapitre d'Informatique
Quantique.
L'équation de Pauli s'écrit alors:
(43.254)
ou encore:
(43.255)
ou encore en plus condensé en faisant bien attention à bien différencier
ce qui est un opérateur, d'un vecteur et ce qui est un produit
d'un produit scalaire et ce qui est une fonction d'un spineur... (que
du bonheur...):
(43.256)
avec étant
donc le "moment magnétique orbital", le
"moment magnétique de spin" et avec tout cela le terme de
Stern-Gerlach devient donc:
(43.257)
où le "facteur
de Landé" ou "facteur gyromagnétique" de
l'électron qui est une grandeur physique sans dimension qui permet
de relier
le
moment
magnétique
au moment cinétique
d'un état quantique. Nous retrouvons par ailleurs le rapport:
(43.258)
qui est le magnéton de Bohr que nous avions introduit dans le
chapitre de Physique Quantique Corpusculaire.
Donc la théorie de Dirac dans le cadre non relativiste prédit
en bonne approximation que les particules de spin 1/2 ont un facteur
gyromagnétique de 2, et cette prédiction conforme à l'expérience
est le plus grand triomphe de l'équation de Dirac.
Les valeurs suivantes ont été mesurées pour les particules de
spin ½ tel que l'électron, le proton et le neutron (attention le
signe peut changer suivant la manière dont est notée
l'équation
de Dirac!):
(43.259)
Remarques:
R1. Le facteur gyromagnétique est pris parfois comme étant négatif
mais ce n'est qu'une question de convention.
R2. Les déviations de la valeur théorique sont parfaitement expliquées
dans le cadre de l'électrodynamique quantique. Mais ces déviations
montrent que la structure du proton et du neutron sont plus complexe
qu'une particule ponctuelle de spin 1/2 alors que dans le cas de
l'électron, il semblerait qu'il n'y ait pas de sous-structure.
C'est par ailleurs le terme :
(43.260)
de l'hamiltonien de Pauli qui donne les valeurs
mesurées par l'effet Zeeman!
Nous savons que cette dernière relation peut aussi s'écrire pour
toute particule (cf. chapitre de Physique
Quantique Corpusculaire):
(43.261)
où est
la "rapport gyromagnétique" et le "magnéton
de Bohr" (mais nous avons vu lors de la démonstration
de cette relation que le magnéton de Bohr n'est qu'un cas particulier
du moment magnétique de spin avec le facteur de Landé égal à celui
de l'électron.)
Supposons maintenant que le noyau d'un atome n'a que deux orientations
de spin possible (il
existe plusieurs valeurs de spin pour tous les noyaux existants)
alors nous avons vu dans le chapitre de Physique Quantique Corpusculaire
et Ondulatoire que:
(43.262)
soit 3 états différents mais deux variations d'énergies possibles à spin égal
(entre {-1,0} et {0,+1} pour le premier et {-1,+1} pour le deuxième).
Intéressons nous maintenant seulement à la variation d'énergie
entre deux états. Il sera alors toujours à spin égal de la forme:
(43.263)
Cette variation d'énergie sera restituée sous forme d'ondes électromagnétiques
correspondant à:
(43.264)
d'où:
(43.265)
qui est la "relation de Larmor" (à
ne pas confondre avec la "rayon de Larmor" vu dans le chapitre
de Magnétostatique). Mais dans la pratique nous utilisons surtout
la relation:
(43.266)
qui donne ce que nous appelons la "fréquence
de résonance".
Cette étude de variation d'énergie due à l'application d'un champ
magnétique est à la base de la résonance magnétique nucléaire (RMN)
qui ne marche donc que pour les particules possédant le moment
magnétique de spin (par
construction de l'hamiltonien de Pauli!).
La RMN consiste à modifier le moment magnétique nucléaire, autrement
dit à faire passer le noyau d'un niveau d'énergie à un autre, en
appliquant des champs magnétiques à l'échantillon qu'on veut étudier.
Lorsque l'énergie des photons qui constituent ces champs magnétiques
correspond à l'énergie de transition d'un niveau d'énergie à l'autre,
ces photons peuvent être absorbé par le noyau : nous disons alors
qu'il y a "résonance nucléaire".
Nous pouvons caractériser l'énergie de transition du moment magnétique
de spin nucléaire en donnant la fréquence de l'onde électromagnétique
qui permet la résonance. Pour les champs usuels (de l'ordre du
tesla), la résonance du proton a lieu dans le domaine des ondes
radio (100 [MHz] environ) : 42 [MHz] dans un champ
de 1.0 [T] et 63 [MHz] dans un champ de 1.5 [T].
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