|
DYNAMIQUE DES POPULATIONS | THÉORIE
DES JEUX ET DE LA DÉCISION | ÉCONOMIE
TECHNIQUES DE GESTION | MUSIQUE MATHÉMATIQUE
Dernière
mise-à-jour de ce chapitre:
31.01.2012 23:46
Version: 2.6 Revision 25 | Rédacteur: Vincent Isoz | Avancement:
~70%
vues depuis
le 01.01.2012: 400
LISTE DES SUJETS TRAITÉS SUR CETTE PAGE | DISCUTER
DE CETTE PAGE
THÉORIE MODERNE DES PORTEFEUILLES
La théorie du marché des valeurs dite aussi "théorie
moderne du portefeuille" est la théorie mathématique
qui traite du choix, de la gestion et des opérations
des échanges
des emprunts, prêts et capitaux . Elle fait très fortement
appel aux modèles statistiques et il
est donc important d'avoir lu et compris le chapitre y relatif
sur
le site
au préalable.
Il faut cependant savoir qu'en pratique, dans les instituts financiers
privés ou publics, seulement une infime minorité
des acteurs du marché connait, comprend et applique
des modèles
mathématiques et pour les autres ayant obtenu des certifications
ou diplômes de formation continue, le niveau est souvent
affligeant. Effectivement la grande majorité des traders
(opérateurs de marché) se limitent à l'analyse
graphique de diagrammes de Bourse du type bougies en utilisant
des analyses du type moyennes mobiles,
limites
basées
sur les cartes
de contrôles
(cf. chapitre de Génie
Industriel) avec bandes de Bollinger ou USL/LSL autres,
régressions
linéaires
et une trentaine de techniques du même genre (le plus drôle étant
les indices empiriquesayant des noms scientifiques comme "l'indice
stochastique" et
qui sont en fait de simples variation relatives...). La gestion
financière
n'est donc finalement souvent que l'application du bon sens (quand
il est
présent...)
sur la variation des prix sur les
quantités... en analysant des graphiques et en sachant retirer
ou déplacer ses investissements au bon moment.
Cette situation s'explique aisément: les modèles théoriques actuels
du 20ème sciècle et du début du 21ème sciècle sont incapables de
prendre encompte la complexité et l'interaction de la complexité
de notre monde moderne. Vous verrez effectivement dans cette section
que la majorité des modèles mathématiques étudiés
dans les grandes universités supposent des cas simplifiéés et idéalisés
(indépendance, normalité, variance finie, choix d'indicateurs
statistiques empiriques, etc.). Donc dans la situation actuelle
il vaut mieux écouter un trader qui est informé des stratégie des
états et entreprises qu'un mathématicien pour lequel le monde se
résume à un compte de fée (mais qui néanmois lui permet de vendre
des heures de conseil à un tarif très élevé et de rassurer des
clients qui veulent à tout prix des prévisions qui n'ont quasiement
aucun sens).
Il faut aussi savoir que beaucoup sont persuadés
que tout est écrit quelque part (croyance probablement
assez ancrée dans la culture occidentale), qu'une sorte
de réalité assez
abstraite
existe en dehors de notre monde concret et que si nous étions
assez malins, nous pourrions la formaliser mathématiquement
et prévoir les évolutions futures sur le long terme.
Au fait le scientifique sait lui que nous avons affaire dans ce
genre de domaine
à un chaos déterministe du marché et que la
seule manière de gérer
celui-ci est de corriger au jugé avec une vague idée
de ce qui va se passer. En économie les spécialistes
parlent de la "dictature
des marchés", mais c'est reconnaître en un sens
que nous ne savons rien prédire! Évidemment, certains,
dans les milieux de la complexité, vendent aux banquiers
et à
d'autres l'idée qu'ils sauront prédire les fluctuations
de la Bourse... mais il suffit d'observer le passé pour
voir qu'aucun modèle moderne n'aurait su le prédire.
La seule chose que les mathématiques peuvent faire dans
la gestion financière, c'est d'analyser le comportement
d'un actif financier idéalisé dans un cadre qui l'est
lui aussi et c'est déjà pas mal
et force un peu au bon sens... (pour ceux
qui savent faire de maths ce qui est très loin du cas du
99% des personnes travaillant dans la finance).
En finance, les modèles mathématiques
serviraient donc à mesurer
et quantifier le risque des investissements. À ce
titre, ils jouent le rôle d'outils d'aide à la
décision pour les
gestionnaires les investisseurs et les régulateurs.
Mais, à de
rares exceptions près, une banque ou un fonds d'investissement
ne fonde pas une décision majeure d'investissement
sur une équation mathématique. La décision,
pour les banques d’investissement est souvent
motivée par la recherche de rentabilités toujours
plus grande et pour cela elles ne s'appuient pas
sur des modèles mathématiques. Par ailleurs, les personnes
dirigeantes des banques privées ou d'état sont souvent
des personnes issues du monde de la politique, du droit ou de la
gestion d'entreprise
avec
peu
de compétence pour comprendre réellement le fonctionnement
des marchés (voir le pogramme des Master en trading de nombreux
pays par exemple). Par
ailleurs méfiez vous des entreprises - particulièrement des multinationales
- qui recherchent des spécialistes
financiers maîtrisant MS Office Excel ou MS Office Access. Car cela signifiera
qu'elles utilisent des outils non professionnels pour faire un travail qui
lui devrait
pourtant l'être avec
des outils adaptés (et MS Excel ou MS Accesss ne le
sont pas)!!! Donc
en termes d'organisation interne, vous pouvez vous assurer que
ces entreprises organisent et analysent n'importe quoi, n'importe
comment, avec un outil non adapté et donc que c'est le bordel général
en interne.
Cela n'empêche cependant pas que pour ceux qui considèrent les
mathématiques comme un art (ce qui est mon cas), les modèles théoriques
financiers ont une certaine élégance et permettent de comprendre
rigoureusement le mécanisme de fonctionnement à défaut
de pouvoir le prévoir.
Il faudrait peut-être responsabiliser aussi ce domaine d'activité
en mettant en place les mesures suivantes:
- Forcer
la documentation publique détaillée
des composants (sous-jacents), algorithmes et modèles mathématiques
des produits financiers.
- Imposer un niveau de fonds propre dynamique (réserve
fractionnaire) aux instituts financiers en fonction de leurs positions
sur les marchés et du risque des classes d'actifs gérés.
- Obliger
les
acteurs
sur un
marché
d'être dans un domaine d'activité ayant un certain
niveau prédéfini
de connexité avec la classe d'actifs gérée.
- Limiter
le nombre de transactions pour
un actif
financier donné limité dans le temps et d'imposer
un temps minimun de non-transaction pour les actifs financiers
non limités dans le temps.
- Obliger les personnes actives
dans ce domaine d'activité de passer des examens régulièrement
pour vérifier
qu'ils comprennent bien ce qu'ils font et les hypothèses
de travail y relatives.
- Interdire les banques qui font du dépôt de faire également
du négoce.
Il y aurait donc un grand nombre de proposition à mettre
en place pour
redonner
son
but et
son éthique
originelle
au domaine
de la gestion financière.
Définition: La "Bourse"
("Stock Exchange") est le
marché public où s'échangent des titres (actions,
obligations, contrats, options, etc.) dont la valeur va fluctuer
relativement à la "valeur fondamentale"
(valeur de base calculée selon des modèles théoriques)
au gré de l'offre ("ask"
en anglais) et de la demande ("bid"
en anglais). Lorsqu'un titre est beaucoup demandé, son
prix monte, et inversement, lorsque personne n'en veut. La différence
entre la valeur de l'offre et de la demande est appelée
"spread" (en anglais mais c'est
aussi le terme d'usage en français).
La Bourse est une structure qui permet:
1. Pour les entreprises qui veulent investir (donc augmenter leur
capital) d'obtenir des fonds afin de satisfaire le demande potentielle.
2. De rendre au plus stable l'économie en la rendant la
plus dynamique et fluide possible (mais sous contrôle quand
même...)
dans le but qu'elle s'autorégule.
Le système cité ci-dessus fonctionne si et seulement
s'il est transparent, rationnel, efficient, autorégulant
et équilibré!
Remarque: Nous parlons de "bulle
spéculative"
lorsque les prix observés sur un marché boursier
s'écartent
trop de la valeur fondamentale des biens échangés.
Avant de commencer à s'attaquer à la mathématique pure et dure,
il va nous falloir au préalable donner encore une fois un grand
nombre de définitions pour s'habituer au vocabulaire usité par les
analystes et ingénieurs financiers (attention c'est relativement
long...).
ABSENCE D'OPPORTUNITÉ D'ARBITRAGE (A.O.A.)
L'une des hypothèses fondamentales des modèles financiers usuels
est qu'il n'existe aucune stratégie financière permettant, pour
un coût initial nul, d'acquérir une richesse certaine dans une
date future. Cette hypothèse est appelée "absence
d'opportunités
d'arbitrage" (A.O.A.). Elle est justifiée théoriquement par
l'unicité des prix caractérisant un marché en concurrence pure
et parfaite.
Pratiquement, il existe des arbitrages mais qui disparaissent
très rapidement du fait de l'existence d'arbitragistes, acteurs
sur les marchés dont le rôle est de détecter ce type d'opportunités
et d'en profiter. Ceux-ci créent alors une force qui tend à faire évoluer
le prix de l'actif vers son prix de non-arbitrage (son prix "réel").
Remarque: Le problème, c'est
que le prix "réel" de
l'action, c'est le prix vers lequel
le font converger acheteurs et vendeurs et quand ceux-ci se mettent
d'accord entre eux... le système se grippe...
Ainsi, si plusieurs actifs de même risque proposent des rendements
différents, les investisseurs qui recherchent de nouvelles opportunités
vont logiquement tourner leurs achats sur ceux dont le rendement
est le plus élevé, ce comportement entraine alors une baisse du
rendement de ces actifs.
Ainsi, les mathématiques financières reposant sur l'A.O.A. laissent
ces arbitragistes gagner de l'argent ainsi et négligent ces apparitions
d'opportunité qui de toute façon n'existent toujours que sur un
temps très supposé très bref (ce type de stratégie est mis à profit
aujourd'hui avec l'informatique qui peut donner des ordres de
vente et d'achat à la milliseconde près).
Un exemple royal pour illustrer ces propos est d'utiliser une
version simplifiée du modèle élaboré par Cox, Ross et Rubinstein
car il traduit explicitement le concept de l'A.O.A. et l'importance
des modèles probabilistes.
L'exemple se base sur l'hypothèse que le marché est formé d'un
actif risqué et d'un taux de placement constant r. Par exemple,
une somme de 1 dollar aujourd'hui, placée aux taux r, engendre
un revenu certain et garanti de 1+r dollars au temps 1 quelle
que soit l'évolution future du marché dans l'exemple considéré
Nous commençons à étudier ce marché sur une seule période de
temps telle que le temps initial sera noté et
l'instant final (nous
appelons une telle situation un "marché monopériodique). Nous
supposons parfaitement connaître le marché à l'instant initial.
Dans notre contexte cela signifie que le prix de l'actif risqué est fixé et
l'actif non risqué est déterminé par son rendement .
Quant à l'actif risqué, sa valeur à n'est
pas connue à l'avance. Afin de restreindre le champ des possibles,
nous supposerons que le rendement de cet actif peut prendre que
deux valeurs b (bas) et h (haut) avec:
(66.1)
Ainsi, l'actif risqué au temps peut
prendre que deux valeurs positives. La valeur basse:
(66.2)
ou la valeur haute:
(66.3)
d'où l'appellation de "modèle binomial"...
Un investisseur peut ainsi acheter une quantité d'actif
risqué et placer une somme au
taux r . La valeur au
temps du
portefeuille de composition est
donc:
(66.4)
À l'instant final, nous aurons donc:
(66.5)
Comme nous l'avons expliqué plus haut, peut
prendre deux valeurs, il en est donc de même pour .
Ce qui signifie que le revenu de ce portefeuille est incertain.
Maintenant, pour montrer le concept de l'A.O.A. passons à une
application numérique en considérant la situation particulière
où il est plus
avantageux, et à coup sûr, d'investir dans l'actif risqué que le
non risqué.
Imaginons pour cela que nous empruntons 100.- à une banque au
taux sans risque de 5% et que l'actif risqué que nous souhaitons
acquérir avec cet argent est coté aujourd'hui à et
peut prendre deux valeurs futures:
(66.6)
Nous avons alors pour notre portefeuille à l'instant initial:
(66.7)
et à l'instant final deux cas possibles:
(66.8)
et:
(66.9)
Nous voyons alors de manière triviale que si il
existe alors une opportunité d'arbitrage puisqu'il devient possible
de gagner de l'argent à coup sûr sans en dépenser! Pour éviter
une A.O.A. dans cette situation, il faut donc que le marché s'équilibre
et qu'il y ait:
(66.10)
Inversement, s'il est plus sûr d'investir dans l'actif non risqué que
dans l'actif risqué, le marché doit s'assurer pour éviter toute
opportunité d'arbitrage que:
(66.11)
Ainsi, dans les deux cas, il faut éviter à tout moment que dans
le marché binomial nous ayons une A.O.A. Et cela est seulement
possible si:
(66.12)
porTEFEUILLES
La majorité des transactions boursières concernent
le contenu des
"portefeuilles de titres" (security
portfolio) qui sont l'ensemble des titres qu'un acteur du marché peut
détenir.
Gérer
un portefeuille consiste donc (le plus classiquement...) pour
un gestionnaire
à chercher un retour sur investissement (RSI) maximal pour
le client tout en minimisant les risques.
Remarque: Le RSI est aussi parfois
appelé "rendement"
ou "taux de rendement" ou "taux
de profit" et désigne
donc un ratio financier qui mesure le montant d'argent gagné ou
perdu par rapport à la
somme initialement investie dans un investissement (souvent sur la
base d'une période annuelle). En général,
ce ratio est exprimé en pourcentage plutôt qu'en valeur
décimale.
Les "titres financiers" (financial
security) se dérivent
sous la forme d'actions, d'obligations, d'options de devises et
de matières premières tous appelés plus généralement
"produits financiers" ou
encore "actifs financiers"
et dont les définitions (non exhaustives) seront données
ci-dessous. Lorsque certains de ces produits sont mélangés,
nous parlons alors de "produits structurés" (typiquement
l'association d'un sous-jacent avec une option).
Définitions:
D1. Pour mesurer l'évolution générale d'un
marché boursier, nous utilisons des "indices"
reflétant la moyenne arithmétique (Down Jones Index
par exemple) ou la moyenne pondérée (Swiss Market
Index par exemple) des cours (valeurs) d'un certain nombre de titres
représentatifs. Cela permettant d'en connaître le rendement.
D2. Un "produit dérivé"
est un produit/instrument financier, qui s'achète
et se vend, et qui est toujours bâti sur la base d'un titre
financier. Ce dernier est alors appelé "actif
sous-jacent" ou "support"
du produit dérivé. Ceux-ci peuvent donc être
des actions, des obligations, des devises, ... et même des
produits dérivés... Le danger avec les produits
dérivés est, à force de les superposer de
ne plus savoir exactement quels sont les sous-jacents.
D3. La "volatilité" mesure
l'amplification de la variation d'un cours. Autrement dit, un titre
financier dont
la volatilité est élevée
signifie que son cours varie fortement, voire de façon exagérée
sur une période donnée. À l'inverse, un titre
dont la volatilité est faible signifie que son cours varie
peu et/ou de manière assez cohérente. La volatilité s'exprime
souvent en pourcentage dans les modèles mathématiques
simples (car il en existe plusieurs définitions dont nous
verrons certaines par la suite). Ainsi, la volatilité d'un
titre sur une période
donnée est basiquement définie par:
(66.13)
dans des situations complexes, la volatilité est
souvent assimilée à l'écart-type et nous verrons cela plus loin.
ACTIONS
Définition: Les "actions" sont
des papiers valeurs reconnaissant par contrat des droits de
propriétés
sur le capital valeur d'une entité dite "société anonyme" (S.A.).
Ce contrat a un prix et il est échangeable sur le marché.
L'action donne à son propriétaire des droits de différentes
natures tels que les droits sociaux (droit de vote aux
assemblées
générales, droit d'élection et d'être
élu au conseil d'administration) ou patrimoniaux (droit
de recevoir une part du bénéfice net, sous forme
de "dividende" variable
représenté à l'époque du papier par
un petit coupon numéroté
à détacher), ou une part du produit de la liquidation
de la société si
elle tombait en faillite, ainsi qu'un droit préférentiel
d'acheter de nouvelles actions en cas d'augmentation du capital.

Figure: 66.1 - Exemple d'action avec dividende à l'époque du papier...
La "valeur fondamentale
approchée déterministe finale
d'une action" est donnée naturellement par la
valeur actualisée
des dividendes D sur n périodes de versements
jusqu'à la
cession (ou jusqu'à ce que l'action est conservée) à un
taux moyen géométrique
du marché t augmenté de
la valeur initiale actualisée:
(66.14)
le choix de la lettre S vient de "share",
"stock" ou "security".
Définition: Il y plusieurs types de "rendement
boursier" en fonction du contexte d'une discussion
qui sont pour certaines intuitives et pour d'autres assez complexes.
Voici deux des plus courantes (nous en verrons d'autres par la
suite...) à notre
connaissance lorsque l'on aborde pour la première fois
les mathématiques
financières:
- Il y a le rapport, exprimé en pourcentage et appelé "yield" ou
"taux de rendement", entre le dividende par action distribué par
une société et
le cours de l'action en circulation de cette
société au moment du versement du dividende (certains
prennent parfois la moyenne arithmétique des dividendes
versés
sur plusieurs périodes):
(66.15)
- Il y a le rapport, exprimé en numéraire par année
et appelé "rentabilité de l'action", de la différence
entre le cours d'achat de l'action majoré par les dividendes
et le cours de vente de l'action de cette société sur
le nombre de périodes:
(66.16)
Si nous divisons le résultat de ce dernier
rendement numéraire annuel par le capital initial investi,
nous obtenons le rendement en pourcentage.
- Il y a le "taux de rendement
implicite" (et son
inverse le PER: Price Earning Ratio) qui est le rapport entre
le bénéfice net de l'entreprise et la valeur
de
capitalisation boursière et dont l'abréviation peut être confondue
avec le taux de rendement interne (cf.
chapitre Techniques de Gestion):
(66.17)
Le TRI est donc une sorte de rendement
entre le revenu potentiel de l'action et son prix (attention :
il ne serait question du rendement réel que si l'on prenait
en compte le rapport dividendes versés/cours de l'action
qui peut être très différent). On suppose, à tort
ou à raison, que l'entreprise a un meilleur usage à long
terme à faire de ses bénéfices que de les
distribuer sous forme de dividendes....
Le PER (l'inverse du TRI) est généralement
publié dans
la presse est celui calculé sur le dernier bénéfice
annuel publié. Toutefois les analystes se basent souvent
sur le bénéfice anticipé pour l'année
en cours.
Exemples:
E1. Prenons une action remboursable achetée
il y a 6 ans au prix de 10.- (capital investi). L'investisseur
la vend à 12.50.- L'investisseur a reçu
3 fois un dividende de 2.20.- plus une fois
un
de
1.-. Les deux types de rendements donnent
alors
respectivement:
(66.18) et si nous divisons ce dernier par le capital
initial investi (10.-), nous obtenons donc 16.8%.
E2. Le prix (frais compris) maximum que nous pouvons mettre
pour acheter une action de 500.- rapportant un dividende de 12% à concurrence
d'un placement
identique avec un rendement de même périodicité de 5% est
de 1'200.-. Effectivement, une telle action rapporterait 60.- de dividendes à chaque
période (le 12% de
500.-). La somme qu'il faudrait placer pour avoir le même intérêt à 5%
est 1'200.- (le 5% de 500.- faisant aussi 60.-).
E3. Le titre émis par une société (dont
le capital est composé de 10 millions d'actions) cote 100.-, ce
qui porte la valeur en Bourse de la société à 1 milliard.
Le bénéfice net prévu est de
50 millions pour l'exercice en cours, soit 5 euros par action. L'inverse (1/5)
donne dont un taux de rendement implicite de 20%.
Remarques:
R1. Nous
différencions les "actions
au porteur" négociables
sans restrictions en Bourse et les "actions
nominatives"
dont la valeur doit être négociée avec des restrictions
juridiques plus ou moins complexes, car il y figure le nom de
l'actionnaire
qui doit être inscrit au registre des actionnaires.
R2. Lorsqu'une société anonyme veut augmenter
son capital-actions, elle peut émettre des actions supplémentaires.
Les nouvelles actions seront proposées aux actionnaires
de la société à un cours fixe et en proportion
des actions qu'ils détiennent ("droit
de souscription") afin de ne pas les pénaliser
contre une décote. Ceci leur permettra donc de maintenir
le pourcentage de leur part
au
capital, ainsi
que le poids
de leurs
droits de vote.
OBLIGATIONS
Contrairement à l'emprunt individuel (emprunt indivis),
l'emprunt dit "emprunt obligataire"
fait appel à de nombreux prêteurs, appelés "souscripteurs",
qui reçoivent, en échange de sommes prêtées,
des titres appelés "obligations".
Définition: Les "obligations"
sont des papiers valeurs (titres de créance) établissant
par contrat des droits de créance
(capital prêté) et qui rapportent un intérêt fixe
au titulaire (elles sont remboursables à une échéance
prévue par le contrat).
Ce contrat a un prix (dépendant de la date!) et il est échangeable
sur le marché et
le débiteur est obligé de payer les intérêts.
Par ailleurs si l'obligation est "convertible"
elle donne droit au créancier d'obtenir le remboursement
de l'obligation, soit sa conversion en actions, suivant des modalités
fixées d'avance.
Nous distinguons principalement quatre types d'obligations:
T1. "Obligation à taux fixe"
qui est la plus classique des obligations. Elle verse un flux d'intérêt
définitivement
fixé lors de son émission selon une périodicité prédéfinie
jusqu'à son échéance (ce qui est sécurisant).
Ce n'est cependant pas un investissement sans risque comme nous le
verrons dans un exemple simple plus loin.

Figure: 66.2 - Exemple d'obligation à taux fixe avec coupons à l'époque du papier...
T2. "Obligation à taux variable"
dont les flux d'intérêt, mais pas le prix de remboursement,
sont indexés sur un taux de référence comme
le taux directeur d'une banque centrale, les résultats d'une entreprise,
ou autre. Le risque associé à ce taux variable est appelé "risque
de taux".
T3. "Obligation indexée"
dont les flux d'intérêt et le prix de remboursement
sont indexés
sur un taux de référence qui peuvent être du
même type que ceux
précités.
T4. "Obligation zéro-coupon"
qui ne comportent que deux flux financiers:
un flux initial et un flux final, sans aucun paiement intermédiaire
(d'où sont nom puisque qu'elle verse aucun coupon entre temps ou
des coupons à 0%...). C'est la moins risquée
de toutes les obligations.
Les obligations sont caractérisées
par plusieurs propriétés:
P1. Leur "devise" de base
qui peut fluctuer sur un marché global.
P2. Leur "date d'échéance"
ou "date
de maturité" qui permettra
en fonction de leur date d'émission et du type de calendrier (échéancier)
de connaître la
valeur
actualisée
de l'obligation
à tout moment. P3. Leur "valeur
nominale",
appelé le "pair",
désigne
la valeur servant au calcul des intérêts.
P4. Leur"taux
d'intérêt
nominal" associé à la périodicité (souvent annuelle)
permet de définir
l'intérêt
appelé "coupon" ou "coupon
de dividende" appliqué sur
la valeur nominale d'une obligation qui sera versée au souscripteur à la
date dite "date
de jouissance". Normalement le mode de calcul du taux
d'intérêt doit être communiqué.
P5. Leur "prix
d'émission", "prix
de souscription", ou encore "prix
de remboursement"
(en pourcentage du pair) est le prix réellement
payé par le souscripteur pour devenir propriétaire
d'une obligation. L'émission
des obligations se fait donc au pair si la valeur nominale est égale à la
somme demandée
pour son acquisition. Elle se fait au-dessus du pair si la somme
demandée est supérieure au nominal, la différence
étant appelée "prime d'émission".
P6. Leur "prix
de remboursement"
est la somme réellement versée à l'emprunteur
lors du remboursement de l'obligation à échéance.
Le remboursement peut être
prévu au pair ou parfois en-dessus à l'échéance
(in fine), par tranches, ou jamais (obligations perpétuelles).
Remarque: L'investisseur doit être particulièrement
attentif
à l'indication "subordonné"
sur son papier d'obligation, qui signifie qu'en cas de faillite
du débiteur (assimilé au "risque
de signature"),
le détenteur de l'obligation ne pourra
être remboursé qu'après tous les autres créanciers...
Le risque de signature peut être évité en choisissant
des obligations (très)
sûres comme les obligations d'état ou
de sociétés renommées. Le revers de la médaille
est la faiblesse des taux alors offerts qu'il faut en plus mettre
en opposition
à l'inflation (sur un taux de 3% sur dix ans d'une obligation
d'état qui subit une inflation de 2% il reste plus que 1%
de rénumération
par exemple).
Exemples:
E1. Considérons
un emprunt obligatoire de 3'000'000.- divisé en 300
obligations de 10'000.- nominal émis en juin 2004 pour
une durée
de 10 ans. Souscription: 99.5% de la valeur au pair. Remboursement
au pair a
l'échéance. Intérêt annuel: 4.5%.
Les valeurs définies
plus haut s'expriment alors ainsi:
La valeur nominale C
de l'obligation est donc de 10'000.-. Le nombre N d'obligations
est de 300. La durée n de l'emprunt est de 10 ans
et le taux t% de 4.5. Le prix d'émission est le
99.5% de 10'000.- soit E=9'950.- (en dessous du pair!).
Le remboursement R est
au pair et vaut donc 10'000.- et le coupon a une valeur c
de 450.-.
E2. Soit
une obligation à taux fixe, émise au prix de 1'000.-,
et versant un coupon annuel de 100.-. Le taux servi est donc
de
100/1'000=10%.
Supposons
que les taux du marché passent à 15%. Cela signifie
qu'une nouvelle obligation, qui est émise au prix
de 1'000.-, sert un coupon de 150.- (car 150/1'000=15%).
La nouvelle
obligation est donc plus intéressante que l'ancienne,
et tout le monde va vouloir vendre l'ancienne pour acheter
la nouvelle. C'est pourquoi le prix de l'ancienne
obligation va implicitement baisser, jusqu'à ce qu'il
corresponde à
une rémunération de 15%, soit ici 666 francs. Alors,
nous aurons bien 100/666=15%.
De même,
si les taux du marché baissent à 5%, cela signifie
qu'une nouvelle obligation, qui est émise au prix
de 1'000.-, sert un coupon de 50.- (car 50/1'000=5%).
La nouvelle
obligation est donc moins intéressante que l'ancienne,
et personne ne voudra l'acheter. C'est pourquoi le
prix de l'ancienne obligation va implicitement monter, jusqu'à ce
qu'il corresponde à une rémunération
de 5%, soit ici 2'000.-. Alors, on aura bien 100/2'000=5%.
Ainsi, le
prix d'une obligation à taux fixe diminue implicitement
lorsque les taux montent, et monte lorsque les taux baissent. C'est
la
raison pour laquelle un placement en obligations n'est pas
sans risques: on peut perdre une partie du capital. En fait, la
seule stratégie sans risque consiste à acheter les
obligations au moment de l'émission, et à les
garder jusqu'à l'échéance.
À tout moment, la valeur
actuelle sur le marché d'une obligation doit donc être
égale à la valeur des coupons et du remboursement
auxquels elle donnera encore droit. La valeur actuelle étant
calculée
au taux du marché obligataire en vigueur pour des obligations
du même type et de même durée.
Ainsi, la valeur actuelle
d'une obligation à taux fixe doit être vue comme un
capital initial dont on retire pendant n
périodes restantes une certaine somme fixe,
somme correspondant au prix du coupon:
(66.19)
avec C la
valeur nominale de l'obligation et le tout cumulé étant périodiquement soumis à l'intérêt
du taux du marché constant
dans le cadre d'une considération d'un avenir certain.
Ainsi, la valeur actuelle
d'une obligation est dans un premier temps constituée que
de la valeur actuelle des coupons futurs restants pendant n
périodes tel que:
(66.20)
Cette partie du prix de la
valeur de l'obligation correspond donc à la somme totale
nécessaire tel que l'on peut solder
après avoir retiré n fois (le nombre de périodes
restant) la valeur c à un taux d'intérêt
.
Ensuite, l'obligation est
constituée de la valeur du remboursement R. Bien que
celle-ci soit remboursée à terme, elle peut être
vue comme un capital épargne à un taux correspondant
à celui du marché
tel que:
(66.21)
La valeur actuelle de l'obligation
concernant le remboursement est alors:
(66.22)
ce qui correspond au capital
actuel pour obtenir le remboursement R pendant les n
périodes restantes.
Ainsi, le prix total d'une obligation est:
(66.23)
c'est-à-dire la valeur actuelle des coupons futurs ainsi
que la valeur actuelle du remboursement in fine. Cette relation
à son importance en finance, il convient de s'en souvenir!!
La valeur d'une obligation,
au sens de son cours en Bourse, peut donc différer de sa
valeur nominale fixée à l'émission si les
taux d'intérêts changent sur le marché d'où
l'intérêt de calculer sa valeur actuelle.
Exemple:
Soit à calculer
le prix actuel d'une obligation, ayant des coupons annuels de
450.-, avec un remboursement au pair dans 5 ans de 10'000.-.
La
valeur actuelle pour un taux du
marché compris entre
0% et 100% à la caractéristique suivante:

Figure: 66.3 - Valeur actuelle d'une obligation en fonction du taux du marché
Évaluer une obligation revient
donc à trouver ce qu'elle devrait valoir en principe
dans les conditions actuelles du marché, donc son cours
potentiel, par une opération mathématique dite "opération
d'actualisation"
déterminant sa valeur actuelle théorique. Il s'agit
donc, comme nous le savons déjà, de calcul actuariel.
L'obligataire aura évidemment
pour objectif de chercher le taux du marché qui permet de
faire de son investissement une action rentable. Ainsi, nous définissons
le " taux de rendement actuariel" (TRA) x comme
étant l'intérêt du marché qui permet
de satisfaire les relations suivantes, en fonction de la durée
restante à courir n de l'obligation.
Ainsi, à l'émission:
(66.24)
ou à une date quelconque:
(66.25)
Le taux de rendement actuariel
d'une obligation est donc le taux x qui annule la différence
entre la valeur du prix d'émission E et la valeur
actuelle des flux futurs qu'elle génère. Ce taux
est calculé au jour du règlement et figure obligatoirement
dans les brochures d'émission. Pour l'acheteur de l'obligation,
le taux actuariel représente le taux de rentabilité
qu'il obtiendrait en gardant l'obligation jusqu'à son remboursement
et en réinvestissant les intérêts au même
taux actuariel.
Voyons quelques autres définitions utiles relatives aux
obligations:
Définitions:
D1. Le "coupon échu" (C.E.) d'une
obligation est payé à son propriétaire sous déduction de d'impôts
anticipés. Ainsi, le calcul du coupon net annuel d'obligations à X.-
(valeur monétaire) à rendement de est
trivialement donné par :
(66.26)
D2. "L'intérêt couru" (I.C.)
est le montant de l'intérêt qui s'est accumulé depuis
la dernière
date de paiement de l'intérêt, mais qui n'est pas
encore dû. Il est gagné par une obligation depuis
sa dernière échéance
et est déterminé lors d'une vente ou d'un inventaire.
Son calcul est trivialement donné par une application des
règles de l'intérêt simple tel que:
(66.27)
où est
bien évidemment le nombre de jours compris entre la date
de la dernière échéance et la date de jouissance
(l'année commerciale étant définie comme ayant 360 jours).
Remarque: Donc pour obtenir la valeur effective d'une obligation,
nous ajoutons à sa valeur cotée l'intérêt couru depuis la dernière
échéance.
D3. Par extension, si nous cherchons à calculer la valeur nette
de X coupons à Y% dont
la valeur nominale vaut Z avec un impôt anticipé de IA%
, nous calculons le "coupon
annuel net à l'échéance" (C.P.A.E.) par
la relation triviale:
(66.28)
Contrairement au calcul de l'intérêt couru, le calcul du
dividende couru est impossible. Le cours de l'action est toutefois
influencé par
la date plus ou moins proche du paiement du dividende.
BONS DE SOUSCRIPTION
Définition: Un "bon
de souscription",
également appelé "option
de souscription" ou "stock-option",
est un titre financier permettant (donc il n'y a pas obligation!)
de souscrire pendant une période donnée, dans une
proportion et a un prix fixé à l'avance (souvent
une moyenne des cours de la Bourse avant l'émission des
bons),
à un autre titre financier sous-jacent (action, obligation,
voire un autre bon...).
Le bon permet donc d'être intéressé à
la hausse ou à la baisse d'une action sans avoir à
y consacrer le même montant de capitaux qu'en achetant directement
des actions. Ainsi, lors de l'acquisition, si le titre sous-jacent
à une valeur plus élevée que sur le bon de
souscription, l'acquéreur fera un bénéfice
qui est appelé "plus-value d'acquisition".
Ensuite, l'acquéreur qui possède maintenant les titres
sous-jacents peut très bien vendre ceux-ci lorsque le prix
est plus élevé que lorsqu'il en a fait l'acquisition
et cela engendre alors un (pseudo) second bénéfice
appelé "plus-value de cession".
Un bon de souscription peut être donc attaché à
l'émission d'une action ou d'une obligation. Alors, selon
les cas, nous parlons "d'actions à
bons de souscription d'actions" (ABSA) ou "d'obligations
à bons de souscription d'actions" (OBSA) mais
également "d'obligations à
bons de souscription d'obligations" (OBSO) ou "d'actions
à bons de souscription d'obligations" (ABSO).
Dès l'émission de ces valeurs composées, le
tout se scinde en parties: les actions ou les obligations redeviennent
des titres classiques et les bons acquièrent une vie propre.
Ils sont cotés séparément après l'émission.
Les "plans de souscription",
plus connus sous le nom de "plan de stock-options",
sont des paquets d'émission de bons de souscription (nominatifs)
destinés aux employés méritant
d'une entreprise et visent très souvent à renforcer
l'association au développement entre cette même entreprise
et ses salariés. Ainsi, ces derniers lors de l'acquisition
des titres seront des actionnaires à part entière,
recevant des dividendes et pouvant participer aux assemblées
des actionnaires. Ce qui est censé accroître la motivation
de l'employé (...).
Par ailleurs, les stock-options (données par l'entreprise),
sont des actifs financiers sans risques puisqu'il n'y a aucune
obligation
de les appliquer et qu'ils ont été offerts... Précisons
aussi que bon nombre d'entreprises annulent les bons de souscription
des employés qui les quittent...
Exemple:
Le bon de la société X permet de souscrire à
une action de cette société au prix de 500.- jusqu'au
30 avril 2004. Si l'action X dépasse le niveau de 525.-,
le bon qui permet de se procurer une action à un coût
inférieur au cours de Bourse se révèle un placement
gagnant. Si l'action X vaut par exemple 1'000.- en avril 2004, le
bon vaudra 475.- (1'000.- moins le prix d'exercice de 525.-).
Remarque: Le développement de la liquidité sur
les marchés d'actions et d'obligations a incité les établissements
financiers à émettre des bons de souscription permettant
de faire l'acquisition de titres financiers existants indépendamment
des opérations financières de la société
concernée. Sauf exception, ceux-ci ne concernent que les
investisseurs entre eux et ne permettent donc pas le financement
de l'entreprise (il s'agit donc de pure spéculation!). Ces bons
(également
cotés)
sont fréquemment
appelés "warrants"
ou, plus précisément "covered
warrants" (warrants couverts) car, dès l'émission,
l'établissement financier se couvre en rachetant des titres
sur le marché.
D'un point de vue conceptuel, un bon est assimilable a une
option d'achat (Call) vendue par une société sur
des actions à émettre ou existantes (voir plus loin
la définition détaillée de ce qu'est une
option). Le prix d'exercice de cette option est le prix auquel
le détenteur
du bon peut acheter le titre financier correspondant et l'échéance
de l'option est celle du bon.
Cependant, l'évaluation d'un bon présente quelques
particularités par rapport à une option:
- Un bon a généralement une durée de vie longue
(2 à 4 ans) et rend difficilement acceptable l'hypothèse
de constance des taux d'intérêt utilisée par
le modèle de Black & Scholes (voir la démonstration
de ce modèle plus loin).
- Toute opération de l'entreprise émettrice qui
modifie la valeur du titre sous-jacent affecte la valeur du bon.
Effectivement,
les entreprises ont le droit de réserve légal d'émettre
un nouveau contrat pour les bons de souscription et d'en changer
la valeur et la période de temps de validité!
- Si le titre sous-jacent est une obligation, son prix évoluant
dans le temps et sachant que plus une obligation se rapproche
de
son échéance, plus sa valeur tend vers son prix de
remboursement. Sa volatilité se réduit progressivement
ce qui rend inapplicable le modèle de Black & Scholes
qui postule la constance de la volatilité dans le temps!
Les opérateurs utilisent alors des modèles dérivés
de Black & Scholes pour remédier à ces lacunes
et évaluer le prix des bons de souscription.
CONTRATS À TERME
Ce type de contrat est symétrique, c'est-à-dire
que chaque contrepartie a autant de chance de gagner ou de perdre
de l'argent.
Définition: Un "contrat à terme", appelé "future" sur
les marchés anglo-saxons (ou "forward" /"commodity
forward" lorsqu'il s'agit de contrats non standardisés
négociés
hors des marchés organisés) est
un contrat d'achat ou de vente d'un produit financier, passé
entre deux contreparties,
dont toutes les caractéristiques sont fixées à l'avance:
date de règlement, prix à terme, etc. Le prix conclu
est appelé "cours
à terme" ou aussi... "forward",
et l'échange
se fera à ce
prix quel que soit le cours du marché à la date de
livraison.
Deux types d'exécution peuvent se produire:
- Les "physical settlement" (réglement
physique): le sous-jacent est effectivement
échangé (ce qui est rare dans l'écononomie
virtuelle mais devrait dans l'économie réelle être...
une réalité).
- Les "cash settlement" (réglement
numéraire):
si le cours du sous-jacent est en dessous du prix fixé,
l'acheteur (du contrat à terme) se fournit sur le
marché qu'il veut et verse la différence au vendeur
et inversement.
L'intérêt des contrats à terme pour les intervenants est de figer
des cours dans le futur: il s'agit dans ce
cas d'une opération de
couverture.
Exemple: Un
industriel suisse sait qu'il doit
recevoir en euros une forte somme d'argent dans
six mois. Pour se couvrir contre une baisse de l'euro, il achète
un
contrat à terme, d'échéance
6 mois sur l'euro, en francs suisses (si les opérateurs financiers
savent aussi que le dollar va baisser, le contrat à terme aura
un coût suffisamment élevé pour que l'achat du contrat ne soit
pas intéressante). Notons que cette opération
de couverture du risque de change peut lui être
défavorable
si dans six mois, le contrat cède moins que le
taux de change.
Nous n'étudierons pas la mathématique des opérations
et de la détermination des prix ("pricing") des contrats à terme
(futures) maintenant, car comme ils ne sont qu'un cas particulier
des options que
nous allons
de
suite
voir en détail,
il serait redondant de présenter deux fois tous les théorèmes
alors qu'il n'y a qu'une petite modification à faire par
exemple dans le modèle de Black & Scholes pour obtenir
l'un à partir de l'autre.
OPTIONS
Les options sont des "actifs conditionnels"
("contingent claim"), c'est-à-dire
une forme particulière d'un titre (contrat), donnant à son
détenteur contre le paiement d'une somme d'argent le droit,
et non l'obligation d'acheter ou de vendre une certaine quantité
d'un actif financier (action ou obligation), à ou jusqu'à une
date (échéance ou maturité) et à un
prix fixé d'avance.
Il s'agit principalement d'un produit dérivé permettant
de se couvrir des risques de variations des marchés. Par
exemple, si Airbus vend un avion en dollars mais produit dans la
zone euro.
Le prix de vente est fixé aujourd'hui, mais la vente est
réalisée
à la livraison! Airbus doit alors se protéger contre
le risque du taux de change (qui peut parfois être de 100%
en quelques années
seulement). En général, les entreprises se protègent
de ces risques en achetant auprès des banques des produits
dérivés comme des options.
Remarques:
R1. Nous reviendrons plus loin
en détail
sur les options qui sont des produits dérivés
importants.
R2.
La principale différence entre les options et les contrats
à terme (future) réside dans le fait que les options représente
un droit d'acheter ou de vendre à l'échéance
du contrat alors que les futures représentent l'obligation
d'exercer le contrat à terme.
Définitions:
D1. Une "option"
est un produit dérivé qui donne le droit, et non
l'obligation, d'acheter ("option d'achat",
appelée aussi "Call")
ou de vendre ("option de vente",
appelée aussi "Put")
une quantité donnée d'un actif sous-jacent S (action,
obligation, indice boursier, devise, matière première,
autre produit dérivé, etc.) à un prix
fixé
d'avance appelé "strike" K ou
"prix d'exercice" E et
durant (jusqu'à)
un certain temps appelé "échéance" ou "maturité" T en échange
d'une "prime" dépendante
(C pour les Call ou P pour les Put) de
la valeur intrinsèque à la
maturité de
l'option appelée "flux" ou
plus souvent "pay off terminal" (et
par certains "cible stochastique").
La détermination de la prime avec des modèles mathématiques est
ce que nous appelons le "pricing" de l'option.
D2. Nous parlons de "cours spot"
ou plus simplement "spot" pour
désigner le cours en vigueur de l'actif sous-jacent S lors
d'une transaction immédiate de l'option (Call ou Put). Si le sous-jacent
consiste en un taux de change de devises, nous parlons alors de
"cours du cross" ou plus simplement "cross".
D3. Nous parlons de "cours forward" ou
plus simplement "forward" pour
désigner le cours qui sera en vigueur de l'actif sous-jacent S lors
d'une transaction à maturité de l'option (Call ou Put).
Nous retombons alors sur la définition d'un contrat à terme
tel que vue plus haut.
D4. Si la valeur intrinsèque d'une option est positive
par rapport au spot, elle est dite "dans
la monnaie". Dans le cas de l'achat
d'un Call, cela signifie que le prix d'exercice est inférieur
au cours spot. Il est donc possible dès lors d'acheter moins
cher que le cours du moment à la date d'exécution
de l'option (qui est une date comprise entre la date d'émission
et de maturité de l'option
pour rappel).
D5. Si la valeur intrinsèque d'une option n'est pas avantageuse
par rapport au spot, elle est dite "en
dehors de la monnaie". Dans
ce cas, le prix d'exercice est supérieur au cours du spot
pour un Call par exemple. Il ne serait dès lors pas judicieux
d'exercer ce Call à la date d'échéance, car
cela reviendrait à acheter plus
cher que le cours spot à cette date!
D6. Si la valeur intrinsèque d'une option est égale
au cours du spot à maturité, la valeur intrinsèque
est nulle et l'option est dite "à la
monnaie".
Voici un tableau récapitulatif:
|
Call |
|
Put |
|
Acheteur d'un Call
(long Call) |
Vendeur d'un Call
(short Call) |
|
Acheteur d'un Put
(long Put) |
Vendeur d'un Put
(short Put) |
|
À le droit, mais non l'obligation, d'acheter la valeur
sous-jacente au prix fixé d'avance jusqu'à la date d'échéance |
À l'obligation de vendre la valeur sous-jacente au
prix fixé
d'avance si le Call est exercé |
|
À le droit, mais non l'obligation, de vendre la valeur
sous-jacente au prix fixé d'avance jusqu'à la date d'échéance |
À l'obligation d'acheter la valeur sous-jacente au
prix fixé
d'avance si le Put est exercé |
Tableau: 66.1
- Différences entre Put et Call
Il y a donc une différence
mathématique d'une énorme importance entre les options
et les actions/obligations. Effectivement, ces premières
ayant une date d'exercice fixée, leur dynamique de prix
peut
être statistiquement prédictible et ceci d'autant
mieux lorsque nous sommes proche de leur d'achat ou de leur date
d'exercice (donc c'est une sorte de parabole que les financiers
appellent "smile de volatilité"...).
Leur volatilité est
souvent maximale entre deux et ceci n'est pas applicable pour les
actions/obligations
car on
ne sait
jamais
au niveau stratégique quand elles seront vendues ou respectivement
achetées.
Remarques:
R1. L'utilité de l'existence des options peut être
vue comme des actifs financiers permettant de croître la
volatilité
(écart-type ou "loss/gain
deviation")
du marché
et ainsi son équilibre.
R2. Pour des raisons évidentes, le détenteur
ou acheteur d'un contrat d'option est dit être
en position longue alors que sa contrepartie, l'émetteur
ou vendeur du contrat, est en position courte.
R3. Si l'option peut être exercée à n'importe quel instant précédant
l'échéance, nous parlons "d'option
américaine",
si l'option ne peut être exercée qu'à l'échéance, nous parlons "d'option
européenne". Une option non exercée est considérée
comme
"abandonnée" (perdue).
R4. Parallèlement aux options classiques, apparaissent
depuis les années 1990, sur les marchés des options
dites "options exotiques"
caractérisées par le nom du lieu où elles
ont
été créées et la manière de
calculer leur prix d'exercice à l'échéance.
Formalisons un peu plus les choses quand même... mais sans
aller trop dans les détails (nous nous les gardons pour
l'étude
du modèle de Black & Scholes plus loin qui consiste
à déterminer le montant de la prime). Considérons
pour simplifier que des options portant sur un seul sous-jacent
ne versant pas de dividendes.
Nous noterons le
prix (cours/taux de change) de l'actif sous-jacent de l'option au temps t et
de maturité T et
ferons abstraction des différents Puts et Calls continentaux
(américains et européens).
Imaginons donc un Call, qui donne à son détenteur
le droit (mais non l'obligation) d'acheter l'actif sous-jacent à tout
moment entre aujourd'hui
et
au prix d'exercice K fixé à l'avance. Prenons
le cas pratique courant d'une option d'achat (Call) qui protège
une entreprise par exemple contre la hausse du taux de change euro/dollar.
Acquise aujourd'hui par l'entreprise, elle va lui conférer
donc le droit (mais pas l'obligation) d'acheter 1 dollar en échange
de K euros (le prix d'exercice ou strike K est
une caractéristique fixe du contrat) à la date future T fixée
(date de maturité).
Si le taux de change en question vaut à
la date t (i.e. 1 dollar = euros),
cette assurance revient du point de vue de l'entreprise à percevoir
un montant (pay off):
(66.29)
euros à la maturité T et noté traditionnellement.
À tout temps, deux cas se produisent dès lors pour
notre acheteur du Call:
1. :
dans ce cas, le Call donne le droit d'acheter au prix K le
sous-jacent que nous pourrions acheter moins cher sur le marché.
Ce droit n'a donc aucun intérêt si nous ne sommes
pas
à l'échéance, et nous ne l'exerçons
donc pas. Cependant, si nous sommes à l'échéance,
il faut voir... il y a une part de risque quand à l'évolution
ultérieure de .
Dans le cas de notre Call pour le change dollar/euro nous aurons
donc plutôt intérêt à faire le change
au taux du marché plutôt
que d'exercer notre Call puisque sinon nous aurons moins d'euros
pour un même dollar. Mais nous perdrons la somme déboursée
(la prime) d'achat des Call.
2. : le Call permet d'acheter le sous-jacent moins cher que sur le
marché.
Nous exercerons donc très probablement le droit (le profit
étant la différence entre ses deux prix). Dans le
cas de notre Call pour le change dollar/euro nous exercerons notre
droit au taux plus avantageux garanti par le contrat d'option
(1 dollar = K euros) avec un gain noté traditionnellement .
Du point de vue de la contrepartie
(vendeur du Call), dans le cas (1) elle ne verse rien à l'acheteur,
et tout est oublié (le contrat expire; tout lien contractuel
entre les deux parties disparaît). Dans le cas (2), le
vendeur est assigné, il doit vendre à sa contrepartie
l'action aux prix K.
S'il ne détient pas cette action, il doit d'abord l'acheter
sur le marché plus cher (au prix ).
Dans les deux cas la contrepartie a encaissée par contre
la prime par unité de Call.
Ainsi, dans le premier cas,
l'acheteur et le vendeur ne reçoivent ni ne doivent rien.
Dans le deuxième cas, tout se passe comme si l'acheteur
de Call achetait l'action sur le marché et recevait au
même
moment la somme
(pour le vendeur c'est bien évidemment l'inverse). Donc
avec ces produits dérivés c'est le vendeur du Call
(ou du Put) qui endosse presque tout le risque du marché et
évidemment l'intérêt est grand de neutraliser
ce risque en utilisant un formalisme mathématique (le modèle
de Black & Scholes).
Voyons un exemple maintenant
du point de vue de l'investissement (la prise de risque
est flagrante
dans cet exemple):
Exemple:
Imaginons le cas d'une action
valant actuellement 1000.- (peu importe la devise) et qu'elle soit
supposée augmenter de 12% en une année.
Imaginons aussi qu'un
investisseur à l'alternative d'acheter l'action à 1000.- ou d'acheter
l'option Call à un prix d'exercice de 1000.- (donc
supposé
égal au prix de l'action, ce qui n'est pas nécessairement
toujours le cas) pour une prime de 40.- (nous verrons plus tard
comment calculer les primes). Évidemment, l'investisseur peut alors
pour 1000.- acheter 25 options Call plutôt qu'une seule action.
La question est de trouver
l'investissement le plus intéressant: Ainsi,
une augmentation de 120.- dans le cas de l'achat d'une action représente
un retour sur investissement de 12% par année, alors
que l'achat d'une option Call aura un retour sur investissement
de
80.- (120.-
de gains sur le prix de vente moins 40.- de la prime payée)
soit de 200%.
Il apparaît clairement dans cet exemple que la rentabilité d'achat
d'un Call à même investissement est nettement supérieure à l'achat
de l'action tant que la prime d'option ne dépasse pas
un certain seuil.
Maintenant abordons de manière détaillée
et par l'exemple un autre concept que nous avons déjà
implicitement présenté dans les paragraphes précédents
et qui nécessite toute notre attention, car il en est souvent
fait mention par les analystes. Il s'agit de "l'effet
de levier" des options.
Lorsque nous évoquons les options, nous ne retenons souvent que
le droit d'acheter ou de vendre un bien ou un instrument financier
(à un prix fixé d'avance et durant un certain temps), en négligeant
l'obligation correspondante du vendeur de l'option. Or, l'effet
de levier qui caractérise ces instruments financiers peut rendre
cette obligation dévastatrice pour le vendeur.
Pour voir de quoi il s'agit commençons par le risque des
Call.
Exemple:
L'acheteur d'un Call sur une action (par exemple) limite son risque
à la prime de l'option pour un gain potentiel illimité. Le vendeur
du Call se trouve dans la position exactement inverse: il encaisse
la prime de l'option, mais prend un risque illimité.
Prenons une action X cotée 350.- à la mi-octobre.
Un investisseur parie sur la hausse du titre et achète
12.50.- (la "prime")
une option Call à échéance janvier de l'année
suivant aux prix d'exercice de 380.-. Une représentation
graphique permet de mettre aisément en
relation l'évolution du titre (en abscisse) et son effet
sur l'acheteur ou vendeur du Call.
Considérons le cas de l'acheteur du Call:
Tant que le cours de l'action reste en dessous de 380.- ("valeur
de levier"), prix d'exercice, l'acheteur du Call
n'aura aucun intérêt à exercer son option, qui
est dite "out of the money".
Par contre, si le cours de l'action progresse et dépasse
le prix d'exercice, l'option est dite alors "in
the money"
et il devient intéressant d'exercer l'option. Lorsque le
prix d'exercice de l'option est égal au prix du sous-jacent
en Bourse, nous disons que l'option est "at
the money".
Dès que le cours de l'action dépasse 392.50.-, soit
l'addition du prix d'exercice et de la prime de l'option à la
mi-octobre (380+12.50), le détenteur du Call commence à gagner
de l'argent sur son investissement initial. Si le cours du titre
monte tout à coup à 500.-, soit une
augmentation d'un peu plus de 40%, le gain sera beaucoup plus que
proportionnel: pour 12.50.- investis, l'acheteur réalisera
un bénéfice
de 107.50.- soit un gain de 860%: c'est le fameux "effet
de levier".

Figure: 66.4 - Effet de levier pour l'acheteur d'un Call
Considérons maintenant le cas du vendeur du Call:
Tant que l'action reste en dessous de 380.- ("valeur
de levier"), le vendeur du Call fait un bénéfice
de 12.50.-, représentant la prime de l'option. À partir
de 380.-, le vendeur risque d'être obligé de livrer
l'action au prix d'exercice, soit 380.-. À partir de
392.50.-, il commence à perdre de l'argent
sur l'opération, puisque l'action qu'il devra sans aucun
doute livrer vaudra plus chère que l'addition du prix d'exercice
et de la prime
encaissée. Si pour son malheur le titre monte effectivement à 500.à
et qu'il ne le possède pas, il lui faudra aller le racheter
en Bourse pour honorer la demande d'exercice du détenteur
du Call, en perdant 107.50.- sur l'opération, soit plus
de huit fois la prime encaissée
au départ.

Figure: 66.5 - Effet de levier pour le vendeur d'un Call
Maintenant intéressons-nous au risque des Put.
Exemple:
L'acheteur d'un Put limite son risque au coût de la prime de l'option
pour un gain potentiel beaucoup plus important. En face de lui,
le vendeur du Put se trouve dans la position exactement inverse: il encaisse la prime de l'option mais prend un risque beaucoup
plus grand. Si nous prenons la même action X cotée à 350.-
à la mi-octobre, nous nous trouvons cette fois avec un investisseur
qui parie sur la baisse du cours de l'action. Il achète donc pour
49.50.- (la "prime") un Put d'échéance décembre au prix
d'exercice de 390.-.
Considérons le cas de l'acheteur du Put:
L'acheteur du Put commence à réaliser un profit
si le prix de l'action tombe en dessous de 340.50.-, soit le prix
d'exercice
mois
le prix de l'option (390-49.50). Entre 340.50.- et 390.- l'exercice
n'est pas profitable mais permet de diminuer la perte. Au-dessus
du prix at-the-money (390.-) l'exercice du Put n'offre vraiment
plus aucun intérêt et nous disons alors que l'option Put
est out of the money (O.T.M.).

Figure: 66.6 - Effet de levier pour l'acheteur d'un Put
Considérons le cas du vendeur du Put:
Le vendeur du Put encaisse d'abord la prime de l'option soit
49.50. Tant que le cours se maintient au-dessous de 390. il est
gagnant.
Si le cours de l'option se situe entre 340.50.- et 390.- il perd
un peu de sa prime mais reste gagnant. En dessous de 340.50 le
vendeur
du Put sera obligé au moment de l'échéance
de verser 390.- à l'acheteur
du Put (en vendant le sous-jacent et en versant la différence
d'une manière ou d'une autre). Bien évidemment si
le prix du sous-jacent tombe à zéro, le vendeur du Put
peut ainsi perdre jusqu'à 340.50.-
de fonds propres.

Figure: 66.7 - Effet de levier pour le vendeur d'un Put
Si nous réfléchissons un petite moment,
une stratégie possible est d'acheter des Put et des Call
du même sous-jacent
avec le même strike et la même date d'expiration (échéance).
Ce type de stratégie s'appelle un "straddle" ou
"straddle purchase" ou encore "bottom
straddle".
Ainsi, si le cours du sous-jacent est proche du
strike K à la date d'expiration T alors
le straddle engendre une perte nette (car nous n'utiliserons ni
le Put, ni
le Call et nous aurons perdu la somme équivalant à la prime des
options). En revanche, si le cours du sous-jacent est assez loin
du strike à l'échéance
le profit peut être très important.
C'est de la pure spéculation des banques
d'affaires et cela devrait être objectivement interdit mais
voyons en quand même le principe via un exemple... Exemple:
Considérons un sous-jacent qui vaut actuellement
69.- va décaler violemment
dans les trois mois qui viennent. Nous pouvons mettre en place
une stratégie straddle en achetant à la
fois un Call et un Put de strike 70.- et de maturité 3 mois.
Supposons que le Call coûte 4.- et le Put 3.-.
Dans le cas où à échéance,
la valeur du sous-jacent est celle du strike K, pour le
spéculateur c'est la pire
situation car il aura perdu la somme des deux primes, soit 7.-
car il n'avait n'a aucun intérêt à exercer
le Call en utilisant son Put (puisque la différence est nulle entre
les deux).
Si le cours du sous-jacent reste à 69.-,
nous perdons 6.-car le Call ne vaut plus rien à maturité (du
moins il fait perdre de l'argent il serait peu judicieux pour un
pur spéculateur de l'exercer) et le Put ne vaut plus que 1.- (car
on va pouvoir vendre à 70.- quelque chose qui en vaut 69.- et cela
fera un petit gain de 1.-). Donc (4+3)-1=7-1=6.-.
Si le cours du sous-jacent monte à 90.-
(ou descend à 50.-), nous réaliseron un profit
de 13.- grâche au Put car (-4-3)+(90-70)=13.-.
Il faut espérer pour le spécaluteur
qu'il pariera correctement à une forte variation ignorée
de la majeure partie des acteurs du marché, sinon quoi les
primes d'options seront suffisamment
élevées pour que son gain soit dès lors quand
même nul....
FONDS
DE PLACEMENTS
Définition: Un "fonds
de placement" est un véhicule d'investissement
(portefeuille de titres, d'actions ou d'obligations par exemple)
que les
établissements financiers proposent à leurs clients.
Remarque: Un "hedge
fund" ou "fonds
couvert" est un ensemble
de produits financiers utilisés comme couverture contre
les fluctuations du
marché. En théorie, si la Bourse chute, le hedge
fund ne descend pas et a une performance absolue. Ces types de
fonds alternatifs sont
cependant réservés à une clientèle
fortunée et avertie.
Bien qu'un fonds de placement
réunisse divers actifs financiers,
les clients peuvent acheter les parts émises à une
faible valeur par rapport à l'achat d'actifs individuels.
Chaque part contient théoriquement une proportion de chacun
des actifs se trouvant dans le fonds de placement. Elles garantissent
un droit de participation à la fortune globale du fonds
sans toutefois donner de droit sur les sociétés inclues
dans le fonds.
Un fonds de placement peut
investir les montants de diverses manières dont les plus
communément
pratiquées sont les papiers valeurs (actions, obligations),
papiers monétaires, valeurs immobilières, régions
(pays, continents), secteurs d'activité ou encore selon
des objectifs personnels. Il existe en ce début de 21ème
siècle à peu
près 30'000 fonds de placement à travers le monde.
Les fonds de placement rendent
souvent service aux petits portefeuilles: avec des montants
relativement modestes, il est possible de bénéficier
d'une bonne répartition des risques et aussi à des
prix de gros accordés sur les transactions effectuées
par les gestionnaires de fonds.
Retours et taux d'investissements
Pour définir l'objectif poursuivi par le possesseur d'actifs financiers,
nous nous référerons à la motivation économique de tout acte d'investir.
Celle-ci consiste concrètement à consentir présentement à une dépense,
en vue d'un accroissement de patrimoine espéré dans le futur.
De deux ou plusieurs stratégies d'investissements, la
meilleure au niveau individuel est celle qui maximise lef capital
final de
l'investisseur.
Il existe alors différents types de retour sur investissements
suivant l'objet d'étude. Ainsi, nous différencions
en finance (avant d'en voir les détails):
1. Les retours d'actifs financiers sur un horizon économique
(return on investment) et leur taux de rendement respectifs (rate
of return).
2. Les retours sur des investissements en comparaison à
un taux géométrique moyen du marché (goodwill)
et la limite du taux de rentabilité correspondante (internal
rate of return).
Ensuite, il faut considérer d'autres approches de taux
de rentabilité outre le deux mentionnés ci-dessus
les deux autres grands classiques sont (avant d'en voir les détails):
1. Le taux de retour pondéré par les capitaux investis
(M.W.R.R.) qui a l'avantage par rapport au taux de rendement interne
du goodwill
de prendre en compte les investissements faits en dehors des périodes
temporelles classiques.
2. Le taux de retour pondéré dans le temps (T.W.R.R.) qui est un
outil pratique pour mesurer la performance des gestionnaires de
fonds car il ne prend pas en compte les flux (retraits ou investissements)
des investisseurs qui sont incontrôlables.
Voyons donc un peu tout cela:
RETUNR ON INVESTMENt
En pratique, nous définirons
l'objectif de l'investisseur comme consistant à maximiser l'accroissement
de sa fortune initiale, quelles que soient les modalités
de cet accroissement. Cet accroissement appelé donc
en anglais "return
on investment" (R.O.I.) ou, plus brièvement, "return" est
défini
par la relation (logique) dans le cadre de la gestion d'actifs
par:
(66.30)
où est
donc le return de l'actif financier pour la période (se terminant
au temps) t, le
prix du marché au temps t de l'actif financier et le
revenu liquide attaché à la détention de l'actif financier durant
la période (se terminant au temps) t.
Le revenu
est supposé perçu au temps t,
ou, s'il est perçu entre
et t,
il est supposé ne pas être réinvesti avant le temps t.
Le prix de marché au temps
est une valeur "ex-coupon" c'est-à-dire une valeur enregistrée
immédiatement après (le détachement du coupon
donnant à) la perception,
au temps ,
du revenu liquide afférant à la période .
Sur le plan empirique, l'hypothèse de non-réinvestissement
jusqu'à
la période élémentaire de temps utilisée
est courte (un mois maximum), afin d'éviter des distorsions
statistiques trop importantes dans le traitement des données
chronologiques.
Pour faciliter les comparaisons
entre investissements, nous utilisons une mesure exprimée
en termes relatifs le "taux de rentabilité" ou "rate
of return"
défini assez logiquement par:
(66.31)
où
est le taux de rentabilité pour la période t.
Nous reviendrons lors de notre étude du modèle mathématique
d'évaluation des actifs financiers sur ces outils.
INTERNAL RATE OF RETURN
La mise en oeuvre d'un capital
financier pour permettre la réalisation d'opérations
d'économie
réelle (c'est-à-dire le fait de consacrer, directement
ou indirectement, ce capital financier à l'acquisition ou à la
constitution de moyens de production, au sens le plus large
de ce terme)
peut donc produire
à travers le temps des retours d'argent sous la forme de flux nets
de liquidités appelées "flux
net de trésorerie" (F.N.T.) ou
encore "cash-flows" (C.F.)
(cela fait toujours mieux en anglais....).
Le calcul actuariel permet
de construire formellement un critère de décision.
En effet, nous définissons (logiquement mais sans toutefois
étant complètement réaliste) la prise de
risque par le "goodwill"
comme étant
donné
par la relation:
(66.32)
Explications:
Le deuxième terme à droite de l'égalité nous est déjà
connu (nous l'avons vu lors de notre étude du calcul actuariel)
mais sous la forme:
(66.33)
Dans un contexte de certitude de l'avenir (...) il nous donne
donc l'investissement initial à effectuer à un pourcentage donné constant
(...) pour avoir un retour sur investissement (cash-flow)
à un taux d'intérêt périodique moyen
géométrique
t% (taux du marché) avec T étant
l'horizon de l'opération (nombre de périodes),
étant la dépense initiale d'investissement.
En d'autres termes,
le goodwill
de
l'opération
représente les flux excédentaires actuels obtenus
après avoir remboursé la somme initiale investie
au cours de sur sa durée d'utilisation et après
avoir rémunéré le capital encore investi
au début
de chaque période au taux d'actualisation.
Si:
(66.34)
A la formulation du critère
de décision telle qu'elle vient d'être présentée,
nombreux sont ceux, notamment les praticiens, qui préfèrent
la méthode dite
du "taux interne de rentabilité" (TRI)
ou
"internal rate of return" (I.R.R.).
Celle-ci n'est en apparence qu'une variante
de la première
formulation. Elle consiste à calculer un taux généralement
symbolisé
par la lettre grecque ,
qui annule la valeur du goodwill (il s'agit donc de déterminer
le taux de rentabilité tel que la somme des flux nets
de trésorerie soit égale au montant du capital
investi):
(66.35)
Si:
(66.36)
Nous voyons que le taux
interne de rentabilité intervient dans le processus de
décision
de manière
à première vue équivalente à celle dont il est utilisé dans
le calcul d'une valeur actuelle nette. En outre, l'expression du
résultat
du calcul est indéniablement plus parlante que le montant
absolu (goodwill) obtenu dans la première formulation. Nous
inclinerions donc à adopter la seconde formulation si celle-ci
ne présentait,
à l'examen approfondi, l'inconvénient majeur que le calcul
du taux interne de rentabilité comporte dans certains cas
plusieurs solutions. La relation est en effet une équation
polynomiale dont nous avons
démontré, dans le chapitre d'Algèbre, qu'elle
a autant de racines que le polynôme
présente de changements de signe.
MONEY
WEIGHTED RATE OF RETURN
Nous allons maintenant introduire un type de taux interne de
rentabilité
différent de celui du lié au goodwill et qui s'applique
mieux à la gestion de portefeuilles que le taux interne
de rentabilité vu plus haut (qui rappelons-le se base
sur l'hypothèse
que les cash-flows sont déboursés à intervalles
périodiques).
Considérons un
fonds F et les informations
suivantes:
1. La valeur du fonds juste
avant le temps 0.
2. La valeur du fonds juste
après le temps 1.
3. Une
valeur monétaire
totale nette investie
durant la période [0,1] payée
en deux moitiés
en début
et fin de période (pour simplifier l'exemple...).
Les données qui vont nous intéresser
sont les suivantes:
1. La valeur qui
représente la valeur totale du fonds et d'une partie de
l'investissement au moment 0.
2. La valeur qui
représente le capital qu'il aurait fallu rassembler pour arriver
en fin de période à la valeur N/2 lorsque le taux
du marché est à un taux t%.
3. La valeur qui
représente le capital qu'il aurait fallu rassembler pour arriver
en fin de période à lorsque
le taux du marché vaut aussi t%.
La différence:
(66.37)
donne la valeur qu'il aurait fallu capitaliser
pour obtenir la somme .
Ce qui est trivialement
intéressant pour un
investisseur est alors de connaître le taux tel
que le premier investissement égalise sont objectif annuel.
C'est-à-dire:
(66.38)
soit:
(66.39)
relation qui est
appelée "relation
de Hardy".
Si cette relation
se vérifie pour connus
et déterminés et un supposé, un
investisseur n'aura rien à gagner ni à perdre à investir dans le
fonds ou de capitaliser au taux du marché .
Si l'équation de Hardy n'est pas non nulle, mais
positive alors l'investissement dans le fonds n'est pas intéressant.
Si elle est négative, il vaut alors mieux investir dans
le fonds.
De l'algèbre élémentaire, nous conduit à la
relation:
(66.40)
avec:
(66.41)
Effectivement:
(66.42)
Le taux est
souvent nommé en gestion de fortune le "Money
Weighted Rate of Return " (M.W.R.R.). ou "Taux
de Retour Pondéré par les Capitaux Investis" (T.R.P.C.I.)
et représente donc la performance d'un fonds (portefeuille) avec
prise en compte des entrées et sorties de capitaux au cours de
la période d'évaluation.
Exemple:
Un fonds a eu les revenus suivants pendant l'année 2006 :
- Valeur au 1er Janvier 2006: 30 MFr.-
-
Investissement sur le fonds pendant l'année: 18 MFr.-
- Retraits sur
le fonds: 30 MFr.-
-
Valeur du fonds au 31 décembre 2006: 21 MFr.-
Quel est le taux
effectif (M.W.R.R.) de ce fonds en 2006 ?
Nous
avons alors comme données initiales ce
qui donne si nous assumons les hypothèses de départ
concernant N :
(66.43)
et alors:
(66.44)
Considérons maintenant que nous savons que les investissements
ont eu lieu la 3/8ème part et les retraits la 3/4ème
part de l'année.
Le M.W.R.R. est alors
le taux du cash-flow:
(66.45)
Nous devons alors trouver t% tel que:
(66.46)
La
résolution de
cette équation avec Maple donne:
(66.47)
Nous
voyons qu'en considérant les cash-flows et le moment où ils
ont lieu (donc une analyse plus fine et rigoureuse) nous réduisons
le M.W.R.R. Par ailleurs, le dernier calcul étant plus
rigoureux que le premier, c'est celui que l'investisseur voudra
connaître
en fin d'année.
Ce
taux est donc une mesure effective du taux d'accroissement du
fonds, donnant
l'impact du poids des cash-flows sur la valeur du fonds. Il s'agit
aussi au fait d'une simple généralisation du IRR
(Internal Rate of Return).
Remarque: En Suisse, certaines fondations d'assurance
de la LPP (Loi sur la Prévoyance Professionnelle) communiquent
la M.W.W.R. annuelle ou trimestrielle
sur les 5 à 10 ans passés.
TIME
WEIGHTED RATE OF RETURN
Nous allons maintenant nous intéresser à un autre outil financier
de la gestion de portefeuilles utilisé également pour
juger du rendement d'un investissement.
Considérons
un fonds tel que:
| |
Décembre
31. 2000 |
T1
2001 |
T2
2001 |
T3
2001 |
T4
2001 |
| Valeur
de début du fonds |
|
1000 |
370 |
81 |
7.8 |
| Gain ou
(perte) pour le trimestre % |
|
10% |
3% |
(4%) |
6% |
| Gain
ou (perte) pour le trimestre .- |
|
100 |
11 |
(3.2) |
0.5 |
| Cash-flows
trimestriels entrées/(sorties) |
|
(730) |
(300) |
(70) |
0 |
| Valeur
du fonds |
1000 |
370 |
81 |
7.8 |
8.3 |
Tableau: 66.2
- Time Weighted Rate Of Return
Le
31 décembre 2000, le fonds a une valeur de 1000.-. Durant
le premier trimestre 2001 il a un retour de 10% mais nous imaginons
que
cette valeur est loin de ce qui était attendu alors l'investisseur
retire 730.- du fonds (portefeuille basé sur le fonds).
Lors du second trimestre, le fonds a gagné 3% et 300.-
supplémentaires
ont été retirés par l'investisseur. Lors
du troisième trimestre
le fonds a perdu 4% et 70.- ont été retirés.
Le dernier trimestre, le fonds a gagné 6% et aucun fonds
n'a été retiré.
Nous
avons alors l'accroissement (retour) global sur l'ensemble de
la période (année) qui est donné par:
(66.48)
Nous
voyons bien que cette valeur est indépendante des flux
monétaires
du portefeuille de l'investisseur. Nous
appelons la valeur de 15.3% le "Time
Weighted Rate of Return" (T.W.R.R) ou "Taux
de Retour Pondéré dans le Temps" (T.R.P.T.)
sur une bas trimestrielle.
En d'autres termes, le T.W.R.R. indique la performance d'un portefeuille
sans prise en compte des entrées et sorties de capitaux au cours
de la période d'évaluation.
Ce
cas particulier peut être noté de manière générale par la relation:
(66.49)
Il convient de se rappeler que si nous avions voulu calculer
la moyenne du rendement du fonds par trimestre, nous aurions
simplement utilisé la moyenne géométrique
(cf.
chapitre de Statistiques)!
Le T.W.R.R. est un outil pratique pour mesurer la performance
des gestionnaires de fonds, car il ne prend pas en compte les
flux
(retraits ou investissements) des investisseurs qui sont incontrôlables.
Ainsi, nous avons une mesure de la qualité de la dynamique
des fonds indépendante du choix des investisseurs qui
pourraient considérer
les retraits ou investissements comme des cash-flow qui serviraient
à calculer un I.R.R. qui n'aurait plus ou moins aucune signification
par rapport à la dynamique du fonds.
Remarque: En Suisse, certaines fondations
d'assurance de la LPP (Loi sur la Prévoyance Professionnelle)
communiquent la T.W.W.R. annuelle ou trimestrielle sur les 5 à 10
ans passés mais sur une base journalière.
MODÈLE SPÉCULATIF DE BACHELIER
Après ces nombreuses
définitions contextuelles, le but maintenant est d'introduire
les techniques mathématiques spéculatives stochastiques
de base utilisées
en finance. En effet, la finance étant devenue au fil
du temps un domaine de plus en plus concurrentiel, les marges
sur les
produits standard ont tendances à se réduire, la
prime est donc donnée à l'innovation. Cette évolution
a conduit à une sophistication croissante des produits
financiers, faisant ainsi appel à des notions mathématiques
poussées,
basées principalement sur des modèles de probabilités,
introduits par Louis Bachelier dans sa "Théorie de
la spéculation" mais réellement utilisés
que depuis 1973 grâce aux différents travaux de
Black &
Scholes et Merton (qui leur ont
valu à leurs auteurs le dernier Prix Nobel d'économie).
Regardons pour commencer quels
sont les développements proposés par Louis Bachelier
dans sa thèse pour déterminer l'espérance
mathématique prévisionnelle et l'écart-type
prévisionnel d'un actif financier (résultat
que nous utiliserons dans le cadre de l'étude du modèle
d'évaluation de Black & Scholes).
Désignons
par
la fonction de densité de probabilité que le cours
d'un actif soit x à un
temps t. Dès
lors, la probabilité cumulée que la valeur du
cours se trouve comprise dans l'intervalle élémentaire
[x, x + dx] au
temps t est de la forme:
(66.50)
(dont l'intégrale sur l'ensemble du domaine de
définition devra donner 1).
En vertu du quatrième
axiome des probabilités (voir chapitre du même nom),
la probabilité que le cours évolue d'une certaine
valeur
à une autre (chaîne de Markov temporelle à temps
continu), sera égale
au produit de la probabilité cumulée pour le cours
soit coté x dans un intervalle donné à l'époque ,
c'est-à-dire:
(66.51)
multipliée
par la probabilité cumulée pour que, le cours étant
coté x à l'époque ,
le cours soit coté z dans un intervalle
donné à l'époque ,
c'est-à-dire, multipliée par:
(66.52)
La probabilité cherchée
est donc:
(66.53)
Cette écriture suppose donc que les cours sont des variables aléatoires
indépendantes...
Le cours pouvant se trouver à l'époque
dans tous les intervalles dx compris entre ,
la probabilité cumulée pour
que le cours soit
coté z à l'époque
sera:
(66.54)
La probabilité de
ce cours z,
à l'époque
a aussi pour expression:
(66.55)
Nous
avons donc:
(66.56)
ou:
(66.57)
telle est l'équation
à laquelle doit satisfaire la fonction de distribution de
probabilité p
que nous recherchons.
Cette équation
est vérifiée, comme nous allons le voir, par la
fonction:
(66.58)
Mais il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'une solution particulière
(raison pour laquelle ce modèle est parfois appelé "modèle gaussien
de Bachelier")... et de plus rien ne dit que les deux variables
aléatoires
indépendantes
suivent toutes la même loi de probabilité...
Les deux
hypothèses de construction du modèle vues jusqu'à maintenant
(indépendance et distribution identique) sont souvent indiquées
en finance sous
l'appellation des "hypothèses
d'indépendance
et de stationnarité".
Ceci étant dit, nous devons alors bien évidemment
imposer (axiomes des probabilités
obligent!):
(66.59)
L'intégrale classique qui figure dans le deuxième
terme a pour valeur (cf. chapitre de Statistiques):
(66.60)
nous
devons donc obligatoirement avoir pour la normalisation:
(66.61) Il en découle:
(66.62)
En posant ,
nous obtenons
c'est-à-dire que A égale la probabilité
du cours coté actuellement. Il faut donc établir
que la fonction:
(66.63)
où
dépend du temps, satisfait bien à l'équation
de condition ci-dessus.
Soient
les quantités correspondant à
et relatives aux temps ,
il faut donc prouver que l'expression:
(66.64)
peut se mettre sous la forme
où
A,B ne dépendant que du temps!
Cette intégrale devient
en remarquant z que n'est pas une variable d'intégration
(nous supposons qu'il est indépendant de x comme
vous l'aurez compris depuis le début)
(66.65)
Nous allons maintenant changer la forme de l'intégrale (nous changeons
aussi de notation pour l'exponentielle sinon cela devient illisible):
(66.66)
et posons:
(66.67)
Nous aurons alors:
(66.68)
L'intégrale:
(66.69)
ayant
pour valeur 1 (cf. chapitre de Statistiques),
nous obtenons finalement:
(66.70)
Cette expression ayant la
forme désirée puisque:
(66.71)
nous devons en conclure que
la probabilité
que le titre soit coté z au temps s'exprime
bien par la relation:
(66.72)
Nous voyons que la probabilité
est régie par une loi de distribution de type loi Normale
centrée réduite! Ceci constitue un résultat
remarquable obtenu par Louis Bachelier en 1900 et qui avait été déjà spéculé par
Jules Regnault au milieu du 19ème siècle.
Effectivement, Regnault compare la spéculation à un
jeu de pile ou face dans lequel les deux côtés de
la pièce correspondent aux
deux possibilités, hausse ou baisse du cours. Sous l'hypothèse
qu'à quelque moment que ce soit, il n'y a jamais plus d'avantages
pour une chance que pour l'autre. Autrement dit, à chaque
cotation, le cours a une chance sur deux d'augmenter et une chance
sur deux
de diminuer. Mais chaque spéculateur a son opinion sur
la question. Sans cette diversité d'opinions, il n'y aurait
pas conséquent ni
échanges ni variations des cours. Les opérateurs
se répartissent
donc en deux groups (haussiers, baissiers) qui font des évaluations
subjectives de la valeur future du cours qui comportent forcément
une marge d'erreur. Cependant, pour Regnault, les erreurs des spéculateurs
ne sont pas quelconques, elles obéissent à une distribution
de Gauss. Effectivement, comme l'a démontré Laplace,
si la probabilité
d'erreur est petite et qu'elles sont nombreuses et indépendantes
alors les résultats des erreurs suivant une loi de Gauss
(cf.
chapitre de Statistiques).
La relation antéprécédente
nous montre que les paramètres
satisfont à la relation fonctionnelle:
(66.73)
différentions par
rapport à ,
puis par rapport à .
Le premier membre ayant la même forme dans les deux cas, nous
obtenons:
(66.74)
donc après simplification:
(66.75)
Ce qui donne finalement:
(66.76)
Cette relation ayant lieu,
quels que soient ,
la valeur commune des deux rapports est constante et nous avons
donc:
(66.77)
Une fonction qui satisfait
cette relation existe et est:
(66.78)
H
désignant une constante ou une fonction indépendante du
temps.
Vérification:
(66.79)
donc:
(66.80)
Nous avons donc pour expression
finale de la fonction de densité de probabilité de
la valeur du cours x:
(66.81)
avec x (pour rappel) qui est supérieur ou
égal à 0.
Le lecteur remarquera donc que pour une valeur de
H et t fixées nous avons toujours ici
la forme d'une loi Normale centrée (cf.
chapitre de Statistiques)!! Les financiers disent alors
que nous avons affaire à un "hasard sage", sous-entendu
que les variations sont faibles et régulières.
ESPÉRANCE ET VARIANCE
POSITIVE
Comme le cours ne peut pas être négatif, nous nous restreignons
au calcul de l'espérance
positive comme étant
alors (cf.
chapitre de Statistiques):
(66.82)
en notant:
(66.83)
le "coefficient d'instabilité" (sur
lequel nous ne savons rien) nous avons ainsi l'espérance
positive du cours qui est au final:
(66.84)
l'espérance mathématique du cours est donc proportionnelle
à la racine carrée du temps comme l'est le mouvement
brownien que nous avons étudié dans le chapitre de
Mécanique
Statistique!!
Il découle aussi immédiatement de ce résultat
que l'écart-moyen
de la valeur du cours à deux instants différents
consécutifs est
lui aussi proportionnel à la racine carrée du temps écoulé
entre les deux instants!
Nous remarquons aussi qu'à l'instant où t est
égal à 0, l'espérance positive du gain est
nulle, car la valeur y est connue de manière sûre
(c'est ainsi qu'il faut l'interpréter).
Remarque: Le mouvement brownien est
massivement employé
par les professionnels, puisque les calculs de volatilité annualisée
(en %/an) dont on trouve les résultats dans
toute page financière de la presse
quotidienne, ne sont que des conversions en racine
carrée
du temps des calculs de volatilité périodique
(en %/mois ou %/semaine) utilisée comme base d'estimation.
Calculons maintenant la variance positive aussi:
(66.85)
Nous posons:
(66.86)
soit:
(66.87)
avec:
(66.88)
Il vient alors:
(66.89)
Or, dans le chapitre de Statistiques, nous avons démontré par
intégration par parties que:
(66.90)
Soit au final:
(66.91)
Donc si nous posons:
(66.92)
Nous avons finalement:
(66.93)
Donc l'écart-type positif est lui aussi proportionnel à la
racine carrée du temps (et le résultat serait le
même si nous calculions l'écart-type total)!
Donc par stabilité de la loi Normale (cf.
chapitre de Statistiques)
nous avons:
(66.94)
Il s'ensuit immédiatement que:
(66.95)
et:
(66.96)
Donc les variations du prix du cours d'un actif financier entre
deux instants successifs ont une loi de probabilité bien évidemment
aussi décrite par une loi Normale centrée (découlant
donc de la stabilité de cette loi) caractérisée
elle aussi par une espérance positive et un écart-type
positif proportionnels à la racine carrée du temps.
Ce résultat démontré mathématiquement
avait été mesuré par Regnault
une cinquantaine d'années auparavant (~1850) en
observant que l'écart-moyen de titres obligataires français était
proportionnelle à la
racine carrée du temps.
Ceci dit il faut accepter les limites de cette approche. Prenons
par exemple les rendements de journaliers de l'indice Dow Jones
en 2008 et 2009. D'après les spécialistes possédant
les détails de ces données, elles suivraient plutôt
une loi de Student de paramètre 3 qu'une loi Normale...!
Pour donner une comparaison flagrante de la limite
de ces approches rappelons (cf. chapitre
de Statistiques)
que la probabilité cumulée
qu'une variable aléatoire suivant une loi Normale soit au-delà de
4 écart-types est de 1-99.99366% soit 0.00634%. Cela signifie,
si la Bourse a 252 jours ouvrés, une
certitude d'avoir une grande déviation tous les:
(66.97)
où nous considérons donc (cf.
chapitre de Probabilités)
les événements comme disjoints deux à deux.
Or la réalité montre, par exemple, que l'indice
Dow Jones a eu entre 2008 et 2009 en moyenne 8 déviations
au-delà de 4 écarts-types par année… et
ce n'est guère qu'un peu mieux si nous faisons une approche
avec la loi de Student.
Deux résultats majeurs sont au final à retenir ici
sont sous les hypothèses fortes de normalité centrée
et d'indépendance:
1. Que la fonction de distribution de probabilité que le
cours d'un actif financier soit x à un instant t donné suit
une loi Normale centrée...!!
2. Que l'espérance positive et l'écart-type positif
de la valeur d'un actif financier sont proportionnels à la
racine carrée
du temps avec un facteur dont nous ne savons rien!!
3. Que l'espérance de gain est globalement nulle (ce qui rend
le modèle peu réaliste mais donne déjà une base de travail).
C'est le premier modèle de base à connaître
en finance (qui ne devrait plus être utilisé dans
les entreprises en ce début de 21ème siècle
mais qui l'est malheureusement encore en majorité...) et
nous réutiliserons
donc ces démarches lors de notre introduction au modèle
de Black &
Scholes.
Enfin, il convient de préciser que c'est un modèle
théorique!
Il faut donc le confronter à la pratique pour voir s'il
est valide ou non. En l'occurrence l'observation des marchés
financiers montre que ce n'est le cas que hors des bulles spéculatives
que les variations peuvent être modélisées
par un mouvement brownien. Il faut donc chercher des modèles
plus puissants et nous verrons un jour que le mouvement brownien
(appelé également "processus brownien")
qui est lisse (continu) et donc sans sauts brusques est un cas
particulier des processus de Lévy.
MODÈLE DE DIVERSIFICATION EFFICIENTE DE MARKOWITZ
Les travaux de Markowitz en 1954 ont constitué la première tentative
de théorisation de la gestion financière de portefeuilles et son
modèle suggère une procédure de sélection de plusieurs titres
boursiers,
à partir de critères statistiques, afin d'obtenir des portefeuilles
optimaux. Plus précisément, Markowitz a montré que l'investisseur
cherche à optimiser ses choix en tenant compte non seulement
de la rentabilité attendue de ses placements, mais aussi du
risque de son portefeuille qu'il définit mathématiquement par
la variance de sa rentabilité. Ainsi, le "portefeuille
efficient" est le portefeuille le plus rentable
pour un niveau de risque donné. Il est déterminé au
mieux par application de méthodes de programmation quadratique
(cf.
chapitre de Méthodes Numériques) ou sinon
de manière heuristique en les étapes suivantes:
1. Nous fixons une espérance de rentabilité et nous
trouvons tous les portefeuilles de variance minimale satisfaisant
l'objectif de rentabilité. Nous obtenons ainsi un ensemble
de portefeuilles de variance minimale.
2. Nous gardons de ces portefeuilles celui qui pour une variance
donne le rendement le plus élevé.
En procédant ainsi pour plus plusieurs valeurs de l'espérance,
nous nous retrouvons avec un ou plusieurs portefeuilles efficients.
Ainsi, entre deux portefeuilles (ensemble d'actifs) caractérisés
par leur rendement (supposé aléatoire!), nous ferons les hypothèses
suivantes:
H1. À risque identique, nous retenons celui qui a l'espérance
de rendement la plus élevée (gain maximal)
H2. À espérance de rendement identique, nous retenons
celui qui présente
le risque le plus faible (aversion au risque)
Ce principe conduit à éliminer un certain nombre de portefeuilles,
moins efficients que d'autres.
Passons maintenant à la théorie (un exemple pratique
du modèle de Markowitz sera donné après les
développements mathématiques).
Soit le
rendement d'un portefeuille composé de n actifs caractérisés
par leur rendement respectif .
Nous posons, en outre, que chaque actif i entre pour une
proportion Xi dans la composition du portefeuille
P tel que:
(66.98)
Remarque: Une part Xi d'un actif peut
aussi être
négative... Détenir une part négative d'un
actif, c'est ce qui s'appelle en anglais le "short-selling"
(vente à découvert) . Cette technique consiste par
exemple à emprunter beaucoup d'actifs (supposés
surévalués
sur le marché) à une banque, les vendre pour faire
baisser le prix de l'actif, et faire un profit en les rachetant
moins cher pour les rendre à la banque (grosso modo car
c'est assez complexe au fait...).
Donc l'espérance du portefeuille est donnée par:
(66.99) (66.100)
où l'espérance de Ri est souvent
pris comme étant simplement la moyenne arithmétique.
Maintenant, nous supposerons que les return des différents actifs
financiers ne fluctuent pas indépendamment les uns des autres:
ils sont corrélés ou, ce qui revient au même, ont des covariances
non nulles (cf. chapitre de Statistiques):
(66.101)
Dès lors, la variance du portefeuille est donnée par (cf.
chapitre de Statistiques):
(66.102)
Avant d'aller plus loin, précisons (car c'est important
dans la pratique) que nous pouvons également écrire cette dernière
relation sous forme matricielle (le lecteur peut facilement vérifier
en prenant par exemple que deux titres que les deux écritures
donnent un résultat identique) si nous notons X le vecteur
des parts d'actifs et le
même vecteur transposé :
(66.103)
et finalement la
matrice des covariances :
(66.104)
matrice qui se simplifie directement en :
(66.105)
nous obtenons finalement la relation de la variance sous forme
matricielle condensée :
(66.106)
telle que nous la voyons souvent dans la littérature spécialisée.
Pour en revenir a la forme algébrique du modèle,
puisque la covariance est symétrique (cf.
chapitre de Statistiques):
(66.107)
et
que:
(66.108)
Nous pouvons simplifier et écrire la variance:
(66.109)
sous la forme algébrique suivante:
(66.110)
telle que nous la voyons souvent dans la littérature
spécialisée ancienne...
Sélectionner un portefeuille
revient donc à résoudre le problème de maximisation
sous contrainte suivant:

en utilisant la programmation quadratique (cf.
chapitre de Méthodes Numériques).
Dans la pratique, nous cherchons non pas un, mais tous les portefeuilles
qui pour une espérance donnée minimise la variance.
Nous obtenons alors une fonction de l'espérance en fonction
de la variance pour les portefeuilles optimaux si nous traçons
cela sur un graphique (voir plus bas). Cette fonction est souvent
assimilée par les financiers (à juste titre!) à
une frontière comme le précise la définition
qui suit.
Définition: La frontière qui caractérise
le polygone ou la courbe des contraintes s'appelle dans cette
situation la
"frontière efficiente (de Markowitz)"
et dans le polygone/courbe se situent tous les portefeuilles à rejeter
dits "portefeuilles dominés".
Une autre manière de formuler ceci consiste à dire
que les combinaisons (rendement, risque) de cette frontière
forment un ensemble d'optima de Pareto (cf.
chapitre de Théorie De La Décision),
c'est-à-dire
que si l'un des éléments augmente, l'autre doit augmenter
aussi.
Maintenant, formalisons l'optimisation comme cela était
fait à l'époque où les gens devaient encore
développer les algorithmes eux-mêmes...
Soit Z la fonction économique précitée:
(66.111)
qui doit être maximisée sous la contrainte que
et où est
un paramètre qui représente le degré d'aversion au risque des investisseurs
(histoire aussi d'homogénéiser la relation...).
Le problème de maximisation sous contrainte consiste à déterminer
le maximum de la fonction économique Z définie par:
(66.112)
Cette fonction de n + 1 variables ( )
est maximisée si sa dérivée (partielle) par rapport à chacune de
ces variables est nulle, ce qui revient à poser le système suivant:
(66.113)
Posons:
(66.114)
Nous
pouvons alors écrire:
(66.115)
soit sous forme matricielle:
(66.116)
Soit
désormais:
et
(66.117)
Dans ce cas, le système d'équations à résoudre peut se résumer
sous la forme matricielle:
(66.118)
Par
conséquent:
(66.119)
La détermination du poids de chacun des n actifs
susceptibles d'entrer dans la composition d'un portefeuille passe
donc par l'inversion
d'une matrice carrée de n + 1 lignes et n
+ 1 colonnes comportant covariances
(la diagonale comportant des variances seulement et la matrice étant
symétrique!). Ce qui est relativement long à calculer
pour de gros portefeuilles.
Cependant, même une fois la pondération des actifs
terminée, le problème lui ne l'est pas complètement.
Effectivement, nous pouvons donc connaître la frontière
efficiente mais le client va lui imposer une contrainte bien logique
au niveau du risque nul de son portefeuille et du rapport rendement/risque
maximum.
Compte tenu de la lourdeur des calculs nécessaires à l'inversion
de la matrice A, Sharpe a proposé un modèle simplifié que
nous verrons après un exemple pratique du modèle de
Markowitz.
Exemple:
Considérons trois titres composants un portefeuille en proportions
égales (que nous supposerons dans des proportions égales dans le
portefeuille) et les n observations de leur rendement saisis
dans MS Excel (la composante j pouvant être vue comme
une période temporelle) :
Figure: 66.8 - 5 observations des rendements de 3 titres
Le but est donc de déterminer la frontière d'efficience
du portefeuille selon le modèle de Markowitz ainsi que la C.M.L.
et la pondération des actifs qui minimise la variance pour une
espérance
maximum pour un portefeuille composé d'un actif sans risque d'un
rendement Rf de 0.22.
Dessous la table donnée précédemment nous allons créer dans MS Excel
le tableau contenant les proportions des
titres (que nous supposerons équidistribuées, soit 1/3), nous afficherons
la moyenne du rendement
calculée bien évidemment selon l'estimateur :
(66.120)
et la variance calculée
pour chaque titre par l'estimateur :
(66.121)
Ce qui nous donne le tableau suivant dans MS Excel :
Figure: 66.9 - Proportions, estimateurs de l'espérance et de la variance des 3 titres
Soit sous forme détaillée dans MS Excel toujours:

Figure: 66.10 - Formules explisites pour le calcul des estimateurs de l'espérance
et
de
la
variance
des
3 titres
Nous devons maintenant calculer le rendement moyen du portefeuille
selon :
(66.122)
Cette relation est un peu longue à saisir, et le sera davantage
si nous avons un nombre bien plus important de titres.
Dans notre cas, il s'agit de faire la somme des produits terme
à terme de deux plage de cellules ( et
)
ayant la même dimension (même nombre de lignes et même nombre de
colonnes). Nous pouvons alors utiliser la fonction suivant dans
MS Excel :
=SOMMEPROD(B14:D14;B15:D15)
Pour la variance du portefeuille, c'est un peu plus compliqué
puisqu'il s'agira de calculer :
(66.123)
La relation développée dans notre cas particulier donne :
(66.124)
L'astuce pour appliquer ceci dans MS Excel consiste à utiliser
l'algèbre linéaire et écrire cette relation sous forme matricielle
comme nous l'avons démontré :
(66.125)
Ce qui équivaut dans MS Excel à écrire :
=SOMMEPROD(PRODUITMAT(B14:D14;G14:I16);B14:D14)
Soit sous forme matricielle explicite :
(66.126)
Donc en se basant sur les tableaux précédents, il est simple dans
MS Excel d'obtenir la matrice de covariance :

Figure: 66.11 - Matrice de covariance des 3 titres
Soit sous forme détaillée dans MS Excel toujours:

Figure: 66.12 - Formules explicites de la matrice des covariances
Rappel: La matrice des covariances est symétrique... (cf.
chapitre de Statistiques).
Et pour l'espérance et la variance du portefeuille, nous
aurons donc le tableau suivant :

Figure: 66.13 - Espérance et variance du portefeuille
en appliquant donc les relations susmentionnées:

Figure: 66.14 - Formules explicites pour l'espérance et variance du portefeuille
Le problème maintenant est de déterminer pour un rendement du
portefeuille fixé (B19), les proportions des différents titres qui
minimisent le risque.
Après avoir ajouté les deux cellules B24 (rendement espéré/attendu
du portefeuille) et B25 (nombre total des parts du portefeuille) :

Figure: 66.15 - Objectifs en termes de rendements et parts
Nous devons donc maintenant résoudre le problème d'optimisation
non linéaire:
(66.127)
et ceci ne peut que se faire (simplement) à l'aide du solveur :

Figure: 66.16 - Recherche des solutions à l'aide du solveur
Ce que nous allons faire à l'aide du solveur est de chercher
et reporter les solutions pour des rendements de 0.2 à 0.245 par
pas de 0.05. À chaque résultat, nous noterons le
numéro
de l'itération,
la variance du portefeuille et
l'espérance de rendement
qui était exigée. Cela devrait donner (bon il faudrait
automatiser dans l'idéal la procédure par du VBA) :

Figure: 66.17 - Solutions pour différentes valeurs du rendement
Ce qui donne la frontière efficiente de Markowitz suivante
sous forme graphique, appelé "plan
de Markowitz", dans MS Excel :

Figure: 66.18 - Plan de Markowitz correspondant aux calculs du tableau précédent
Maintenant il est aisé avec MS Excel de déterminer l'équation
de cette parabole en utilisant l'outil d'interpolation (nous sommes
obligés dans MS Excel de tourner la parabole pour cela...) :

Figure: 66.19 - Rotation du plan de Markowitz pour déterminer l'équation de la parabole
Maintenant, nous allons déterminer la C.M.L (voir le modèle
du modèle des actifs financiers plus bas) qui est la droite
formée par l'ensemble des portefeuilles composés de l'actif sans
risque, d'une part, et du portefeuille de marché, d'autre part.
Par construction, elle associe à chaque niveau de risque, la rentabilité
espérée la plus élevé.
Nous allons pour déterminer cette droite avec MS Excel
nous fixer dans un premier temps un taux de rendement sans risque
que
nous noterons et
que nous prendrons arbitrairement comme valant 0.22 (en Suisse
en 2011, le rendement sans risque était estimé à 1% par exemple).
Nous avons donc la courbe de Markowitz d'équation :


Figure: 66.20 - Mise en évéidence la Capital Market Line
et la droite :
(66.128)
avec la condition (voir sur le graphe):
(66.129)
Nous avons alors deux équations à deux inconnues pour
résoudre ce problème (l'intersection de la droite et la parabole
pour la première et l'égalité de la pente de la parabole et de la
droite au point d'intersection) :
(66.130)
La deuxième équation nous donne :
(66.131)
Injecté dans la première équation :
(66.132)
Si nous résolvons ce polynôme du deuxième degré nous avons deux
solutions réelles (MS Excel n'arrive pas à déterminer les racines
de ce polynôme mais pour Maple c'est très simple) :
(66.133)
La solution 2 est à éliminer (nous le savons en essayant de la
prendre comme solution). Nous avons donc:
(66.134)
Ce qui donne sous forme graphique:

Figure: 66.21 - Représentation de la "vraie" Capital Market Line
Soit sous forme traditionnelle :

(66.135)
Il vient aussi immédiatement :
(66.136)
Ainsi, en réutilisant le solveur comme plus haut mais avec cette
nouvelle valeur pour l'espérance, nous obtenons pour un portefeuille
du marché composé d'un actif sans risque de rendement 0.22, un rendement
global efficient de 0.2314276... avec la composition suivante du portefeuille
donnée par le solveur :
(66.137)
Voilà donc un sympathique petit exemple
applicatif dans un logiciel accessible à presque tout
le monde!
MODÈLE DE DIVERSIFICATION EFFICIENTE DE SHARPE
L'utilisation du modèle de
Markowitz, tel qu'il le proposait dans son ouvrage de 1959, soulevait
de nombreux problèmes dès qu'il s'agissait d'utiliser des algorithmes
à partir d'une liste de base comportant un nombre élevé de valeurs.
Ces problèmes étaient de deux ordres:
1. L'ampleur des matrices requérait à l'époque un
calculateur de grande capacité et un temps de calcul assez
long!
2. L'utilisation du modèle de base requérait que l'on connaisse
dans son entièreté la matrice des covariances. Le principal problème
qui se pose à ce propos réside tant dans le nombre des estimations
à fournir que dans la difficulté de réaliser des estimations précises
et surtout cohérentes.
Si nous voulons que l'approche
proposée par Markowitz puisse entrer dans le domaine de
l'application, il faut de toute évidence trouver les moyens
d'alléger notablement
la procédure tout en perdant le moins possible de la
rigueur de la méthode.
En 1963, William Sharpe a proposé une solution dont la
caractéristique
essentielle consiste à faire l'hypothèse que les returns
des diverses valeurs sont exclusivement liés entre eux
par leur commune relation avec un facteur de base sous-jacent
(indice boursier typiquement)
qui permet de déterminer un coefficient appelé le
"bêta" (corrélation entre le rendement d'un titre
et celui du portefeuille de marché).
Cette hypothèse purement empirique appelée "modèle
à un indice" (ou "modèle
unifactoriel", "modèle monofactoriel")
a revêtu par la suite une importance considérable, car elle
a été,
comme on le verra dans les développements ultérieurs, à la
base de la théorie de la formation des prix des actifs
financiers dans un univers incertain.
Remarque: Encore une fois, les développements qui vont suivre
pourraient s'avérer abstraits mais... nous verrons comment
appliquer l'exemple précédent fait avec MS Excel
pour le modèle de Markowitz mais appliqué avec
le modèle
de Sharpe et nous pourrons ainsi même comparer visuellement
les deux méthodes.
Le terme "unifactoriel" vient donc du fait qu'à
la base le but du modèle de Sharpe est de définir
le rendement d'un placement financier en fonction de son risque
non diversifiable, assimilé au seul risque de marché
(ou "risque systématique") donné par un
nombre appelé
"coefficient bêta".
Les investisseurs et gestionnaires distinguent trois sortes de
risques:
1. Le "risque spécifique"
relatif (implicite) au titre lui-même (sa variance) appelé aussi
"risque non systématique"
ou "risque idiosyncratique".
2. Le "risque systématique/non
diversifiable"
relatif à l'économie/marché au sens le plus large
(variance du portefeuille de référence du marché).
3. Le "risque global" qui
est en quelque sorte la somme des deux (c'est un peu plus subtil
qu'une simple somme...).
Comme vous l'aurez probablement deviné, le facteur risque est difficilement
quantifiable. L'élément qui aidera à le déterminer est la variation
du rendement de l'actif financier par rapport à la variation
du rendement du marché dans sa globalité. Un actif
financier dont le cours fluctue souvent et dont la volatilité
est grande présente donc certainement un risque élevé.
Voici par exemple les distributions des rendements de fonds de
placements du deuxième pilier (LPP) en Suisse en fonction de stratégie
de diversification d'un portefeuille (les chiffres après LPP représente
la parte en % d'actions):

Figure: 66.22 - Effets de la diversification sur la distribution du rendement (source:
PPC Metrics)
Vous remarquerez sur la figure précédente
que les distributions sont centrées (donc de moyenne nulle),
symétriques
et que l'écart-type (volatilité) est d'autant plus
grand que la part d'actions dans le portefeuille est élevé.
Définition (simpliste): Le "coefficient
bêta" mesure la dépendance
entre le rendement d'un portefeuille ou d'un actif financier et
le rendement d'un indice de référence et constitue
la pente d'une droite appelée "security
characteristic line" (S.C.L.):
(66.138)
ce coefficient est bien évidemment d'autant plus utile que
l'horizon de prévision futur est éloigné et que la fréquence d'observation
est petite. Ce coefficient est aussi parfois appelé
"volatilité relative".

Figure: 66.23 - Principe de réglression linéaire du coefficient bêta
Remarque: L'indice de référence est choisi de la
manière la plus pertinente possible avec ce que cela implique...
Si possible lorsque le rendement de l'indice est nul, la variation
de la valeur du portefeuille ou de l'actif devrait aussi être
nulle.
Une simple analyse du graphique (c'est de l'analyse fonctionnelle
élémentaire) montre donc qu'un coefficient bêta égal
à 1 pour un titre/actif donné signifie qu'une augmentation (respectivement: diminution) de 10 % du return des titres sur le marché pendant
une certaine période se traduira par une augmentation (respectivement: diminution) de 10 % en moyenne du rendement de ce titre. Donc
la volatilité de l'actif est égale à celle
de l'indice.
Un bêta supérieur à 1
signifie que l'évolution du return de l'actif financier est plus
volatile (ou plutôt, était volatile, puisque ce coefficient se
réfère généralement à une période passée) que celle du return
du marché, tandis qu'un bêta inférieur à 1 révèle l'inverse.
Ainsi, un fonds ayant un bêta de 1.15 est de 15% plus volatil
que l'indice. Inversement, un fonds ayant un bêta
de 0.70 est 30% moins volatile que l'indice.
Donc pour résumer:
1. Un investissement
ne présentant aucun risque afficherait donc un bêta nul !
2. Un bêta
inférieur à 1 indique que si le marché est à la
baisse, le titre sera susceptible de baisser moins que le marché.
3. Un bêta
supérieur à 1 indiquera que si le marché est à la
hausse, le titre sera susceptible de suivre moins rapidement
la tendance à la hausse.
Le concept de bêta ayant été introduit, passons
maintenant à la théorie du modèle qui a pour
objectif donc de simplifier celui de Markowitz en utilisant ce fameux
coefficient.
Par définition, le bêta global d'un portefeuille est déterminé
à partir des bêtas pondérés respectifs de chacun
des titres ou bêtas
sous-jacents qui le composent tel que:
(66.139)
avec étant
le bêta du portefeuille global, Xi la proportion
du titre i dans le portefeuille P, le
bêta du titre i et n le nombre d'actifs
financiers présents dans le portefeuille.
Sharpe donc que le rendement Ri de chaque
actif i à un instant t est donné par la
régression
linéaire (cf. chapitre de Méthodes
Numériques) security characteristic line vue plus
haut:
(66.140)
où:
- I est donc le rendement d'un indice économique donné (indice
boursier, indice du produit national brut, indice des prix ou
voir
même rendement le rendement du portefeuille du marché
lui-même...) au temps t et est la variable expliquée
de la régression (selon la terminologie utilisée
dans le chapitre de Méthodes Numériques) considérée
comme une variable aléatoire.
- sont
des estimateurs non biaisés (cf.
chapitre de Statistiques) des paramètres propres à cette
valeur. Le premier terme appelé en finance "coefficient
alpha" est simplement l'ordonnée à l'origine
de la régression (le rendement de l'actif lorsque le
rendement de l'indice de référence est nul soit
lorsque le marché à un rendement nul) et le deuxième
paramètre est pour rappel simplement le bêta
du portefeuille risqué i.
- une
variable aléatoire supposée caractérisée par une espérance
nulle, une variance égale à une constante et les différents
sont supposés non corrélés entre eux (covariance
nulle).
Quant au niveau de l'indice I, il sera caractérisé
par la relation (afin de simplifier les développements plus
tard):
(66.141)
où est
un paramètre non biaisé supplémentaire pour caractériser
l'indice I et une
variable aléatoire caractérisée par une espérance nulle et
une variance égale à une constante
Pour résumer les points principaux, le modèle de régression
linéaire simple des rendements des actifs financiers est basé sur
les hypothèses majeures suivantes:
H1. Le modèle de rendement s'écrit de
manière
générale:
(66.142)
en supposant que nous n'avons pas fait d'erreur sur la forme linéaire
du modèle, ni sur la liste des régresseurs.
H2. Nous supposons que la perturbation de la
régression est d'espérance nulle telle que (hypothèse
sous-jacente d'un effet brownien!):
(66.143)
ce qui constitue ceci dit une hypothèse simplificatrice
dangereuse mais pratique pour être utilisable (et compréhensible)
épar les praticiens de la finance...
H3. Pour n'importe quel échantillon de taille n, nous
utilisons les estimateurs de maximum de vraisemblance (cf.
chapitre de Statistiques) pour l'espérance et variance
des rendements des actifs financiers du portefeuille de référence:
(66.144)
Ces hypothèses posées, nous utilisons aussi les
résultats obtenus
dans le chapitre de Méthodes Numériques sur la régression
linéaire
pour obtenir le bêta. Nous y avons démontré qu'il
existait plusieurs manières de faire une régression
linéaire
dont une consiste à utiliser la covariance et l'espérance.
En adoptant les notations de l'économétrie, la
pente de la régression
peut alors s'écrire:
(66.145)
ce qui donne la définition rigoureuse du coefficient bêta
selon le modèle de Sharpe où Ri
est le rendement de l'actif financier et RI
le rendement du marché (ou du portefeuille du marché/référence).
Définition (rigoureuse): Le "coefficient
bêta" est donné par le rapport de la
covariance des rendements et indices des actifs avec l'écart-type
de l'indice du marché du portefeuille.
Maintenant, en considérant la même hypothèse que dans le modèle
de Markowitz, le rendement d'un
portefeuille est défini à nouveau assez logiquement par:
(66.146)
Si les rendements ne sont pas explicitement connus dans la pratique,
nous utilisons alors le modèle linéaire:
(66.147)
Dès lors en utilisant les propriétés de l'espérance:
(66.148)
Posons pour simplifier l'écriture que:
(66.149)
Dans ce cas, comme par hypothèse :
(66.150)
Finalement:
(66.151)
Si les rendements sont explicitement donnés
et donc connus l'espérance se calculera avec:
(66.152)
Comme le client va souvent chercher à maximiser l'espérance
tout en minimisant la variance (le risque) il nous reste à
déterminer cette dernière. Étant donnée
que maintenant supposons explicitement connus les rendements des
actifs
financiers du portefeuille et les rendements du portefeuille (indice)
du marché nous avons:

Hypothèse: Si l'indice I est correctement choisi, lorsque
nous
devons avoir ce
qui implique (c'est
une hypothèse forte qui amène à avoir une approximation!).
Ainsi :
(66.153)
Finalement:
(66.154)
Ce qui donnerait donc pour un portefeuille comportant deux titres :
(66.155)
Nous pouvons condenser la notation de la variance en utilisant
les notations matricielles en notant d'abord respectivement le vecteur
transposé et le vecteur colonne des poids des actifs du portefeuille
par :
(66.156)
et en en définissant la matrice des bêtas :
(66.157)
Ce qui nous donne finalement :
(66.158)
Ce qui donne pour un portefeuille de deux titres :
(66.159)
Nous retrouvons donc bien la même chose que la forme algébrique.
Si nous ne connaissons pas explicitement les rendements,
l'étude de la variance est un peu plus délicate. Il
faut alors utiliser le modèle linéaire tel que:

(66.160)
En outre, notons:
(66.161)
De plus, nous savons que:
(66.162)
Dès lors:
(66.163)
car .
Finalement:
(66.164)
Dans ce contexte le problème
revient toujours à maximiser la fonction économique Z:
(66.165)
simplement que maintenant elle s'écrit:
(66.166)
Le calcul de chacune des dérivées partielles donne alors:
(66.167)
soit sous forme matricielle:
(66.168)
La résolution de ce système passe alors par l'inversion
d'une matrice plus simple que celle du modèle de Markowitz
mais nécessite
cependant des d'hypothèses relativement contraignantes.
Pour finir, signalons que les financiers utilisent souvent
les indicateurs de rendement modéré par le risque,
le plus répandu
au niveau international
étant le "ratio de Sharpe".
Il est déterminé par le rapport entre le rendement
(pour être
plus exact il s'agit de son espérance) différentiel
du rendement d'un placement (actif) sans risque et le rendement
du marché (appelé le "benchmark") et la déviation
standard du placement sans risque (nous déterminerons rigoureusement
l'origine de cette relation plus loin lors de notre étude
du MEDAF):
(66.169)
Relation qui exprime donc le niveau de rendement pur par unité
de volatilité (ou par unité de risque). Pour simplifier,
c'est un indicateur de la rentabilité (marginale) obtenue
par unité de risque pris dans cette gestion.
Il permet de répondre à la
question suivante: le gestionnaire parvient-il à obtenir
un rendement supérieur au référentiel, mais
avec davantage de risque?
- Si le ratio est négatif, le portefeuille a moins performé que
le référentiel et la situation est très mauvaise.
- Si le ratio est compris entre 0 et 0.5, le surrendement du
portefeuille considéré par rapport au référentiel
se fait pour une prise de risque trop élévée.
Ou, le risque pris est trop élevé pour le rendement
obtenu.
- Si le ratio est supérieur à 0.5, le rendement
du portefeuille surperforme le référentiel pour
une prise de risque ad hoc. Autrement dit, la surperformance ne
se
fait pas au prix d'un risque trop élevé.
Ce qui donne en développant:
(66.170)
Signalons également un autre indicateur courant qui est
le "tracking
error" et défini comme étant l'écart-type
de l'écart de
performance entre le portefeuille et le benchmark. Plus le tracking
error est faible, plus le fonds ressemble à son indice de
référence
en terme de risque:
(66.171)
Ces modèles sont relativement complexes. Raison pour laquelle
quelques années plus tard, Sharpe et Lintner ont créé
un nouveau modèle qui leur a valu le prix Nobel d'économie
et que nous allons étudier de suite après un exemple
pratique de ce que nous venons de voir.
Exemple:
Considérons trois titres composants un portefeuille en proportions
égales et les n observations de leur rendement saisis
dans MS Excel. Ces rendements seront comparés à un indice de référence
I qui sera le rendement d'un portefeuille de marché de référence
:

Figure: 66.24 - 3 titres avec leurs rendements comparés à un portefeuille de marché de
référence
Le but est de déterminer la frontière d'efficience du portefeuille
avec le modèle de Sharpe.
En détail sous forme graphique voici d'abord les bêtas (rendement
de l'actif en fonction du rendement du portefeuille de marché/indice
de référence) obtenus avec MS Excel :
Figure: 66.25 - Régression linéaire pour le calcul des bêtas des titres
et le tableau de construction suivant pour le calcul des bêtas,
la variance et l'espérance du portefeuille du marché et
des différents
titres :

Figure: 66.26 - Indicateurs clés correspondants du portefeuille de référence et des 3
titres
Voici les détails du calcul (remarquez que les bêtas sont obtenus
à l'aide d'une simple régression linéaire avec l'indice de référence
qui est le portefeuille et les autres paramètres avec les estimateurs
non biaisés) :


Figure: 66.27 - Formules explicites pour les indicateurs précédents
L'espérance du rendement du portefeuille composé des trois titres
est facile à calculer puisque nous avons leur rendement. Donc :
(66.172)
Ce qui donne sous MS Excel :

Figure: 66.28 - Espérance de chacun des titres et de l'ensemble du portefeuille
Soit de manière détaillée :

Figure: 66.29 - Formules explicites pour les calculs de l'espérance
Maintenant, il nous faut calculer l'espérance en utilisant la relation
démontrée dans la partie théorique des paragraphes précédents :
(66.173)
avec pour rappel dans notre cas particulier:
(66.174)
avec dans notre exemple (cellule
B13).
Soit sous forme développée pour notre exemple:
(66.175)
Ce qui donne dans MS Excel pour notre matrice des bêtas:
Figure: 66.30 - Matrice des bêtas
Soit sous forme développée (la matrice est symétrique) :

Figure: 66.31 - Formules explicites pour la matrice des bêtas
Et finalement le couple variance/espérance du portefeuille est
donné par:
Figure: 66.32 - Couple espérance/variance
Soit sous forme détaillée :

Figure: 66.33 - Formules espérance/variance
Une fois ceci fait, nous procédons comme pour la frontière de Markowitz.
Nous utilisons le solveur en minimisant la variance tout en imposant
une espérance et une contrainte comme quoi la somme des parts des
actifs financiers est égale à l'unité :

Figure: 66.34 - Paramétrages du solveur
Ce qui donne le tableau variance/rendement suivant (à comparer
avec le même tableau de Markowitz) :

Figure: 66.35 - Itérations obtenues à l'aide du solveur
et le graphique suivant (comparaison directe avec Markowitz mise
en évidence) :

Figure: 66.36 - Comparaison entre la frontière de Sharpe et Markowitz
La suite de l'exercice (C.M.L.) se fait de la même manière que
dans le modèle de Markowitz.
MODÈLE D'ÉVALUATION DES ACTIFS FINANCIERS (MEDAF)
Comme nous l'avons vu, Markowitz (1959) a développé la
théorie
du choix optimal d'un portefeuille par un individu sur la base
du rendement espéré de la variance. Plus tard (1963),
Sharpe élabore
un modèle de choix d'actifs basé sur des indices
de risques comme les coefficients bêta.
Sharpe, Lintner et Mossin (1965) ont ensuite étudié
les conséquences de ces théories pour mettre en place une théorie
extrêmement simple permettant d'évaluer les coefficients
bêta, les rendements espérés et les variances
d'actifs financiers d'un portefeuille à partir de données
statistiques sur le marché global et de la spécificité
de la composition d'un portefeuille.
Cette théorie basée encore une fois sur le problème
moyenne-variance est appelée "modèle
d'évaluation des actifs financiers" (MEDAF)
ou encore "modèle d'évaluation des
actifs financiers à l'équilibre"
(MEDAFE) (en anglais: "capital
asset pricing model" (C.A.P.M.)) est donc un modèle
très
souvent utilisé, aussi bien par les praticiens que par les
académiciens,
pour évaluer les rendements anticipés d'équilibre
sur n'importe quel actif risqué sur le marché.
Pour commencer, rappelons que nous avons vu plus haut lors de
notre étude du return que le taux de rentabilité périodique (quotidien,
hebdomadaire, mensuel, annuel) d'un actif se calcule comme suit :
(66.176) avec qui
est le prix d'un actif à la fin de la période t, le
prix d'un actif à la fin de la période t-1 et finalement le
flux monétaire payé par l'actif pendant la période de détention
allant de t-1 à t. Cette relation sert à calculer le "rendement
réalisé" (ex
post) d'un titre alors qu'au fait c'est le "rendement
espéré" qui
intéresse un investisseur donné.
À la date de la prise de la décision, le rendement
que va réaliser
l'investisseur en détenant un actif donné est incertain,
c'est pour cette raison que l'on parle de rendement espéré:
il s'agit d'un rendement que l'on cherche à évaluer et
que l'on espère recevoir
dans la prochaine période d'investissement.
Pour calculer le rendement espéré, comme nous l'avons déjà vu,
il convient d'attribuer à chaque valeur possible du rendement
une probabilité de réalisation, puis de calculer une moyenne
pondérée de ces différentes valeurs possibles en utilisant les
probabilités comme
pondérations :
(66.177)
Or, il est clair que dans une économie donnée, l'investisseur
sera tenté de détenir plusieurs actifs financiers et cherchera donc
à composer des portefeuilles. Le rendement (moyen) espéré d'un portefeuille
peut être calculé en utilisant la relation connue :
(66.178)
avec n qui est le nombre de titres inclus dans le portefeuille,
le
rendement de l'actif i inclus dans le portefeuille et la
proportion de la richesse totale de l'investisseur investie dans
l'actif i.
Le taux de rendement espéré est cependant insuffisant
pour caractériser une opportunité d'investissement
et il faut tenir compte également du risque, c'est-à-dire
de la variabilité du
rendement de cet investissement sur l'actif financier. La variance
est comme nous l'avons déjà vu utilisée comme mesure
du risque et donnée pour un actif financier par:
(66.179)
Soit:
(66.180) Le calcul du risque d'un portefeuille fait donc intervenir
deux concepts importants: la variabilité du rendement de chacun
des actifs, mesurée par les variances de ces derniers, ainsi
que les relations existantes entre les différents actifs composant
le portefeuille. La dépendance entre deux actifs est souvent mesurée, comme
nous en avons déjà fait mention lors de notre étude des return,
par la covariance ou encore le coefficient de corrélation linéaire. La covariance entre deux actifs i et j se calcule
comme suit :
(66.181) Soit comme nous le savons si les probabilités sont équiprobables:
(66.182)
La covariance entre les rendements de deux titres peut être positive
ou négative et sa valeur n'a aucune signification économique comme
nous le savons (cf. chapitre de Statistiques).
Remarque: Rappelons que nous avons vu dans le chapitre
de Statistiques que, lorsque les rendements (valeurs) de deux actifs
(variables
aléatoires)
varient dans le même sens (dans le sens contraire) la covariance
sera positive (négative).
Le coefficient de corrélation entre deux actifs i et j quant à lui
se calcule comme suit (cf. chapitre de
Statistiques):
(66.183)
Une fois les variances et covariances des différents actifs
calculés, nous serons en mesure de calculer la variance de rendement
d'un portefeuille contenant n actifs. Cette variance est
donnée par la relation suivante (cf. chapitre
de Statistiques) :
(66.184) ou écrit autrement:
(66.185)
La relation ci-dessus de la variance de rendement d'un portefeuille
montre clairement que même dans le cas où les rendements des différents
actifs détenus dans le portefeuille sont totalement non corrélés,
la variance de ce dernier peut encore être réduite en ajoutant plus
d'actifs.
Pour comprendre ceci, nous noterons que pour n actifs non
corrélés, la variance se réduit à (puisque la covariance est alors
nulle):
(66.186)
En simplifiant davantage, si toutes les variances sont supposées égales
et si tous les actifs sont détenus dans les mêmes proportions (1/n),
nous avons (cf. chapitre de Statistiques) :
(66.187)
Ainsi, quand n tend vers l'infini, la variance du portefeuille
s'approche de zéro. Ainsi, si des risques non corrélés
sont réunis
en portefeuille, le risque total peut être éliminé par
diversification. Dans le cas où les risques sont corrélés,
la diversification ne permettra d'éliminer que les risques
spécifiques aux actifs
alors que le risque de marché continuera d'exister. Notons
que la réduction du risque serait plus importante lorsque
les différents
actifs détenus sont négativement corrélés.
En effet, plus le coefficient de corrélation entre les
rendements des titres est petit, plus les bénéfices
inhérents à la diversification sont
substantiels. Dans le cas ou le coefficient de corrélation
est égal à 1,
il n'y a aucun bénéfice lié à la diversification,
puisque le risque du portefeuille sera égal à la moyenne
pondérée des risques
le composant. Par contre, la diversification est à son maximum
lorsque le coefficient de corrélation est égal à -1.
Dans cette situation, il est possible de combiner deux actifs
risqués pour
former un portefeuille sans risque.
D'après ce qui précède, il est clair que tout investisseur
désirant former un portefeuille cherchera à détenir un ensemble
d'actifs risqués qui lui permettra de recevoir un rendement donné avec
un minimum de risque. En d'autres termes, il cherchera à minimiser
la variance pour un niveau de rendement espéré tout en respectant
une contrainte budgétaire. Nous savons que le rendement espéré et
la variance de rendement d'un portefeuille contenant n actifs
risqués s'écrivent comme suit :
(66.188)
Par ailleurs, nous savons qu'à partir de ces n titres,
il est possible de construire une infinité de portefeuilles
en faisant varier les pondérations Xi.
Or, les portefeuilles les plus intéressants pour un investisseur
donné sont ceux qui
permettent de minimiser le risque qu'il doit supporter pour
obtenir un niveau
de rendement donné. Ces portefeuilles sont le résultat
du problème
de minimisation suivant qui est un problème d'optimisation
non linéaire
(cf. chapitre de Méthodes Numériques):
(66.189) que nous avions déjà vu lors de notre étude du modèle de Markowitz.
Il est donc possible de constituer une infinité de portefeuilles
en faisant varier les proportions investies dans chacun des titres.
La prochaine étape consiste à sélectionner, parmi
l'ensemble des portefeuilles disponibles, un portefeuille donné.
Pour ce faire, on doit considérer les préférences
individuelles de l'investisseur.
Un investisseur rationnel ne devrait donc considérer que les
portefeuilles se trouvant sur la frontière efficiente pour ses
choix d'investissement. Son portefeuille optimal se situera donc
au point de tangence entre la frontière efficiente et sa courbe
d'indifférence la plus haute qu'il serait capable d'atteindre.
En procédant ainsi, chaque investisseur maximisera son utilité espérée.
En présence d'une économie ne contenant que des actifs risqués,
la composition du portefeuille d'actifs risqués varie d'un individu à un
autre. En pratique, les investisseurs ont également la possibilité d'investir
dans des actifs financiers sans risques. Nous allons donc chercher à déterminer
la nouvelle frontière efficiente en tenant compte de cette nouvelle
opportunité d'investissement. Considérons alors un portefeuille qui est une combinaison de
l'actif sans risque et d'un portefeuille de marché (à risque).
Nous avons alors:
(66.190) où est
la fraction du portefeuille investie dans le portefeuille du
marché (m) et est
le "taux de rendement certain".
Rappel: L'espérance d'une constante est égale à cette constante
(cf. chapitre de Statistiques).
Nous avons donc:
(66.191) et donc (en utilisant la formule d'Huyghens démontrée dans
le chapitre de Statistiques):
(66.192) Soit:
(66.193) La dérivée du rendement espéré par rapport à nous
donne:
(66.194) La dérivée de l'écart-type par rapport à nous
donne:
(66.195) Mettant ces deux résultats ensemble, nous avons:
(66.196)
Cette équation nous donne la pente de la "capital
market line" (C.M.L.). Elle est constante (la
pente!), et donc la C.M.L. est une droite. L'ordonnée à l'origine
est évidemment .
Puisque:
(66.197)
L'équation de la C.M.L. se réduit alors à:
(66.198)
Et puisque dans la finance l'intérêt est de représenter graphiquement
.
(66.199)
Alors, il est de tradition de noter la fonction sous la forme
suivante:
(66.200)
où nous retrouvons en facteur de l'écart-type
de
le coefficient appelé "Sharpe
ratio" (ou ratio de Sharpe) dont nous avions parlé
plus haut mais sans en démontrer la provenance.
Par construction, cette droite associe donc à chaque niveau
de risque, la rentabilité espérée la plus élevé.
Ainsi, étant donné le rendement d'un actif sans
risque il devient facile à partir de cette équation
de déterminer
le point de tangence avec la frontière d'efficience de Markowitz
ou de Sharpe pour obtenir le portefeuille le plus efficient sur
la base du rendement sans risque!!
Intéressons-nous maintenant à déterminer
une équation
pour le rendement espéré de n'importe quel actif
individuel.
Considérons un nouveau portefeuille de rendement qui
est une combinaison d'un actif sans risque quelconque A et
du portefeuille de marché, où est
la fraction du portefeuille investie dans l'actif sans risque A.
Ce que nous souhaiterions évaluer est la pente de la courbe
des combinaisons espérance/écart-type lorsque nous
combinons le portefeuille de marché (qui contient déjà l'actif A)
avec l'actif A.
Nous souhaitons évaluer la valeur de la pente de l'équation
tangente à la frontière efficiente telle que la pondération de
l'actif sans risque A soit nulle. Nous avons:
(66.201) Nous obtenons de suite:
(66.202)
et (cf. chapitre de
Statistiques):
(66.203) donc:
(66.204) Dérivant le rendement espéré de ce nouveau portefeuille par
rapport à ,
nous obtenons:
(66.205) Dérivant l'écart-type du rendement de ce nouveau portefeuille
par rapport à ,
nous obtenons:
(66.206) La contribution de Sharpe et Lintner a été de dire qu'il faut évaluer
ces dérivées au point où c'est-à-dire
où la pondération de l'actif A dans le nouveau portefeuille
est nulle. Ce faisant, nous obtenons, l'expression suivante pour l'écart-type
du nouveau portefeuille (bien sûr, l'expression pour le rendement
espéré ne change pas):
(66.207) ce qui donne après simplification:
(66.208) Avec les deux dérivées, nous
pouvons obtenir une expression pour la courbe de combinaisons
espérance/écart-type
pour le nouveau portefeuille. Nous avons alors:
(66.209) Cette pente doit être égale à celle de la C.M.L. En égalisant,
nous obtenons:
(66.210) Quelques manipulations algébriques et nous y sommes! Nous avons:
(66.211) et donc:
(66.212) d'où:
(66.213) En posant ce que nous avons déjà vu lors de notre étude du
modèle de Sharpe, c'est-à-dire le risque non diversifiable sous
forme de facteur bêta:
(66.214) c'est donc la volatilité de la rentabilité de l'actif considérée
rapportée à celle du marché. Nous avons alors:
(66.215) Cette expression permet donc d'exprimer le rendement excédentaire
d'un actif comme le produit du rendement excédentaire du portefeuille
de marché et le facteur bêta du titre.
Le rendement excédentaire d'un actif ne dépend
pas directement que de sa variance, qui est souvent une mesure
intuitive du risque
d'un actif. Ce qui compte est son facteur bêta, qui dépend
de sa covariance avec le portefeuille de marché.
Plus classiquement, la dernière relation est utilisée graphiquement
sous forme de droite:
(66.216)
Cette droite est appelée la "security
market line" (S.M.L.) elle est extrêmement
importante en finance, car elle donne donc le rendement moyen
d'un titre A en
fonction du bêta, du rendement du marché et
du taux sans risque.
Remarque: Le lecteur vérifiera facilement que dans
la relation ci-dessus, si le bêta est égal à l'unité, le rendement
espéré
du titre A sera égal au rendement espéré du marché.
Le MEDAF est donc un outil de détermination de supplément de
rentabilité que l'on doit attendre lorsqu'on s'investit sur
un portefeuille ou une société donnée (société dont le rendement
est estimé sur la base de ses dividendes si elle est cotée
ou sinon comparée à des sociétés équivalentes qui elles seront
cotées).
On la trouve aussi fréquemment sous la forme suivante:
(66.217)
avec qui
est appelé la "prime par unité de
risque" (surplus
de rentabilité exigé par les investisseurs lorsque
ces derniers placent leur argent sur le marché plutôt
que dans un actif sans risque) et l'ordonnée à l'origine
est le taux d'intérêt sans
risque (généralement des emprunts d'État).
Le MEDAF stipule donc que le taux de rendement espéré (ou
que devrait exiger un investisseur rationnel averse au risque)
d'un
actif risqué doit être égal au taux de rendement
de l'actif sans risque, plus une prime de risque appelée parfois
"spread de crédit".
Dans ce cas, la relation entre le risque systématique
et le rendement espéré demeure
linéaire
et seul le risque systématique doit être rémunéré par
le marché puisque
le risque spécifique peut être éliminé grâce à la
diversification.
Il est peut-être intéressant d'expliciter les hypothèses sur
lesquelles reposent mathématiquement les développements
que nous avons fait. Ce sont donc les hypothèses du MEDAF dont
un certain nombre d'hypothèses dont certaines semblent difficilement
acceptables. Il ne faut pas cependant oublier que la validité d'un
modèle ne dépend pas du réalisme de ses hypothèses mais bien
de la conformité de ses implications avec la réalité. Nous avons donc émis les hypothèses suivantes: H1. Les investisseurs composent leurs portefeuilles en se préoccupant
exclusivement de l'espérance et de la variance de rendement de
ces derniers H2. Les investisseurs sont averses au risque: ils n'aiment
pas le risque H3. Il n'y a pas de coût de transaction et les actifs
sont parfaitement divisibles H4. Ni les dividendes, ni les gains en capitaux ne sont taxés H5. De nombreux acheteurs et vendeurs interviennent sur le
marché et aucun d'entre eux ne peut avoir d'influence sur les
prix. H6. Tous les investisseurs peuvent prêter ou emprunter le montant
qu'ils souhaitent au taux sans risque. H7. Les anticipations des différents investisseurs sont homogènes H8. La période d'investissement est la même pour tous les investisseurs
MODÈLE D'ÉVALUATION DES OPTIONS DE
BLACK & SCHOLES
C'est au génie de trois célèbres mathématiciens
que le marché des
dérivés doit son succès, grâce à l'équation
de Black & Scholes
conçue dans les années 1970 (et publiée en 1973)
qui permet de déterminer
théoriquement la prime exacte que doit payer un client
pour acquérir
un Call ou un Put et la stratégie
que devra suivre le vendeur de ces options pour se couvrir du
risque
(pour
ne citer
que l'exemple
le plus
connu). Évidemment ce modèle ne fonctionne que si
les périodes
temporelles considérées sont relativement courtes
(de l'ordre de la semaine
ou de quelques mois aux mieux). Au-delà l'utilisation de
ce modèle
théorique particulier est une farce!
Black, Scholes et Merton sont les ancêtres
d'une génération de produits dérivés
sophistiqués, donnant droit
de cité à tout un lexique de termes aussi exotiques que
Butterflies, Rainbows, Knock-in, Knock-out, Barrières,
Swaps, Calls, Puts, Baskets, Swings. Ce modèle est aussi
considéré
ceci dit comme un des facteurs principaux du crash boursier de
1987 par certains spécialistes...
Ce que nous aimerions dans ce qui va suivre est déterminer
la valeur théorique de la prime d'une option à partir
des cinq données suivantes:
1. La valeur actuelle de l'actif financier sous-jacent de l'option
(déterminée par la spéculation du marché).
2. Le temps qui reste à l'option avant son échéance
(choisie par la société émettrice).
3. Le prix d'exercice (strike) fixé par l'émetteur
subjectivement ou après modélisation.
4. Le taux d'intérêt sans risque (supposé comme étant
le taux de rendement attendu du sous-jacent).
5. La volatilité (écart-type) du prix du sous-jacent
de l'option (mesurée sur le marché).
La prime de l'option ainsi déterminée sera unique
et équitable
pour les deux parties. Effectivement, le système des options
permettrait de faire payer un prix d'option (prime) majoré
par rapport au
comportement aux prévisions du marché et
donc de générer
à coup sûr et à partir de rien un profit mais
les nombreux acteurs du marché vont faire jouer la concurrence
pour être
au
plus juste
et attirer le client sur leurs options plutôt que sur celles
de la concurrence.
La
modélisation du cours des options (Black & Scholes)
repose sur l'utilisation du calcul différentiel stochastique.
Ainsi, l'approche de Black et Scholes suppose que l'évolution
du cours de l'action
définit un mouvement brownien géométrique
(dans le sens que les mouvements possibles du prix tendent vers
l'infini) et que son
rendement
définit un processus de Wiener généralisé (concept
que nous allons définir un peu plus loin).
ÉQUATION
DE PARITÉ CALL-PUT
Avant de nous attaquer à des calculs stochastiques un peu
ardus, il est utile d'établir au préalable une équation
dite de "parité Call-Put"
qui nous servira de sorte d'équation de conservation pour
vérifier la validité des résultats que nous
établirons par la suite sur l'évaluation des prix
des options.
L'objectif va être
de répondre à la question suivante: Quelle somme M devons-nous
payer maintenant pour recevoir une somme garantie E correspondant
au prix "prix
d'Exercice" (qui est la notation française du "strike
price" K utilisée jusqu'à maintenant) à un
temps futur T ?
Ainsi, nous avons vu lors
de notre étude du calcul d'intérêts qu'en considérant
un capital C et un intérêt r constant
nous avions dans un cas de capitalisation continue:
(66.218)
Dès lors, en posant
et
nous avons:
(66.219)
d'où:
(66.220)
Mais cette relation n'est
pas tout à fait juste. Effectivement, nous devons avoir
M = E assuré au temps T - t .
Dès lors nous sommes naturellement amenés à
poser:
(66.221)
Nous
allons maintenant supposer que le Call et le Put possèdent
les caractéristiques suivantes:
1. Même
support qui vaut S à l'instant t.
2. Même
échéance T
3. Même
prix d'exercice E
Dès lors, étant
donnée C le prix d'exercice d'un Call et P le
prix d'un Put à même échéance T et à
même valeur (strike) et S, le sous-jacent des deux
options. Nous avons alors pour la valeur du portefeuille:
(66.222)
Cette relation
ainsi que les précédentes supposent les hypothèses
suivantes:
1. Il n'existe
pas de coûts de transaction
2. Le support
n'est pas un instrument à terme (i.e. payable ou livrable
immédiatement)
3. Le support
spot ne verse pas de dividendes pendant la durée de vie
de l'option ( i.e. entre [0,T] ).
4. Les options
sont européennes
En nous posant maintenant
la question:
Quelle somme devons-nous
payer maintenant pour un portefeuille afin de recevoir une somme
garantie E (prix d'exercice) à un temps futur T
?
Le portefeuille pouvant être
considérée comme une boîte noire, rien ne nous
empêche dès lors d'écrire:
(66.223)
qui n'est rien d'autre que
"l'équation de parité Call-Put" ou
autrement écrite si nous adoptons la notation anglo-saxonne K au
lieu de E et nous prenons comme début le temps
zéro, alors:
(66.224)
Cette relation
montre que la valeur d'un Call européen avec prix d'exercice
E et maturité T peut être déduite
de celle d'un Put européen avec le même prix d'exercice
E et la même maturité T.
HYPOTHÈSE EFFICIENTE DU MARCHÉ
Le modèle de Black &
Scholes (et beaucoup d'autres modèles financiers) se base
sur le postulat que le marché est "efficient".
Définition: Un "marché efficient"
(efficient market hypothesis en anglais... - abrégée E.M.H) est
un marché où les prix reflètent complètement toute l'information
disponible. Ainsi, si le marché est efficient, il n'est pas possible
de faire des profits anormaux.
Nous pouvons distinguer trois
types de marchés efficients qui sont fonction du type d'information
disponible:
1. L'hypothèse de marché efficient
en "forme faible" qui explicite que les prix reflètent toute
l'information contenue dans la série historique des prix 2.
L'hypothèse de marché efficient en "forme semi-forte"
établit que les prix reflètent toute l'information publique disponible.
3. L'hypothèse de marché efficient
en "forme forte" qui établit que toute l'information connue,
publique et privée, est reflétée dans les prix du marché. Plusieurs
études ont essayé de tester l'hypothèse de
l'efficience des marchés
des actifs. Pour tester la forme faible de l'hypothèse,
on a utilisé
l'analyse des séries temporelles (voir plus loin) en testant
spécifiquement
l'hypothèse
d'une marche au hasard (mouvement brownien - nous y reviendrons).
Plus spécifiquement, ces tests ont essayé de tester
si les accroissements des prix sont indépendants des accroissements
passés. Si l'hypothèse
d'une marche au hasard est rejetée, alors le marché n'est
pas efficient, car les accroissements de prix passés pourraient
aider à anticiper
les prix futurs des actifs. L'évidence empirique soutient
l'hypothèse
de marché efficient en forme faible. Pour tester la forme
semi-forte de l'hypothèse, on a évalué la
vitesse d'ajustement des prix de marché à l'arrivée
de nouvelle information; l'évidence en
faveur d'un rapide ajustement des prix de marché est
dominante. La forme forte de l'hypothèse de l'efficience
des marchés, consiste à tester
s'il est possible de profiter sur la base d'information privilégiée
(information accessible à un petit groupe des agents économiques).
Étant donné qu'on ne peut pas identifier l'information
non publique, un type de test de forme forte considère
l'examen de la performance d'investissement des individus
ou groupes
qui pourraient avoir de
l'information privée. Elton et Gruber (1984) signalent que
l'analyse de la performance des fonds mutuels, après déduction
des coûts,
soutient la forme forte de l'efficience.
Ceci implique
les hypothèses suivantes (pour résumer en gros):
H1. L'histoire
passée du cours de l'option est complètement réfléchie
dans le prix présent qui ne contient lui pas d'autres informations
sur l'option
H2. Le marché
réponde immédiatement à toute nouvelle information sur le prix
d'une option.
Le paradoxe
du postulat des marchés efficients tient à ce que si chaque
investisseur pensait vraiment que le marché était
parfaitement efficient, alors personne n'étudierait les
sociétés, leurs bilans, etc. Il suffirait
d'acheter de l'indice. En vérité, les marchés
efficients dépendent
d'individus actifs sur le marché parce qu'ils pensent que
ce marché
est "inefficient" et qu'ils peuvent faire mieux que le
marché !
Ce postulat
est source de beaucoup de débats dans le domaine...
Remarque: Avec les deux hypothèses précédemment énononcées,
tout changement non anticipé dans le prix de l'option est
appelé un "processus
de Markov".
Rappel:
Un processus de Markov est un processus dont l'évolution
future
ne dépend de son passé qu'à travers son état à l'instant.
Or, le cours d'une action n'est vraisemblablement pas un processus
de Markov (la "mémoire" du processus est
probablement plus longue - par exemple une tendance saisonnière).
PROCESSUS
DE WIENER
Soit
la variation de la valeur d'une option (ou autre actif financier
volatile) sur un petit intervalle de temps noté .
Nous posons que (dans
le sens que la variation de l'option est similaire à la
variation de la valeur du sous-jacent!):
(66.225)
et avec à l'aide
de la connaissance des deux résultats majeurs du modèle
de Bachelier vu plus haut nous avons donc pour les variations
de la valeur de l'option une espérance
positive dépendante de manière proportionnelle à la
racine carrée du temps
selon:
(66.226)
où nous posons comme hypothèse (acceptable...
car nous travaillons sur de petites variations pour rappel!) que
le coefficient d'instabilité est une fonction:
(66.227)
où rappelons-le, N(0,1) est la notation de la loi Normale
centrée réduite telle que nous
l'avons établie dans le chapitre de Statistiques.
Remarque:Souvent
dans le domaine de l'économie, nous notons WN au
lieu de N en
hommage à Wiener.
Ceci dit, la relation antéprécédente est
souvent notée de manière généralisée:
(66.228)
et définie comme étant un "mouvement
brownien standard" avec "bruit
blanc" (loi marginale de type Normale), ou "mouvement
brownien arithmétique", où
le W est là par hommage à Wiener! Il est intéressant
de remarquer que le mouvement brownien est supposé indéfiniment
divisible (ce qui signifie que la période temporelle prise
n'influe pas sur la loi de probabilité qui reste toujours
la même... c'est une propriété fractale du
mouvement brownien qui a été creusée par Mandelbrot
aussi!).
Il est possible de produire un graphique de ce mouvement brownien
dans MS Excel avec dans la colonne A le temps avec un pas typique
de 0.01 [s] et dans la cellule B2 la formule suivante:
=B1+NORMSINV(RAND())*SQRT(0.01)
où B1 contient la valeur 0.
Nous obtenons alors pour 4 colonnes du même type les variations
de valeurs suivantes:

Figure: 66.37 - Exemple de 4 mouvements browniens standards
Les mouvements browniens standards ont certaines propriétés
remarquables comme nous pouvons le voir: la trajectoire a tendance à alterner
au-dessus et en dessous de l'axe des abscisses. Cela provient de
ce que la loi Normale considérée est d'espérance
nulle, autrement dit qu'il n'y a pas de tendance générale à la
hausse ou à la baisse des variations
(pour le vérifier faites au moins 30'000 points dans MS Excel
et vous verrez....).
Il est facilement possible de
caractériser à
l'aide de son espérance:
(66.229)
effectivement, rappelons que
pour la loi Normale centrée réduite, nous avons:
(66.230)
donc nous pouvions nous attendre à ce résultat d'absence
totale de tendance générale (c'était
quasi-intuitif!).
Nous pouvons également caractériser à l'aide
de sa variance:
(66.231)
d'où:
(66.232)
effectivement, rappelons que
pour la loi Normale centrée réduite, nous avons:
(66.233)
Finalement (au fait ce résultat découle de manière immédiate
de la propriété de linéarité de la loi Normale):
(66.234)
Donc pour résumer un peu les choses...
1. Nous savions avec le modèle de Bachelier que l'espérance
positive et l'écart-type positif de la valeur sont proportionnelles à la
racine carrée
du temps. Nous avons utilisé ces deux résultats ici.
2. Nous savons maintenant (sous l'hypothèse bien précise
d'un coefficient de type Normal) que les variations ont une espérance
(tendance) nulle et un écart-type
proportionnel à racine carrée de la variation
temporelle
La propriété qui vient d'être
établie reste valable pour un grand intervalle de temps
noté T
correspondant à n petits
intervalles !!!
En d'autres termes :
(66.235)
Dans ce contexte, il convient
de remplacer par:
(66.236)
Or :
(66.237)
Comme
dans l'hypothèse d'une évolution du cours sur un
petit intervalle de temps, il est possible de caractériser à
l'aide de son espérance et de son écart type :
(66.238)
ce qui est logique...
Nous
retrouvons alors, pour un grand intervalle de temps T :
(66.239)
que nous pouvons aussi écrire sous la forme suivant en
utilisant les propriétés de la loi Normale:
(66.240)
résultat auquel nous pouvions raisonnablement nous attendre
avec les hypothèses susmentionnées...
Ce dernier
résultat est écrit sous la forme
explicite suivante dans les tableurs:
(66.241)
et nous voyons que c'est peu réaliste car cela signifierait
que tout actif financier suit la même loi (quelle que soit
sa volatilité....)
et n'aurait aucune tendance générale à la
baisse ou à la hausse. Nous verrons de suite comment améliorer
cette approche.
Pour clore cette approche, remarquons que si tend
vers 0 (ce qui revient à considérer une subdivision du
temps T en
intervalles extrêmement petits)
le cours subit sur la période T un
nombre infiniment grand de variations. En d'autres termes, le
processus d'évolution du cours de l'option est continu,
ce qui conduit à remplacer
par dt,
par
dx et par dz.
Dans ce cas, nous obtenons:
(66.242)
ce qui définit un "processus
de Wiener" (nous reviendrons là-dessus lorsque nous aurons
établi l'équation différentielle stochastique).
Mais évidemment ceci n'est pas vraiment conforme à la réalité comme
nous l'avons déjà mentionné...
Nous préférons alors ajouter un décalage constant
dans le temps ce qui donne le mouvement brownien que nous allons
voir maintenant.
MOUVEMENT BROWNIEN GÉNÉRALISÉ
Dans
ce cas (généralisation un peu plus réaliste),
l'évolution
du cours dépend
non seulement d'un processus aléatoire brownien standard
(deuxième
terme ci-dessous à droite de l'égalité),
mais également
d'un paramètre
de tendance centrale, ou
"drift" (premier terme ci-dessous à
droite de l'égalité):
(66.243)
avec toujours:
(66.244)
et:
(66.245)
Nous avons donc un mouvement brownien généralisé,
constitué d'un
mouvement brownien standard (dz représenté donc
par une loi normale d'espérance nulle et de variance dt comme
nous l'avons vu plus haut) et
d'un drift. Dans ce scénario, a et b sont
imposés comme constants contrairement au cas encore plus
général
que nous verrons un peu plus loin.
La relation antéprécédente est souvent représentée
dans la littérature
sous la forme différentielle suivante:
(66.246)
Donc graphiquement cela donne, en rajoutant ce drift et en prenant
une valeur positive et non nulle pour a, un mouvement brownien
standard qui aura tendance à alterner au-dessus et en dessous du
drift:

Figure: 66.38 - Exemple de mouvement brownien standard avec drift (et décomposition)
Sur
un petit intervalle de temps ,
le processus, en temps discret s'écrit bien évidemment:
(66.247)
Dans
ce cas, nous avons :
(66.248)
dans
la mesure où seule a
une composante aléatoire.
Ainsi :
(66.249)
Finalement :
(66.250)
En
subdivisant une période T en
n intervalles
de temps (soit
),
la variation du cours devient sur cette période T:
(66.251)
Dès
lors :
(66.252)
Finalement :
(66.253)
Soit:
(66.254)
ou encore :
(66.255)
Il est alors aisé de comprendre pourquoi nous
disons que la loi de Gauss régit la variable aléatoire
obtenue en arrêtant
un processus brownien à un instant donné: c'est une
photo instantanée
du mouvement brownien simple ou généralisé!
En choisissant:
(66.256)
Nous avons alors la relation antéprécédente
qui s'écrit
traditionnellement
sous la forme explicite suivante dans les tableurs:
(66.257)
où est
le rendement en % de l'actif financier et la
volatilité du
rendement en %. Soit écrit autrement:
(66.258)
Il est alors intéressant pour le financier
de créer
un graphique qui représente l'espérance en fonction
de t et
la valeur x(t) correspondante à une probabilité cumulée
de 2.5% et de 97.5% sur un graphique pour avoir une idée
de l'évolution de l'intervalle
de confiance à 95% de son x(0). Ceci est très
facile
à obtenir dans MS Excel et l'on tombe typiquement en jouant
avec plusieurs types de graphiques dans le même diagramme
sur un résultat du type suivant pour un portefeuille de 500 MF
avec rendement de 5% et écart-type de 20%:

Figure: 66.39 - Tracé du mouvement brownien standard avec intervalle de confiance
Avec le tableau suivant:

Figure: 66.40 - Tableau de données correspondant au tracé précédent
Utilisant donc les relations démontrées
plus haut:

Figure: 66.41 - Formules explicites pour le mouvement brownien et l'intervalle de confiance
Évidemment, dans la pratique il est possible
de faire ce type de graphique avec n'importe quelle donnée
comportant un drift linéaire et dont l'écart-type
est connu.
PROCESSUS D'ITÔ
Considérons maintenant un
processus brownien correspondant à une variation de x en
temps continu définie
par :
(66.259)
a
et b étant
alors des fonctions des 2 variables x et
t. Cette considération
est ce que nous appelons un "processus
d'Itô". Il s'agit donc d'une généralisation du cas
précédent où a et b ne sont
plus constants.
Il est possible de calculer
l'espérance et la variance de dx exactement
de la même façon à celle que pour le processus de Wiener et nous
obtenons très facilement par analogie
:
(66.260)
Par
conséquent, nous pouvons écrire:
(66.261)
où a(x,t)
correspond au drift instantané et b(x,t) à
la variance instantanée.
Le "mouvement brownien
géométrique" qui permet de définir
théoriquement la
meilleure prédiction d'évolution du rendement d'une
option est un cas particulier de processus d'Itô (parmi tant d'autres
modèles...) où nous
supposons que :
et
(66.262)
Dès lors nous pouvons écrire l'expression du mouvement brownien
géométrique de la valeur de l'option notée:
(66.263)
Souvent représentée dans la littérature
aussi sous la forme suivante:
(66.264)
ou encore plus explicitement:
(66.265)
L'interprétation financière de la relation antéprécédente devient
apparente lorsque nous divisons les deux membres par x:

ce qui correspond aux taux de rentabilité de l'option (ou tout
autre actif de la même famille) sur une période infinitésimale dt.
Le mouvement brownien géométrique est donc a priori
un bon candidat pour modéliser
l'évolution du prix d'un actif financier à partir de son
taux de rentabilité.
Dans la littérature spécialisée, le return
(rendement) est aussi parfois noté (notation
justifiée)
sous la forme de l'équation différentielle stochastique
(E.D.S.) suivante:
(66.266)
où
est bien évidemment le prix de l'option (sous-jacent) appelé "stock
price" au temps t, est
appelé la "dérive" (assimilé
souvent au rendement) et la "volatilité" (la
volatilité du rendement). C'est la notation et le vocabulaire
que nous adopterons pour la suite.
À noter que puisque nous avons:
(66.267)
Nous pouvons donc aussi écrire:
(66.268)
Au cas où (processus
de Wiener, autrement dit le prix de l'action est parfaitement
connu à un temps donné et sans risques), nous nous retrouvons
avec une équation
différentielle
(connue dans le domaine) que nous pouvons de suite résoudre:
(66.269)
Il s'agit donc d'une exponentielle (comme l'intérêt
continu que nous avons vu au début de ce chapitre). Cette
relation n'étant valable
que si l'intervalle de temps est donc très petit.
Nous allons voir maintenant à l'aide du "lemme d'Ito",
qu'il est possible (ce qui n'est pas une possibilité unique!) d'établir
qu'un tel processus
peut définir une loi log-normale (cf. chapitre
de Statistiques).
Le lemme d'Ito est établi
à partir du développement de Taylor à 2 variables x
et t donné
par (cf. chapitre de Suites et Séries) :
(66.270)
avec
à l'origine du mouvement brownien.
En considérant ,
et en prenant les termes que jusqu'au deuxième ordre (approximation
formelle périlleuse mais numériquement non obligatoire à
l'aide de la puissance de calcul des ordinateurs), nous avons:
(66.271)
Revenons maintenant à :
(66.272)
Élevons au carré, nous obtenons :
(66.273)
Or:
(66.274)
et comme nous l'avons démontré
dans le chapitre de Statistiques:
(66.275)
Nous avons alors:
(66.276)
Donc:
(66.277)
Par ailleurs:
(66.278)
qui tendent tous deux vers
0 quand
tend vers 0.
Par conséquent :
(66.279)
En considérant une subdivision
du temps en intervalles dt extrêmement
petits qui implique ,
donc en se plaçant en temps continu (donc un modèle continu),
l'application du développement de Taylor peut alors s'écrire:
(66.280)
il s'agit du lemme d'Ito également appelé "théorème
d'Itô-Doeblin".
Remarque: Comparer la forme de la dernière égalité à la relation

Si nous prenons:
(66.281)
Dès lors:
(66.282)
Dans ce cas:
(66.283)
En
revenant à l'hypothèse de mouvement brownien géométrique,
nous savons que nous devons considérer que :
et
(66.284)
Nous avons donc :
(66.285)
et nous obtenons finalement
l'équation différentielle stochastique à coefficients
constants:
(66.286)
Soit en reprenant la notation du début sous forme explicite:
(66.287)
ou sous une autre forme encore plus explicite:
(66.288)
Nous voyons déjà que contrairement
au modèle de
Bachelier, avec ce mouvement brownien géométrique,
le rendement espéré peut être négatif
ce qui est déjà un peu plus réaliste!
Remarques:
R1. Se rappeler que nous sommes
partis de la relation 
R2. Les mouvements browniens ont été successivement
dégagés
de l'hypothèse de Normalité dans
les années 1960), puis de l'hypothèse
de stabilité dans
les années
1980. Avec ces deux hypothèses, les mathématiciens
les rangent dans la catégorie particulière des "processus
de Lévy
2-stables".
dF
définit alors un mouvement brownien géométrique
avec drift particulier dont nous pouvons maintenant mesurer les
paramètres
(c'est ce que nous voulions obtenir). Par conséquent, les
résultats
que nous avions obtenus pour le mouvement brownien peuvent être
récupérés et nous
permettent d'écrire au final:
(66.289)
ce
qui revient dire que dF suit
une loi log-normale (cf. chapitre de Statistiques) de paramètres:
et
(66.290)
Allons maintenant un peu plus loin en intégrant l'élément différentiel.
Nous avons donc:
(66.291)
Intégrons cette dernière relation:
(66.292)
La première primitive est simple:
(66.293)
La deuxième primitive est simple (pas de constante
d'intégration cas au temps zéro l'espérance de gain est nulle):
(66.294)
La troisième primitive vaut (pas de constante
d'intégration car au temps zéro la valeur du gain est parfaitement
connue comme valant 0):
(66.295)
Nous avons donc:
(66.296)
Et au final:
(66.297)
Pour trouver la signification du premier facteur,
il suffit de poser la condition initiale:
(66.298)
Nous avons alors immédiatement pour l'expression
finale du brownien géométrique:
(66.299)
obtenue par P. Samuelson en 1965 et qui est
parfois appelée "modèle
de Bachelier-Samuelson" ou "représentation
log-normale de la valeur de l'option".
Nous
avons au final une formulation (sous forme de fonction de
distribution probabiliste) d'une variation temporelle et du return
intrinsèque
d'une action qui peut être utilisé à des fins décisionnelles
d'investissements sur une prévision. Mais ce modèle
est quand même trop lisse en n'arrive pas à modéliser
les krachs boursiers (il en est de même pour rappel avec
le mouvement brownien standard) pouvant arriver sur le long terme.
Raison pour laquelle certains modèles plus récents
que nous n'étudierons
pas ici ajoutent un processus de Poisson (discret
et à événements rares par construction) à celui
de Wiener.
Il existe d'autres modèles
que le log-normale mais celle-ci de par sa facilité est
la plus répandue. Il faut cependant encourager d'autres
méthodes plus
généralistes!
Pour terminer cette partie résumons donc par une comparaison
le mouvement brownien standard et le mouvement brownien géométrique
qui régissent donc la dynamique des cours lorsque les paramètres
(rendement et volatilité instantanés) sont données
en %:
(66.300)
et rappelons que l'avantage du mouvement brownien
géométrique est qu'il élimine (grâce à l'exponentielle) les valeurs
négatives du cours que nous pouvions obtenir avec le mouvement
brownien standard de Bachelier.
Il est alors intéressant pour le financier
de créer un graphique qui représente l'espérance
en fonction de T et la valeur x(T) correspondante à une
probabilité cumulée de 2.5% et de 97.5% sur un graphique
pour avoir une idée de l'évolution de l'intervalle
de confiance à 95% de son x(0). Ceci est très
facile à obtenir dans MS Excel et l'on tombe typiquement
en jouant avec plusieurs types de graphiques dans le même
diagramme sur quelque chose du genre (portefeuille de 500 MF avec
rendement
de 5% et écart-type de 20%):

Figure: 66.42 - Tracé du mouvement brownien géométrique avec intervalle de confiance
Avec le tableau suivant:

Figure: 66.43 - Tableau de données correspondant au tracé précédent
Utilisant donc les relations démontrées
plus haut ($B$2 contient la valeur 500):

Figure: 66.44 - Formules explicites pour le mouvement brownien géométrique
et pour l'intervalle de confiance à 95%:

Figure: 66.45 - Formules explicites pour ll'intervalle de confiance
Il est intéressant de comparer l'évolution de portefeuilles
ayant les mêmes paramètres (volatilité et rendement) sur la même
période de temps. Cela donne alors graphiquement:

Figure: 66.46 - Comparaison mouvement brownien géométrique et standard
Donc dans 6 mois, nous voyons que le portefeuille à 95%
de probabilité cumulée de se situer entre 404.49
et 885.90 millions avec une espérance de 662.54 millions.
Enfin, le lecteur remarquera que l'on peut généraliser
l'écriture des deux mouvements browniens (en prenant le
logarithme népérien en ce qui concerna le mouvement
brownien géométrique) en les écrivant sous
une forme proposée par Mandelbrot en 1962:
(66.301)
où et c sont
respectivement les paramètres
de localisation (rentabilité moyenne) et de dispersion (volatilité non
gaussienne) du processus, et où désigne
le mouvement -stable
standard de Lévy.
Le problème
avec ce modèle
c'est la perte de l'existence, pour certaines lois de probabilité qui
marchent très bien, du deuxième moment (la variance)
si important en termes de communication et d'images pour les professionnels
dans les années 1970 car il leur servait d'unique mesure
du risque. L'absence de variance finie constitua vraisemblablement
l'une des causes les plus puissantes du rejet.
ÉQUATION DE BLACK & SCHOLES
Nous avons obtenu lors des
développements précédents, sous la contrainte d'une loi log-normale
et d'un mouvement brownien, l'équation différentielle suivante
pour la marche aléatoire de la valeur de l'action:
(66.302)
Soit avec les bonnes notations:

(66.303)
Si nous construisons maintenant
un portefeuille consistant en une option et un nombre de
titres sous-tendants (souvent aussi noté dans
la littérature). La valeur du portefeuille est alors exprimée
par:
(66.304)
Le différentiel temporel
du portefeuille s'écrit alors:
(66.305)
Vous remarquerez que nous
supposons constant (et négatif) le nombre durant
le différentiel de temps.
En réunissant les relations
précédentes et (nous adoptons ici la notation traditionnelle
usitée
dans le domaine) l'équation
de l'actif risqué donné donc par:
(66.306)
nous obtenons:
(66.307)
où nous avons dans le crochet tout à droite le
mouvement brownien géométrique.
Ce qui donne après réarrangement des termes l'équation différentielle
du portefeuille:
(66.308)
Considérons maintenant que est
lié par la relation de dépendance spéculative
(dont nous prenons la valeur entière) qui élimine
de la relation précédente la partie risquée
du portefeuille (c'est le
dz qui génère le risque de manière
aléatoire
pour rappel!):
(66.309)
Nous pouvons alors écrire:
(66.310)
Or, nous avons également pour l'actif sans risque:
(66.311)
noté parfois aussi dans littérature:
(66.312)
En substituant maintenant
les quatre relations:
(66.313)
dans:
(66.314)
Nous obtenons:
(66.315)
qui
n'est d'autre que "l'équation
différentielle
partielle (sans second membre) de Black &
Scholes".
Le lecteur aura noté que le paramètre (dérivation)
est absent de cette équation! En d'autres termes, la valeur d'une
option est indépendante
de la vitesse de variation des valeurs des titres sous-jacents.
Le seul paramètre qui affecte le prix de l'option est la
volatilité de
l'option sous-jacente. Une conséquence de cela est que deux
personnes ayant des opinions divergentes quand à la valeur
de sont
toujours en entente sur la valeur de l'option.
L'objectif bien évidemment
est de résoudre cette équation différentielle
afin de déterminer le return F(S,t).
Celle-ci ne se laisse par ailleurs pas résoudre en deux
lignes.
Avant de nous attaquer à cette tâche quelques
définitions et indications pratiques préalables
concernant certains paramètres sont utiles et nécessaires
(nous déterminerons leur forme explicite après
la résolution
de l'équation
différentielle):
PORTEFEUILLE AUTOFINANçANT SUR SOUS-JACENT RISQUÉ
Une stratégie de portefeuille autofinançant est une stratégie
dynamique d'achat ou de vente de titres et de prêts ou d'emprunts à la
banque, dont la valeur n'est pas modifiée par l'ajout ou le retrait
de cash (nous aurions pu introduire ce sujet dès le début
du chapitre mais nous avons jugé plus opportun de ne le
faire que maintenant).
Nous supposerons ici pour l'exemple que nous ne pouvons investir
que dans un seul titre (placement risqué), et dans du cash (placement
supposé non risqué), c'est-à-dire en plaçant ou empruntant de l'argent à une
banque.
Nous désignons par le
prix à la date t du titre, par le
taux d'intérêt pour un placement entre à la
banque.
Soit la
valeur de marché, ou encore valeur liquidative, ou encore "Mark
to Market" (M.t.M.) du portefeuille à la date t.
Après renégociation, le nombre d'actions du
portefeuille est constant jusqu'à la prochaine date de gestion.
Pour simplifier, nous supposons pour le moment que le gestionnaire
ne prend en compte dans sa règle de décision la valeur du cours
du sous-jacent qu'au moment de renégocier.
Dans un temps très court, la variation de valeur du portefeuille
n'est due qu'à la variation de la valeur du sous-jacent et à l'intérêt
versé par la banque sur le cash, soit, puisque le montant investi
dans le cash est:
(66.316)
nous avons "l'équation d'autofinancement":
(66.317)
Ainsi, pour un vendeur de Call (par exemple...), il s'agit de
trouver le coût initial et
la stratégie qui
permettent d'obtenir (les financiers parlent de "réaliser
l'actif financier"):
(66.318)
dans tous les scénarios de marché. S'il existe une telle stratégie
de couverture, nous disons alors que nous avons affaire à un "marché complet".
LES GRECS ET AUTRES...
Dans la réalité ces modèles théoriques
sont bien jolis (pour l'honneur de l'esprit humain) mais toutefois
très peu réalistes. Raison pour
laquelle les traders font (comme en ingénierie) appel à des
indicateurs simples et parlants appelés "les
grecs" pour prendre les décisions
de vente ou d'achat. Cependant on peut appliquer avec un peu de
créativité ces mêmes indicateurs à de nombreux autres domaines
(industriel, gestion de projets, chimie, etc.).
Voici la liste des plus connus:
Définitions:
D1. Le "delta" d'une
option, qu'il est important
de comprendre (ou de savoir), donnée par:
(66.319)
et représente le taux
de changement de la valeur des options du portefeuille dépendamment
des valeurs des titres sous-jacents S (mathématiquement
parlant c'est donc la dérivée première de
la prime de l'option sur le prix du sous-jacent). Ce terme
est fondamental dans la théorie
et dans la pratique et nous en ferons fréquemment usage.
C'est donc une mesure dans la corrélation entre le mouvement
de l'option ou autres actifs financiers et dérivés
et les sous-jacents.
Considérons par exemple qu'un Call sur l'action
ABC est de delta 0.25 avec un cours du support (spot) à 90.-
et une prime à 5.-. Lorsque le cours de l'action ABC passe
de 90.- à 91.-,
la prime de l'option va augmenter alors de 1 delta, et devient
alors 5.25.-. Lorsque le cours de l'action ABC passe de 90.- à 88.-,
la prime de l'option va diminuer de 2 fois delta, et devient 4.50.-.
Cette variation et termes de delta (nombre entier) est alors
notée .
Le delta est donc paramètre le plus important pour un praticien
qui veut se couvrir contre le risque. Effectivement, afin d'obtenir
le delta global d'une position, il suffit de multiplier la valeur
du
delta de
chaque option par sa position. Puis on fait la somme de tous ces
deltas.
Par exemple, si nous sommes vendeur de 5 calls C1 et
acheteur de 7 Call C2 alors notre delta global sera égal à:
(66.320)
La valeur de ce paramètre nous informe sur la quantité de
sous-jacents à acheter ou vendre afin d'immuniser la valorisation
de notre portefeuille aux variations du cours de ce sous-jacent.
Nous disons alors qu'il s'agit d'une "stratégie
en delta-neutre".
Ainsi, les gestionnaires vont entre la date à laquelle
ils ont encaissé la prime (en ayant vendu un contrat d'option)
et sa maturité T tout naturellement gérer
en delta-neutre au fil du temps un portefeuille autofinancé constitué de actifs
sous-jacents S à chaque instant t, afin
de disposer de façon certaine (donc sans risque) de la cible
stochastique
à la maturité. Nous parlons aussi de "portefeuille
de couverture".
D2. Le "thêta" d'une option donne la sensibilité du
prix de l'option
par rapport à sa maturité et est donné par:
(66.321)
Appliqué à notre portefeuille, le thêta nous
donne la valeur perdue ou gagnée suite à l'écoulement
d'une journée par exemple.
D3. Le "rhô" calcule la sensibilité du
prix de l'option par rapport au taux d'intérêt et est
donné par:
(66.322)
Cet indicateur semble être assez peu utilisé par
les professionnels.
D4. Le "véga", représenté par
la lettre nu minuscule car le nom véga n'est
pas lui-même un nom de lettre grecque, mesure la sensibilité de
l'option par rapport à la volatilité et est donné par:
(66.323)
La volatilité est le paramètre déterminant
du prix d'une option. L'impact de la variation de ce paramètre
sur la valorisation de notre portefeuille est donc très important
pour les traders sur options.
D5. Le "gamma" correspond à la
dérivée
du delta et est donc donné par:
(66.324)
Une lecture possible du gamma est le sens d'évolution
du delta en fonction du prix du sous-jacent. Un gamma positif indique
que
prix du sous-jacent et delta évoluent dans le même
sens, alors qu'un gamma négatif montre le contraire.
D5. "L'opérateur différentiel
linéaire
de Black & Scholes" donné par:
(66.325)
aurait une interprétation
financière comme mesure de la différence entre le
retour d'une option (les deux premiers termes) et l'ensemble d'un
portefeuille de rendement sans risque r contenant cette option (les
deux derniers termes).
Bref, ceci étant dit, nous pouvons donc avoir l'écriture
technique suivante de l'E.D.P. de Black & Scholes en utilisant
les grecs
(66.326)
RÉSOLUTION DE L'E.D.P. DE BLACK & SCHOLES
Avant de nous attaquer à
la résolution de l'équation B.S. donnons déjà
les solutions avec un rappel des termes (cela permettra d'avoir
une idée préalable des concepts utilisés
lors des développements et de plus je ne risque pas d'écrire
ceux-ci avant quelques années faute de temps...):
Soient F(S,t)
la valeur d'une option Call C(S,t)
ou Put P(S,t),
la volatilité du sous-jacent, E le
prix d'exercice (strike), T la date d'expiration et r l'intérêt
- Pour le Call européen (valeur de l'option d'achat de
maturité T et de strike K) la solution (dont la
démonstration
doit encore être
rédigée dans
ce chapitre...) est:
(66.327)
où N(x)
est donc la loi Normale centrée réduite:
(66.328)
avec:
(66.329)
et:
(66.330)
La distribution normale cumulée de ce paramètre
représente
la probabilité que l'option soit exercée dans un
univers risque-neutre (en absence opportunié d'arbitrage pour faire
simple). Multiplié par E,
la valeur normale cumulée du paramètre
précédent représente donc en quelque sorte
l'espérance, en univers
risque-neutre, de paiement du prix d'exercice. L'exponentielle
se trouvant dans l'expression de C(S,t)
est la facteur d'actualisation.
- Pour le Put européen
(valeur de l'option de vente de maturité T et strike K):
(66.331)
Dès lors, le "delta
du Call" que nous avions déjà introduit
plus haut est donné dans ce modèle par l'expression
exacte:
(66.332)
et le "delta du Put" par:
(66.333)
et il est facile de vérifier
que ces solutions satisfont l'équation de parité Put-Call:
(66.334)
où rappelons que E est juste une autre manière
traditionnelle de noter la valeur de strike K des deux
options P et C.
Voici les commandes intégrées
à MS Excel pour faire le calcul:
Figure: 66.47 - Application de Black & Scholes dans MS Excel
Remarque: Il est sûr que les
équations de Black & Scholes
ont permis l'essor des marchés aux options, en permettant
une spéculation sécurisée. Cela reste de
la spéculation (les acteurs spéculent les uns
par rapport aux autres sur la volatilité des actions),
mais cette spéculation
reste sécurisée par l'équation de couverture, qui
évite que les pertes ne soient trop importantes. Il existe
néanmoins des inconvénients
à leur utilisation. Le plus important est sûrement
l'effet d'emballement qu'elles provoquent. Supposons par exemple
que vous êtes le vendeur d'une option sur l'action d'une
société
S. Celle-ci annonce des résultats légèrement
inférieurs à ceux attendus. Son cours baisse, et
c'est normal. L'équation de couverture de Black & Scholes
vous recommande
alors de diminuer le nombre d'actions de cette société
dans votre portefeuille, ce que vous faites. Mais tous les acteurs
du marché font le même raisonnement, engendrant une
nouvelle baisse du cours de l'action. L'équation de couverture
de
Black and Scholes vous recommande de vendre encore des actions,
etc.... Cela peut déclencher un véritable emballement
du marché, à la baisse comme à la hausse.
Ceci est accentué par le fait que bien souvent, les
ordres d'achat ou de vente sont automatisés, implémentés
directement dans les logiciels, et ne nécessitent plus
d'interventions humaines. D'autre part, l'équation de couverture
de Black & Scholes est efficace pour de petites variations
de cours, mais pas pour des
"dévissages" brutaux et importants. Ainsi, un
an
à peine après avoir reçu leur prix Nobel d'Économie,
Robert Merton et Myron Scholes furent impliqués dans la
déconfiture
du fonds d'investissement américain LTCM à l'automne
1998, à la suite de la grave crise russe de l'été 1998.
VALUE AT RISK
Les mesures du risque ont bien évolué depuis que
Markowitz a avancé sa
célèbre théorie de la diversification de portefeuille à la
fin des années 1950, théorie qui devait révolutionner
la gestion de portefeuille moderne. Le risque d'un portefeuille était
alors relié à la
matrices des covariances-variances comme nous l'avons démontré théoriquement
et par l'exemple plus haut.
Dans les années 1960, Sharpe a proposé le modèle
unifactoriel d'évaluation des actifs financiers où le bêta
est le facteur explicatif principal du risque d'un portefeuille
via la matrice des bêtas.
Au début des années 1990, une nouvelle mesure du
risque a fait son entrée (la banque JP Morgan en serait à l'origine).
En effet, on reconnaissait de plus en plus les limites des mesures
traditionnelles
du risque.
Il fallait se
donner
des
mesures du
risque de baisse de la valeur des actifs. Pour ce faire, il fallait
trouver des mesures qui sont davantage reliées à l'ensemble
de la distribution des flux monétaires d'un portefeuille.
C'est dans ce contexte qu'une mesure nominale du risque a été proposée:
la
VaR (notée V@R en gestion de projets).
Cette nouvelle mesure a d'abord servi à quantifier le risque
de marché auquel
sont soumis les portefeuilles bancaires. En effet, l'Accord de
Bâle a recommandé aux banques, en 1997, de détenir
un montant de capital réglementaire pour pallier aux risques
standards de marché. Or,
ce capital est depuis lors calculé à partir de la VaR et
est devenue de plus en plus populaire pour évaluer le risque
de portefeuilles institutionnels ou individuels (et pas que!).
Il n'existe
pas cependant une mesure
unique de la VaR. En effet, elle repose sur le concept
de volatilité,
qui est essentiellement latent. C'est pourquoi les
banques se doivent de recourirà plusieurs modèles
de VaR de manière à définir
la fourchette de leurs pertes éventuelles.
Ces calculs sont d'autant plus complexes que la distribution des rendements
des titres mesurés à haute fréquence
s'éloigne sensiblement de la normale.
Définition: La "Value
at Risk" (VaR)
est la perte maximale théorique que peut subir un gestionnaire
d'un portefeuille (dont la valeur est forcément implicitement
variable) et pour une certaine période de temps avec
une probabilité cumulée
donnée (l'utilisation de la la VaR n'est pas limitée
aux instruments financiers, elle est utilisée dans beaucoup
d'autres domaines de la gestion du risque en général).
Remarque: La VaR n'est pas
réellement
pertinente si elle n'est pas présentée avec
d'autres indicateurs de risques tels que le ratio de Sharpe, le
ratio de
Treynor ou encore les coefficients grecques (comme le
bêta). Enfin, indiquons que dans la pratique la VaR est
indiquée en %.
VAR RELATIVE
Dans le modèle classique de la VaR relative
(appelée aussi parfois "VaR Paramétrique"), nous
supposerons que la distribution statistique des résultats
d'un portefeuille obéit à chaque
instant à une
loi Normale... que nous noterons par la suite:
(66.335)
Sous cette hypothèse de normalité, la VaR relative
est appelée en toute rigueur "VaR delta-normale".
L'idée suivante est que la variable aléatoire X peut
donc être
réécrite
avec une variable normale centrée réduite
(cf. chapitre de Statistiques) en posant:
(66.336)
tel que (utilisation des propriétés de base de la loi Normale):
(66.337)
et cette écriture est donc utilisée dans énormément d'autres
domaines que la finance (gestion de projets, assurance qualité,
logistique, etc.).
Soit le
seuil critique associé à la probabilité cumulée visée.
Nous pouvons alors écrire:
(66.338)
qui est une forme intéressante car elle reporte l'analyse
du risque et la variabilité sur l'estimation de l'écart-type
seul (ce que les financiers apprécient bien...)!
Cette forme d'écriture se vérifie aisément
avec MS Excel pour les sceptiques... Considérons un portefeuille
P ayant un écart-type
annuel de 10% et que nous possédons 1000.- en actifs de
ce portefeuille. Nous avons alors à la première année:
=NORMINV(99%;1000;10%*1000)=1000+NORMSINV(99%)*10%*1000=1'232.6
Soit 99% de probabilité cumulée d'avoir
une portefeuille valant entre 0 et 1'232.6.- à tout
moment (on considère comme négligeable la probabilité cumulée
que le portefeuille ait une valeur négative avec cette écriture).
Mais ce qui intéresse le gestionnaire n'est
pas de se couvrir du risque de l'espérance (car il est nul)
mais de la volatilité seule!
Dans le cas précédent elle est donc de 100.- et
suit une loi Normale centrée réduite. D'où
la raison de définir la VaR formellement
comme étant la relation
mathématique qui donne un intervalle de confiance de l'écart-type:
(66.339)
Ainsi, pour une probabilité cumulée
de 99% les logiciels nous donnent en valeur absolue
(voir le traitement des intervalles de confiance dans le chapitre
de
Statistiques):
(66.340)
où par tradition les financier prennent l'alpha
(et donc la VaR) comme étant positif. D'où le
fait qu'ils parlent de risque couverts à 99% alors qu'en
réalité il s'agit de couvrir
un risque qui a 1% de probabilité cumulée d'avoir
lieu (mais strictement parlant c'est la même chose simplement
que le premier est plus facile à faire comprendre à un
client...!!!). Raison pour laquelle on trouve parfois aussi la VaR sous
la forme suivante:
(66.341)
Signalons que le résultat du calcul peut être désigné
aussi sous le nom de façons "réserve
fractionnaire" (bien
que cela n'ait aucun rapport avec la façon dont les États
imposent une réserve fractionnaire aux banques) ou encore "réserve
mathématique" (bien que cela n'ait aucun rapport avec
la manière dont les assurances calculent la réserve
mathématique).
Exemple:
Un portefeuille P de valeur 1'000.- a une volatilité annuelle
de 10%. La volatilité journalière (instantanée) du
rendement est alors de (nous utilisons ici la propriété du
mouvement brownien standard):
(66.342)
où 252 est le nombre de jours de Bourse dans l'année
dans un pays donné. Soit en numéraires:
(66.343)
La VaR relative au seuil de 99% à une
journée
est alors:
(66.344)
De même sur nous aurions VaR relative annuelle
au seuil de 99%:
(66.345)
Soit une VaR relative de 23.26% (juste histoire de la
donner en pourcents comme il est d'usage dans le domaine financier).
Ainsi, en ce qui concerna la VaR annuelle relative,
nous avons alors 99% de probabilité cumulée gagner
232.60.- mais aussi de le perdre! Effectivement nous avons 1% de
probabilité cumulée d'avoir une perte annuelle de:
=NORMSINV(1%)*10%*1000)=-232.6
donc il faudrait
au moins un capital risque (fonds propres)
de
232.6.-
pour couvrir 99% des risques (couvrir cette probabilité cumulée
de 1% d'être dans un mauvaise année respectivement).
Nous pouvons aussi dire que nous avons 99% de probabilité cumulée
de ne pas perdre plus 232.6.-. Nous retrouvons donc le même
résultat
numérique
qu'avec l'exemple précédent.
Le lecteur remarquera que nous avons donc dans le domaine de
la Bourse (ceci découle donc du mouvement brownien standard)
pour passer d'un horizon temporer à un autre:
(66.346)
Les financiers appellent cette propriété du
mouvement brownien dans le cadre de l'utilisation de la VaR la "scaling
law". Elle est autorisée par les accords de
Bâle en 1996
qui présuppose une distribution Normale et conseille
une horizon temporel de 10 à 30 jours. Nous avions vu cependant
lors de notre démonstration
du modèle
du mouvement brownien standard que nous sous-estimons sous cette
hypothèse
le risque réel et que ce reflèxe de changement d'échelle via la
racine carrée est très critiquée par les spécialistes.
Remarque: Personnellement je préconiserai
de couvrir selon la méthode Six Sigma à 99.9996%
sur un horizon temporel correspondant au minimum au temps de position
moyen. Mais c'est personnel...
VAR ABSOLUE
La mesure de VaR que nous venons de donner est une mesure
relative car elle ne tient pas compte de la moyenne des pertes
et gains futurs.
Si la volatilité est de 100.- dans l'exemple qui
vient d'être donné, la VaR relative
est donc 232.6.- Mais comme le profit moyen est généralement
non nul sur une longue période de temps, nous devons
la plupart du temps utiliser la
mesure absolue de la VaR (sur une très courte période
le profit étant considéré comme parfois nul, on s'en tient au calcul
de la VaR relative).
Rappelons d'abord que suite à notre étude du modèle
de Bachelier nous avons démontré que l'espérance
positive de la valeur (ou rendement) ainsi que l'écart-type
positif d'un portefeuille est proportionnelle à la
racine carrée du temps.
Supposons que la période d'observation t soit en
mois. Le rendement mensuel espéré pour le portefeuille
de valeur initiale S est
alors de (son
espérance donc..!.) et la variance mensuelle de son rendement
de .
Sa VaR relative au seuil de confiance
est donc après t mois de (vous pouvez vérifier
que la relation
est bien homogène!):
(66.347)
comme nous avons pu le vérifier dans l'exemple
précédent (donc jusqu'ici rien de nouveau...). La
racine carrée
du temps provient, pour rappel, du modèle de Bachelier (mouvement
brownien standard).
Remarque: Contrairement à ce
que nous avions vu lors de notre étude
des seuils/intervalles de confiances dans le chapitre de Statistiques,
nous ne divisons pas par 2 l'argument de la fonction MS Excel
NORMALSINV() pour obtenir le  dans
la situation ci-dessus car ce qui nous intéresse c'est seulement
un côté de la courbe centrée réduite (le côté "pessimiste")
et non les deux.
Si nous reprenons le même exemple que précédemment
(portefeuille de 1'000.- avec 10% de volatilité annuelle).
La VaR relative
est donc sur une projection de 30 jours
de:
(66.348)
Mais cette dernière relation ne tient donc pas compte
du rendement moyen espéré du
portefeuille dans le temps.
La VaR absolue est donc obtenue en retranchant ce rendement à la VaR relative
sur la même période temporelle, c'est-à-dire:
(66.349)
où nous faisons l'hypothèse particulière
que le rendement est donc linéairement dépendant
du temps (conformément à la construction semi-empirique
du mouvement brownien standard). La VaR absolue
est donc bien évidemment
inférieure à la
VaR relative de ce montant.
Mentionnons que le calcul de la VaR absolue
peut être considéré comme vicieux ou ayant
peu d'intérêt car
il suppose que la gain obtenu grâce au rendement sera placé dans
les fonds propres pour financer la VaR relative. Or, dans
la majeure partie des cas les gains seront replacés.
Reprenons quand même notre exemple habituel sous cette hypothèse
(portefeuille de 1'000.- avec 10% de volatilité annuelle) avec
un rendement annuel de 15%. Nous avons alors:
(66.350) Concrétement, si les nous financons la VaR avec
les gains alors sur une année il suffit d'avoir 82.6.- de fonds propres. Dans
la pratique il peut-être intéressant de savoir à partir de combien de temps
les gains couvrent la totalité de la VaR. Dans ce cas il s'agit
d'un simple équation du deuxième degré tel que:
(66.351)
et nous trouverions dans notre exemple 2.4 années. Concrétement après 2.4
années les gains auront couvert la totalité des risques selon les hypothèses
de construction...
VAR HISTORIQUE
Une troisième manière pragmatique de calculer la VaR relative est
basée sur les données historiques. Il s'agit de la manière la plus simple de
faire le calcul avec la facilité d'utilisation des tableurs existant aujourd'hui.
Supposons pour l'exemple que nous ayons les cent dernières performances journalières
d'un portefeuille. Les dix plus mauvaises performances journalières sont données
ci-contre par ordre croissant:
Données Historiques |
-19'000 |
-16'450 |
-15'000 |
-12'500 |
-11'950 |
-11'250 |
-11'050 |
-10'600 |
-10'500 |
-10'250 |
... |
Tableau: 66.3 - Performances journalières d'un portefeuille
La VaR relative à 95% pour 1 jour consiste alors à déterminer le 5ème
centile. Comme nous avons 100 échantillons, il est facile de déterminer qu'il
s'agit de la 5ème valeur dans l'ordre croissant des valeurs.
Donc:
(66.352)
Comme nous l'avons déjà mentionné dans le chapitre de Statistiques, dans
les tableurs nous utilisons la fonction CENTILE( ) qui n'est pas forcément
calculé de la même manière d'un logiciel à l'autre.
VAR VARIANCE-COVARIANCE
La VaR variance-covariance est basée un cas plus réaliste du calcul
de la VaR sur un portefeuille basé sur plusieurs actifs financiers corrélés
ou non (contrairement aux cas précédents où nous avions qu'un seul actif).
Considérons pour introduire ce concept un portefeuille P1 de 5'000'000.-
de volatilité journalière de 2% (soit de 100'000.-/j.) et un deuxième
portefeuille P2 de 7'000'000.- de volatilité journalière de 1% (soit
de 70'000.-/j.).
Nos mesures montrent que leur coefficient de corrélation est
de 0.6. L'écart-type global journalier est alors de (cf.
chapitre de Statistiques):
(66.353)
Ainsi, la VaR relative journalière à 99% pour le portefeuille global
est de (pas de scaling law à appliquer ici puisque l'écart-type est journalier
et que nous voulons la VaR relative journalière):
(66.354)
Il est intéressant de comparer de VaR relative journalière à la somme
des VaR relatives des deux portefeuilles:
(66.355)
Nous avons:
(66.356)
Ceci est dû au gain de diversification!
Remarque: Un piège dans le calcul de la VaR relative variance-covariance
aurait été de calculer l'écart-type global en % et ensuite de l'appliquer dans
la relation du calcul de le VaR globale. Le résultat aurait dès lors été erroné!
Rappelons pour clore à quoi sert la VaR? Mentionnons
d'abord qu'elle se révèle d'une grande utilité puisqu'elle
est mesurée en termes nominaux.
Une fois qu'une institution financière a calculé sa VaR globable,
c'est-à-dire la perte maximale qu'elle peut encourir sur l'ensemble
de son bilan pour une probabilité prédéterminée,
il lui est loisible de se servir de ce montant pour déterminer
le capital (avoir propre) minimal qu'elle doit maintenir pour ne
pas s'exposer à la faillite.
Si en effet elle détient un capital moindre et que la perte
maximale probabiliste se produit, son avoir propre sera négatif
et elle devra peut-être déposer son bilan.
La VaR est donc très utile pour une institution financière,
car elle lui permet de déterminer le niveau du capital qu'elle doit
maintenir pour survivre. Quand la VaR est utilisée à cette
fin, nous l'appelons plus communément CaR pour "Capital
at Risk", c'est-à-dire que le capital que doit maintenir
une institution financière est calculé ou évalué selon
les risques auxquels ell est exposée. Plus le risque est
important, plus elle devra maintenir un capital élevé.
Cela apparaît bien raisonnable,
car le capital détenu par une institution financière
est d'abord et avant tout un file et sécurité. Pour
une banque, il vise à protéger
les dépôts à son passif. La VaR se présente
donc comme une mesure appropriée pour définir le
capital réglementaire que doit détenir
une institution financière. C'est pourquoi le Comité de
Bâle, chapeauté par
la Banque des Règlements Internationaux, retenait cette
mesure pour calculer le capital réglementaire d'une institution
de dépôts
en 1995 et qui est devenue effective en janvier 1998. Celles-ci
doivent maintenant calculer leur exposition au risque en recourant à la
VaR et tester sa justesse en faisant des "stress tests"
(confronter les calculs à des variations extrêmes) ainsi qu'à des
"back testing" en vérifiant que les grandes déviations (en dehors
de l'intervalle de confiance) n'ont pas lieu plus 5 fois par année
boursière.
ANALYSE DES SÉRIES TEMPORELLES (A.S.T)
Contrairement à l'économétrie traditionnelle, le
but de l'analyse des séries temporelles (A.S.T.) n'est pas
de relier des variables entre elles, mais de s'intéresser à la
dynamique d'une variable dans le temps pour découvrir certaines
régularités afin de pouvoir
extrapoler ou d'établir des prévisions sous réserve
de l'hypothèse
qu'on puisse relier une observation à celles qui l'ont précédée.
Avec une analyse fine, il est même possible d'établir des
prévisions "robustes" vis-à-vis
de ruptures brusques et de changements non-anticipables.
Remarque: À majoritairement très
bas niveaux de compétences,
ce domaine est appelé "Business Intelligence" dans
les entreprises. Une variable analysée sous forme d'A.S.T.
sera elle appelée
un "Indice de Performance Clé" (IPC) et un ensemble
d'IPC un "tableau de bord".
Définition: Une "série
temporelle" (plus rigoureusement
on devrait parler de "suite"!) est une suite d'observations d'une
variable y à différentes dates t. Habituellement
l'espace de base de t est dénombrable, de sorte que .
Le tout étant noté:
(66.357)
Une série temporelle est donc toute suite d'observations correspondant à la
même variable: il peut s'agit de données macroéconomiques (le PIB
d'un pays, l'inflation, les exportations), microéconomiques (les
ventes d'une entreprise donnée, son nombre d'employés, le revenu
d'un individu, ...), financières (le CAC40, le prix d'une option
d'achat ou de ventre, le cours d'une action), météorologiques (la
pluviosité, le nombre de jours de soleil par an...), politiques (le
nombre de votants, de voix reçues par un candidat...), démographiques
(la taille moyenne des habitants, leur âge...).
En pratique, tout ce qui est chiffrable et varie en fonction
du temps peut être analysé relativement pertinemment sous forme
de AST tant que la personne qui manipule le modèles sait ce qu'elle
fait (ce qui est rare dès qu'on sort du domaine publique et étatique...).

Figure: 66.48 - Quelques séries temporelles
La dimension temporelle est ici importante car il s'agit de l'analyse
d'une chronique historique: des variations d'une même variable
au cours du temps, afin de pouvoir en comprendre la dynamique.
On représente en général les séries temporelles sur des graphiques
de valeurs (ordonnées) en fonction du temps (abscisses). Une telle
observation constitue un outil essentiel qui permet au modélisateur
ayant un peu d'expérience de tout de suite se rendre compte des
propriétés dynamiques principales, afin de savoir quel test statistique
pratiquer. La figure précédente montrent différentes séries temporelles à titre
d'exemples.
Une série temporelle se décompose principalement en trois éléments
de base:
1. La "tendance séculaire à long terme" ou "trend". Elle correspond
à un mouvement conjoncturel non saisionner qui traduit l'évolution
à long terme de la variable mesurée.
2. Les "variations saisionnières" sont des fluctuations périodiques
qui se produisent régulièrement (périodiquement: jours, mois, trimestres
ou années).
3. Les "aléas" ou "variations
résiduelles/accidentelles" sont
des fluctuations de type aléatoires, en général de faible amplitude.
Définitions:
D1. Les séries qui oscillent autour de leur moyenne sont appelées "séries
stationnaires".
D2. Les séries qui semblent croître ou baisser sur l'ensemble
de l'échantillon observé sont appelles des "séries tendancières" et
leur moyenne n'est pas constante.
D3. Les séries qui ne sont ni stationnaires ni tendancières haussière
ou baissière à long terme sont appelées "séries non-stationnaires".
D4. Les séries qui présentent une périodicité régulière sont
appelées "séries saisonnières".
Les caractéristiques de ces graphiques sont toutes modélisables
et analysables dans le cadre de l'analyse des séries temporelles.
Il existe pour cela des outils plus ou moins complexes dont certains
ne peuvent être mis en doute et dont d'autres sont des modèles
heuristiques qu'il faut savoir manipuler et utiliser avec précaution.
Dans le texte qui va suivre, nous allons nous intéresser qu'aux
modèles élémentaires accessibles sans une artillerie mathématique
lourde.
Définition: Nous appelons "processus
autorégressifs
d'ordre 1" AR(1)
le modèle déjà établi lors de notre étude
du processus de Wiener et noté dans le cas d'étude
des séries temporelles par:

où la fonction WN (pour Wiener) est pour rappel, ce que nous
appelons un "bruit blanc".
La seule différence par rapport au mouvement
brownien standard c'est qu'il y a ici la présence d'un facteur
d'inertie qui
influence fortement la dynamique du processus. Effectivement, comme
il est très facile de le faire dans MS Excel conformément à la
procédure indiquée lors de notre étude des processus de Wiener:
Voici différents tracés de la série temporelle en fonction de
quelques valeurs du facteur d'inertie:

Figure: 66.49 - Processus autorégressif d'ordre 1
Si nous considérons comme
une variable aléatoire spécifique (ayant une fonction
de densité donnée)
que nous noterions X et comme
une autre variable aléatoire spécifique (ayant une
fonction de densité donnée) que nous noterions Y,
alors rien ne nous empêche étant connue les fonctions de
densité de chacune de ces
variables, de calculer leur covariance:

Par exemple, dans la pratique nous connaissions souvent les espérances des
deux variables aléatoires aux deux moments différents
ainsi que quelques-unes des valeurs de leurs distributions sous-jacentes
(réalisations aléatoires). Alors, il devient aisé de
calculer leur covariance. Mais ce n'est pas un indicateur vraiment
utile. Rien
ne nous empêche en supposant une relation linéaire d'utiliser
le coefficient de corrélation
linéaire:
(66.358)
Mais qui se note alors traditionnellement et trivialement dans
le cas des séries temporelles:
(66.359)
et est appelé "coefficient
d'autocorrélation".
Personnellement je préfère récrire la relation
précédente sous la forme explicite suivante (la covariance
est explicitée):
(66.360)
Il faut savoir que lorsque nous faisons de l'analyse
de séries temporelles, dans la pratique, nous comparons
souvent une suite avec elle-même mais comportant un décalage
temporel h. Ainsi, puisque les deux suites sont dépendantes
et ont les mêmes caractéristiques statistiques, nous écrivons
dans ce cas particulier dit de "processus
stationnaire du second ordre" la relation suivante appelée "coefficient
d'autocorrélation empirique":
(66.361)
Évidemment dans le cas de l'analyse de séries
temporelles où nous soupçonnons une cyclicité,
la valeur la plus grande de pour
un h donné indique la fréquence
(respectivement la périodicité) de la cyclicité sous-jacente à la
série ce qui peut aider par exemple pour le choix du type
de moyenne mobile (voir plus bas).
Remarque: Il existe différentes variantes de cette relation
dans certains logiciels. Il peut arriver d'obtenir des petites
différences numériques par rapport à l'utilisation
de la relation ci-dessus.
Voici par exemple une famille de séries temporelles:

Figure: 66.50 - Quelques exemples de séries temporelles
avec leur "corrélogramme" correspondant pour différentes
valeurs de h (en abscisse) et la valeur de en
ordonnée:

Figure: 66.51 - Corrélogrammes correspondants
Définition: Une série temporelle
est dite "stationnaire
au sens faible" ou plus simplement "processus
stationnaire faible" si les premiers (espérance)
et second (ordre) moments existent, sont finis et constants
dans le temps:
(66.362)
La première condition (constance de l'espérance) élimine
donc toute tendance. Si la fonction de densité sous-jacente à chaque est
une loi Normale, alors nous parlons de "processus
Gaussien".
Dans le cas contraire, nous dirons sur ce site qu'elle est non
stationnaire.
Remarque: Certains auteurs rajoutent
à la définition des processus stationnaires faibles que ceux-ci
doivent avoir une covariance qui existe, soit finie et indépendante
des instants choisis, ou plus exactement ne dépende que
de l'écart
entre les instants choisis, c'est-à-dire:

Considérons un cas important dans de nombreuses entreprises sur
certaines périodes plus ou moins longues. Soit:
(66.363)
la moyenne temporelle. Si converge
en probabilité vers quand nous
disons que le processus est "ergodique
pour la moyenne".
Donc quand :
(66.364)
Ces concepts généraux étant présentés
nous allons passer maintenant
à la présentation de quelques modèles mathématiques
de régression
des séries temporelles. Il faut savoir à ce sujet
que:
1. Il en
existe (à ma connaissance) une soixantaine
2. Certains sont déterministes, d'autres stochastiques (ces derniers
étant les meilleurs)
3. Ils sont (à ma connaissance) tous empiriques
4. Un logiciel comme MS Excel suffit pour modéliser la majorité
d'entre eux
Voici la liste des noms des techniques les plus connues et utilisés
par certaines multinationales dans la pratique: Moyenne Mobile,
Single Exponential Smoothing (SES), Régression Logistique, Méthode
Linéaire de Holt's, Holt's-Winters, Stochastique Linéarisée.
Je propose ci-dessous les démonstrations de celles qui
nécessitent
une démarche mathématique. Les autres n'étant
que des boîtes à
outils, elles n'ont pas leur place sur un site web tel que Sciences.ch.
RÉGRESSION LOGISTIQUE
Il arrive toujours dans les entreprises que dans l'analyse d'un
produit ou d'un service, que celui-ci voie son nombre de ventes
croître,
ensuite passer par un point d'inflexion et ensuite aller vers une
asymptote pour
diminuer à nouveau par la suite avec une caractéristique
similaire.
Le modèle logistique permettant de simuler un tel comportement
dans le cadre de l'analyse des séries
temporelles (à ne pas confondre avec la régression logistique
vue dans le chapitre de Méthodes Numériques!) est
défini
ainsi:
(66.365)
et inspiré de nombreux modèles que nous retrouvons
en physique et où est
le seuil de saturation (asymptote horizontale) qui peut être déterminé
suite à un audit du marché et son % de pénétration.
Remarque:
Il faut aussi savoir que ce modèle est bien meilleur que
celui utilisé par le lissage exponentiel compris dans
l'Utilitaire d'Analyse de MS Excel (même si comme nous l'avons
vu mathématiquement, ils ne fonctionnent absolument pas
sur les mêmes bases). Une simple observation comparative
des résultats obtenus suffit à s'en rendre compte.
b et r sont eux deux paramètres du modèle tels
que:
(66.366)
le point d'inflexion est toujours donné par le cumul de
50% du seuil de saturation. Le résultat est
alors une courbe en S du
type suivant:

Figure: 66.52 - Comparaison mesures avec modèle logistique
où en jaune a été représenté les données actuelles d'une entreprise
et en bleu le modèle théorique prévisionnel associé.
Pour déterminer l'équation de la courbe logistique,
nous pouvons utiliser directement les solveurs de certains
logiciels. Mais ceux-ci ont
parfois besoin d'avoir des données de départ proches
de la valeur théorique. Nous allons donc d'abord montrer
comment ces valeurs de départ peuvent être déterminées
avec un exemple.
Considérons le tableau suivant fait avec MS Excel (les
ventes sont en centaines de milliers d'unités):

Figure: 66.53 - Ventes en fonction des semaines
et le graphique associé:

Figure: 66.54 - Tracé des mesures précédentes
qui pourrait être jugé comme linéaire à un néophyte suivant à quel
moment commence l'analyse descriptive des ventes dans l'entreprise.
Pour déterminer le modèle théorique, nous
allons linéariser l'équation
logistique en utilisant un seuil hypothétique (objectifs
de ventes du marché) 800.
Donc:
(66.367)
Soit à calculer la nouvelle variable à expliquer:
(66.368)
et le modèle linéaire s'écrit donc:
(66.369)
avec:
(66.370)
Soit:
(66.371)
Dans notre exemple, la régression linéaire (cf.
chapitre de Méthodes
Numériques) donne:
(66.372)
Nous avons alors immédiatement:
(66.373)
Soit sous forme graphique:

Figure: 66.55 - Comparaison mesures avec modèle logistique
avec ce modèle formel, nous avons une somme des carrés
des écarts
entre les mesures et le modèle (cf.
chapitre de Statistiques) de:
(66.374)
Maintenant, entrons ces données dans MS Excel sous la forme suivante:

Figure: 66.56 - Comparaison mesures et valeurs du modèle théorique
avec la structure suivante:

Figure: 66.57 - Formules explicites pour le calcul du modèle théorique
Si nous lançons le solveur avec les paramètres suivants:

Figure: 66.58 - Paramètres du solveur pour minimiser SSE
Ce qui donne:

Figure: 66.59 - Résultat du solveur
Soit:
(66.375)
avec:
(66.376)
soit nettement inférieur à notre approche utilisant la
régression
linéaire et donc meilleur. Effectivement voyons le tableau
de résultat:

Figure: 66.60 - Valeurs données par le modèle obtenu par optimisation
et graphiquement cela donne:

Figure: 66.61 - Comparaison entre mesures, modèle par régression et modèle
par optimisation
Nous voyons nettement que le modèle du solveur (modèle
numérique)
est meilleur que le modèle formel donné par une régression
linéaire et il est aussi meilleur comme déjà mentionné que
le lissage exponentiel proposé par l'utilitaire d'analyse de MS
Excel!
Remarques: Outre
les outils présentés dans ce chapitre, signalons
aussi qu'une série temporelle peut parfois être analysée
de manière pertinente
avec une transformée de Fourier (cf.
chapitre de Suites Et Séries)
pour avoir les harmoniques et l'amplitude de la série. Enfin,
indiquons qu'il est aussi trivialement possible de faire la différence
de tous les points consécutifs dans le temps d'une série
temporelle et ensuite de faire un histogramme pour déterminer
la loi de probabilité
des
fluctuations, ce qui permet de faire de l'inférence statistique
avec toutes les précautions nécessaires.
|