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THÉORIE
DE LA DÉMONSTRATION | NOMBRES
| OPÉRATEURS ARITHMÉTIQUES
|
THÉORIE DES NOMBRES
| THÉORIE DES ENSEMBLES |
PROBABILITÉS | STATISTIQUES
Dernière mise-à-jour de ce chapitre:
31.01.2012 22:43
Version: 2.8 Revision 22 | Rédacteur: Vincent Isoz |
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LISTE DES SUJETS TRAITÉS SUR CETTE PAGE | DISCUTER
DE CETTE PAGE
La statistique
est une science qui a pour objet le groupement méthodique
de faits ou événements répétitifs
qui se prêtent à une évaluation
numérique ou qualitative dans le temps suivant
une loi donnée. Dans l'industrie et dans l'économie en
général, la statistique est une science qui permet dans un environnement
incertain de faire des inférences valides.
Il faut savoir que parmi tous les domaines de la mathématique,
celui qui est utilisé à la plus large échelle
dans les entreprises et centres de recherches est bien la statistique
et particulièrement depuis que des logiciels en facilitent grandement
les calculs! Raison pour laquelle ce chapitre est un des plus gros
du site internet
alors
que seuls
les concepts élémentaires
y sont présentés!
Signalons aussi que les statistiques ont très mauvaise
réputation
à l'université car les notations y sont souvent confuses
et varient grandement d'un professeur à l'autre, d'un livre à l'autre,
d'un praticien à l'autre. En toute rigueur, il faudrait
se conformer au vocabulaire et notations de la norme ISO 3534-1:2006
et comme malheureusement ce chapitre a été écrit
avant la publication de cette norme... un certain temps d'adaptation
sera nécessaire
avec qu'il y ait conformité.
Il est peut être inutile de préciser que la statistique
est beaucoup utilisée en ingénierie, physique théorique,
physique fondamentale, ingénierie, économétrie,
gestion de projets ainsi que dans l'industrie des processus, dans
les domaines des assurances vies et non vies, dans l'actuariat
ou dans
la simple analyse de banque de données (avec MS Excel très
souvent... malheureusement....) et la liste est encore longue.
Par ailleurs, nous rencontrerons les outils présentés
ici assez souvent dans les chapitres de Mécanique des Fluides,
de Thermodynamique, des Techniques de Gestion, du Génie
Industriel et d'Économétrie
(en particulier dans ces deux dernières). Le lecteur pourra
donc s'y reporter pour avoir des applications pratiques concrètes
de quelques-uns des éléments théoriques les
plus importants qui seront vus ici.
Signalons également que outre les quelques exemples simples
donnés
sur ces pages, de nombreux autres exemples applicatifs sont donnés
sur le serveur d'exercices du
site dans
les catégories Probabilités
et Statistiques, Génie Industriel, Économétrie
et Techniques de Gestion.
Définition: Le
but principal de la statistique est de déterminer les caractéristiques
d'une population donnée à partir de l'étude d'une
partie de cette population, appelée "échantillon" ou
"échantillon représentatif".
La détermination de ces caractéristiques doit permettre aux statistiques
d'être un outil d'aide à la décision mais pas de décision!
Remarque: Le traitement des données concerne la "statistique
descriptive". L'interprétation des données
à partir des estimateurs s'appelle "l'inférence
statistique" (ou "statistique
inférentielle"), et l'analyse de données
en masse la "statistique fréquentielle"
(en opposition à l'inférence bayésienne).
Lorsque nous observons un événement prenant en compte
certains facteurs, il peut arriver qu'une deuxième observation
ait lieu dans des conditions qui semblent identiques. En répétant
ces mesures plusieurs fois sur différents objets supposés
similaires, nous pouvons constater que les résultats
observables sont distribués statistiquement autour d'une
valeur moyenne qui est, finalement le résultat possible
le plus probable. Dans la pratique, nous n'effectuons cependant
parfois qu'une
seule mesure et il s'agit
alors de déterminer la valeur de l'erreur que nous commettons
en adoptant celle-ci comme moyenne mesurée. Cette détermination
nécessite
de connaître le type de distribution statistique auquel nous
avons affaire et c'est ce que nous allons nous attarder (entre
autres) à
étudier ici (les bases du moins!). Il existe cependant plusieurs
approches méthodologiques courantes (les moins courantes
n'étant pas citées pour l'instant) face au hasard:
1. Une toute première consiste
à ignorer purement et simplement les éléments
aléatoires, pour
la bonne raison que l'on ne sait pas comment les intégrer.
Nous utilisons alors la "méthode
des scénarios"
appelée aussi "simulation
déterministe". C'est typiquement un outil
utilisé
par les financiers ou gestionnaires
non diplômés
travaillant avec des outils comme MS Excel (qui inclut un
outil de gestion de scénarios) ou MS Project (qui inclut
un outil du
type scénarios déterministes du type
optimiste, pessimiste, attendu).
2. Une seconde approche
envisageable, quand nous ne savons pas associer des probabilités
précises aux futurs événements aléatoires,
est la théorie des
jeux (cf. chapitre de la Théorie
Des Jeux Et De La Décision)
où l'on utilise des critères de sélection
semi-empiriques comme le critère du maximax, du minimax,
de Laplace, de Savage, etc.
3. Enfin,
quand nous pouvons lier des probabilités aux événements
aléatoires,
soit que ces probabilités découlent de calculs
ou de mesures, soit qu'elles reposent sur une expérience
acquise auprès
de situations antérieures de même nature que la
situation actuelle, nous pouvons faire appel aux statistiques
descriptives
et inférentielles (contenu
du présent chapitre) pour tirer des informations exploitables
et pertinentes
de cette masse de données acquises.
4. Une dernière
approche quand nous avons connaissance de probabilités
relatives aux issues intervenantes faisant suite à des
choix stratégiques
est l'utilisation de la théorie de la décision
(cf.
chapitre de la Théorie Des Jeux Et De La Décision).
Remarques:
R1. Sans la statistique mathématique, un
calcul sur des données (par exemple une moyenne), n'est
qu'un "indicateur ponctuel".
C'est la statistique mathématique qui lui donne le statut
d'estimateur dont on maîtrise le biais, l'incertitude
et autres caractéristiques statistiques. Nous cherchons
en général
à ce que l'estimateur soit sans biais, convergeant et efficace
(nous verrons lors de notre étude des estimateurs plus loin de
quoi il s'agit exactement).
R2. Lorsque nous communiquons une statistique il devrait être
obligatoire de préciser l'intervalle de confiance ainsi
que la taille de l'échantillon étudié et
ses caractéristiques détaillées
sinon quoi elle n'a quasiment aucune valeur scientifique.
R3. Si vous avez un professeur ou un formateur qui ose vous
enseigner les statistiques et probabilités avec des exemples
basés sur
des jeux de hasard (cartes, dés, allumette, pile ou face,
etc.) débarrassez-vous
en ou dénoncez-le à qui de droit car cela signifierait
qu'il n'a aucune expérience pratique du domaine et qu'il
va vous enseigner n'importe quoi et n'importe comment (normalement
les exemples
devraitent être basés sur l'industrie, l'économie
ou la R&D, bref dans des domaines utilités tous les jours
par les entreprises mais surtout pas sur des jeux de hasard...!).
Introduisons avant de continuer
quelques définitions qui vont nous être utiles pour la suite sur
le concept d'échantillons et de moyennes:
ÉCHANTILLONS
Lors de l'étude statistique d'ensembles d'informations, la
façon de sélectionner l'échantillon est aussi importante que la
manière de l'analyser. Il faut que l'échantillon soit représentatif
de la population (nous ne faisons pas nécessairement référence
à des populations humaines!). Pour cela, l'échantillonnage
aléatoire est le meilleur moyen d'y parvenir.
Le statisticien part toujours
de l'observation d'un ensemble fini d'éléments, que
nous qualifions de "population".
Les éléments observés, en nombre n,
sont tous de même nature, mais cette nature peut être
fort différente d'une population à l'autre.
Définitions:
D1. Nous sommes en présence
d'un "caractère quantitatif"
lorsque chaque élément observé fait explicitement
l'objet d'une même mesure. A un caractère quantitatif
donné, nous associons une "variable
quantitative" continue ou discrète qui synthétise
toutes les valeurs possibles que la mesure considérée
est susceptible de prendre (ce type d'information étant
représenté
par des courbes de loi de Gauss-Laplace, de la loi bêta,
de la loi de Poisson, etc.)
Remarque: Nous reviendrons sur le concept de "variable"
en statistiques plus loin...
D2. Nous sommes en présence
d'un "caractère qualitatif"
lorsque chaque élément observé fait explicitement
l'objet d'un rattachement unique à une "modalité"
choisie dans un ensemble
de modalités exclusives (de type: homme | femme) permettant
de classer tous les éléments
de l'ensemble étudié selon un certain point de
vue (ce type d'information étant représenté par
des diagrammes à barre, fromages, diagrammes à bulles,
etc.). L'ensemble des modalités d'un caractère
peut être établi a priori avant l'enquête
(une liste, une nomenclature, un code) ou
après enquête. Une population étudiée
peut être
représentée par un caractère mixte, ou
ensemble de modalités
tel que genre, tranche salariale, tranche d'âge, nombre
d'enfants, situation matrimoniale par exemple pour un individu.
D3.
Un "échantillon aléatoire"
est un échantillon tiré au hasard dans lequel tous les individus
d'une population ont la même chance, ou "équiprobabilité"
(et nous insistons sur le fait que cette probabilité doit être égale),
de se retrouver dans l'échantillon.
D4.
Dans le cas contraire d'un échantillon dont les éléments n'ont pas
été pris au hasard, nous disons alors que l'échantillon est "biaisé"
(dans le cas inverse nous disons qu'il est "non-biaisé")
Remarque: Un petit échantillon représentatif
est, de loin, préférable
à un grand échantillon biaisé. Mais lorsque la taille
des échantillons utilisés
est petite, le hasard peut donner un résultat moins bon
que celui qui est biaisé...
MOYENNES
La
notion de "moyenne" ou "tendance
centrale" (les financiers appellent cela aussi une
"mesure de localisation"...) est avec la notion de "variable" à la
base des statistiques.
Cette
notion nous semble très familière et nous en parlons
beaucoup sans nous poser trop de questions. Pourtant il existe
divers qualificatifs
(nous insistons sur le fait que ce ne sont que des qualificatifs!)
pour distinguer la forme de la résolution d'un problème
consistant
à calculer la moyenne.
Il
faut donc être très très prudent quant aux calculs
de moyennes car il y a une fâcheuse tendance dans les entreprises
à se précipiter
et à utiliser
systématiquement la moyenne arithmétique sans réfléchir,
ce qui peut amener à de graves erreurs!
Voici un petit échantillon d'erreurs courantes:
- Considérer que
la moyenne arithmétique est la valeur qui coupe la population
en deux parties égales.
- Considérer que la moyenne de ratios du type objectifs/réalisés
est pas égale au ratio des moyennes des objectifs et des moyennées
des réalisations (alors que ce n'est pas la même chose!)
- Considérer que la moyenne des salaires de différentes filliales
est égale à la moyenne générale des salaires (alors que ceci n'est
vrai que si et seulement si il y a le même nombre d'employés dans
chaque filliale).
- Considérer que la moyenne de la moyenne des lignes d'un tableau
est toujours égal à la moyenne des moyennes des colonnes (alors
que ceci n'est vrai que si et seulement si le contenu des cellules
est non vide).
Nous verrons ci-dessous différentes moyennes avec des exemples
relatifs
à l'arithmétique, au dénombrement, à la physique, à l'économétrie,
à la géométrie et à la sociologie. Le lecteur
trouvera d'autres exemples pratiques en parcourant l'ensemble du
site.
Définitions: Soient des nombres réels,
nous avons alors:
D1. La "moyenne
arithmétique" ou
"moyenne empirique" (la
plus communément connue) définie
par le quotient de la somme des n valeurs observées par
l'effectif total n:
(7.1)
et très souvent notée ou
encore est pour toute loi statistique discrète ou continue un estimateur
sans biais de l'espérance.
La moyenne arithmétique représente donc une mesure
statistique exprimant la grandeur qu'aurait chacun des membres
d'un ensemble
de mesures si la somme doit être identique au produit de
la moyenne par le nombre de termes.
Si plusieurs valeurs occurrent
plus d'une fois dans les mesures, la moyenne arithmétique
sera alors souvent notée formellement:
(7.2)
et appelée "moyenne
pondérée par les effectifs". Enfin, indiquons
que dans le cadre de cette démarche,
la moyenne pondérée par les effectifs prendra le nom "d'espérance
mathématique" dans le domaine d'étude des probabilités.
Nous pouvons
tout aussi bien utiliser les fréquences
d'apparition des valeurs observées (dites "fréquence
des classes"):
(7.3)
Nous avons alors la "moyenne
pondérée par les fréquences de classe":
(7.4)
Avant de continuer, indiquons que dans le domaine de la statistique
il est souvent utile et nécessaire de regrouper les mesures/données
dans des intervalles de classe de largeur
donnée (voir les exemples plus loin). Il
faut souvent faire plusieurs essais pour cela même s'il existe
des formules semi-empiriques pour choisir le nombre de classes
lorsque
nous
avons n valeurs à disposition. Une de ces règles
semi-empiriques utilisée par de nombreux praticiens consiste à retenir
le plus petit nombre entier de classes k tel que:
(7.5)
la largeur de l'intervalle de classe étant alors obtenue
en divisant l'étendue (différence entre la valeur
maximale mesurée et la minimale) par k. Par convention
et en toute rigueur... (donc rarement
respecté dans
les notations), un intervalle de classe est fermé à gauche
et ouvert à droite: [...,...[.
Ensuite, pour chaque intervalle i le praticien prendra
par tradition la moyenne entre les deux
bornes pour le calcul et
la multipliera par la fréquence fi de
classe correspondante. Dès lors, le regroupement en fréquence
de classes fait que:
1. La moyenne pondérée par les effectifs
diffère de
la moyenne arithmétique.
2. Vue l'approximation effectuée elle sera un moins bon
indicateur que la moyenne arithmétique.
3. Elle est très sensible au choix du nombre de classes
donc médiocre à ce niveau-là.
Plus loin, nous verrons deux
propriétés extrêmement importantes de la moyenne
arithmétique et de l'espérance mathématique qu'il
vous faudra absolument comprendre (moyenne pondérée
des écarts à la
moyenne et la moyenne des écarts à la moyenne).
Remarque: Le "mode",
noté Mod ou simplement M, est par définition
la valeur qui apparaît le plus grand nombre de fois dans une
série de valeurs. Dans MS Excel, soulignons que la fonction
MODE( ) renvoie la première valeur dans l'ordre des
valeurs ayant le plus grand nombre d'occurrences en supposant
donc une distribution unimodale.
D2.
La "médiane" ou "moyenne
milieu", notée (ou
plus simplement M), est
la valeur qui coupe une population en deux parties égales.
Dans le cas d'une distribution statistique continue f(x) d'une
variable aléatoire X, il s'agit de la valeur qui
représente
50% de probabilités
cumulées d'avoir lieu tel que (nous détaillerons
le concept de distribution statistique plus loin très en
détails):
(7.6)
Dans le cas d'une série de valeurs
ordonnées ,
la médiane est donc de
par sa définition la
valeur de la variable telle que l'on ait autant d'éléments
qui ont une valeur qui lui est supérieure ou égale,
que d'éléments qui ont une valeur qui lui est
inférieure
ou égale. Elle est principalement utilisée
pour les distributions asymétriques, car elle les représente
mieux que la moyenne arithmétique.
Plus rigoureusement:
- Si le nombre
de termes est impair, de la forme 2n+1,
la médiane
de la série est le terme de rang n+1 (que les termes
soient tous distincts ou non!).
- Si le nombre
de termes est pair, de la forme 2n,
la médiane
de la série est la demi-somme (moyenne arithmétique)
des valeurs des termes de rang n et n + 1 (que
les termes soient tous distincts ou non!).
Dans tous
les cas, de par cette définition, il découle qu'il y a au moins
50 % des termes de la série
inférieurs ou égaux à la médiane, et
au moins 50% des termes de la série supérieurs ou égaux à la
médiane.
Considérons par exemple la table de salaires ci-dessous:
| N° Employé |
Salaire |
Cumul employés |
%Cumul employés |
| 1 |
1200 |
1 |
6% |
| 2 |
1220 |
2 |
12% |
| 3 |
1250 |
3 |
18% |
| 4 |
1300 |
4 |
24% |
| 5 |
1350 |
5 |
29% |
| 6 |
1450 |
6 |
35% |
| 7 |
1450 |
7 |
41% |
| 8 |
1560 |
8 |
47% |
| 9 |
1600 |
9 |
53% |
| 10 |
1800 |
10 |
59% |
| 11 |
1900 |
11 |
65% |
| 12 |
2150 |
12 |
71% |
| 13 |
2310 |
13 |
76% |
| 14 |
2600 |
14 |
82% |
| 15 |
3000 |
15 |
88% |
| 16 |
3400 |
16 |
94% |
| 17 |
4800 |
17 |
100% |
Tableau: 7.1
- Identification de la médiane
Il y a un nombre impair 2n+1 de valeurs. Donc la médiane
de la série est le terme de rang n+1.
Soit 1'600.- (résultat
que vous donnera n'importe quel tableur informatique). La moyenne
arithmétique quant à elle vaut 2'020.
En relation directe avec
la médiane il est important
de définir le concept suivant afin de comprendre le mécanisme
sous-jacent:
Définition: Soit donnée une série
statistique ,
nous appelons "dispersion
des écarts absolus" autour de x le nombre défini
par :
(7.7)
est
minimum pour une valeur de x la plus proche d'une
valeur donnée au
sens de l'écart absolu. La médiane est la valeur qui réalise
ce minimum (extrémum)! L'idée
va alors consister à étudier
les variations de la fonction pour trouver le rang de cet extrémum.
En effet, nous pouvons écrire :
(7.8)
Donc par définition de la valeur x :
(7.9)
Ce qui nous permet donc de faire sauter les valeurs absolues
est simplement le choix de l'indice r qui est pris de
telle manière
que la série de valeurs peut en pratique toujours être
coupée en deux
parties: tout ce qui est
inférieur à un élément de la série
indexé par r et
tout ce qui lui est supérieur (la médiane donc par
anticipation).
est
donc une fonction affine (assimilable à l'équation d'une droite
pour r et n fixés) par morceaux (discrète) où l'on
peut assimiler le facteur:
2r-n
(7.10)
à la
pente et:
(7.11)
à l'ordonnée à l'origine.
La fonction est
donc décroissante (pente négative)
tant que r est inférieur à n/2 et croissante quand r est
supérieur à n/2. Plus précisément, nous distinguons deux
cas qui nous intéressent particulièrement puisque n est
un entier (elle pas donc par un extremum!) :
- Si n est
pair, nous pouvons poser ,
alors la pente peut s'écrire et
elle est nulle si et
dès lors puisque ce résultat n'est valable par construction
que pour alors est
constante sur et
nous avons un extrémum obligatoirement au milieu de cet
intervalle (moyenne arithmétique des deux termes).
- Si n est impair, nous pouvons poser (nous
coupons la série en deux parties égales), alors la
pente peut s'écrire et
elle est donc nulle si et
dès lors puisque ce résultat n'est valable que pour alors
il est immédiat que la valeur du milieu sera la médiane .
Nous retrouvons
donc bien la médiane dans les
deux cas. Nous verrons aussi plus loin comment la médiane
est définie
pour une variable aléatoire continue.
Il existe un autre cas pratique où le statisticien n'a à sa disposition
que des valeurs regroupées sous forme d'intervalles de classes
statistiques. La procédure pour déterminer la médiane est
alors différente:
Lorsque nous avons à notre disposition uniquement une variable
classée, l'abscisse du point de la médiane se situe en général à l'intérieur
d'une classe. Pour obtenir alors une valeur plus précise de la
médiane, nous procédons à une interpolation linéaire. C'est ce que
nous appelons la "méthode d'interpolation
linéaire de la médiane".
La valeur de la médiane peut être lue sur le graphique ou calculée
analytiquement. Effectivement, considérons le graphique représentant
la probabilité cumulée F(x) en
intervalles de classe comme ci-dessous où les bornes des intervalles
ont été reliées par des droites:

Figure: 7.1 - Représentation graphique de l'estimation par interpolation linéaire de
la médiane
La valeur de la médiane M se trouve évidemment au
croisement entre la probabilité de 50% (0.5) et l'abscisse.
Si nous prenons dans le cadre particulier de l'exemple ci-dessus
la borne supérieure
de l'intervalle de classe précédant celle contenant
la médiane
nous avons 2 et 4 pour la borne inférieure de l'intervalle
suivant. Nous avons alors en calculant la pente la relation suivante:
(7.12)
Ce que nous écrivons fréquemment:
(7.13)
d'où la valeur de la médiane:
(7.14)
Prenons le tableau suivant que nous retrouverons bien plus tard
dans le présent chapitre:
Montant des
tickets |
Nombre de
tickets |
Nombre cumulés
de tickets |
Fréquences
relatives cumulées |
[0,50[ |
668 |
668 |
0.068 |
[50,100[ |
919 |
1'587 |
0.1587 |
[100,150[ |
1'498 |
3'085 |
0.3085 |
[150,200[ |
1'915 |
5'000 |
0.5000 |
[200,250[ |
1'915 |
6'915 |
0.6915 |
[250,300[ |
1'498 |
8'413 |
0.8413 |
[300,350[ |
919 |
9'332 |
0.9332 |
[350,400[ |
440 |
9'772 |
0.9772 |
[400 et + |
228 |
10'000 |
1 |
Tableau: 7.2
- Identification de la classe médiane et du mode
Nous voyons que la "classe médiane" est
dans l'intervalle [150,200] car la valeur cumulée de 0.5
s'y trouve (colonne toute à droite) mais la médiane
a elle, en utilisant la relation établie précédemment,
précisément
une valeur de (c'est trivial dans l'exemple particulier du tableau
ci-dessus mais faisons quand même le calcul...):
(7.15)
et nous pouvons faire de même avec n'importe quel autre centile
bien évidemment!
Nous pouvons également donner une définition pour déterminer
la valeur modale si nous sommes seulement en possession des fréquences
des classes d'intervalles. Pour cela partons du diagramme en barre
des fréquences simplifié ci-dessous:

Figure: 7.2 - Représentation graphique de l'estimation par classess d'intervalles
de la
valeur
modale
En utilisant les relations de Thalès (cf.
chapitre de Géométrie Euclidienne), nous avons immédiatement,
en notant M la valeur modale:
(7.16)
Comme dans une proportion, on ne change pas la valeur du rapport
en additionnant les numérateurs et en additionnant les dénominateurs,
il vient:
(7.17)
Nous avons alors:
(7.18)
Avec l'exemple précédent cela donne alors:
(7.19)
La question qui
se pose ensuite est celle de la pertinence du choix de la moyenne,
du mode ou de la médiane en termes de communication...
Un bon exemple reste celui du marché du
travail où
de façon générale, alors que le salaire
moyen et le salaire médian sont relativement différents,
les institutions de statistiques étatiques calculent la
médiane
que beaucoup de médias traditionnels assimilent alors explicitement
au concept de "moyenne arithmétique" dans
leurs communiqués.
Remarque:
Pour éviter d'obtenir
une moyenne arithmétique ayant peu de sens, nous calculons souvent
une "moyenne élaguée",
c'est à dire
une moyenne arithmétique calculée après avoir enlevé des valeurs aberrantes à la
série.
Les "quantiles"
généralisent la notion de médiane en coupant
la distribution en des ensembles donnés de parties égales
(de même
cardinal pourrions-nous dire...) ou autrement dit en intervalles
réguliers.
Nous définissons ainsi les "quartiles",
les "déciles" et
les "centiles"
(ou "percentiles") sur la
population, ordonnée dans l'ordre croissant, que nous divisons
en 4, 10 ou 100 parties de même effectif.
Nous parlerons ainsi du centile 90 pour indiquer la valeur séparant
les premiers 90% de la population des 10% restants.
Précisons
que dans la version francophone de MS Excel les fonctions QUARTILE(
), CENTILE( ), MEDIANE( ), RANG.POURCENTAGE ( ) sont disponibles
et spécifions
qu'il existe plusieurs variantes de calcul de ces centiles d'où une
variation possible entre les résultats sur différents
logiciels.
Ce concept est très
important dans le cadre des intervalles de confiance que nous
verrons
beaucoup plus loin dans ce chapitre et très utile dans le
domaine de la qualité avec l'utilisation des boîtes à moustaches
(traduction de Box & Whiskers Plot ou BoxPlot) permettant
de comparer ("discriminer" comme disent les spécialistes)
rapidement deux populations de données
ou plus et surtout d'éliminer les valeurs aberrantes (prendre
comme référence
la médiane
sera justement plus judicieux!):

Figure: 7.3 - Box & Whiskers Plot
Une autre représentation mentale très importante
des boîtes
à moustache est la suivante (elle permet donc de se donner
une idée de l'asymétrie de la distribution):


Figure: 7.4 - Représentation graphique du mode, de la médiane et des quartiles
par rapport à une distribution
Les notions de médiane, valeurs abérrantes et intervalles de
confiance que nous venons de démontrer et/ou de citer sont à ce
point importantes qu'il existe des normes internationales pour
les utiliser correctement. Citons d'abord la norme ISO 16269-7:2001 Médiane
- Estimation et intervalles de confiance et aussi la norme
ISO 16269-4:2010 Détection et traitement des valeurs aberrantes.
D3. Par analogie avec la médiane, nous définissons
la "médiale" comme étant
la valeur (dans l'ordre croissant des valeurs) qui partage la
somme (cumuls) des valeurs en deux masses égales (donc la
somme totale divisée par deux).
Dans le cas de salaires, alors que le médiane donne le
50% des salaires se trouvant en-dessous et en-dessus, la médiale
donne combien de salariés
se partagent (et donc le salaire partageant) la première
moitié et
combien de salariés
se partagent la seconde moitié de l'ensemble des coûts
salariaux.
Par exemple pour revenir à notre tableau sur les salaires:
| N° Employé |
Salaire |
Cumul salaire |
%Cumulé salaire |
| 1 |
1200 |
1200 |
3.5% |
| 2 |
1220 |
2420 |
7% |
| 3 |
1250 |
3670 |
10.7% |
| 4 |
1300 |
4970 |
14.5% |
| 5 |
1350 |
6320 |
18.4% |
| 6 |
1450 |
7770 |
22.6% |
| 7 |
1450 |
9220 |
26.8% |
| 8 |
1560 |
10780 |
31.4% |
| 9 |
1600 |
12380 |
36.1% |
| 10 |
1800 |
14180 |
41.3% |
| 11 |
1900 |
16080 |
46.8% |
| 12 |
2150 |
18230 |
53.1% |
| 13 |
2310 |
20540 |
59.8% |
| 14 |
2600 |
23140 |
67.4% |
| 15 |
3000 |
26140 |
76.1% |
| 16 |
3400 |
29540 |
86% |
| 17 |
4800 |
34340 |
100% |
Tableau: 7.3
- Identification de la médiale
La somme de tous les salaires fait donc 34'340
et la médiale est alors 17'170 (entre l'employé n°11
et 12) alors que la médiane était de 1'600. Nous
voyons alors que la médiale correspond au 50% du cumul.
Ce qui est un indicateur très utile dans le cadre des
analyses de Pareto ou de Lorenz par exemple (cf.
chapitre de Technique de Gestion).
D4. La "moyenne quadratique" parfois
simplement notée Q qui
est définie par:
(7.20)
avec m=2.
Remarque: C'est une des moyennes les plus connues en statistiques
car l'écart-type est une moyenne quadratique (voir plus
loin).
Exemple:
Soit un
carré de côté a,
et un autre carré de côté b.
La moyenne des aires des deux carrés est égale à un
carré
de côté:
(7.21)
D5. La "moyenne harmonique"
parfois simplement notée H est définie
par:
(7.22)
Elle est peu connue mais découle souvent de raisonnements
simples et pertinents (typiquement la résistance équivalente
d'un circuit électrique
ayant plusieurs résistances en parallèles).
Il existe une fonction MOYENNE.HARMONIQUE( ) dans MS Excel
pour la calculer.
Exemple:
Soit
une distance d parcourue dans un sens à la vitesse et
dans l'autre (ou pas) à la vitesse .
La vitesse moyenne s'obtiendra en divisant la distance totale
2d
par le temps mis à la parcourir:
(7.23)
Si
nous calculons le temps mis lorsqu'on parcourt d avec une
vitesse c'est
tout simplement le quotient:
(7.24)
Le
temps total vaut donc:
(7.25)
La
vitesse moyenne (son inverse pour être exact) sera donc
bien du type harmonique:
(7.26)
D6.
La "moyenne
géométrique" parfois notée simplement G est
définie
par:
(7.27)
Cette
moyenne est
souvent oubliée mais néanmoins très connue
dans le domaine de l'économétrie
(surtout quand nous étudierons
le rendement géométrique
moyen) et de la finance d'entreprise (cf.
chapitre Techniques De Gestion) raison pour laquelle
il existe une fonction MOYENNE.GEOMETRIQUE( ) dans MS Excel
pour la calculer.
Exemple:
Supposons qu'une banque offre une possibilité de placement
et prévoit
pour la première année un intérêt (c'est absurde
mais c'est un exemple) avec un taux ,
mais pour la deuxième année un intérêt avec
un taux Au
même moment une autre banque offre un intérêt à taux constant
pour deux ans: X%. C'est
pareil, dirons-nous un peu rapidement. En fait les deux placements
n'ont pas la même rentabilité.
Dans
la première banque, un capital donnera
au bout de la première année un intérêt:
(7.28)
et
la seconde année:
(7.29)
Dans
l'autre banque nous aurons au bout d'un an:
(7.30)
et
après la seconde année:
(7.31)
etc...
Comme
vous pouvez le voir le placement ne sera pas identique si !
X% n'est
donc pas la moyenne de et .
Posons
maintenant:
et
(7.32)
Quelle
est en fait la valeur moyenne r
?
Au
bout de deux ans le capital est multiplié par .
Si la moyenne vaut r il
sera alors multiplié par .
Nous avons donc la relation:
(7.33)
C'est
un exemple d'application où nous retrouvons donc la moyenne géométrique.
L'oubli de la moyenne harmonique une erreur fréquente dans
les entreprises lorsque certains employés calculent le taux
moyen d'augmentation d'une valeur de référence.
D7.
La
"moyenne mobile", appelée
aussi "moyenne
glissante" est définie
par:
(7.34)
La moyenne
mobile est particulièrement utilisée en économie, où elle
permet de représenter une courbe de tendance d'une série de valeurs,
dont le nombre de points est
égal au nombre total de points de la série de valeurs moins le
nombre que vous spécifiez pour la période.
Une Moyenne Mobile (MM) en finance est calculée
à partir des moyennes des cours d'une valeur, sur une période donnée:
chaque point d'une moyenne mobile sur 100 séances
est la moyenne des 100 derniers cours de la valeur considérée.
Cette courbe, affichée simultanément avec la courbe d'évolution
des cours de la valeur, permet de lisser les variations journalières
de la valeur, et de dégager des tendances.
Les moyennes
mobiles peuvent être calculées sur différentes périodes, ce qui
permet de dégager des tendances à court terme MMC (20
séances
selon les habitudes de la branche), moyen terme (50-100 séances)
ou long terme MML (plus de 100 séances).

Figure: 7.5 - Représentation graphique des quelques moyennes mobiles pour 100
séances de négoce
Les croisements des moyennes mobiles par la courbe des
cours (découpée avec une certaine granularité) de la valeur génèrent
des signaux d'achat ou de vente (selon les professionnels) suivant
le
cas:
- Signal d'achat: lorsque la courbe des cours franchit
la MM.
-
Signal de vente: lorsque la courbe des cours franchit la MM vers
le bas.
Outre la moyenne mobile, précisons qu'il existe une quantité d'autres
indicateurs artificiels souvent utilisés en finance comme par
exemple le "upside/downside
ratio".
L'idée est la suivante: Si vous avez un produit financier
(cf.
chapitre d'Économétrie) actuellement de prix (prix
courant) pour lequel vous avez un objectif de gain haut à un prix
haut correspondant que nous noterons (high
price) et inversement le potentiel de perte que vous estimez à un
prix (low
price).
Alors, le rapport:
(7.35)
donne le Upside/Downside Ratio.
Par exemple, un produit financier de 10.- avec un prix bas de
5.- et un prix haut de 15.- a donc un ratio et
donc un facteur spéculatif identique pour permettre le gain
ou une perte de 5.-.
Un produit financier de 10.- avec un prix bas de 5.- et un prix
haut de 20.- a donc un donc
deux fois le potentiel spéculatif de gain par rapport à celui de
perte.
Certaines associations boursières recommandent de refuser les inférieurs à 3.
Les investisseurs ont tendance à rejeter les trop élevés
pouvant être un signe de gonflage artificiel.
D8.
La "moyenne pondérée" (dont
nous avons déjà fait mention plus haut d'un
cas particulier) est
définie par:
(7.36)
et
est utilisée
par exemple en géométrie
pour localiser le barycentre d'un polygone, en physique pour
déterminer
le centre de gravité ou en statistiques pour calculer
une espérance (le dénominateur étant
toujours
égal à l'unité en probabilités) et
en gestion de projets pour estimer les durées des tâches.
Dans le cas général
le poids
représente l'influence pondérée ou arbitraire/empirique
de l'élément
par rapport aux autres.
D9. La "moyenne
fonctionnelle"
ou "moyenne intégrale" est
définie par:
(7.37)
où
dépend d'une fonction f d'une variable réelle
intégrable
(cf. chapitre de Calcul Différentiel
Et Intégral)
sur un intervalle [a,b]. Elle est très souvent
utilisée en théorie du signal (électronique, électrotechnique).
PROPRIÉTÉS
DES MOYENNES
Voyons
maintenant quelques propriétés pertinentes qui relient quelques-unes
de ces moyennes ou qui sont propres à une moyenne donnée.
Les
premières
propriétés sont importantes donc
prenez garde à bien
les comprendre:
P1. Le calcul des moyennes
arithmétique, quadratique et harmonique peut être
généralisé à l'aide de la relation
suivante :
(7.38)
où nous retrouvons:
1. Pour ,
la moyenne arithmétique
2. Pour ,
la moyenne quadratique
3. Pour ,
la moyenne harmonique
P2. La moyenne arithmétique
a une propriété de
linéarité,
c'est-à-dire que (sans démonstration car simple à vérifier) :
(7.39)
C'est
la version statistique de la propriété de
l'espérance en probabilité que nous verrons plus loin.
P3. La somme pondérée
des écarts à
la moyenne arithmétique est nulle.
Démonstration:
D'abord, par définition,
nous savons que:
et
(7.40)
il s'ensuit que:
(7.41)
Ainsi, cet outil ne peut être utilisé comme mesure
de dispersion!
Par extension la moyenne des écarts à la moyenne
pondérée par les effectifs est nulle aussi:
(7.42)
C.Q.F.D.
Ce résultat est relativement important car
il permettra plus loin de mieux saisir le concept d'écart-type
et
de variance.
P4. Soit à démontrer:
(7.43)
Démonstration:
Tout d'abord, nous prenons
deux nombres réels
non nuls et tels
que et
nous écrivons:
1. La moyenne arithmétique :
(7.44)
2. La moyenne géométrique :
(7.45)
3. La moyenne harmonique :
(7.46)
4. La moyenne quadratique :
(7.47)
Remarque: Les comparaisons entre les moyennes précitées
et la médiane ou encore les moyennes glissantes et pondérées
n'ont pas de sens c'est pour cela que nous nous abstenons à
les faire.
Prouvons déjà que
par l'absurde en posant :
(7.48)
Par commodité posons nous
savons que .
Or:
(7.49)
et nous
cherchons à montrer que n'est
pas possible. Mais ceci découle des équivalences suivantes :
(7.50)
Il y a donc contradiction
ce qui vérifie notre
hypothèse initiale:
(7.51)
Regardons maintenant si :
Sous l'hypothèse .
Nous cherchons donc maintenant à montrer que:
(7.52)
Or nous
avons les équivalences suivantes :
(7.53)
et la
dernière expression est évidement correcte.
Or le carré d'un nombre
est toujours positif ce qui vérifie notre hypothèse
initiale:
(7.54)
Nous prouvons maintenant
et démontrons-le par l'absurde en posant :
(7.55)
Or le carré d'un nombre
est toujours positif ce qui vérifie notre hypothèse
initiale:
(7.56)
Nous avons donc bien:
(7.57)
C.Q.F.D.
Ces inégalités
démontrées, nous pouvons alors passer à une
figure que nous attribuons à Archimède pour placer
trois de ces moyennes. L'intérêt de cet exemple
est de montrer qu'il existe des relations remarquables parfois
entre
la statistique et la géométrie (fruit du hasard ???).

Figure: 7.6 - Point de départ pour la représentation géométrique des moyennes
Nous allons d'abord poser
et O est le milieu de
. Ainsi, le cercle dessiné
est de centre O et de rayon .
D est l'intersection de la perpendiculaire à
passant par B et du cercle (nous choisissons l'intersection que nous voulons). H est
quant à lui le projeté orthogonal de B
sur .
Archimède affirme
que est la moyenne arithmétique de a et b et que
est la moyenne géométrique de a et b,
et
la moyenne harmonique de a et b.
Nous démontrons donc que
(trivial):
(7.58)
Donc est bien la moyenne arithmétique
de a et b.
Ensuite nous avons dans le
triangle rectangle ADB:
(7.59)
Puis dans le triangle rectangle
nous
avons :
(7.60)
Nous additionnons alors ces
deux égalités, et nous trouvons :
(7.61)
Nous savons que D
est sur un cercle de diamètre ,
donc ADC est rectangle en D, donc:
(7.62)
Puis nous remplaçons
et
par a et b:
(7.63)
Et donc, est
bien la moyenne géométrique de
a et b.
Nous reste à prouver
alors que est
la moyenne harmonique de a et b:
Nous avons dans un premier
temps (projection orthogonale) :
(7.64)
Puis nous avons aussi
(projection orthogonale aussi):
(7.65)
Nous avons donc:
(7.66)
et comme
, nous avons donc:
(7.67)
est
donc bien la moyenne harmonique de a et b, Archimède
ne s'était pas trompé.
TYPES DE VARIABLES
Lorsque nous avons parlé
des échantillons au début de ce chapitre, nous avons
fait mention de deux types d'informations: les variables quantitatives
et qualitatives. Nous n'avons cependant pas précisé
qu'il existait trois types de variables quantitatives très
importantes qu'il convient absolument de différencier:
1. Les variables discrètes (par comptage): Sont analysées
avec des lois statistiques basées sur un domaine de définition
dénombrable toujours strictement positif (loi de Poisson
typiquement dans l'industrie). Sont quasiment toujours représentées
sous forme graphique par des histogrammes.
2. Les variables continues (par mesure): Sont analysées
avec des lois statistiques basées sur un domaine de définition
non dénombrable
strictement positif ou pouvant prendre toute valeur positive ou
négative (loi Normale typiquement dans l'industrie). Sont également
quasiment toujours représentées
sous forme graphique par des histogrammes avec des intervalles
de classe.
3. Les variables par attribut (de classification): Il ne s'agit
pas de données numériques mais de données
qualitatives de type {Oui, Non}, {Réussi, Échec},
{A temps, En retard}, etc. Les données
de type attribut suivent une loi Binomiale.
Comprendre les différents types de données est une
discipline importante de l'ingénieur parce que cela a des
conséquences
importantes sur le type d'analyse, les outils et techniques qui
seront employés.
Une question fréquente concernant
la collecte de données est de savoir quelle est la quantité qui
devrait être
collectée. Au
fait cela dépend du niveau de précision souhaité.
Nous verrons beaucoup plus loin dans ce chapitre (avec démonstration)
comment déterminer mathématiquement la quantité de
données à collecter
en parlant de la précision souhaitée pour un process
Normal.
Voyons de près de
quoi il s'agit car maintenant que le concept de moyenne nous est
relativement bien connu, nous allons pouvoir aborder des calculs
plus formels et qui prendront tout leur sens.
VARIABLES DISCRÈTES
Soit X
une variable indépendante (un élément d'un échantillon
dont la propriété
est indépendante des autres éléments) qui
peut prendre les valeurs aléatoires discrètes
dans (réalisations
du vecteur ) avec les probabilités respectives où,
de par l'axiomatique des probabilités:
(7.68)
Définitions:
D1. Soit X une variable aléatoire numérique (quantitative).
Elle est complètement décrite par la valeur de la
probabilité (pour les variables discrètes) ou par
la probabilité cumulée (pour les variables continues)
pour qu'une réalisation de cette variable soit inférieure à x pour tout x. Cette probabilité (cumulée) est notée:
(7.69)
avec:
(7.70)
où F(x) s'appelle la "fonction
de répartition" de
la variable X. C'est la proportion théorique de
la population considérée dont la valeur est inférieure
ou égale à x. Il s'ensuit:
(7.71)
Plus généralement, pour toute paire
de nombres a et b avec ,
nous avons:
(7.72)
D2. La "fonction de répartition
empirique" est quant à elle
définie naturellement par (nous avons indiqué les
différentes notations courantes dans la littérature):
(7.73)
associé à l'échantillon de variables aléatoires
indépendantes et identiquement distribuées (ce que
l'on nomme aussi un "vecteur aléatoire" noté ).
Il s'agit simplement du cumul normalisé à l'unité des
fréquences
d'apparition en-dessous d'un certaine valeur fixée (démarche
que la majorité des êtres humains font naturellement en cherchant
la fonction de répartition).
Donc si nous reprenons l'exemples de salaires, vus plus haut,
nous avons alors par exemple pour x fixé à 1'800:
Salaires ordonnées
 |
Fréquence
|
| 1200 |
1 |
| 1220 |
1 |
| 1250 |
1 |
| 1300 |
1 |
| 1350 |
1 |
| 1450 |
1 |
| 1450 |
1 |
| 1560 |
1 |
| 1600 |
1 |
| 1800 |
1 |
| 1900 |
0 |
| 2150 |
0 |
| 2310 |
0 |
| 2600 |
0 |
| 3000 |
0 |
| 3400 |
0 |
| 4800 |
0 |
Figure: 7.7 - Exemple de la fonction de répartition empirique
et donc:
(7.74)
La fonction de répartition est clairement une fonction
monotone croissante (ou plus précisément "non
décroissante") dont les valeurs vont de 0 à 1.
D3. Nous définissons "l'espérance
mathématique", appelée aussi "moment
d'ordre 1", de
la variable X
par la relation:
(7.75)
appelée aussi "règle des parties".
En d'autres termes, nous
savons qu'à chaque événement de l'espace des
échantillons est associé une probabilité à
laquelle nous associons également une valeur (donnée
par la variable aléatoire). La question étant alors
de savoir quelle valeur, à long terme, nous pouvons obtenir.
La valeur espérée, (l'espérance mathématique
donc...) est alors la moyenne pondérée, par la probabilité,
de toutes les valeurs des événements de l'espace des
échantillons.
Si la probabilité est donnée
par une fonction de distribution (voir les définitions des fonctions
de distribution plus bas) de la variable aléatoire, nous avons:
(7.76)
Voici les propriétés
mathématiques les plus importantes de l'espérance
pour toute variable aléatoire (quelle que soit sa loi!)
ou pour toute série de variables aléatoires et que
nous utiliserons souvent tout au long de ce chapitre:
P1.
Multiplication par une constante:
(7.78)
P2.
Somme de deux variables aléatoires:
(7.79)
où nous avons utilisé dans la 4ème ligne, la propriété vue dans
le chapitre de Probabilités:

Nous en déduisons que pour n variables aléatoires ,
définies sur une même loi de distribution:
(7.80)
P3.
Espérance d'une constante:
(7.81)
Après avoir traduit la tendance
par l'espérance, il est intéressant de traduire la
dispersion ou
"déviation standard" autour
de l'espérance par une valeur appelée
"variance de X" ou
encore "moment centré du deuxième ordre",
notée V(X) ou
(lire
"sigma-deux") et donnée sous sa forme discrète
par:
(7.82)
La variance n'est cependant
pas comparable directement à la moyenne, car l'unité
de la variance est le carré de l'unité de la variable,
ce qui découle directement de sa définition. Pour
que l'indicateur de dispersion puisse être comparé aux
paramètres de tendance centrale (moyenne, médiane
et... mode), il suffit d'en prendre la racine carrée.
Par commodité, nous
définissons ainsi "l'écart-type"
de X,
noté ,
par:
(7.83)
L'écart-type
est donc la moyenne quadratique des écarts (ou "écart
moyen quadratique") entre
les observations et leur moyenne.
Remarques:
R1. L'écart-type
de la variable aléatoire X peut être noté s'il
n'y pas de confusion possible.
R2. L'écart-type et la variance sont, dans la littérature,
souvent appelés "paramètres
de dispersion" à l'opposé de la moyenne, mode et
médiane qui sont appelés des "paramètres
de position".
Définition: Le rapport
(exprimé en %) parfois utilisé dans les entreprises
comme comparaison de la moyenne et de l'écart-type est
appelée
le "coefficient de variation" (C.V.).
Pourquoi trouvons-nous un
carré (réciproquement une racine) dans cette définition
de la variance? La raison intuitive est simple (la rigoureuse l'est
nettement
moins...). Nous avons démontré plus haut que la somme
des écarts à la moyenne pondérés
par les effectifs, est toujours nulle:
(7.84)
Or, si nous assimilons les effectifs par la probabilité en
normalisant ceux-ci par rapport à n, nous tombons
sur une relation qui est la même que la variance à la
différence que le terme entre
parenthèse n'est pas au carré. Et nous voyons alors
immédiatement
le problème... la mesure de dispersion serait toujours nulle
d'où
la nécessité de porter cela au carré.
Nous pourrions imaginer cependant d'utiliser la valeur absolue
des écarts
à la moyenne, mais
pour un certain nombre de raisons que nous verrons plus loin lors
de
notre étude
des estimateurs le choix de porter au carré s'impose
assez naturellement.
Signalons cependant quand même l'utilisation courante
dans l'industrie deux autres indicateurs fréquents de la dispersion:
- "L'écart absolu moyen"
(moyenne des valeurs absolues des écarts à la
moyenne):
(7.85)
qui est un indicateur élémentaire très utilisé lorsque
nous ne souhaitons pas faire de l'inférence statistique sur une
série
de mesures. Cet écart
peut être facilement calculé dans MS Excel à l'aide de la fonction
ECART.MOYEN( ).
- "La déviation absolue de la médiane" noté
MAD (médiane des valeurs absolues des écarts à la
médiane):
(7.86)
qui est considéré comme un indicateur plus
robuste de la dispersion que ceux donnés par l'écart absolu
moyen ou l'écart-type (malheureusement cet indicateur n'est
pas intégré nativement dans les tableurs).
Exemple:
Considérons les mesures d'une variable aléatoire X:
(7.87)
dont
la médiane vaut:
(7.88)
Les déviations absolues par rapport à la
médiane sont
alors:
(7.89)
Mis dans l'ordre croissant, nous avons alors:
(7.90)
où nous identifions la déviation
absolue de la médiane vaut:
(7.91)
Dans le cas où nous avons
à disposition une série de mesures, nous pouvons estimer
la valeur expérimentale de la moyenne (l'espérance)
et de la variance des mesures par les estimateurs suivants (il
s'agit simplement
au
fait de
l'espérance
et l'écart-type d'un échantillon dont les événements
sont tous équiprobables)
dont la notation est particulière:
et
(7.92)
Démonstration:
(7.93)
C.Q.F.D.
Le terme de la somme se trouvant dans l'expression
de la variance (écart-type) est appelée "somme
des carrés
des écarts à la moyenne". Nous l'appelons
aussi la "somme des carrés totale",
ou encore la "variation totale" dans
le cadre de l'étude de l'ANOVA (voir la fin de ce chapitre).
Remarque:Il est important que le lecteur comprenne que
dans ce cas l'espérance se calcule simplement en utilisant
la moyenne arithmétique!
La variance peut également
s'écrire sous la forme de la "relation
de Huyghens" que nous réutiliserons plusieurs
fois par la suite. Voyons de quoi il s'agit:
(7.94)
Faisons maintenant un petit crochet relativement à un
scénario
fréquent générateur d'erreurs dans les entreprises
lorsque plusieurs séries statistiques sont manipulées
(cas très fréquent dans l'industrie ainsi que dans
les assurances ou la finance).
Considérons deux séries statistiques portant sur le même
caractère:
- ,
effectif total n, moyenne , écart-type 
- ,
effectif total m, moyenne , écart-type 
Nous noterons la
série statistique obtenue en regroupant les deux séries. Nous avons
alors:
(7.95)
Donc la moyenne des moyennes n'est pas égale à la moyenne globale
(première erreur fréquente dans les entreprises) exceptée
si les deux séries
statistiques ont le même nombre
d'effectifs!!!
Concernant l'écart-type, rappelons d'abord que nous avons:
(7.96)
Pour la suite, rappelons que nous avons démontré précédemment
la relation de Huygens:
(7.97)
Il vient alors:

(7.98)
Donc nous voyons que l'écart-type global n'est pas égal à la
somme des écarts-types (deuxième erreur courante
dans les entreprises)
excepté si
les effectifs et les moyennes sont les mêmes dans les
deux séries!!!
Considérons maintenant X une variable aléatoire
d'espérance (valeur
constante et déterminée) et de variance (valeur
constante et déterminée), nous définissons
la "variable
centrée réduite" par la relation:
(7.99)
et l'on
démontre de façon très simple en utilisant la propriété
de linéarité de l'espérance et la propriété de
multiplication par un scalaire de la variance (voir de suite après)
que:
(7.100)
Démonstration:
(7.101)
et en utilisant la relation de Huyghens:
(7.102)
C.Q.F.D.
Ainsi, toute répartition statistique définie par
une moyenne et un écart-type peut être transformée
en une autre distribution statistique souvent plus simple à analyser.
Voici quelques propriétés
mathématiques importantes de la variance:
P1. Multiplication par une
constante:
(7.103)
P2. Somme
de deux variables aléatoires:
(7.104)
où nous introduisons
le concept de "covariance" dont
nous verrons une expression plus commode un peu plus bas.
Introduisons une forme plus générale et extrêmement importante
dans de nombreux domaines:
(7.105)
Donc dans le cas général:
(7.106)
En utilisant la linéarité
de l'espérance et le fait que:
(7.107)
nous
avons pour la covariance:
(7.108)
et donc nous obtenons la relation très utilisée
en statistiques et finance appelée "formule
de la covariance"...:
(7.109)
Indiquons également que si ,
nous retrouvons la relation de Huyghens:
(7.110)
Ainsi, le terme de covariance
est défini par l'expression:
(7.111)
appelée "forme bilinéaire de la variance"
ou "forme multivariée".
Remarque: Les statistiques peuvent être découpées
selon le nombre de variables aléatoires que nous étudions.
Ainsi, lorsqu'une seule variable aléatoire est étudiée,
nous parlons de "statistique univariée",
pour deux variables aléatoires de "statistique
bivariée" et en général,
de "statistique
multivariée".
Si la covariance est univariée,
nous avons dès lors:
(7.112)
Si et seulement si les variables sont équiprobables,
nous retrouvons la covariance dans la littérature sous
la forme suivante, appelée parfois "covariance
de Pearson", qui
découle
de calculs que nous avons déjà
fait ultérieurement avec l'espérance:
(7.113)
La covariance est un indicateur
de la variation simultanée de X et Y. En effet
si, en général X et Y croissent simultanément,
les produits seront
positifs (corrélés positivement), tandis que
si Y décroît lorsque X croît, ces
même produits seront négatifs (corrélés
négativement).
Soit un
vecteur de composantes et
un
autre vecteur de composantes ,
tous deux étant des variables aléatoires, le calcul
de la covariance des composantes deux à deux
donne ce que l'on appelle la "matrice
des covariances"
(outil très utilisé en finance et dans la gestion
en général!).
Effectivement, si nous notons:
(7.114)
Nous pouvons dès lors écrire une matrice symétrique (le
plus souvent dans la pratique elle est carrée)
sous la forme:
(7.115)
Cette matrice a comme propriété remarquable que
si nous prenons deux vecteurs identiques (dont les composantes
sont les mêmes
variables aléatoires) et que nous calculons
la matrice, alors la diagonale de cette dernière donnera
les variances des composantes de vecteurs (voir les exemples dans
le chapitre
d'économétrie)! Raison pour laquelle cette matrice
est souvent appelée "matrices
des variances-covariances".
Remarque: Cette matrice est
très
importante et nous la retrouverons fréquemment dans le
chapitre d'Économétrie
lors de notre étude da la théorie du portefeuille
et dans les techniques de fouille de données (data mining,
clustering) dans le chapitre de Méthodes numériques
(l'analyse par composantes principales).
Rappelons maintenant que nous avions un axiome en probabilités
(cf. chapitre de Probabilités)
qui énonçait que deux événements A,B
sont indépendants si:
(7.116)
De la même façon,
par extension, nous définissons l'indépendance des
variables aléatoires discrètes.
Définition: Soit X,Y deux variables
aléatoires
discrètes. Nous disons que X, Y sont indépendantes
si:
(7.117)
Plus généralement,
les variables discrètes
sont indépendantes (en bloc) si:
. (7.118)
L'indépendance de
deux variables aléatoires implique que leur covariance est
nulle (la réciproque est fausse!). Prouvons ceci dans le
cas où les variables aléatoires ne prennent qu'un
nombre fini de valeurs
et
respectivement, avec I, J des ensembles finis:
(7.119)
et donc:
(7.120)
Remarque: Donc plus la covariance est faible, plus les
séries
sont indépendantes. A l'inverse, plus la covariance est élevée,
plus les séries sont liées.
Etant donné que:
(7.121)
si X, Y sont
indépendantes alors :
(7.122)
De manière plus générale
si
sont indépendantes (en bloc) alors pour toute loi statistique
(!) nous avons:
(7.123)
Souvent en statistique, il est utile de déterminer l'écart-type
de la moyenne empirique (ou en d'autres termes...: l'erreur quadratique
moyenne). Voyons de quoi il s'agit:
Soit la moyenne d'une série
de termes déterminés chacun par la mesure de plusieurs valeurs
(il s'agit au fait de son estimateur dans un cas particulier comme
nous le verrons beaucoup plus loin):
(7.124)
alors en utilisant les propriétés de l'espérance:
(7.125)
et si toutes les variables aléatoires sont identiquement
distribuées et indépendantes nous avons alors:
(7.126)
Remarque: Nous démontrerons bien plus loin que si toutes les variables
aléatoires sont identiquement
distribuées et indépendantes et de variance finie, alors l'espérance
suite une asymptotiquement une loi Normale.
Pour la variance, le même raisonnement s'applique:
(7.127)
et si les variables aléatoires sont toutes identiquement distribuées:
(7.128)
d'où l'écart-type de la moyenne
appelé aussi "erreur-type", "erreur-standard" ou
encore "variation
non systématique":
(7.129)
et il s'agit rigoureusement de l'écart-type
de l'estimateur de la moyenne (c'est peut-être plus clair ainsi)!
Cette relation se trouve dans de nombreux logiciels
dont les graphiques MS Excel (mais il n'y a pas de fonction
intégrée), écrite
soit avec l'écart-type
(comme ci-dessus), soit avec la notation de la variance (suffit
de mettre au carré...).
Signalons que la dernière relation peut être
utilisée
même si la moyenne des n variables aléatoires
n'est pas identique! La condition suffisante étant juste
que les écarts-types
soient tous égaux et c'est le cas de l'industrie (production).
Nous avons donc:
(7.130)
où désigne
la somme des n variables aléatoires et leur
moyenne.
La variable centrée réduite que nous avions introduite plus haut:
(7.131)
peut
alors s'écrire de plusieurs manières:
(7.132)
Par ailleurs, en supposant que le lecteur sache
déjà ce
qu'est une loi Normale ,
nous démontrerons plus loin en détails car c'est
extrêmement
important (!) que la loi de
probabilité de
la variable aléatoire ,
moyenne de n variables aléatoires identiquement distribuées
et linéairement indépendantes, est alors la loi:
(7.133)
Maintenant, considérons X et Y deux variables
aléatoires ayant pour covariance:
(7.134)
Nous avons:
(7.135)
nous allons démontrer cette relation immédiatement
car l'utilisation de la covariance seule pour l'analyse des données
n'est pas géniale car elle n'est pas à proprement parler bornée
et simple d'usage (au niveau de l'interprétation). Nous allons
donc construire un indicateur plus facile d'usage en entreprise.
Démonstration:
Choisissons une constante a quelconque et calculons la
variance de:
(7.136)
Nous
pouvons alors immédiatement écrire à l'aide
des propriétés
de la variance et de l'espérance:
(7.137)
La quantité de droite est positive et nulle en tout a par
construction de la variance (de gauche). Donc le discriminant de
l'expression, vue comme un trinôme en a du type:
(7.138)
Donc pour que P(a) soit positif pour tout a nous
avons comme seule possibilité que:
(7.139)
Soit après simplification:
(7.140)
C.Q.F.D.
Ce qui nous donne:
(7.141)
Finalement nous obtenons
une forme de l'inégalité statistique dite "inégalité
de Cauchy-Schwarz":
(7.142)
Si les variances de X et Y sont non nulles, la corrélation
entre X et Y est définie par le "coefficient
de corrélation linéaire":
(7.143)
ce qui peut aussi s'écrire sous forme développée
(en utilisant la relation de Huyghens):
(7.144)
ou encore plus condensée :
(7.145)
Quels que soient l'unité et
les ordres de grandeur, le coefficient
de corrélation est un nombre sans unité, compris
entre -1 et 1. Il traduit la plus ou moins grande dépendance linéaire
de X et Y et ou, géométriquement, le plus ou moins
grand aplatissement. Un coefficient
de corrélation nul ou proche de 0 signifie qu'il n'y
a pas de relation linéaire entre les caractères.
Mais il n'entraîne aucune notion d'indépendance plus
générale.
Quand le coefficient
de corrélation est proche de 1 ou -1, les caractères sont dits
fortement corrélés. Il faut prendre garde à la confusion fréquente
entre corrélation et causalité.
Cependant, que deux phénomènes soient corrélés
n'implique en aucune façon que l'un soit cause de l'autre.
Ainsi:
- Si nous
avons affaire à une corrélation négative dite "corrélation
négative parfaite" (tous les points de mesures sont
situés sur une droite de régression de pente négative).
- Si nous
avons affaire à une corrélation négative ou positive dite "corrélation
imparfaite" ou la relation linéaire sera respectivement
décroissante ou croissante.
- Si la
corrélation est nulle... (pas de relation linéaire).
- Si nous
avons affaire à une corrélation positive dite "corrélation
positive parfaite" (tous les points de mesures sont
situés sur une droite de régression de pente positive).
L'analyse de régression et
de corrélation poursuit donc deux objectifs:
1. Déterminer le degré d'association
entre les différentes variables: celui-ci est exprimé par le coefficient
de détermination, qui est le carré du coefficient de corrélation.
Le coefficient de détermination mesure la contribution d'une des
variables à l'explication de la seconde.
2. Déterminer les caractéristiques
de cette association, c'est-à-dire les paramètres et
de
la droite de régression (voir la section d'analyse numérique
du site au chapitre des algorithmes traitant de la régression
linéaire). Si l'on peut faire valablement l'hypothèse
de la stabilité du processus générateur
des couples de valeurs des deux variables, la connaissance
de ces paramètres permettrait de
prédire le comportement du phénomène étudié.
En utilisant les expressions
de la moyenne et de l'écart-type de variables équiprobables
telles que démontrées plus haut, nous passons
de :
(7.146)
à :
(7.147)
où nous voyons que la covariance devient alors la moyenne des
produits moins le produit des moyennes.
Soit après simplification :
(7.148)
et peut être calculé dans MS Excel
avec entre autres la fonction COEFFICIENT.CORRELATION( ).
Remarques:
R1. Dans la littérature le coefficient de
corrélation
est souvent appelé "coefficient
d'échantillonnage de Pearson" (dans le cas
équiprobable) ou "test
de Bravais-Pearson" (dans le cas non équiprobable)
et lorsque nous le portons au carré,
nous parlons alors de "coefficient
de détermination".
R2. Souvent le carré de ce coefficient est un peu abusivement
interprété comme le % de variation expliqué de la variable étudiée Y par
la variable explicative X.
Enfin, à noter que nous avons donc la relation suivante
qui est énormément utilisée dans la pratique
(voir le chapitre d'Économétrie pour des exemples
fameux!):
(7.149)
ou sa version avec l'écart-type:
(7.150)
Exemple:
Une compagnie aérienne a à sa disposition
120 sièges qu'elle réserve pour des passagers en
correspondance venant de deux autres vols arrivés un peu
plus tôt dans la journée et en partance pour Francfort.
Le premier vol arrive de Manille et le nombre de passagers à son
bord suit une loi Normale de moyenne 50 et de variance 169. Le
second vol arrive de Taipei et le nombre de passagers à son
bord suit une loi Normale de moyenne 45 et de variance 196.
Le coefficient de corrélation linéaire
entre le nombre de passagers des deux vols est mesuré comme étant:
(7.151)
La loi que suit le nombre de passagers
pour Francfort si nous supposons que la loi du couple suit
elle aussi
une loi Normale (selon énoncé!) est:
(7.152)
avec:
(7.153)
et:
(7.154)
ce qui donne:
(7.155)
VARIABLES CONTINUES
Définitions:
D1. Nous disons que X est une variable continue si sa "fonction
de répartition" est continue (déjà définie
plus haut). La fonction de répartition
de X étant définie par:
(7.156)
soit la probabilité cumulée que la variable aléatoire X soit
plus petite ou égale à la valeur x fixée.
Nous avons aussi bien évidemment:
(7.157)
D2. Si de plus la fonction de répartition F de X est
continûment dérivable de dérivée appelée "fonction
de densité" ou "fonction
de masse"
ou encore "fonction de distribution" alors nous disons que X est
absolument continue et dans ce cas nous avons:
(7.158)
avec la condition de normalisation:
(7.159)
Toute fonction de distribution
de probabilité doit satisfaire l'intégrale de normalisation dans
son domaine de définition!
Remarque: Il
est intéressant de remarquer que la définition amène à ce
que la probabilité
qu'une variable aléatoire totalement continue
prenne une valeur donnée est nulle! Donc ce n'est pas parce
qu'un événement a une probabilité nulle
qu'il ne peut arriver!!!
La moyenne ayant été définie
par la somme pour une variable discrète, elle devient une intégrale
pour une variable continue:
(7.160)
et la variance s'écrit donc:
(7.161)
Nous avons alors aussi la médiane qui est logiquement redéfinie
dans le cas d'une variable aléatoire continue par:
(7.162)
et elle coïncide rarement avec la moyenne!
Souvent les statisticiens
utilisent les mêmes notations pour l'espérance
mathématique d'une variable continue:
(7.163)
et pour la variance:
(7.164)
que pour une variable discrète.
Par la suite, nous calculerons
ces différents termes avec développements uniquement dans les cas
les plus usités.
POSTULAT FONDAMENTAL DE LA STATISTIQUE
Le but ultime de la statistique est de remonter de l'échantillon à la
fonction de répartition analytique qui lui aurait donné naissance.
Ce but sera présenté dans le cadre de ce site internet
comme un postulat (bien que cela postulat soit très difficile à appliquer
dans la pratique).
Postulat: À toute fonction de répartition empirique
nous
pouvons associer une fonction de répartition théorique
F(x) vers laquelle elle converge quand la taille
de l'échantillon
est suffisamment grande.
Si:
(7.165)
est la variable aléatoire définie comme
la plus grande différence (en valeur absolue) entre et F(x)
(observée
pour toutes les valeurs de x pour un échantillon
donné),
alors Xn converge vers 0 presque sûrement.
Remarque: Les mathématiciens de la statistique arrivent à démontrer
ce postulat sous forme d'un théorème appelé le "théorème
fondamental de la statistique" ou "théorème
de Glivenko-Cantelli" en ce qui concerne les fonctions continues.
Personnellement, quitte à choquer les connaisseurs, je considère
que cette démonstration n'en est pas une car elle est très éloignée
ce que montre l'expérience (oui c'est mon côté physicien
qui ressort...) et ce résultat théorique amène
un grand nombre de praticiens à faire souvent tout leur
possible (exclusion de données, transformations et autres
abominations) pour trouver une loi connue à laquelle ils
peuvent ajuster leurs données mesurées.
INDICE DE DIVERSITÉ
Il arrive dans le domaine de la biologie ou de l'entreprise que
l'on demande à un statisticien ou analyste de mesurer la diversité d'un
certain nombre d'éléments prédéfinis. Par exemple, imaginons une
multinationale ayant une gamme de produits bien définie et dont
certains magasins (clients) dans le monde peuvent choisir un sous-ensemble
de cette gamme pour leur commerce. La question étant alors de faire
un ranking des magasins qui vendent la plus grande diversité de
produits de la marque et ce en prenant en compte aussi les quantités.
Par exemple, nous avons une liste de 4 produits au total dans
notre catalogue. Le hasard faisant, trois de nos clients vendent
nos 4 produits mais nous souhaiterions savoir lequel en vend la
plus grande diversité et ce en prenant en compte les quantités.
Nous avons les données de ventes par produit suivantes pour le
client 1:
Client 1 |
Produit 1 |
5 |
Produit 2 |
5 |
Produit 3 |
5 |
Produit 4 |
5 |
pour le client 2:
Client 2 |
Produit 1 |
1 |
Produit 2 |
1 |
Produit 3 |
1 |
Produit 4 |
17 |
et pour le client 3:
Client 3 |
Produit 1 |
2 |
Produit 2 |
2 |
Produit 3 |
2 |
Produit 4 |
34 |
Une mesure de l'information (diversité des états) qui peut être
bien adaptée à cette mesure est la formule de Shannon introduite
dans le chapitre de Mécanique Statistique dont l'espérance est:
(7.166)
Arbitrairement, nous prendrons et
la base 10 pour le logarithme (ainsi, si nous avons 10 variables équiprobables,
l'entropie sera unitaire par exemple...).
Dès lors il vient:
(7.167)
Nous allons récrire cela de manière plus adéquate pour l'application
en entreprise. Ainsi, si n est le nombre de produits et est
la proportion de ventes du produit i parmi la totalité des
ventes N nous avons alors:
(7.168)
Il vient alors:
(7.169)
Nous avons alors pour le client 1:
(7.170)
qui est la valeur maximale possible (chaque état est équiprobable).
Et pour le client 2 nous avons:
(7.171)
et pour le client 3:
(7.172)
Ainsi, le client ayant la plus grande diversité est le premier.
Nous voyons aussi une propriété intéressante de la formule de Shannon à l'aide
des clients 2 et 3 c'est que la quantité n'influe pas sur la diversité (puisque
la seule différence entre les deux clients est la quantité qui
est multipliée d'un facteur 2 et non la diversité)!
FONCTIONS
DE DISTRIBUTIONS
Lorsque nous observons des
phénomènes probabilistes, et que nous prenons note des valeurs
prises par ces derniers et que nous les reportons graphiquement,
nous observons
toujours que les différentes mesures obtenues suivent une caractéristique
courbe ou droite typique fréquemment reproductible.
Dans le domaine
des probabilités et statistiques, nous appelons ces caractéristiques
des "fonctions de distribution" car
elles indiquent la fréquence avec laquelle la variable
aléatoire
apparaît avec certaines valeurs.
Remarque: Nous utilisons aussi simplement le terme "fonction"
ou encore "loi" pour désigner ces caractéristiques.
Ces fonctions sont en pratique bornées par ce que nous
appelons
"l'étendue de la distribution",
ou "dispersion de la distribution",
qui correspond à la
différence
entre la donnée
maximale (à
droite) et la donnée minimale (à gauche) des valeurs
observées:
(7.173)
notée souvent aussi R dans l'ingénierie de la
qualité (cf. chapitre de Génie Industriel).
Si les valeurs observées
se distribuent d'une certaine manière c'est qu'elles ont
alors une probabilité d'avoir une certaine valeur de la
fonction de distribution.
Dans la pratique industrielle (cf. chapitre
de Génie Industriel),
la dispersion des valeurs statistiques est importante parce qu'elle
donne une indication sur la variation d'un processus (variabilité).
Définitions:
D1. La relation mathématique
qui donne la probabilité qu'a une variable aléatoire
d'avoir une valeur donnée de la fonction de distribution
est appelée
"fonction de densité",
"fonction de masse" ou
encore
"fonction marginale".
D2. La relation mathématique
qui donne la probabilité cumulée qu'a une
variable aléatoire
d'être inférieure ou égale à une
certaine valeur est nommée la "fonction
de répartition" ou "fonction
cumulée".
D3. Des variables aléatoires
sont dites "indépendantes et identiquement
distribuées" (i.i.d.) si
elles suivent toutes la même fonction de distribution et
qu'elles sont indépendantes...
Remarque: Le lecteur pourra trouver la fonction de distribution
de Weibull (ou "loi de Weibull") dans le chapitre traitant
du Génie Industriel (section sur l'Ingénierie).
De telles fonctions étant
très nombreuses dans la nature, nous proposons au lecteur
une
étude détaillée des plus connues seulement.
FONCTION DISCRÈTE UNIFORME
Si nous admettons qu'il
est possible d'associer une probabilité à un événement, nous
pouvons concevoir des situations où nous pouvons supposer a
priori que tous les événements élémentaires sont équiprobables
(c'est-à-dire qu'ils
ont même probabilité). Nous utilisons alors le rapport entre le
nombre de cas favorables et le nombre de cas possibles pour calculer
la probabilité de tous les événements de l'Univers des événements
U.
Plus généralement si U
est un ensemble fini d'événements équiprobables et A une
partie de U
nous avons sous forme ensembliste:
(7.174)
Plus communément, soit e un événement
pouvant avoir N issues équiprobables possibles. Alors
la probabilité d'observer
l'issue
donnée de l'événement suit une "fonction
discrète
uniforme" (ou "loi
discrète uniforme") donnée
par la relation:
(7.175)
Ayant pour espérance (ou
moyenne):
(7.176)
Si nous nous mettons dans le cas particulier où avec .
Nous avons alors (cf. chapitre de Suites et
Séries):
(7.177)
Et pour variance:
(7.178)
Exemple:
Tracé de la fonction de distribution et respectivement
de répartition
pour la loi discrète uniforme de paramètres {1,5,8,11,12}
(nous voyons que chaque valeur est bien équiprobable):
 
Figure: 7.8 - Loi discrète uniforme (fonction de distribution et de répartition)
FONCTION DE BERNOULLI
Si nous avons affaire à une
observation binaire alors la probabilité d'un événement
reste constante d'une observation à l'autre s'il n'y a pas d'effet
mémoire
(autrement dit: une somme de variables de Bernoulli, deux à deux
indépendantes).
Nous appelons ce genre d'observations où la variable aléatoire
a valeurs 0 (faux) ou 1 (vrai), avec probabilité (1-p), p respectivement,
des "essais de Bernoulli" avec
"événements contraires à probabilités
contraires".
Ainsi, une variable aléatoire
X
suit une "fonction de Bernoulli" (ou "loi
de Bernoulli") si elle
ne peut prendre que les valeurs 0 ou 1, associées aux probabilités q et p
de sorte que et:
(7.179)
L'exemple classique d'un
tel processus est le jeu de pile de face ou de tirage avec remise.
Il est inutile de vérifier formellement que la probabilité cumulée
est unitaire...
Remarquons que par extension, si nous considérons N événements
où nous
obtenons dans un ordre particulier k fois
une des issues possible (réussite) et N-k l'autre
(échec), alors la probabilité
d'obtenir une telle série (de k réussites
et N-k échecs ordonnés dans un
ordre particulier) sera donnée par:
(7.180)
conformément à ce que nous avions obtenu en combinatoire
dans le chapitre de Probabilités!
Exemple:
Tracé de
la fonction pour :

Figure: 7.9 - Loi de Bernoulli (fonction de distribution et de répartition)
La fonction de Bernoulli
a donc pour espérance (moyenne):
(7.181)
et pour variance (nous utilisons la relation de Huyghens démontrée
plus haut):
(7.182)
Remarque: L'exemple ci-dessus n'est certes par pertinent
mais nous verrons dans le chapitre de Techniques De Gestion que
la fonction
de Bernoulli apparaît naturellement au début de notre
étude des files d'attentes.
FONCTION GÉOMÉTRIQUE
La loi géométrique ou "loi
de Pascal" consiste
dans une épreuve de type Bernoulli, dont la probabilité de
succès
est p et
celle d'échec sont
constantes, que nous renouvelons de manière indépendante
jusqu'au premier succès.
Si nous appelons X la variable aléatoire donnant
le rang du premier succès la probabilité que est
alors (cas particulier de la fonction de Bernoulli):
(7.183)
avec .
Cette loi a pour espérance:
(7.184)
Or, cette dernière relation s'écrit aussi (car c'est une simple
série géométrique):
(7.185)
Effectivement, nous avons démontré dans le chapitre sur les Suites
et Séries que:
(7.186)
En prenant la limite lorsque nous
obtenons:
(7.187)
car .
Ensuite, il suffit de dériver les deux membres de l'égalité par
rapport à q et
nous obtenons:
(7.188)
Nous avons donc le nombre moyen d'essais X qu'il faut
faire pour arriver au premier succès:
(7.189)
Calculons maintenant la variance en rappelant comme à chaque
fois que (relation de Huyghens):
(7.190)
Commençons donc par calculer :

(7.191)
Le dernier terme de cette expression est l'équivalent de l'espérance
calculée précédemment. Soit:
(7.192)
Il reste à calculer:
(7.193)
Nous avons:
(7.194)
Or en dérivant l'égalité:
(7.195)
Nous obtenons:
(7.196)
Par conséquent:
(7.197)
Donc:
(7.198)
Pour finir:
(7.199)
Exemple:
E1. Vous essayez, tard dans la nuit et dans l'obscurité,
d'ouvrir une serrure au moyen d'un trousseau de 5 clés, sans porter
attention, car vous êtes un peu fatigué (ou un peu éméché...) vous
essayez chaque clé. Sachant qu'une seule convient, quelle
est la probabilité d'utiliser
la bonne clé au k-ème essai?
(7.200)
E2. Tracé de la fonction de distribution et répartition pour
la fonction Géométrique de paramètre :

Figure: 7.10 - Loi géométrique (fonction de distribution et de répartition)
Déterminons maintenant la fonction de répartition
de la loi Géométrique. Nous partons
donc de:
(7.201)
nous avons alors par définition la probabilité cumulée
que l'expérience réussisse dans les n premiers
essais:
(7.202)
avec n entier valant 0...1...2, etc.
Posons:
(7.203)
Nous
avons alors:
(7.204)
FONCTION BINOMIALE
Si nous revenons maintenant
à notre épreuve de Bernoulli. Plus généralement,
tout N-uplet particulier formé de k succès
et de N-k échecs aura pour probabilité (dans
le cadre d'un tirage avec remise ou sans remise si la population
est grande en première approximation...):
(7.205)
d'être tiré (ou d'apparaître) quel que soit l'ordre d'apparition
des échecs
et réussites.
Mais, nous savons que la combinatoire permet de déterminer
le nombre de N-uplets
de ce type (le nombre de manières d'ordonner les apparitions
d'échecs
et de réussites). Le nombre d'arrangements
possibles étant, nous l'avons démontré (cf.
chapitre Probabilités),
donné par le coefficient binomial (notation non conforme
sur ce site à la norme ISO 31-11):
(7.206)
Donc comme la probabilité d'obtenir une série de k succès
et N-k échecs particuliers est toujours
identique (quel que soit l'ordre) alors il suffit de multiplier
la probabilité d'une
série particulière
par la combinatoire (ceci étant équivalent à faire
une somme):
(7.207)
pour avoir la probabilité totale d'obtenir une quelconque de ces
séries possibles (puisque chacune est possible).
Remarque: Cela équivaut à l'étude
d'un tirage avec remise (cf. chapitre de
Probabilités)
simple avec contrainte sur l'ordre ou à l'étude d'une
série de
succès ou d'échecs. Nous utiliserons cette relation
dans le cadre de la théorie
des files d'attentes ou en fiabilité. Il faut noter que dans
le cas de grandes populations, même si le tirage n'est pas
avec remise il peut être considéré comme tel...
Écrite autrement ceci donne
la "fonction Binomiale" (ou "loi
Binomiale") connue aussi sous la
forme de la fonction de distribution suivante:
(7.208)
et
parfois notée:
(7.209)
et peut être calculée dans MS Excel à l'aide de la fonction LOI.BINOMIALE( ).
Nous disons parfois que la loi Binomiale est non
exhaustive car la taille de la population initiale n'est pas apparente
dans l'expression de la loi.
Exemple:
Nous souhaitons tester l'alternateur d'un groupe électrogène.
La probabilité de défaillance à la sollicitation
de ce matériel est estimée à 1 défaillance
pour 1'000 démarrages.
Nous décidons d'effectuer un
test de 100 démarrages.
La probabilité d'observer 1 panne au cours de
ce test est de:
(7.210)
Nous avons bien évidemment pour la fonction de répartition
(très utile dans la pratique comme le contrôle de lots de fournisseurs
ou la fiabilité!):
(7.211)
Effectivement, nous avons démontré dans le chapitre
de Calcul Algébrique le "théorème
binomial":
(7.212)
Donc:
(7.213)
Il vaut mieux utiliser MS Excel (ou tout autre logiciel
largement répandu) pour ne pas s'embêter
à calculer ce genre de relations en utilisant la fonction
CRITERE.LOI.BINOMIALE( ).
L'espérance mathématique
(moyenne) de P(N,k) est:
(7.214)
Or:
(7.215)
d'où:
(7.216)
donne le nombre moyen de fois que l'on obtiendra l'issue souhaitée
de probabilité p après N essais.
Avant de calculer la variance, introduisons la relation
suivante:
(7.217)
En effet, en utilisant les développements précédents:
(7.218)
Commençons maintenant le (long) calcul de la variance dans lequel
nous allons utiliser les résultats précédents:
(7.219)
L'écart-type étant ,
nous avons:
(7.220)
Exemple:
Tracé de la fonction de distribution et respectivement de répartition
de la loi binomiale :
 
Figure: 7.11 - Loi binomiale (fonction de distribution et de répartition)
Pour conclure sur cette loi, indiquons que certaines personnes
dans les entreprises ramènent le calcul de l'espérance et de l'écart-type
à l'unité de N. Nous avons alors:
(7.221)
Exemple:
Sur un échantillon de 100 travailleurs, 25%
sont en retard au moins une fois par semaine. L'espérance
du nombre de retard est alors:
(7.222)
Rapporté à l'unité, cela nous donne:
(7.223)
FONCTION BINOMIALE NÉGATIVE
La loi binomiale négative s'applique dans la même situation que
la loi binomiale mais elle donne la probabilité d'avoir E échecs
avant la R-ème réussite quand la probabilité de succès est p (ou
inversement la probabilité d'avoir R réussites
avant le E-ème échec quand la probabilité d'échec est p).
Introduisons cette fonction par l'exemple. Considérons pour cela
les probabilités suivantes:
(7.224)
Imaginons que nous ayons fait 10 essais et que nous voulions
nous arrêter à la troisième réussite et que le 10-ème essai est
la troisième
réussite! Nous allons noter cela:
(7.225)
Mettons en évidence les réussites (R) et échecs (E):
(7.226)
Nous avons donc 7 échecs et 3 réussites. Dans le cadre d'une
expérience où les tirages sont indépendants, la probabilité que
nous avions d'obtenir ce résultat particulier est alors:
(7.227)
Mais l'ordre des succès et échecs dans la partie entre crochets
n'a aucune importance. Donc comme nous avons 2 succès parmi 9 dans
les crochets il vient que la probabilité d'obtenir le même résultat
indépendamment de l'ordre est alors en utilisant la combinatoire:
(7.228)
ce qui correspond donc à la probabilité d'avoir 7 échecs avant
la 3ème réussite. Ce qui s'écrit avec MS Excel 2010 ou ultérieur
en français (7+3=10 essais, 7 échecs dont 3 réussites):
=LOI.BINOMIALE.NEG.N(7;3;0.2;0)=0.0604
Généralisons l'écriture antéprécédente notant k le nombre
d'échecs, N le nombre total d'essais et p la probabilité d'une
réussite:
(7.229)
Il y a plusieurs écritures possibles cependant car la relation
précédente n'est pas très intuitive à mettre en pratique comme
l'aura peut-être remarqué le lecteur. Ainsi, si nous notons k comme étant
le nombre de succès et non le nombre d'échecs, nous avons alors
(écriture la plus courante selon moi parmi d'autres équivalentes)
la probabilité suivante d'avoir un certain nombre de réussites
avant d'avoir un nombre k d'échecs:
(7.230)
donc la comparaison avec la formulation de la loi binomiale démontrée
plus haut est alors probablement évidente!
Il est cependant plus courant de noter la relation précédente
en faisant disparaître N car pour l'instant l'écriture n'est
toujours pas très claire. Pour cela, nous notons R le nombre
de réussites, E le nombre d'échecs, p la probabilité d'une
réussite et il vient alors la probabilité d'avoir R réussites
après E échecs (c'est beaucoup plus clair...):
(7.231)
Nous la trouvons aussi parfois sous la forme suivante en utilisant
explicitement la combinatoire:
(7.232)
La probabilité cumulée que nous ayons au moins R réussites
avant le E-ème échec vient immédiatement:
(7.233)
Remarque: Le nom de cette loi provient du fait que certains
statisticiens utilisent une définition d'un coefficient
combinatoire avec valeur négative pour l'expression de la
fonction. Comme c'est une forme plutôt rare, nous ne souhaitons
pas la démontrer. Il
faut savoir aussi que cette loi est aussi connue sous le nom de "loi
de Pascal" (au même titre que la loi géométrique...)
en l'honneur de Blaise Pascal et de "loi
de Pólya", en l'honneur de George Pólya.
Exemple:
E1. Un contrôle de qualité long terme nous a permis de calculer
l'estimateur p des pièces non-conformes comme valant 2% à la
sortie d'une ligne de production. Nous souhaiterions savoir la
probabilité cumulée d'avoir 200 pièces bonnes avant que la 3ème
pièce défectueuse apparaisse. Avec MS Excel 2010 ou ultérieur en
français il vient en utilisant la loi binomiale négative:
=LOI.BINOMIALE.NEG.N(200;3;0.02;1)=77.35%
E2. Pour comparer avec la loi binomiale, demandons-nous quelle
est la probabilité cumulée de tirer 198 pièces non-défectueuses
parmi 201 avec MS Excel 2010 ou ultérieur en français:
=LOI.BINOMIALE.N(198;201;0.98;1)=76.77%
nous voyons donc que la différence est faible. Au fait la différence
entre les deux lois est dans la pratique quasiment toujours tellement
faible que nous n'utilisons alors que la loi binomiale (mais il
faut quand même être prudent!).
Comme à l'habitude, déterminons maintenant la variance et l'espérance
de cette loi. Commençons par l'espérance d'avoir R réussites
avant le E-ème échec sachant que la probabilité d'avoir
un échec est p. Pour cela nous allons utiliser une astuce
très simple et géniale (tout l'art était d'y penser...). Si nous
reprenons notre exemple de départ:
(7.234)
et que nous le réécrivons sous la forme suivante:
(7.235)
Nous remarquons alors que la troisième réussite R de la
première écriture peut être décomposée en la somme de trois variables
aléatoires géométriques telle que:
(7.236)
Avec dans le cas du présent exemple particulier correspondant
au fait à .
Donc en toute généralité la somme de n variables aléatoires
géométriques donne toujours une loi binomiale négative si
la probabilité p est égale pour chaque variable géométrique!
Bref... comme nous avons démontré l'expression de l'espérance et
la variance de la loi Géométrique comme étant:
(7.237)
Puisque les variables aléatoires sont de même paramètres et indépendantes
il vient alors pour l'espérance de la loi binomiale négative:
(7.238)
Et donc pour la variance de la loi binomiale négative:
(7.239)
Exemple:
Quelle est l'espérance du nombre de pièces bonnes que nous aurons
avant la troisième pièce non-conforme, sachant que la probabilité d'une
pièce non-conforme est de 2%?
(7.240)
et pour la variance:
(7.241)
Exemple:
Tracé de la fonction de distribution et répartition pour la fonction
binomiale négative de paramètres basé sur
l'exemple du début mais avec comme seule différence d'avoir pris
probabilité de réussite de 60% au lieu de 20%:
 
Figure: 7.12 - Loi binomiale négative (fonction de distribution et de répartition)
La distribution ci-dessus est tronquée à 9 mais continue théoriquement à l'infini.
Ce qui différencie particulièrement la loi binomiale, géométrique
de la loi binomiale négative sont les queues de la distribution.
FONCTION HYPERGÉOMÉTRIQUE
Nous considérons pour approcher
cette fonction un exemple simple (mais guère intéressant dans
la pratique) qui est celui d'une urne contenant n
boules dont m
sont noires et les autres m' blanches (pour plusieurs
exemples concrets utilisés
dans l'industrie se reporter au chapitre de Génie Industriel).
Nous tirons successivement, et sans les remettre dans l'urne, p
boules. Quelle est la probabilité que parmi ces p
boules, il y en ait k
qui soient noires (dans cet énoncé l'ordre du tirage
ne nous intéresse
donc pas!).
Nous parlons souvent de "tirage exhaustif" avec la loi
hypergéométrique car contrairement à la loi
binomiale, la taille du lot qui sert de base au tirage va
apparaître dans la loi. Raison pour laquelle la loi hypergéométrique
tend vers les valeurs de la loi Normale lorsque la taille du lot
est petite.
Remarque: Cela équivaut à l'étude
non ordonnée d'un tirage sans remise (cf.
chapitre de Probabilités)
avec contrainte sur les occurrences appelé parfois "tirage
simultané".
Nous utiliserons
souvent cette fonction dans le domaine de la qualité ou
de la fiabilité où les boules noires sont associées à des
éléments avec défauts et les blanches à des éléments
sans défauts.
Les p
boules peuvent être choisies parmi les n
boules de façons
(représentant donc le nombre de tirages différents possibles)
avec pour rappel (cf. chapitre de Probabilités):
(7.242)
Les k boules noires peuvent être choisies parmi les m noires
de façons.
Les p-k boules
blanches peuvent être elles choisies de façons.
Il y a donc tirages
qui donnent k boules noires et p-k boules
blanches.
La probabilité recherchée
vaut donc (nous en verrons une autre formulation possible dans
le chapitre de Génie Industriel):
(7.243)
et est dite suivre une "fonction Hypergéométrique" (ou "loi
Hypergéométrique") et peut être obtenue
heureusement de manière directe dans MS Excel avec la fonction LOI.HYPERGEOMETRIQUE( ).
Exemples:
E1. Nous souhaitons mettre en production un petit développement
informatique de 10'000 lignes de code. Le retour d'expérience
montre que la probabilité de défaillance est de 1
bug pour 1'000 lignes de code (soit 0.1% de 10'000 lignes).
Nous testons environ 50% des fonctions
du logiciel au hasard avant l'envoi au client (soit l'équivalent
de 5'000 lignes de code). La probabilité d'observer
5 bugs est avec MS Excel:
=LOI.HYPERGEOMETRIQUE(5;5000;0.1%*10000;10000)=24.62%
E2. Dans une petite production unique d'un lot de
1'000 pièces dont nous savons que 30% en moyenne sont mauvaises à cause
de la complexité des pièces par retour d'expérience
d'une fabrication précédente similaire. Nous savons
qu'un client va en tirer 20 au hasard pour décider d'accepter
ou de rejeter le lot. Il ne rejettera pas le lot s'il trouve zéro
pièce défectueuse parmi ces 20. Quelle est la probabilité d'en
avoir exactement 0 de défectueuse?
=LOI.HYPERGEOMETRIQUE(0;20;300;1000)=0.073%
et comme on exige un tirage nul, le
calcul de la loi hypergéométrique se simplifie en:
(7.244) Il n'est pas interdit de faire le calcul direct de
l'espérance
et de la variance la fonction hypergéométrique mais
le lecteur pourra sans trop de peine imaginer que ce calcul va être...
relativement indigeste. Alors nous pouvons utiliser une méthode
indirecte qui de plus est intéressante.
D'abord le lecteur aura peut-être, même certainement, remarqué qu'au
fait l'expérience de la loi hypergéométrique est une série d'essais
de Bernoulli (sans remise bien entendu!).
Alors, nous allons tricher en utilisant dans un premier temps
la propriété de linéarité de l'espérance. Définissons pour cela
une nouvelle variable correspondant implicitement au fait à l'expérience
da la fonction hypergéométrique (k essais de Bernoulli
de suite!):
(7.245)
où représente
la réussite d'obtenir au i-ème tirage une boule noire
(soit 0 ou 1). Or, nous savons que pour tout i la variable
aléatoire suit
une fonction de Bernoulli pour laquelle nous avons démontré lors
de notre étude de la loi de Bernoulli que .
Dès lors, de par la propriété de linéarité de l'espérance nous
avons:
(7.246)
Or, dans l'essai de Bernoulli, p est la probabilité d'obtenir
l'élément recherché (pour rappel...). Dans
la loi hypergéométrique
ce qui nous intéresse est la probabilité d'avoir
une boule noire (qui sont en quantité m, avec donc m'
boules blanches) par rapport à la quantité totale de boules n.
Et le rapport nous donne évidemment cette probabilité.
Ainsi, nous avons:
(7.247)
où k est le nombre de tirages (attention à ne
pas confondre avec l'énoncé initial!). Cette moyenne
donne donc le nombre moyen de boules noires lors d'un tirage de k boules
parmi n.
Pour déterminer la variance, nous allons utiliser la variance
de la fonction de Bernoulli et la relation suivante démontrée lors
de l'introduction de l'espérance et de la covariance au début de
ce chapitre:
(7.248)
Dons en rappelant que nous avons il
vient:
(7.249)
Or, pour la loi de Bernoulli, nous avons:
(7.250)
Alors nous avons déjà:
(7.251)
Ensuite, nous avons facilement:
(7.252)
Le calcul de nécessite
une bonne compréhension des probabilités (c'est un bon rappel!).
L'espérance est
donnée (implicitement) par la somme pondérée
des probabilités que
deux événements aient lieu en même temps comme nous
le savons. Or, nos événements sont binaires: soit
c'est une boule noire (1) soit c'est une boule blanche (0). Donc
tous les termes de la somme
n'ayant pas deux boules noires consécutivement seront nuls!
Le problème est alors de calculer la probabilité d'avoir deux
boules noires consécutives et celle-ci s'écrit donc:
(7.253)
Donc nous avons finalement:
(7.254)
Soit:
(7.255)
Finalement:
(7.256)
où nous avons utilisé le fait que:
(7.257)
est composé de:
(7.258)
termes puisqu'il correspond au nombre de façons qu'il y a de choisir
le couple (i, j) avec .
Donc finalement:
(7.259)
Exemple:
Tracé de la fonction de distribution et répartition pour la fonction
Hypergéométrique de paramètre : 
Figure: 7.13 - Loi hypergéométrique (fonction de distribution et de répartition)
Démontrons que la loi Hypergéométrique tend vers une loi binomiale
puisqu'il en est fait usage de nombreuses fois dans différents
chapitres du site (et particulièrement le chapitre de
Génie
Industriel).
Pour cela, décomposons:
(7.260)
Il vient alors:
(7.261)
Pour le deuxième terme:
(7.262)
Pour tous
les termes sont alors de l'ordre de m. Nous avons alors:
(7.263)
Pour le troisième terme un développement identique en
tous points au précédent permet d'obtenir:
(7.264)
Idem pour le quatrième terme:
(7.265)
En conclusions nous avons:
(7.266)
Changeons d'écriture en posant p (le nombre d'individus
tirés) comme étant N. Il vient alors:
(7.267)
Faisons un autre changement d'écriture en notant b les
boules noires (black) et w les boules blanches (white).
Il vient alors:
(7.268)
Enfin, notons p la proportion de boules noires et q celle de
boules blanches dans le lot n. Il vient alors:
(7.269)
Nous retrouvons donc bien la loi binomiale!! En pratique, il
est courant d'approximer la loi hypergéométrique de paramètres
par une loi binomiale de paramètres dès que le rapport nombre
d'individus tirés sur le nombre total d'individus est inférieur à 10%.(c'est-à-dire
lorsque l'échantillon n est 10 fois plus petit que la population).
Il s'ensuit que la loi hypergéométrique tend aussi (comme nous
le démontrerons plus loin) vers une loi Normale lorsque la population
tend vers l'infini et que l'échantillon est petit.
FONCTION MULTINOMIALE
La loi multinomiale
(appelée ainsi car elle fait intervenir plusieurs fois le
coefficient binomial) est une loi applicable à n événements
distinguables, chacun ayant une probabilité donnée,
qui surviennent une ou plusieurs fois et ce de façon non nécessairement
ordonné.
Plus techniquement, considérons l'espace des événements muni
d'une probabilité .
Nous tirons n fois
de suite avec remise un élément de avec
la probabilité .
Quelle est donc la probabilité d'obtenir de manière
non nécessairement ordonnée l'événement
1, fois,
l'événement 2, fois
et ce sur une suite d'un tirage de n éléments.
Remarque: Cela équivaut à l'étude
d'un tirage avec remise (cf. chapitre de
Probabilités)
et contraintes sur les occurrences. Donc sans contraintes nous
verrons par l'exemple que nous retombons sur un tirage avec remise
simple.
Nous
avons vu dans le chapitre de Probabilités, que si
nous prenons un ensemble d'événements
ayant plusieurs issues, alors les différentes combinaisons
de suites que nous pouvons obtenir en prenant p
éléments choisis parmi n
est:
(7.270)
Il y a donc:
(7.271)
façons différentes d'obtenir
fois
un certain événement. Soit une probabilité associée
de:

Maintenant, intervient la particularité de la loi
multinomiale!: il n'y a pas d'échecs contrairement à la loi binomiale.
Chaque "pseudo-échec" peut être considéré comme un sous tirage
de parmi
les éléments restants.
Ainsi le terme:
(7.272)
s'écrira sur l'ensemble de l'expérience
si nous considérons un cas particulier limité à deux
types d'événements:
(7.273)
avec donc:
(7.274)
qui donne le nombre de façons différentes d'obtenir
fois
un second événement puisque
dans l'ensemble de la suite, de n
éléments déjà ont
été tirés ce qui fait qu'il n'en reste plus
que sur
lesquels nous pouvons obtenir les voulus.
Ces relations nous montrent donc qu'il s'agit d'une situation
où chaque probabilité d'événement est considérée comme une sous
loi binomiale (d'où son nom aussi...).
Alors nous avons dans le cas particulier de deux séries d'uplets:
(7.275)
et comme:
(7.276)
il vient:
(7.277)
et nous voyons que la construction de cette loi impose donc que:
(7.278)
Ainsi, par récurrence nous avons la probabilité P recherchée
appelée "fonction Multinomiale" (ou "loi
Multinomiale") et donnée par:
(7.279)
dans des logiciels comme MS Excel, le terme:
(7.280)
appelé "coefficient multinomial" est
disponible sous le nom de la fonction MULTINOMIALE( ). Dans la
littérature nous trouvons également ce terme parfois
sous les formes respectives suivantes:
(7.281)
Démontrons que la loi multinomiale est bien
une loi de probabilité (car nous pourrions en douter...).
Si c'est bien le cas, la somme des probabilités doit être
comme nous le savons, égale à l'unité.
Démonstration:
Rappelons que dans le chapitre de Calcul Algébrique
nous avons démontré que (théorème binomial):
(7.282)
Faisons maintenant un petit peu de
notation:
(7.283)
et cette fois-ci un changement
de variables:
(7.284)
Cette dernière relation (qui est un cas à deux
termes du "théorème multinomial") va
nous être
utile pour démontrer que la loi multinomiale est bien une
loi de probabilité. Nous prenons donc le cas particulier
avec deux groupes de tirage:
(7.285) ce qui s'écrit aussi de par
la construction de la loi multinomiale:
(7.286)
et donc la somme doit être égale à l'unité telle
que:
(7.287)
pour vérifier cela nous utilisons le théorème
multinomial montré précédemment:
(7.288)
Or, comme
par construction de la loi multinomiale la somme des probabilités
est unitaire, nous avons bien:
(7.289)
C.Q.F.D.
Exemples:
E1. Nous lançons un dé non-pipé 12 fois. Quelle
est la probabilité que
les six faces apparaissent le même nombre de fois (mais pas nécessairement
consécutivement!) soit deux fois pour chaque:
(7.290)
où nous voyons bien que m correspond au nombre
de groupes de réussites.
E2. Nous lançons un dé non-pipé 12 fois. Quelle
est la probabilité qu'une
seule et unique face apparaisse 12 fois (donc que le "1" apparaisse
12 fois de suite, ou le "2", ou le "3", etc.):
(7.291)
Nous retrouvons donc avec ce dernier exemple un résultat
connu de la binomiale.
Remarque: Nous n'irons pas plus loin
concernant cette fonction car nous n'en avons jamais eu besoin
à ce jour dans un cas pratique réel d'une problématique
d'entreprise.
FONCTION DE POISSON
Pour
certains événements forts rares, la probabilité p est
très faible et tend vers zéro. Toutefois la valeur moyenne tend
vers une valeur fixe lorsque n
tend vers l'infini.
Nous
partirons donc d'une distribution binomiale de moyenne que
nous supposerons finie lorsque n
tend vers l'infini.
La
probabilité de k
réussites lors de n
épreuves vaut (loi Binomiale):
(7.292)
En
posant (où
m est temporairement la nouvelle notation pour la moyenne
selon ),
cette expression peut s'écrire:
(7.293)
En
regroupant les termes, nous pouvons mettre la valeur de sous
la forme:
(7.294)
Nous reconnaissons que, lorsque
n
tend vers l'infini, le deuxième facteur du produit a pour limite
.
Quant au troisième facteur, puisque nous nous intéressons aux
petites valeurs de k (la probabilité de réussite est très
faible), sa limite pour n tendant vers l'infini vaut 1.
Cette technique de passage à la limite est parfois appelée
dans ce contexte: "théorème
limite de Poisson".
Nous obtenons ainsi la "fonction de
Poisson" (ou "loi de
Poisson"), appelée également parfois "loi
des événements rares", donnée donc par:
(7.295)
qui peut être obtenue dans MS Excel avec la fonction LOI.POISSON( ).
Il s'agit bien d'une loi de probabilité puisqu'en utilisant
les séries de Taylor, nous montrons que la somme des probabilités
cumulées est bien:
(7.296)
Remarque: Nous retrouverons fréquemment cette loi
dans différents
chapitres du site comme par exemple lors de l'étude du Génie
Industriel en maintenance préventive ou encore
dans le même
chapitre lors de l'étude des théories des files d'attentes
(le lecteur peut s'y reporter pour un exemple intéressant
et pragmatique) et enfin dans le domaine de l'assurance.
Exemple:
Tracé de la fonction de distribution et répartition pour la fonction
de Poisson de paramètre :
 
Figure: 7.14 - Loi de Poisson (fonction de distribution et de répartition)
Cette distribution est importante
car elle décrit beaucoup de processus dont la probabilité est petite
et constante. Elle est souvent utilisée dans la "queing theory"
(temps d'attente), test d'acceptabilité et fiabilité, et contrôles
statistiques de qualité. Entre autres, elle s'applique aux processus
tels que l'émission des quanta de lumière par des atomes excités,
le nombre de globules rouges observés au microscope, le nombre
d'appels arrivant à une centrale téléphonique.
La distribution de Poisson est valable pour de nombreuses
observations faites en physique nucléaire ou corpusculaire.
L'espérance (moyenne) de
la fonction de Poisson est (nous utilisons la série de Taylor
de l'exponentielle):
(7.297)
et donne le nombre moyen de fois que l'on obtiendra l'issue souhaitée.
Ce résultat
peut paraître déroutant.... la moyenne s'exprime
par la moyenne??? Oui il ne faut simplement pas oublier que celle-ci
est donnée
au début par:
(7.298)
Remarque: Pour plus de détails le lecteur
peut aussi se reporter à la partie concernant les "estimateurs"
dans le présent chapitre.
La variance de la fonction
de distribution de Poisson est quant à elle donnée
par (en utilisant à
nouveau les séries de Taylor):

(7.299)
toujours avec:
(7.300)
Les lois théoriques de distributions
statistiques sont établies en supposant la réalisation
d'un nombre infini de mesures. Il est évident que nous ne
pouvons en effectuer qu'un nombre fini N.
D'où la nécessité d'établir des correspondances
entre les valeurs utiles théoriques et expérimentales.
Pour ces dernières nous n'obtenons
évidemment qu'une approximation dont
la validité est toutefois souvent admise comme suffisante.
FONCTION DE GAUSS-LAPLACE/LOI NORMALE
Cette caractéristique est la plus importante fonction de
distribution en statistiques suite au résultat d'un théorème
connu appelé "théorème central limite"
qui comme nous le verrons,
permet de démontrer (entre autres) que toute suite de variables
aléatoires
indépendantes de même loi ayant une espérance
et un écart-type fini et non nécessairement égales
converge vers une fonction de Gauss-Laplace (loi Normale).
Il est donc très important
de focaliser particulièrement son attention sur les développements
qui vont être faits ici!
Partons d'une fonction
Binomiale et faisons tendre le nombre n d'épreuves
vers l'infini. Si p est fixé au départ, la moyenne tend également
vers l'infini, de plus l'écart-type tend également
vers l'infini.
Remarque: Le cas où p varie et tend vers
0 tout en laissant fixe la moyenne 
ayant déjà été étudié lors
de la présentation
de la fonction de Poisson.
Si nous voulons calculer
la limite de la fonction Binomiale, il s'agira donc de faire
un changement d'origine qui stabilise la moyenne, en 0 par exemple,
et un changement d'unité qui stabilise l'écart-type, à 1 par exemple.
Voyons tout d'abord comment
varie en
fonction de k
(nombre de réussites) et calculons la différence:
(7.301)
Nous en concluons que est
une fonction croissante de k,
tant que
est positif (pour n, p et q fixés).
Pour le voir il suffit de prendre quelques valeurs (du membre de
droite de l'égalité) ou d'observer la distribution
graphique de la fonction Binomiale en se souvenant bien que:
(7.302)
Comme
il est par conséquent évident que la valeur de k voisine
de l'espérance de la loi Binomiale
constitue le maxima de .
D'autre part la différence est
le taux d'accroissement de la fonction .
Nous pouvons alors écrire:
(7.303)
comme étant la pente de la fonction.
Définissons maintenant
une nouvelle variable aléatoire telle que sa moyenne soit nulle
(variations négligeables)
et son écart-type unitaire (une variable centrée-réduite en d'autres
termes). Nous avons alors:

Nous avons alors aussi avec cette nouvelle variable:
(7.304)
Appelons F(x) l'expression
de calculée
en fonction de la nouvelle variable de moyenne nulle et d'écart-type
unitaire dont nous recherchons l'expression quand n tend
vers l'infini.
Reprenons:
(7.305)
Afin de simplifier l'étude de cette relation quand n tend
vers l'infini et k vers l'espérance , multiplions
des deux côtés
par :
(7.306)
Réécrivons le terme de droite de l'égalité.
Il vient alors:
(7.307)
Et maintenant réécrivons le terme de gauche de
la relation antéprécédente.
Il vient:
Après un passage à la limite pour n tendant vers
l'infini nous avons dans un premier temps pour le dénominateur
du deuxième terme de la relation antéprécédente:
(7.308)
la simplification suivante:
(7.309)
Donc:
(7.310)
et dans un second temps, tenant compte du fait que les valeurs
de k considérées se trouvent alors au voisinage de l'espérance np,
nous obtenons:
(7.311)
et:
(7.312)
Donc:
(7.313)
et comme:
(7.314)
où F(x) représentera pour les quelques
lignes qui vont suivre, la fonction de densité lorsque n tend
vers l'infini.
Nous avons finalement:
(7.315)
Cette relation peut encore
s'écrire en réarrangeant les termes:
(7.316)
et en intégrant les deux
membres de cette égalité nous obtenons (cf.
chapitre de Calcul Différentiel Et Intégral):
(7.317)
La fonction suivante est
une des solutions de la relation précédente:
(7.318)
Effectivement:
(7.319)
La constante est déterminée
par la condition que:
(7.320)
qui
représente la somme de toutes les probabilités,
vaille 1. Nous pouvons montrer pour cela que:
(7.321)
Démonstration:
Nous avons:
(7.322)
Donc concentrons-nous sur le dernier terme de l'égalité.
Ainsi:
(7.323)
puisque
est une fonction paire (cf. chapitre d'Analyse
Fonctionnelle).
Écrivons maintenant le carré de l'intégrale
de la manière suivante:
(7.324)
et faisons un changement
de variable en passant en coordonnées polaires, dès
lors nous faisons aussi usage du Jacobien dans ces mêmes
coordonnées
(cf. chapitre de Calcul Différentiel
Et Intégral):
(7.325)
Par extension pour
nous avons:
(7.326)
C.Q.F.D.
Nous obtenons
donc la "loi normale centrée
réduite" notée sous forme de fonction
de densité de probabilité (la notation avec le F majuscule
peut malheureusement porter à confusion dans le cadre du présennt
développement avec le fonction de répartition...):
(7.327)
qui peut être calculée dans MS Excel avec la fonction LOI.NORMALE.STANDARD( )
ou pour la réciproque par LOI.NORMALE.STANDARD.INVERSE( ).
Pour
information, une variable suivant une loi Normale centrée
réduite est très souvent par tradition notée Z (pour
"Zentriert" en allemand).
En revenant aux variables non normées:
(7.328)
nous obtenons donc la "fonction
Gauss-Laplace" (ou "loi
de Gauss-Laplace") ou également appelée "loi
Normale" donnée sous forme de densité de probabilité
par:
(7.329)
et souvent notée N( , ).
Elle peut être calculée dans MS Excel avec la fonction
LOI.NORMALE( ) ou pour la réciproque par LOI.NORMALE.INVERSE(
).
La probabilité cumulée (fonction de répartition)
de valoir une certaine valeur k étant
bien évidemment donnée par:
(7.330)
Exemple:
Tracé de la fonction de distribution et répartition pour la fonction
Normale de paramètres :
 
Figure: 7.15 - Loi Normale Centrée Réduite (fonction de distribution et de répartition)
Cette loi régit sous des
conditions très générales, et souvent rencontrées, beaucoup de
phénomènes
aléatoires. Elle est par ailleurs symétrique par rapport à la moyenne
(c'est
important de s'en souvenir).
Montrons maintenant que
représente bien l'espérance mathématique (ou
la moyenne) de x (c'est un peu bête mais on peut quand
même vérifier...):
(7.331)
Posons:
(7.332)
Nous
avons dès lors:
(7.333)
Calculons la première intégrale:
(7.334)
Donc il vient au final:
(7.335)
Remarques:
R1. Le lecteur pourrait trouver cela déroutant
dans un premier temps que le paramètre d'une fonction
soit un des résultats que nous cherchons de la fonction.
Ce qui dérange
est la mise en pratique d'une telle chose. Au fait, tout s'éclairera
lorsque nous étudierons plus loin dans ce chapitre les
concepts
"d'estimateurs de vraisemblance".
R2. Indiquons que dans la pratique (finance, qualité, assurance,
etc.) il est fréquent de devoir calculer l'espérance uniquement
pour des valeurs positives de la variable aléatoire qui est
définie alors naturellement comme étant "l'espérance positive"
et donnée par:
(7.336)
Nous en verrons un exemple pratique dans le chapitre d'Économétrie
lors de notre étude du modèle théorique de la spéculation de
Louis Bachelier.
Montrons aussi (...) que représente bien l'écart-type de X (il convient,
en d'autres termes de montrer que )
et pour cela rappelons que nous avions démontré que
(relation de Huyghens):
(7.337)
Nous avons déjà calculé tout à l'heure
commençons alors par calculer :
(7.338)
Posons qui conduit dès lors à:
(7.339)
Or, nous savons:
(7.340)
Il reste donc à calculer
la première intégrale. Pour cela, procédons
par une intégration par parties (cf.
chapitre de Calcul Différentiel
et Intégral):
(7.341)
D'où:
(7.342)
Il vient finalement:
(7.343)
Une signification supplémentaire de l'écart-type dans
la loi de Gauss-Laplace est une mesure de la largeur de la distribution
telle que (cela ne peut se vérifier qu'à l'aide d'intégration
à l'aide de méthodes numériques) que toute
moyenne et pour tout écart-type non nul nous avons:

Figure: 7.16 - Intervalles sigma de la loi Normale
La largeur de l'intervalle
a une très grande importance dans l'interprétation
des incertitudes d'une mesure. La présentation d'un résultat
comme signifie
que la valeur moyenne a environ 68.3% de chance (probabilité)
de se trouver entre les limites de et
,
ou qu'elle a environ 95.4% de se trouver entre et
etc.
Remarque:Ce concept est beaucoup utilisé en
gestion de la qualité en entreprise particulièrement
avec le concept industriel anglo-saxon Six Sigma ( cf.
chapitre de Génie Industriel) qui impose
une maîtrise
de 6 
autour de chaque côté (!) de la moyenne des côtés
des pièces fabriquées (ou tout autre sujet dont
on mesure la déviation).
| Niveau de qualité Sigma |
Taux
de non-défection assuré en % | Taux de défection en parties
par million |
1
|
|
|
2
|
|
|
3
|
|
|
4
|
|
|
5
|
|
|
6
|
|
|
Tableau: 7.4
- Niveau de qualité Sigma avec taux de défection/non-défection
La deuxième colonne du tableau peut facilement
être obtenue avec Maple. Par exemple pour la première
ligne:
>S:=evalf(int(1/sqrt(2*Pi)*exp(-x^2/2),x=-1..1));
et la première ligne de la troisième colonne par:
>(1-S)*1E6;
Si la loi Normale était décentrée,
il suffirait alors d'écrire pour la deuxième colonne:
>S:=evalf(int(1/sqrt(2*Pi)*exp(-(x-mu)^2/2),x=-1..1));
et ainsi de suite pour tout écart-type et toute moyenne
on retombera sur les mêmes intervalles!!!
La loi de Gauss-Laplace n'est par ailleurs pas qu'un outil d'analyse
de données mais également de génération
de données. Effectivement, cette loi est une des plus
importantes dans le monde des multinationales qui recourent
aux outils statistiques
pour la gestion du risque, la gestion de projets et la simulation
lorsqu'un grand nombre de variables aléatoires sont en
jeu. Le meilleur exemple d'application en étant le logiciel
CrystalBall ou @Risk de Palisade (mon préféré...).
Dans ce cadre d'application (gestion de projets), il est par ailleurs
très souvent fait usage de la somme (durée des tâches)
ou le produit de variables aléatoires (facteur d'incertitude
du client) suivant des lois de Gauss-Laplace. Voyons comment cela
se calcule:
SOMME DE DEUX VARIABLES ALÉATOIRES NORMALES
Soient X, Y deux variables aléatoires
indépendantes. Supposons que X suit la loi et
que Y suit la loi .
Alors, la variable aléatoire aura
une densité égale au produit de convolution de .
C'est-à-dire:
(7.344)
ce qui équivaut à faire le produit conjoint (cf.
chapitre de Probabilités) des probabilités d'apparition
des deux variables continues (se rappeler le même genre de
calcul sous forme discrète!)
Pour simplifier l'expression, faisons le changement de variable et
posons , .
Comme:
(7.345)
nous obtenons:
(7.346)
Nous posons:
(7.347)
Alors:
(7.348)
Sachant que:
(7.349)
et:
(7.350)
notre
expression devient:
(7.351)
Nous reconnaissons l'expression de la loi de Gauss-Laplace de
moyenne et
d'écart type .
Par conséquent, suit
la loi:
(7.352)
Le fait que la somme de deux lois Normales donne toujours une
loi Normale est
ce que nous nommons en statistiques la "stabilité par
la somme" de
la loi de Gauss-Laplace. Nous retrouverons ce type de propriétés
pour d'autres lois que nous étudierons plus loin.
Remarque: Les familles de lois stables par addition constituent
un domaine important d'étude en physique, finance et statistiques
appelé "distribution de Lévy
alpha-stables". Si le temps me le permet, je présenterai
les détails de ce domaine d'étude extrêmement important dans le
présent chapitre.
PRODUIT DE DEUX VARIABLES ALÉATOIRES NORMALES
Soient X, Y deux variables aléatoires indépendantes
réelles.
Nous désignerons
par et les
densités correspondantes et nous cherchons à déterminer
la densité de
la variable .
Notons f la fonction de densité du couple (X,Y).
Vu que X, Y sont indépendantes (cf.
chapitre de Probabilités):
(7.353)
La fonction de répartition de Z est:
(7.354)
où .
D peut se réécrire comme union disjointe (nous faisons
cette opération pour anticiper lors du futur changement de variables
une division par zéro):
(7.355)
avec:
(7.356)
Nous avons:
(7.357)
La dernière intégrale vaut zéro car est
de mesure (épaisseur) nulle pour l'intégrale selon x.
Nous effectuons ensuite le changement de variable suivant:
(7.358)
Le jacobien de la transformation est:
(7.359)
Donc:
(7.360)
Notons la
densité de la variable Z. Par définition:
(7.361)
D'un autre côté:
(7.362)
comme nous venons de le voir. Par conséquent:
(7.363)
Ce qui est un peu triste c'est que dans le cas d'une loi de
Gauss-Laplace (loi Normale), cette intégrale ne peut être
calculée
simplement que numériquement...
il faut alors faire appel à des méthodes d'intégration
du type Monte-Carlo (cf. chapitre de Méthodes
Numériques).
D'après quelques recherches faites sur Internet cependant,
mais sans certitude, cette intégrale pourrait être
calculée
et donnerait une nouvelle loi appelée "loi
de Bessel".
LOI NORMALE CENTRÉE RÉDUITE
La fonction
de Gauss-Laplace n'est pas tabulée puisqu'il faudrait
autant de tables numériques que de valeurs possibles pour la
moyenne
et l'écart-type (qui
sont donc des paramètres de la fonction comme nous l'avons
vu).
C'est pourquoi, en opérant un changement de variable, la loi Normale
devient la "loi Normale centrée réduite"
où :
1. "Centrée" signifie
soustraire la moyenne
(la fonction à alors pour axe de symétrie l'axe des ordonnées).
2. "Réduite" signifie,
diviser par l'écart-type .
Par
ce changement de variable, la variable k est
remplacée
par la variable aléatoire centrée réduite:
(7.364)
Si la variable
k a pour moyenne et
pour écart- type alors
la variable a
pour moyenne 0 et pour écart-type 1.
Donc la relation :
(7.365)
s'écrit
alors (trivialement) plus simplement:
(7.366)
qui n'est d'autre que l'expression de la loi Normale centrée
réduite souvent notée N(0,1) que nous retrouverons
très fréquemment dans les chapitres relatifs à la
physique, la finance, la gestion et l'ingénierie!
Remarque: Calculer l'intégrale
de la relation précédente
entre n'importe quelles bornes n'est pas possible formellement
parlant de manière exacte. Une idée possible et simple
consiste alors à
exprimer l'exponentielle en série de Taylor et de faire
ensuite l'intégration
terme par
terme de la série (en s'assurant de prendre suffisamment
de termes pour la convergence!).
DROITE DE HENRY
Souvent, dans les entreprises c'est la loi de Gauss-Laplace
(Normale) qui est analysée mais des logiciels courants
et facilement
accessibles comme MS Excel
sont
incapables
de vérifier que les données mesurées suivent
une loi Normale lorsque nous faisons de l'analyse fréquentielle
(aucun outil intégré par
défaut
ne permet de le faire) et que nous n'avons pas les données
d'origines non groupées.
L'astuce consiste alors à utiliser la variable centrée réduite
qui
se construit comme nous l'avons démontré plus haut
avec la relation suivante:
(7.367)
L'idée de la droite d'Henry est alors d'utiliser la relation
linéaire
entre k et k* donnée par l'équation
de la droite:
(7.368)
et qui peut être tracée pour déterminer la moyenne et l'écart-type
de la loi Normale.
Exemple:
Supposons que nous ayons l'analyse fréquentielle suivante de
10'000 tickets de caisse dans un supermarché:
Montant
des
tickets |
Nombre
de tickets |
Nombre
cumulé de tickets |
Fréquences
relatives cumulées |
[0,50[ |
668 |
668 |
0.068 |
[50,100[ |
919 |
1'587 |
0.1587 |
[100,150[ |
1'498 |
3'085 |
0.3085 |
[150,200[ |
1'915 |
5'000 |
0.5000 |
[200,250[ |
1'915 |
6'915 |
0.6915 |
[250,300[ |
1'498 |
8'413 |
0.8413 |
[300,350[ |
919 |
9'332 |
0.9332 |
[350,400[ |
440 |
9'772 |
0.9772 |
[400
et + |
228 |
10'000 |
1 |
Tableau: 7.5
- Intervalles de classe pour la détermination de la droite de Henry
Si nous traçons maintenant cela sous MS Excel nous obtenons:

Figure: 7.17 - Distribution des ventes de tickets
Ce qui ressemble terriblement à une loi Normale d'où l'autorisation,
sans trop de risques, d'utiliser dans cet exemple la technique
de la
droite
d'Henry.
Mais que faire maintenant? Eh bien connaissant les fréquences
cumulées, il ne nous reste plus qu'à calculer pour chacune
d'entre elles k* à l'aide de tables numériques
ou avec la fonction NORMSINV( ) de MS Excel (car rappelons que
l'intégration
formelle de la fonction gaussienne n'est pas des plus faciles...).
Ceci nous donnera les valeurs de la loi Normale centrée
réduite N(0,1)
de ces mêmes fréquences respectives cumulées (fonction
de répartition).
Ainsi nous obtenons (nous laissons le soin au lecteur de chercher
sa
table
numérique ou d'ouvrir son logiciel préféré...):
Borne
supérieure de l'intervalle |
Fréquences
relatives cumulées |
Correspondance
pour k* de N(0,1) |
50 |
0.068 |
-1.5 |
100 |
0.1587 |
-1 |
150 |
0.3085 |
-0.5 |
200 |
0.5000 |
0 |
250 |
0.6915 |
0.5 |
300 |
0.8413 |
1 |
350 |
0.9332 |
1.5 |
400 |
0.9772 |
2 |
- |
1 |
- |
Tableau: 7.6
- Fréquences relatives cumulées pour la droite de Henry
Signalons que dans le type de tableau ci-dessus, dans MS Excel,
les valeurs de fréquences cumulées nulles et unitaires
(extrêmes)
posent problèmes. Il faut alors jouer un petit peu...
Comme nous l'avons spécifié plus haut, nous avons sous
forme discrète:
(7.369)
Donc graphiquement sous MS Excel nous obtenons grâce à notre
tableau le graphique suivant (évidemment en toute rigueur on fera
une régression dans les règles de l'art comme vu dans le chapitr
de Méthodes Numériques avec intervalles de confiance, de prédiction
et tout le toutim...):

Figure: 7.18 - Forme linéarisée de la distribution
Donc à l'aide de la régression donnée par MS Excel (ou calculée
par vos soins selon les techniques de régressions linéaires vues
dans le chapitre de Méthodes Numériques). Il vient:
(7.370)
dont nous déduisons immédiatement:
(7.371)
Il s'agit donc d'une technique particulière pour une distribution
particulière! Des techniques similaires plus ou moins simples (ou
compliquées suivant les cas) existent pour nombre de distributions.
Voyons une autre manière approximative d'aborder le problème.
Reprenons pour cet exemple notre tableau:
Tickets |
Borne
droite |
Centre |
Fréquences
relatives cumulées en% |
[0,50[ |
50 |
25 |
6.8 |
[50,100[ |
100 |
75 |
15.87 |
[100,150[ |
150 |
125 |
30.85 |
[150,200[ |
200 |
175 |
50.00 |
[200,250[ |
250 |
225 |
69.15 |
[250,300[ |
300 |
275 |
84.13 |
[300,350[ |
350 |
325 |
93.32 |
[350,400[ |
400 |
375 |
97.72 |
[400 et + |
- |
- |
100 |
La moyenne sera maintenant calculée à l'aide de la valeur centrale
des intervalles et des effectifs selon la relation vue au début
de ce chapitre:
(7.372)
Tickets |
Centre |
Tickets
(fréquence) |
Calcul |
[0,50[ |
25 |
668 |
16'700 |
[50,100[ |
75 |
919 |
68'925 |
[100,150[ |
125 |
1'498 |
187'250 |
[150,200[ |
175 |
1'915 |
335'125 |
[200,250[ |
225 |
1'915 |
430'875 |
[250,300[ |
275 |
1'498 |
411'950 |
[300,350[ |
325 |
919 |
298'675 |
[350,400[ |
375 |
440 |
165'000 |
[400 et + |
- |
- |
- |
| |
Somme: |
9772 |
1'914'500 |
| |
|
Moyenne: |
1'914'500/9'772
=195.92
|
La moyenne expérimentale est donc assez proche de la moyenne
théorique obtenue précédemment avec la droite de Henry.
L'écart-type sera maintenant calculé à l'aide de la valeur centrale
des intervalles et des effectifs selon la relation vue aussi au
début de ce chapitre:
(7.373)
Tickets |
Centre |
Tickets
(fréquence) |
Calcul |
[0,50[ |
25 |
668 |
1997.00 |
[50,100[ |
75 |
919 |
1375.08 |
[100,150[ |
125 |
1'498 |
771.02 |
[150,200[ |
175 |
1'915 |
85.76 |
[200,250[ |
225 |
1'915 |
165.71 |
[250,300[ |
275 |
1'498 |
958.65 |
[300,350[ |
325 |
919 |
1566.93 |
[350,400[ |
375 |
440 |
1443.98 |
[400 et + |
- |
228 |
- |
| |
|
Variance: |
8364.16 |
| |
|
Ecart-Type: |
91.45 |
L'écart-type expérimental est donc assez proche de l'écart-type
théorique obtenu avec la méthode de la droite de Henry.
DIAGRAMME QUANTILE-QUANTILE
Une autre manière de juger qualitativement de l'ajustement de
données expérimentales avec une loi théorique (quelle qu'elle soit!!!)
est l'utilisation d'un "diagramme quantile-quantile".
L'idée est assez simple, il s'agit de comparer les données expérimentales,
aux données théoriques supposées suivre une loi donnée. Ainsi,
dans le cas de notre exemple nous avons en prenant les valeurs
de la moyenne théorique (~200) et l'écart-type théorique (~100)
obtenus avec la droite de Henry:
Tickets |
Borne de
droite
expérimentale (imposée) |
Fréquences
relatives cumulées
|
Borne de
droite
théorique (calculée) |
[0,50[ |
50 |
6.80% |
50.91 |
[50,100[ |
100 |
15.87% |
100.02 |
[100,150[ |
150 |
30.85% |
149.99 |
[150,200[ |
200 |
50.00% |
200 |
[200,250[ |
250 |
69.15% |
250.01 |
[250,300[ |
300 |
84.13% |
299.98 |
[300,350[ |
350 |
93.32% |
350.00 |
[350,400[ |
400 |
97.72% |
399.90 |
[400 et + |
- |
100% |
- |
Représenté graphiquement, cela nous donne donc le fameux diagramme
quantile-quantile:

Figure: 7.19 - Diagramme quantile-quantile de la distribution
Et bien évidemment on peut comparer les quantiles observés à toute
loi théorique supposée. Plus les points seront alignés sur la droite,
meilleur sera l'ajustement! C'est très visuel, très simple et beaucoup
utilisé par les non spécialistes en statistiques dans les entreprises.
FONCTION LOG-NORMALE
Nous disons qu'une variable
aléatoire positive X suit une "fonction
log-normale"
(ou "loi log-normale")
de paramètres (moments
de la loi log-Normale), si et seulement si en posant:
(7.374)
nous voyons que y suit une fonction de probabilité de
type loi Normale de moyenne et
de variance (moments
de la loi Normale).
In exteno, de par les propriétés des logarithmes, une variable
peut être
modélisée
par une loi log-normale si elle est le résultat de la multiplication
d'un grand nombre de petits facteurs indépendants.
La fonction de densité de X pour est
alors (cf. chapitre de Calcul Intégral):
(7.375)
qui peut être calculée dans MS Excel avec la fonction
LOI.LOGNORMALE( ) ou pour la réciproque par LOI.LOGNORNALE.INVERSE( ). Ce type de scénario se retrouve fréquemment en physique,
dans les techniques de maintenance ou encore en finance des marchés
dans le modèle de pricing des options (voir ces chapitres
respectifs du site pour des exemples concrets). Il y a par ailleurs
une remarque importante relativement à la loi log-normale
dans le traitement plus loin du théorème central
limite!
Montrons que la fonction de probabilité cumulée
correspond bien à une loi Normale si nous faisons le changement
de variable mentionné précédemment:
(7.376)
en posant:
(7.377) et:
(7.378)
nous
avons bien:
(7.379)
nous tombons donc bien sur une loi Normale!
L'espérance (moyenne)
de X est donnée alors par (le logarithme népérien
n'étant pas défini pour nous
bornons l'intégrale à partir de zéro):
(7.380)
où nous avons effectué le changement de variable:
(7.381)
L'expression:
(7.382)
étant
par ailleurs égale à:
(7.383)
la dernière intégrale
devient donc:
(7.384)
et où nous avons utilisé la propriété qui
a émergée lors de notre
étude de la loi Normale, c'est-à-dire que toute intégrale
de la forme:
(7.385)
a donc toujours la même valeur!
Pour le caclul de la variance, rappelons que pour une variable
aléatoire X celle-ci est définie
par:
(7.386)
Calculons
en procédant de manière similaire aux développements précédents:
(7.387)
où nous avons encore une fois le changement de
variable:
(7.388)
et où nous avons transformé l'expression:
(7.389)
sous la forme:
(7.390)
Donc:
(7.391)
Exemple:
Tracé de la fonction de distribution et répartition pour la fonction
Log-Normale de paramètres :

Figure: 7.20 - Loi Log-Normale (fonction de distribution et de répartition)
FONCTION UNIFORME CONTINUE
Soient .
Nous définissons la fonction de distribution de la "fonction
uniforme" (ou "loi uniforme")
par la relation:
(7.392)
Nous avons donc pour fonction de répartition:

Il s'agit bien d'une fonction
de distribution car elle vérifie (intégrale simple):
(7.393)
La fonction uniforme a par
ailleurs pour espérance (moyenne):
(7.394)
et pour variance en utilisant la relation de Huyghens:
(7.395)
signifie qu'en dehors du domaine de définition [a,b] la
fonction de distribution est nulle. Nous retrouverons ce type
de
notation dans certaines autres fonctions de distribution.
Exemple:
Tracé de la fonction de distribution et respectivement
de répartition
pour la loi Uniforme continue de paramètres :

Figure: 7.21 - Loi uniforme continue (fonction de distribution et de répartition)
Remarque:Cette fonction est souvent utilisée en
simulation dans les entreprises pour signaler que la variable
aléatoire
a des probabilités égales d'avoir une valeur comprise
dans un certain intervalle (typiquement dans les rendements de
portefeuilles ou encore dans l'estimation des durées des
projets). Le meilleur exemple d'application étant à
nouveau le logiciel CrystalBall ou @Risk qui s'intègrent
dans MS Project.
Voyons un résultat intéressant de la loi Uniforme continue (et
qui s'applique à la discrète aussi en fait...).
Souvent j'entends des gestionnaires (qui se jugent de haut niveau)
dire que comme une mesure a une probabilité égale d'avoir lieu
dans un intervalle fermé donné, alors la somme de deux variables
aléatoires indépendantes du même type aussi!
Or nous allons démontrer ici que ce n'est pas le cas (si quelqu'un
a une démonstration plus élégante je suis
preneur)!
Démonstration:
Considérons deux variables aléatoires indépendantes X et Y qui
suivent une loi uniforme dans un intervalle fermé [0,a].
Nous cherchons donc la densité de leur somme qui sera notée:
(7.396)
Nous avons alors:
(7.397)
avec la variable:
(7.398)
Pour calculer la loi de la somme, rappelons que nous savons qu'en
termes discrets cela équivaut à faire le produit conjoint des probabilités
(cf. chapitre de Probabilités) d'apparition des deux variables
continues (se rappeler le même genre de calcul sous forme discrète!)
C'est-à-dire:
(7.399)
Comme si et
0 sinon alors le produit de convolution précédent se réduit à:
(7.400)
L'intégrant vaut par définition 0 sauf lorsque par construction où il
vaut alors 1.
Intéressons-nous alors aux bornes de l'intégrale dans ce dernier
cas qui est bien évidemment le seul qui est intéressant....
Faisons d'abord un changement de variables en posant:
(7.401)
d'où:
(7.402)
L'intégrale s'écrit alors dans cet intervalle après
ce changement de variable:
(7.403)
En se rappelant comme vu au début que ,
alors nous avons immédiatement si et que
l'intégrale est nulle.
Nous allons considérer deux cas pour cet intervalle car la convolution
de ces deux fonctions rectangulaires peut se distinguer selon la
situation où dans un premier temps elles se croisent (s'emboîtent),
c'est-à-dire où ,
et ensuite s'éloignent l'une de l'autre, c'est-à-dire .
- Dans le premier cas (emboîtement) où :
(7.404)
où nous avons changé la borne inférieure à 0 car de toute façon est
nulle pour toute valeur négative (et lorsque , est
justement négatif ou nul!).
- Dans le deuxième cas (déboîtement) où :
(7.405)
où nous avons changé la borne supérieure à a car de toute
façon est
nulle pour toute valeur supérieure (et lorsque , z est
justement plus grand que a).
Donc au final, nous avons:
(7.406)
C.Q.F.D.
Il s'agit d'un cas particulier, volontairement simplifié, de
la loi triangulaire que nous allons voir de suite. Ce résultat (qui peut sembler contre intuitif) se vérifie en
quelques secondes avec un tableur comme MS Excel en utilisant la
fonction ALEA.ENTRE.BORNES( ) et la fonction FREQUENCE( ).
FONCTION TRIANGULAIRE
Soient .
Nous définissons la "fonction
triangulaire" (ou "loi
triangulaire") par construction
basée sur les deux fonctions de distribution suivantes:
(7.407)
où a est souvent assimilée à la
valeur optimiste, c la valeur attendue (le mode) et b la
valeur pessimiste.
C'est effectivement la seule manière de l'écrire
si le lecteur garde à l'esprit que le triangle de base c-a doit
avoir une hauteur h valant 2/(c-a) telle que
sa surface totale soit égale à
l'unité (nous allons de suite le montrer).
Exemple:
Tracé de la fonction de distribution et répartition pour la fonction
triangulaire de paramètres (a,c,b)=(0,3,5):

Figure: 7.22 - Loi triangulaire (fonction de distribution et de répartition)
La pente de la première
droite (croissante de gauche) est donc bien évidemment:
(7.408)
et
la pente de la deuxième droite (décroissante à droite):
(7.409)
Cette fonction est
une fonction de distribution si elle vérifie:
(7.410)
Il s'agit dans ce cas de
l'aire du triangle qui rappelons-le est simplement la base multipliée
par la hauteur le tout divisé par 2 (cf.
chapitre sur les Formes Géométriques):
=
1
(7.411)
Remarque: Cette fonction est beaucoup utilisée
en gestion de projet dans le cadre de l'estimation des durées
des tâches
ou encore en simulations industrielles. La valeur a correspondant à la
valeur optimiste, la valeur
c à la valeur attendue (mode) et la valeur b à la
valeur pessimiste. Le meilleur exemple d'application étant
à nouveau le logiciel CrystalBall ou @Risk qui s'intègrent
dans MS Project.
La fonction triangulaire
a par ailleurs une espérance (moyenne) :
(7.412)
et pour variance:
(7.413)
on remplace par
l'expression obtenue précédemment et on simplifie
(c'est de l'algèbre élémentaire
pénible...):
(7.414)
Nous pouvons montrer que la somme de deux variables
aléatoires indépendantes
chacune de loi uniforme sur [a,b] (donc indépendantes
et identiquement distribuées) suit une loi triangulaire sur
[2a,2b]
mais si elles n'ont pas les mêmes bornes, alors leur somme
donne un truc qui n'a pas de nom à ma connaissance...
FONCTION DE PARETO
La "fonction
de Pareto"
(ou "loi
de Pareto"), appelée aussi "loi
de puissance" ou encore "loi
scalante" est
la formalisation du principe des 80-20. Cet outil d'aide à la
décision
détermine
les facteurs (environ 20%) cruciaux qui influencent la plus grande
partie (80%) de
l'objectif.
Remarque: Cette loi est un outil fondamental
et basique en gestion de la qualité (cf.
chapitre de Génie Industriel et Techniques de Gestion).
Elle est aussi utilisée
en réassurance.
La théorie
des files d'attente s'est intéressée à cette
distribution, lorsque des recherches des années 1990 ont
montré que
cette loi régissait
aussi nombre de grandeurs observées dans le trafic
Internet (et plus généralement sur tous les réseaux
de données à grande
vitesse).
Une variable aléatoire est
dite par définition suivre une loi de Pareto si sa fonction de
répartition est donnée par :
(7.415)
avec x qui doit être supérieur ou égal à xm.
La
fonction de densité (fonction de distribution) de
Pareto est alors :
(7.416)
avec et (donc ).
La distribution de Pareto
est donc définie par deux paramètres, xm et k (nommé "index
de Pareto"). Cette une loi dite aussi à "invariance
d'échelle" ou "loi
fractale", terme définissant
la propriété suivante:
(7.417)
La loi de Pareto est par ailleurs bien une fonction de distribution
puisque étant connue sa fonction de répartition:
(7.418)
L'espérance (moyenne) est
donnée
par:
(7.419)
si .
Si ,
l'espérance n'existe pas.
Pour calculer
la variance, en utilisant la relation :
(7.420)
Nous avons :
(7.421)
si .
Si , n'existe
pas.
Donc si :
(7.422)
Si ,
la variance n'existe pas.
Exemple:
Tracé de la fonction de distribution et répartition pour la fonction
de Pareto de paramètre :
 
Figure: 7.23 - Loi de Pareto (fonction de distribution et de répartition)
Remarque: Il
faut noter que lorsque  la
distribution s'approche de  où  est
la fonction Delta de Dirac.
Il existe une autre manière importante de déduire
la famille des lois de Pareto qui permet de comprendre
bien des choses concernant d'autres lois et qui est souvent présentée
de la façon
suivante:
Notons le
seuil au-delà duquel nous calculons l'espérance de la quantité examinée,
et E(Y) l'espérance au-delà de ce seuil tel
qu'il soit proportionnel (linéairement dépendant) au seuil choisi:
(7.423)
Cette relation fonctionnelle exprime l'idée que la moyenne conditionnelle
au-delà du seuil est
un multiple de ce seuil à une constante près, c'est-à-dire une
fonction linéaire de ce seuil.
Ainsi, en gestion de projets par exemple, nous pourrions dire
qu'une fois une certain seuil de durée dépassé, la durée espérée
est un multiple de ce même seuil à une constant près.
Si une relation linéaire de ce type existe et est bien vérifiée,
nous parlons alors de distribution de probabilité sous la forme
d'une loi de Pareto généralisée.
Considérons l'espérance mathématique de la fonction conditionnelle
bayésienne donnée par (cf. chapitre de Probabilités):
(7.424)
Si nous notons ,
la fonction de répartition de ,
nous avons alors par définition:
(7.425)
Dès lors:
(7.426)
et si nous définissons:
(7.427)
que nous pouvons assimiler à la "queue de la distribution".
Il vient:
(7.428)
et donc nous cherchons le cas très particulier où:
(7.429)
c'est-à-dire:
(7.430)
En dérivant par rapport à x, nous trouvons:
(7.431)
La dérivée de l'intégrale définie ci-dessus sera la dérivée d'une
constante (valorisation de l'intégrale en )
moins la dérivée de l'intégrale de l'expression analytique en x.
Nous avons donc:
(7.432)
Soit:
(7.433)
et comme:
(7.434)
Il vient:
(7.435)
Après simplification et réarrangement nous obtenons:
(7.436)
qui est donc une équation différentielle en .
Sa résolution fournir toutes les formes de lois de Pareto recherchées,
selon les valeurs que prennent les paramètres a et b.
Pour résoudre cette équation différentielle, considérons le cas
particulier où .
Nous avons alors:
(7.437)
En posant:
(7.438)
Nous avons alors:
(7.439)
et donc:
(7.440)
Il vient:
(7.441)
et donc:
(7.442)
Nous avons:
(7.443)
Il vient alors pour la fonction de répartition:
(7.444)
Si nous cherchons la fonction de distribution, nous dérivons
par x pour obtenir:
(7.445)
Il s'agit de la loi de Pareto que nous avons utilisée depuis
le début et nommée "distribution de
Pareto de type I" (nous ne montrerons pas sur ce site
celles de type II).
Une chose intéressante à observer au passage est le cas de la
résolution de l'équation différentielle:
(7.446)
lorsque .
L'équation différentielle se réduit alors à:
(7.447)
Soit:
(7.448)
Après intégration:
(7.449)
et donc:
(7.450)
Si nous faisons un petit changement de notation:
(7.451)
et que nous écrivons la fonction de répartition:
(7.452)
Et en dérivant nous obtenons la fonction de distribution de la
loi exponentielle:
(7.453)
Donc la loi exponentielle a une espérance conditionnelle seuil
qui est égale à:
(7.454)
Donc l'espérance conditionnelle seuil est égale à elle-même augementé de
l'écart-type de la distribution.
FONCTION EXPONENTIELLE
Nous définissons la "fonction
exponentielle" (ou "loi
exponentielle")
par la relation de fonction de distribution suivante:
(7.455)
avec qui
comme nous allons de suite le montrer n'est au fait que l'inverse
de la moyenne et où x est une variable aléatoire
sans mémoire.
Au fait la loi exponentielle découle naturellement
de développements très simples (voir celui dans le
chapitre de Physique Nucléaire par exemple) sous des hypothèses
qui imposent une constance dans le vieillissement d'un phénomène.
Dans le chapitre des Techniques de Gestion, nous avons aussi démontré
en détails dans la partie concernant la théorie des
files d'attentes, que cette loi était sans mémoire.
C'est-à-dire que que la probabilité cumulée qu'un
phénomène se produise entre les temps t et t+s s'il
ne s'est pas produit avant est la même que la probabilité qu'il
se produise entre les temps 0 et s.
Remarques:
R1. Cette fonction se retrouve fréquemment
en physique nucléaire (voir chapitre du même nom)
ou encore en physique quantique (voir chapitre du même
nom) ainsi qu'en fiabilité (cf.
chapitre de Génie Industriel) ou dans la théorie
des files d'attentes (cf. chapitre de Techniques
de Gestion).
R2. Nous pouvons obtenir cette loi dans MS Excel
avec la fonction LOI.EXPONENTIELLE( ).
Il s'agit par ailleurs bien
d'une
fonction de distribution car elle vérifie:
(7.456)
La fonction exponentielle
a pour espérance (moyenne) en utilisant l'intégration par parties:
(7.457)
et pour variance (nous utilisons à nouveau ) et
il ne nous reste plus qu'à calculer:
(7.458)
Un changement de variable
conduit à:
(7.459)
Une double intégration
par parties donne:
(7.460)
D'où
il vient dès lors:
(7.461)
Donc l'écart-type (racine carrée de
la variance pour rappel) et la moyenne ont exactement la même
expression!
Exemple:
Tracé de la fonction de distribution et répartition pour la fonction
exponentielle de paramètre :
 
Figure: 7.24 - Loi exponentielle (fonction de distribution et de répartition)
Déterminons maintenant la fonction de répartition de la loi exponentielle:
(7.462)
Remarque: Nous verrons plus loin que la fonction de distribution
exponentielle n'est qu'un cas particulier d'une fonction plus
générale
qui est la fonction du Khi-Deux, cette dernière aussi n'étant
qu'un cas particulier d'une fonction encore plus générale
qui est la fonction Gamma.
FONCTION DE CAUCHY
Soient X,Y deux variables
aléatoires indépendantes suivant des lois Normales
centrées réduites (variance unité et espérance
nulle). La fonction de densité est
donc donnée par:
(7.463)
La variable aléatoire:
(7.464)
(la valeur absolue intervient
dans l'intégrale lors du changement variable) suit une
allure caractéristique appelée "fonction
de Cauchy" (ou "loi de Cauchy")
ou encore "loi de Lorentz".
Déterminons sa fonction de densité f. Pour
cela, rappelons que f est déterminée
par la relation (générale):
(7.465)
Donc (application du calcul
intégral élémentaire):
(7.466)
dans le cas où f
est continue.
Etant donné que X et Y sont indépendants,
la fonction de densité du vecteur aléatoire est
donnée
par un des axiomes des probabilités (cf.
chapitre de Probabilités):
(7.467)
Donc:
(7.468)
où donc .
Cette dernière intégrale
devient:
(7.469)
Faisons le changement de
variable
dans l'intégrale intérieure. Nous obtenons:
(7.470)
Donc:
(7.471)
C'est maintenant que la valeur
absolue va nous être utile pour écrire:
(7.472)
Pour la première intégrale
nous avons:
(7.473)
Il ne reste donc plus que
la seconde intégrale et en faisant le changement de variable
,
nous obtenons:
(7.474)
Ce que nous noterons par
la suite (afin de respecter les notations adoptées jusqu'à
présent):
(7.475)
et qui n'est
d'autre que la fonction
de Cauchy.
Il s'agit par ailleurs bien
d'une fonction de distribution car elle vérifie (cf.
chapitre de Calcul Différentiel et Intégral):
(7.476)
Exemple:
Tracé de la fonction de distribution:

Figure: 7.25 - Loi de Cauchy (fonction de distribution)
La fonction de Cauchy a pour
espérance (moyenne):
(7.477)
Attention!!! Les calculs
précédents ne donnent pas zéro au fait car
la soustraction d'infinis est non pas nulle mais indéterminée!
La loi de Cauchy n'admet donc pas d'espérance rigoureusement
parlant!
Ainsi, même si nous
pouvons bricoler une variance:
(7.478)
celle-ci
est absurde et n'existe rigoureusement parlant pas puisque l'espérance
n'existe pas...!
LOI
BÊTA
Rappelons d'abord
que la fonction Gamma d'Euler est définie par la relation
(cf. chapitre de Calcul Différentiel
Et Intégral):
(7.479)
Nous
avons démontré (cf. chapitre
de Calcul Différentiel
Et Intégral) qu'une propriété non triviale de
cette fonction est que:
(7.480)
Posons maintenant:
(7.481)
où:
(7.482)
En
faisant le changement de variables:
(7.483)
nous
obtenons:
(7.484)
Pour
l'intégrale interne nous utilisons maintenant la substitution et
nous trouvons alors:
(7.485)
La
fonction B qui
apparaît dans l'expression ci-dessus est appelée "fonction
bêta" et nous avons donc:
(7.486)
Maintenant
que nous avons défini ce qu'était la fonction
bêta, considérons
deux paramètres et
considérons la relation particulière ci-dessous
comme étant
la "fonction de distribution bêta"
ou "loi
bêta" (il existe plusieurs formulations de la
loi bêta dont une très importante qui est étudiée
en détails dans
le chapitre de Techniques de Gestion):
(7.487)
où:
(7.488)
Nous
vérifions d'abord que que est
bien une fonction de distribution (sans trop aller dans les
détails...):
(7.489)
Maintenant, calculons son espérance
(moyenne):
(7.490) en utilisant la relation:
(7.491)
et
sa variance:
(7.492)
En sachant que et
que nous
trouvons:
(7.493)
et
donc:
(7.494)
Exemple:
Tracé de
la fonction pour en
rouge, en
vert, en
noir, en
bleu, en
magenta, en
cyan, en
gris, en
turquoise, en
jaune, en
couleur or:

Figure: 7.26 - Loi bêta (fonctions de distribution)
et tracé de la fonction de distribution et répartition
de la loi bêta de paramètres :
 
Figure: 7.27 - Loi bêta (fonction de distribution et de répartition)
FONCTION GAMMA
La
fonction Gamma d'Euler étant connue, considérons deux paramètres et
définissons la "fonction
Gamma" (ou "loi Gamma") comme étant
donnée par la relation:
(7.495)
En
faisant le changement de variables nous
obtenons:
(7.496)
et pouvons alors écrire
la relation sous une forme plus classique que nous trouvons fréquemment
dans les ouvrages:
(7.497)
et c'est sous cette forme que nous retrouvons cette fonction
dans MS Excel sous le nom LOI.GAMMA( ) et pour sa réciproque
par LOI.GAMMA.INVERSE( ).
Remarques:
R1. Si alors et et
nous retombons sur la loi exponentielle.
R2. Si la
distribution s'appelle alors la "fonction
d'Erlang".
Ensuite,
nous vérifions avec un raisonnement similaire en tout point
à celui de la fonction bêta que est
une fonction de distribution:
(7.498)
Exemple:
Tracé
de la fonction pour en
rouge, en
vert, en
noir, en
bleu, en
magenta:

Figure: 7.28 - Loi Gamma (fonction de distribution)
et tracé de la fonction de distribution et répartition
pour la fonction Gamma de paramètres :
 
Figure: 7.29 - Loi Gamma (fonction de distribution et de répartition)
La
fonction Gamma a par ailleurs pour espérance (moyenne):
(7.499)
et
pour variance:
(7.500)
Démontrons une propriété de la fonction
Gamma qui nous servira
à établir plus tard dans ce chapitre, lors de notre étude
de l'analyse de la variance et des intervalles de confiance sur
des petits échantillons, une autre propriété extrêmement
importante de la loi du khi-deux.
Comme nous le savons, la fonction de densité d'une variable aléatoire
suivant une fonction Gamma de paramètres est:
(7.501)
avec (cf. chapitre de Calcul Différentiel
Et Intégral) la fonction Gamma d'Euler :
(7.502)
Par ailleurs, quand une variable aléatoire suit une fonction
Gamma nous la notons:
(7.503)
Soient X, Y deux variables indépendantes.
Montrons que si et
alors :
(7.504)
Notons f la fonction de densité du couple (X,Y),
la
fonction de densité de X et la
fonction de densité de Y. Vu que X, Y
sont indépendantes, nous avons:
(7.505)
pour tout .
Soit .
La fonction de répartition de Z est alors :
(7.506)
où .
Remarque: Nous appelons un tel calcul une "convolution"
et les statisticiens ont souvent à manipuler de telles entités
ayant à travailler sur de nombreuses variables aléatoires
qu'il faut sommer ou même multiplier.
En simplifiant :
(7.507)
Nous effectuons le changement de variable suivant:
(7.508)
Le jacobien est alors (cf. chapitre de
Calcul Différentiel Et Intégral) :
(7.509)
Donc avec la nouvelle borne d'intégration nous
avons:
(7.510)
Si nous notons g la fonction de densité de Z nous
avons :
(7.511)
Par suite :
(7.512)
et
étant
nulles lorsque leur argument est négatif, nous pouvons changer
les bornes d'intégration :
pour
(7.513)
Calculons g :
(7.514)
Après le changement de variable nous
obtenons :
(7.515)
où B est la fonction bêta que nous avons vue plus haut
dans notre
étude de la fonction de distribution bêta. Or nous avons
aussi démontré
la relation:
(7.516)
Donc :
(7.517)
Ce qui finalement nous donne :
(7.518)
Ce qui montre que bien que si deux variables aléatoires
suivent une fonction Gamma alors leur somme est aussi telle que :
(7.519)
Donc la fonction Gamma est stable par addition de même que
le sont toutes les lois qui découlent de la loi Gamma et
que nous allons aborder ci-après.
FONCTION DE KHI-DEUX (OU DE PEARSON)
La
"fonction de Khi-Deux" (appelée
aussi "loi
du Khi-Deux" ou encore "loi
de Pearson") n'est qu'un cas particulier de la
fonction de distribution Gamma
dans
le cas où et
,
avec k
entier positif:
(7.520)
Cette relation qui relie la loi du khi-deux à la loi Gamma
est importante dans MS Excel car la fonction LOI.KHIDEUX( ) donne
le seuil de confiance et non la loi de distribution. Il faut alors
utiliser la fonction
LOI.GAMMA( )
avec les paramètres donnés ci-dessus (à part
qu'il faut prendre l'inverse de 1/2, soit 2 comme paramètre)
pour avoir la fonction de distribution et de répartition.
Tous
les calculs faits auparavant s'appliquent et nous avons alors
immédiatement:
(7.521)
Exemple:
Tracé de la fonction pour
en rouge,
en vert,
en noir, en
bleu:

Figure: 7.30 - Loi du khi-deux (fonctions de distribution)
et tracé de la fonction de distribution et respectivement
de
répartition pour la loi du khi-deux pour :
 
Figure: 7.31 - Loi du khi-deux (fonction de distribution et de répartition)
Dans la littérature, il est de
tradition de noter:
ou
(7.522)
pour indiquer
que la distribution de la variable aléatoire X est la
loi du khi-deux. Par ailleurs il est courant de nommer le paramètre k "degré de
liberté" et de l'abréger "ddl".
La fonction khi-deux découle
donc de la loi Gamma et par ailleurs en prenant nous
retrouvons aussi la loi exponentielle (voir plus haut) pour :
(7.523)
Par ailleurs, puisque (cf.
chapitre de Calcul Différentiel Et Intégral):
(7.524)
la
loi du khi-deux avec k égal à l'unité peut s'écrire sous
la forme :
(7.525)
FONCTION
DE STUDENT
La "fonction
de Student"
(ou "loi de Student") de paramètre
k est définie
par la relation:
(7.526)
avec k étant le degré de liberté de
la loi du khi-deux sous-jacente à la construction de la
fonction de Student comme nous allons le voir.
Indiquons qu'elle peut aussi être obtenue dans MS Excel à l'aide
des fonctions LOI.STUDENT( ) et sa réciproque par LOI.STUDENT.INVERSE( ).
Il s'agit bien d'une fonction
de distribution car elle vérifie également (reste à démontrer
directement mais bon comme nous allons le voir elle est le produit
de deux fonctions de distribution donc indirectement...):
(7.527)
Voyons la démonstration la plus simple pour justifier la provenance
de la loi de Student et qui nous sera en même temps très utile
dans l'inférence statistique et l'analyse de la variance plus loin.
Pour cette démonstration, rappelons que:
R1. Si X, Y sont deux variables aléatoires indépendantes
de densités respectives ,
la loi du couple (X,Y) possède une densité f vérifiant
(axiome des probabilités!):
(7.528)
R2. La loi N(0,1) est donnée par (voir plus haut):
(7.529)
R3. La loi est
donnée par (voir précédemment):
(7.530)
pour et .
R4. La fonction est
définie pour tout par
(cf. chapitre de Calcul Différentiel et Intégral):
(7.531)
et vérifie (cf. chapitre de Calcul Différentiel et Intégral):
(7.532)
pour .
Ces rappels étant faits, considérons maintenant X une
variable aléatoire suivant la loi N(0,1) et Y une
variable aléatoire suivant la loi .
Nous supposons X et Y indépendantes et nous considérons
la variable aléatoire (c'est à l'origine l'étude historique de
la loi de Student dans le cadre de l'inférence statistique qui
a amené à poser cette variable dont nous justifierons l'origine
plus loin):
(7.533)
Nous allons montrer que T suit une loi de Student de paramètre n.
Démonstration:
Notons F et f les fonctions de répartition
et de densité de T et ,f les
fonctions de densité de X, Y et (X,Y) respectivement.
Nous avons alors pour tout :
(7.534)
où:
(7.535)
la valeur imposée positive et non nulle de y étant
due au fait qu'elle est sous une racine et en plus au dénominateur.
Ainsi:
(7.536)
où comme X suit une loi N(0,1):
(7.537)
est la fonction de répartition de la loi Normale centrée réduite.
Nous obtenons alors la fonction de densité de T en dérivant F:
(7.538)
car (la dérivée d'une fonction est égale à sa dérivée multipliée
par sa dérivée intérieure):
(7.539)
Donc:
(7.540)
En faisant le changement de variable:
(7.541)
nous obtenons:
(7.542)
ce qui est bien la loi de Student de paramètre n.
C.Q.F.D.
Voyons maintenant quelle est l'espérance de la loi de Student:
(7.543)
Nous avons:
(7.544)
Mais existe
si et seulement si .
En effet pour :
(7.545)
et:
(7.546)
Tandis que pour nous
avons:
(7.547)
Ainsi pour ,
l'espérance n'existe pas.
Donc pour :
(7.548)
Voyons maintenant la valeur de la variance. Nous avons donc:
(7.549)
Discutons de l'existence de .
Nous avons trivialement:
(7.550)
X suit une loi normale centrée réduite donc:
(7.551)
Pour ce qui est de nous
avons:
(7.552)
où nous avons fait le changement de variable .
Mais l'intégrale définissant converge
seulement si .
Donc existe
si et seulement si et
vaut alors selon les propriétés de la loi Gamma d'Euler démontrées
dans le chapitre de Calcul Différentiel et Intégral:
(7.553)
Ainsi pour :
(7.554)
Il est par ailleurs important de remarquer que
cette loi est symétrique par rapport à 0!
Exemple:
Tracé de la fonction de distribution et répartition pour la fonction
de Student de paramètre :
 
Figure: 7.32 - Loi de Student (fonction de distribution et de répartition)
FONCTION DE FISHER
La "fonction de Fisher" (ou "loi
de Fisher-Snedecor")
de paramètres k et l est définie par la relation:
(7.555)
si .
Les paramètres k et l sont des entiers positifs
et correspondent aux degrés de liberté des deux lois
du khi-deux sous-jacentes. Cette distribution est souvent notée ou
F(k,l) et peut être obtenue dans
MS Excel par la fonction LOI.F( ).
Il s'agit bien d'une fonction de distribution car elle vérifie également
(reste à démontrer directement mais bon comme nous allons le voir
elle est le produit de deux fonctions de distribution donc indirectement...):
(7.556)
Voyons la démonstration la plus simple pour justifier la provenance
de la loi de Fisher et qui nous sera en même temps très utile dans
l'inférence statistique et l'analyse de la variance plus loin.
Pour cette démonstration, rappelons que:
R1. La loi est
donnée par (voir plus haut):
(7.557)
pour et .
R2. La fonction est
définie pour tout par
(cf. chapitre de Calcul Différentiel et Intégral):
(7.558)
Soient X, Y deux variables aléatoires indépendantes
suivant respectivement les lois et .
Nous considérons la variable aléatoire:
(7.559)
Nous allons donc montrer que la loi de T est la
loi de Fisher-Snedecor de paramètres n, m.
Notons pour cela F et f les fonctions de
répartition et de densité de T et , f les
fonctions de densité de X, Y et (X,Y) respectivement. Nous
avons pour tout :
(7.560)
où:
(7.561)
où les valeurs positives imposées proviennent à l'origine
d'une loi du khi-deux pour x et y.
Ainsi:
(7.562)
Nous obtenons la fonction de densité de T en dérivant F.
D'abord la dérivée intérieure:
(7.563)
Ensuite en explicitant puisque:
et
(7.564)
nous avons alors:
(7.565)
En faisant le changement de variable:
(7.566)
nous obtenons :
(7.567)
C.Q.F.D.
FONCTION DE BENFORD
Cette distribution aurait été découverte
une première fois en 1881 par Simon Newcomb, un astronome
américain, après qu'il se fut aperçu de l'usure
(et donc de l'utilisation) préférentielle des premières
pages des tables de logarithmes (alors compilées dans des
ouvrages). Frank Benford, aux alentours de 1938, remarqua à son
tour cette usure inégale, crut être le premier à formuler
cette loi qui porte indûment son nom aujourd'hui et arriva
aux mêmes résultats après avoir répertorié des
dizaines de milliers de données (longueurs de fleuves, cours
de la bourse, etc.).
Seule
explication possible : nous avons plus souvent besoin d'extraire
le logarithme de chiffres commençant par 1 que de chiffres commençant
par 9, ce qui implique que les premiers sont "plus nombreux"
que les seconds.
Bien
que cette idée lui paraisse tout à fait invraisemblable, Benford
entreprend de vérifier son hypothèse. Rien de plus simple :
il se procure des tables de valeurs numériques, et calcule le
pourcentage d'apparition du chiffre le plus à gauche (première
décimale). Les résultats
qu'il obtient confirment son intuition:
| Chiffre
initial |
Probabilité
d'apparition |
| 1 |
30.1
% |
| 2 |
17.6
% |
| 3 |
12.5
% |
| 4 |
9.7
% |
| 5 |
7.9
% |
| 6 |
6.7
% |
| 7 |
5.8
% |
| 8 |
5.1
% |
| 9 |
4.6
% |
Tableau: 7.7
- Probabilité d'apparition d'un chiffre selon la loi de Benford
A
partir de ces données, Benford trouve expérimentalement
que la probabilité cumulée
qu'un nombre commence par le chiffre n (excepté
0) est (nous allons le démontrer plus loin) donnée
par la relation:
(7.568)
appelée "fonction de Benford" (ou "loi
de Benford").
Exemple:
Voici un tracé
de la fonction précédente:

Figure: 7.33 - Tracé de la fonction de Benford (fonction de répartition)
Il
convient de préciser que cette loi ne s'applique qu'à des listes
de valeurs "naturelles", c'est-à-dire à des chiffres ayant
une signification physique. Elle ne fonctionne évidemment pas sur
une liste de chiffres tirés au hasard.
La
loi de Benford a été testée sur toutes sortes
de tables :
longueur des fleuves du globe, superficie des pays, résultat
des élections,
liste des prix de l'épicerie du coin... Elle se vérifie
presque à tous les coups.
Elle
est évidemment indépendante de l'unité choisie. Si l'on prend par
exemple la liste des prix d'un supermarché, elle fonctionne aussi
bien avec les valeurs exprimées en Francs qu'avec les mêmes prix
convertis en Euros.
Cet
étrange phénomène est resté peu étudié et inexpliqué jusqu'à une
époque assez récente. Puis une démonstration générale en a été donnée
en 1996, qui fait appel au théorème de la limite centrale.
Aussi
surprenant que cela puisse paraître, cette loi a trouvé une application :
le fisc l'utilise aux Etats-Unis pour détecter les fausses déclarations.
Le principe est basé sur la restriction vue plus haut : la
loi de Benford ne s'applique que sur des valeurs ayant une signification
physique.
S'il
existe une distribution de probabilité universelle P(n)
sur de tels nombres, ils doivent être invariants sous un
changement d'échelle tel que:
(7.569)
Si:
(7.570)
alors:
(7.571)
et
la normalisation de la distribution donne:
(7.572)
si
nous dérivons par
rapport à
nous obtenons:
(7.573)
en
posant nous
avons:
(7.574)
Cette
équation différentielle a pour solution:
(7.575)
Cette
fonction, n'est pas en premier lieu à proprement parler une
fonction de distribution de probabilité (elle diverge) et
deuxièmement, les
lois de la physique et humaines imposent des limites.
Nous
devons donc comparer cette distribution
par rapport à une référence arbitraire. Ainsi, si
le nombre décimal
étudié contient plusieurs puissance de 10 (10 au
total: 0,1,2,3,4,5,6,7,9) la probabilité que le premier
chiffre non nul (décimal) soit D est
donnée par la distribution logarithmique:
(7.576)
Les
bornes de l'intégrale sont de 1 à 10 puisque la valeur nulle est
interdite.
L'intégrale
du dénominateur donne:
(7.577)
L'intégrale
du numérateur donne:
(7.578)
Ce
qui nous donne finalement:
(7.579)
De
par les propriétés des logarithmes (voir le chapitre d'Analyse
fonctionnelle) nous avons:
(7.580)
Cependant,
la loi de Benford ne s'applique pas uniquement aux données invariantes
par changement d'échelle mais également à des nombres
provenant de sources quelconques. Expliquer ce cas implique une
investigation
plus rigoureuse en utilisant le théorème de la limite centrale.
Cette démonstration a été effectuée seulement en 1996 par T. Hill
par une approche utilisant la distribution des distributions.
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