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| 14. CALCUL TENSORIEL |
LISTE DES SUJETS TRAITÉS SUR CETTE PAGE
Le calcul vectoriel classique est une technique simple et efficace qui s’adapte parfaitement à l’étude des propriétés mécaniques et physiques de la matière dans l’espace euclidien à trois dimensions. Cependant, dans de nombreux domaines de la physique, il apparaît des grandeurs expérimentales qui ne peuvent plus être facilement représentées par de simples vecteurs-colonnes d’espaces vectoriels euclidiens. C’est le cas par exemple en mécanique des milieux continus, fluides ou solides, en électromagnétisme, relativité générale, etc.
Ainsi, dès la fin du 19ème siècle, l’analyse des forces qui s’exercent à l’intérieur d’un milieu continu a conduit à mettre en évidence des grandeurs physiques caractérisées par neuf nombres représentant les forces de pression ou de tension internes (cf. chapitre de Mécanique Des Milieux Continus). La représentation de ces grandeurs nécessita l’introduction d’un nouvel être mathématique qui fut appelé "tenseur", par référence à son origine physique. Par la suite, à partir de 1900, ce furent R. Ricci et T. Levi-Civita qui développèrent le calcul tensoriel; puis l’étude des tenseurs permit un approfondissement de la théorie des espaces vectoriels et contribua au développement de la géométrie différentielle (voir chapitre du même nom).
Le calcul tensoriel, appelé aussi parfois "géométrie différentielle absolue" a également pour avantage de se libérer de tous les systèmes de coordonnées et les résultats des développements mathématiques sont ainsi invariants (énorme allégement des calculs). Il n’y a plus alors à se préoccuper dans quel référentiel il convient de travailler et cela, est très intéressant en relativité générale.
Nous conseillons par ailleurs vivement au lecteur de bien maîtriser les bases du calcul vectoriel et de l’algèbre linéaire comme elles ont été présentées auparavant. Au besoin, nous avons choisi lors de la rédaction de ce chapitre de revenir sur certains points vus dans le chapitre de Calcul Vectoriel (composantes covariantes, contravariantes,…).
Par ailleurs, si le lecteur a déjà parcouru l’étude des contraintes dans les solides (cf. chapitre de Mécanique Des Milieux Continus) ou du tenseur de Faraday (cf. chapitre d’Électrodynamique) ou du tenseur d’énergie-impulsion (cf. chapitre de Relativité Générale) ceci constituera un avantage pratique certain avant de parcourir ce qui va suivre. Par ailleurs, la rédaction des objets susmentionnés a été faite de telle manière que la notion de tenseur y soit introduite si possible (…) intuitivement.
Nous ne ferons que très peu d’exemples pratiques dans cette section. Effectivement les exemples concrets, vous l’aurez compris, viendront lorsque nous étudierons la mécanique des milieux continus, la relativité générale, la physique quantique des champs, l’électrodynamique, etc.
Un conseil peut-être: pensez matriciel, écrivez tensoriel! (vous comprendrez mieux ce petit adage une fois après avoir parcouru tout ce chapitre).
Définition (simpliste): Les "tenseurs" sont des objets mathématiques généralisant les notions de vecteurs et de matrices. Ils ont été introduits, en physique, pour représenter l’état de contrainte et de déformation d’un volume soumis à des forces, d’où leur nom (tensions).
La définition rigoureuse nécessite (je pense personnellement) d’avoir d’abord lu le présent chapitre dans son intégralité. Mais sachez qu’au fait un tenseur est grosso modo comme un déterminant… (cf. chapitre d’Algèbre Linéaire). Eh oui! C’est simplement une application multilinéaire sur un espace de dimension donnée (correspondant au nombre de colonnes de la matrice/tenseurs) qui donne finalement un scalaire (d’un corps donné).
Par exemple, nous avons démontré dans le chapitre de Mécanique Des Milieux Continus que les forces normales et tangentielles dans un fluide étaient données par la relation:
(14.1)
ce qui se notait sous la forme traditionnelle condensée suivante (où nous ne distinguons plus ce qui est tangentiel de ce qui est normal il y a donc une perte de clarté):
(14.2)
Nous faisons ainsi apparaître une grandeur mathématique
ayant
9 composantes, alors qu’un vecteur dans le même espace
en
possède 3.
Cette notion est aussi beaucoup utilisée dans le chapitre de Relativité Générale où nous avons démontré que le tenseur d’énergie-impulsion dans un cas particulièrement simple est donné par:
(14.3)
et satisfait à la relation non moins importante de conservation:
(14.4)
Ou sinon, toujours dans le chapitre de Relativité Générale, nous avons démontré que le tenseur de la métrique de Schwarzschild est:
(14.5)
et donne donc l’équation de la métrique (cf. chapitre de Calcul Différentiel):
(14.6)
Signalons également que dans le chapitre de Relativité Restreinte nous avons démontré que le tenseur de transformation de Lorentz est donné par:
(14.7)
qui sous forme condensée donne la transformation de composantes suivantes:
(14.8)
En ce qui concerne la transformation du champ électromagnétique nous avons également démontré que le tenseur de Faraday est donné par:
(14.9)
et permet donc de passer d’un référentiel à un autre à l’aide de la relation:
(14.10)
Mais ce sont des tenseurs très simples qui peuvent être représentés sous formes de matrices. Il faut également savoir que ce n’est pas parce qu’une lecture d’une variable avec des indices semble indiquer que nous avons affaire à un tenseur que cela en est forcément un. Par exemple, la relation fameuse (très utilisée dans le chapitre de Relativité Générale):
(14.11)
pourrait faire croire que le premier membre tout à gauche est un tenseur mais au fait il n’est est rien… ce n’est qu’un symbole… d’où son nom: symbole de Christoffel (et non pas: tenseur de Christoffel).
L’intérêt des tenseurs en physique est que leurs caractéristiques sont indépendantes des coordonnées choisies. Ainsi, une relation entre tenseurs dans une base sera vraie quelle que soit la base utilisée par la suite. C’est une caractéristique fondamentale pour la Relativité Générale!
Nous utilisons par la suite des symboles mathématiques:
coordonnées,
composantes de vecteurs et tenseurs, éléments de
matrice, etc…, dont le nombre, dans chaque catégorie,
est grand ou indéterminé.
Pour distinguer les divers symboles d’une catégorie nous
employons des indices. Par exemple, au lieu des variables traditionnelles x, y, z nous
utiliserons éventuellement les grandeurs
(comme
nous l’avons déjà fait en algèbre linéaire).
Cette notation devient indispensable lorsque nous avons des variables
en nombre indéterminé.
Ainsi, si nous avons n variables, nous les noterons: ![]()
Nous utilisons également des indices supérieurs, selon les besoins;
par exemple,
.
Afin d’éviter toute confusion avec l’écriture des puissances, la
quantité
à la
puissance p sera écrite
.
Lorsque le contexte écarte tout risque d’ambiguïté, l’utilisation
des parenthèses n’est cependant pas fondamentalement nécessaire.
En calcul tensoriel il existe une convention de sommation qui consiste à utiliser le fait que l’indice répété, ci-dessous l’indice i, va devenir lui-même l’indication de la sommation. Nous écrivons alors, avec cette convention:
(14.12)
ce qui permet de condenser relativement bien les écritures.
Ainsi, pour représenter le système linéaire:
(14.13)
nous écrirons (remarquez bien comment s’écrivent les composantes de la matrice associée!):
(14.14)
en spécifiant que c’est pour
.
Nous voyons sur cet exemple, combien la convention de sommation permet une écriture condensée et donc puissante.
La convention de sommation s’étend à tous les symboles mathématiques
comportant des indices répétés. Ainsi la décomposition d’un vecteur
sur
une base
s’écrit
pour
dès
lors:
(14.15)
En résumé, toute expression qui comporte un indice deux fois répété représente une somme sur toutes les valeurs possibles de l’indice répété.
La convention de sommation (due à Einstein) s’étend
au cas où figurent, en règle générale, plusieurs
indices répétés en positions supérieure
et inférieure dits "indices muets" dans
un même monôme (souvent les physiciens omettent la règle
de les mettre en position opposées comme ce sera aussi le
cas souvent sur ce site!). Soit par exemple, la quantité
,
celle-ci représente la somme suivante pour i et j prenant
les valeurs de 1 à 2:
(14.16)
Ainsi, nous voyons facilement qu’une expression avec deux indices
de sommation qui prennent respectivement les valeurs
comportera
termes;
s’il
y a trois indices, de sommation etc.
Il faut faire cependant attention aux substitutions avec ce genre de notation car si nous supposons que nous avons la relation:
avec
(14.17)
alors pour obtenir l’expression de A uniquement en fonction
des variables
,
nous ne pouvons pas écrire:
(14.18)
car cela ne revient pas à la même expression après développement puisque les indices muets sont systématiquement sommés de manières identiques et rigides (nous laissons au lecteur le soin de faire ce petit exercice de style). En d’autres termes, un même indice muet ne peut pas être répété plus de 2 fois.
Ce symbole introduit par le mathématicien Kronecker, est le suivant (souvent utilisé en physique en général dans de nombreux domaines):
(14.19)
Ce symbole est appelé "symbole de Kronecker".
Il permet avantageusement d’écrire, par exemple, le produit scalaire
de deux vecteurs
et
,
de norme unité et orthogonaux entre eux, sous la forme:
(14.20)
Lors d’une sommation portant sur deux indices muets, le symbole de Kronecker annule tous les termes où les indices ont des valeurs différentes. Par exemple:
(14.21)
Nous retrouverons ce symbole dans de nombreux exemples de physique théorique (physique quantique ondulatoire, physique quantique des champs, relativité générale, mécanique des fluides, etc.).
Précisons qu’il existe une version généralisée du symbole de Kronecker:
(14.22)
Nous avons aussi par exemple:
(14.23)
Un autre symbole fort utile est le "symbole d’antisymétrie" ou appelé aussi "tenseur d’antisymétrie" que nous retrouverons en Électrodynamique, en Relativité Générale et en Physique Quantique Relativiste.
Dans le cas où i, j, k prennent l’une
des valeurs {1,2,3} le symbole d’antisymétrie
aura
les valeurs définies suivantes:
–
,
si deux quelconques des indices ou plus ont une valeur identique.
–
,
si les indices sont dans l’ordre naturel 1, 2, 3 ou sont dans un
ordre qui provient d’un nombre pair de permutations des indices
par rapport à l’ordre
naturel des indices.
–
,
si les indices sont dans un ordre qui provient d’un nombre impair
de permutations par rapport à l’ordre initial des indices.
En utilisant ce symbole, un déterminant d’ordre deux (cf. chapitre d’Algèbre Linéaire) s’écrit alors sous la forme avantageuse:
(14.24)
et le produit vectoriel (et ça c’est très pratique en relativité générale et en électrodynamique):
(14.25)
où bien sûr, j et k sont sommés et où l’indice muet i est le numéro de la ligne du vecteur résultant (en cas de demande nous ferons les développements). En particulier, le rotationnel d’un champ vectoriel est alors:
(14.26)
Comme exemple, calculons en notation indicielle le double produit
vectoriel
:
(14.27)
où à nouveau, l’indice muet i est le numéro de la ligne du vecteur résultant. Voyons la démonstration détaillée de ces égalités (la démonstration des égalités ci-dessous n’a pas besoin de respecter l’ordre des égalités de la relation précédente).
Démonstration:
Nous avons indirectement démontré dans le chapitre de Calcul Vectoriel l’identité suivante:
(14.28)
Pour démontrer la relation:
(14.29)
au changement d’indices près montrons d’abord que:
(14.30)
ce qui nous donne:
(14.31)
Ne faisons le développement que pour la première ligne (c’est déjà suffisamment long…):
(14.32)
C’est ce qu’il fallait montrer.
Maintenant montrons que pour la l-ième ligne nous avons bien:
(14.33)
en s’aidant d’un résultat obtenu dans le chapitre de Calcul Vectoriel (produit vectoriel de trois vecteurs différents) nous avons le premier terme (la première ligne du vecteur résultant du calcul):
(14.34)
Il est alors immédiat que (pour i valant 1):
(14.35)
Montrons maintenant que pour i valant 1 nous avons aussi:
(14.36)
Effectivement:
(14.37)
C.Q.F.D.
Comme deuxième exemple, montrons comment la divergence d’un rotationnel s’annule:
(14.38)
Comme de par le théorème de Schwarz (cf.
chapitre de Calcul Intégral Et Différentiel)
est
symétrique (donc intervertir les indices n’a aucun impact)
dans les indices et que
est
antisymétrique (par définition) dans les mêmes
indices, la somme sur i et j doit nécessairement
s’annuler. Par exemple, la contribution à la somme du terme
est
l’opposée de celle de
.
R1. Le symbole d’antisymétrie est très souvent appelé "tenseur de Levi-Civita" dans la littérature. Au fait, bien que ce soit bien un tenseur dans la forme de ses notations, il s’agit plus d’un outil mathématique qu’un "être" mathématique d’où la préférence de certains physiciens de le nommer "symbole" plutôt que "tenseur". Mais c’est à vous de voir…
R2. Par abus d’écriture nous n’écrivons pas le vecteur de base mais en toute rigueur, et pour éviter de l’oublier, rappelons qu’afin d’équilibrer les membres de l’égalité et dans le souci de préciser que les vecteurs sont exprimés dans la même base, nous devrions écrire:
(14.39)
Voyons maintenant des applications concrètes de cette notation indicielle en reprenant l’exemple du changement de base que nous avons déjà vu en calcul vectoriel:
Soient deux bases
et
d’un
espace vectoriel euclidien
.
Chaque vecteur d’une base peut être décomposé sur
l’autre base sous la forme d’une application linéaire (matrice
de changement de base – voir chapitre d’Algèbre Linéaire):
et
(14.40)
où nous utilisons bien évidemment la convention de sommation
pour
.
Rappelons que la matrice de changement de base (ou "matrice transformation") doit avoir autant de colonnes que le vecteur de base a de lignes (dimensions). Petit exemple à trois dimensions:
(14.41)
et il est évident qu’il est bien plus sympathique d’écrire cela sous la forme:
(14.42)
où donc sur A, nous avons le k qui représente la colonne de la matrice et i la ligne.
Un vecteur quelconque
de
peut être
décomposé (nous l’avons déjà vu dans
le chapitre de Calcul Vectoriel) sur chaque base de
sous
la forme:
(14.43)
Si nous cherchons les relations entre les composantes
et
il
suffit de reprendre les relations de changement de base démontrées
dans le chapitre d’Algèbre Linéaire et nous avons alors:
(14.44)
De suite par l’unicité de la décomposition d’un vecteur sur une base, nous pouvons égaler les coefficients des vecteurs de base et nous obtenons (il faut prendre garde à réarranger à nouveau l’ordre des termes car la multiplication matricielle n’est, en règle générale, pas commutative comme nous le savons déjà):
et
(14.45)
Il vient également la relation triviale (cf. chapitre d’Algèbre Linéaire):
(14.46)
Effectivement faisons un exemple explicite simple avec une matrice de dimension 2:
(14.47)
Une autre manière élégante de montrer en toute généralité la relation antéprécédente est de se rappeler du résultat démontré dans le chapitre d’Algèbre Linéaire:
(14.48)
et en utilisant:
(14.49)
Il vient alors:
(14.50)
Les vecteurs de base étant linéairement indépendants, cette dernière
relation implique que lorsque
:
(14.51)
et lorsque
:
(14.52)
Ainsi il vient:
(14.53)
Quant au produit scalaire, les résultats obtenus avec la notation indicielle sont forts intéressants et extrêmement puissants. Nous avons déjà défini le produit scalaire dans le chapitre de Calcul Vectoriel mais voyons comment nous manipulons ce dernier avec la notation indicielle:
Considérons un espace vectoriel euclidien
rapporté à une
base quelconque
.
Les vecteurs s’écrivent sur cette base (nous le savons déjà):
,
(14.54)
Le produit scalaire relativement à ses propriétés et à la notation indicielle s’écrit alors:
(14.55)
Relation fondamentale pour la physique de pointe (relativité générale et théorie des cordes) qui fait apparaître le "tenseur métrique covariant":
(14.56)
et pour satisfaire la propriété de commutativité du produit scalaire (cf. chapitre de Calcul Vectoriel) nous devons évidemment avoir l’égalité:
(14.57)
La relation antéprécédente s’écrit aussi parfois sous la forme:
(14.58)
(14.59)
sont nulles si
.
Le produit scalaire de deux vecteurs
et
se
réduit alors à:
(14.60)
Nous avons alors dans ce cas particulier:
(14.61)
et donc lorsque les vecteurs de base forment un espace vectoriel
orthonormal il est clair que
est
alors égal au symbole de Kronecker seul tel que:
(14.62)
Comme nous l’avons vu en calcul vectoriel, le produit scalaire
d’un vecteur
peut
permettre de définir la notion de norme d’un vecteur (et le concept
de distance).
Rappelons que nous avons par définition la norme d’un vecteur qui est donnée par (cf. chapitre de Calcul Vectoriel):
(14.63)
où les nombres
définissent
en quelque sorte une "mesure" des vecteurs; nous disons
alors dans le langage du calcul tensoriel qu’ils constituent la "métrique" de
l’espace vectoriel choisi.
Dans l’espace de la géométrie classique, la norme
est un nombre qui est toujours strictement positif et qui ne devient
égal à zéro que
si le vecteur mesuré est nul.
Par contre, l’expression précédente de la norme d’un
vecteur, peut être éventuellement négative
pour des nombres
quelconques
(espaces complexes par exemple). Nous pouvons donc distinguer deux
genres d’espaces vectoriels pré-euclidiens (espace euclidien
dans lequel nous avons défini le produit scalaire) selon
que la norme est positive ou non. Cependant lorsqu’en physique
théorique nous
souhaitons faire l’analogie avec une structure d’espace vectoriel
il faut que la condition:
(14.64)
soit satisfaite (
peut être écrit
comme une matrice, rien ne nous l’empêche).
Explications: Nous savons que le produit scalaire doit satisfaire à la propriété de commutativité telle que:
(14.65)
D’autre part, si pour tout
non
nul nous avons:
(14.66)
cela implique
(c’est
une des propriétés de la norme que nous avons vue
dans le chapitre de Calcul Vectoriel). Nous pouvons alors écrire:
(14.67)
Nous nous retrouvons ici simplement avec un système
de n équations à n inconnues
(ne devant admettre par hypothèse que la solution
),
il faut et il suffit pour cela que le déterminant du système,
noté g,
du système soit différent de zéro (cf.
chapitre d’Algèbre Linaire). Nous devons donc avoir:
(14.68)
C’est une des conditions pour qu’une expression assimilable à une norme sous une écriture tensorielle forme dans le cadre d’une théorie physique un espace vectoriel des états du système !!
R1. Le nombre de signes + et – se trouvant dans l’expression du
produit scalaire constitue une caractéristique d’un espace
vectoriel donné
;
elle est appelée la "signature
de l’espace vectoriel"
.
R2. Une application pratique des calculs de la métrique est proposée dans le chapitre de Relativité Générale.
A partir des coefficients du tenseur métrique covariant
définissant
la métrique de l’espace
,
nous pouvons introduire les coefficients du "tenseur
métrique contravariant"
définissant
la métrique d’un "espace dual"
par
la relation:
(14.69)
En d’autres termes, le tenseur métrique deux fois covariant est son propre inverse par son équivalent deux fois contravariant. Nous le démontrerons explicitement plus loin en montrant lors de notre étude du déterminant de Gram que les composantes contravariantes et covariantes d’un espace euclidien sont égales et que les deux espaces ont le même nombre de dimensions.
Un cas particulier qui satisfait la relation ci-dessus est le tenseur métrique de Minkowski (cf. chapitres de Relativité Restreinte et Générale) où nous avons:
(14.70)
L’espace dual est sous-tendu par n vecteurs de base
construits à partir
des vecteurs
tels
que:
(14.71)
Il est dès lors facile de voir que le produit scalaire des vecteurs
définit
la métrique
de
l’espace dual:
(14.72)
tandis que les vecteurs
(contravariants) et
(covariants) sont
bien orthogonaux:
(14.73)
Nous pouvons exprimer aussi un vecteur dans la base duale par l’écriture suivante en remarquant bien évidemment que la position des indices muets est alors inversée:
(14.74)
Ainsi nous avons finalement la possibilité de passer aussi les vecteurs d’une base à l’autre:
(14.75)
(14.76)
et inversement, pour la rendre covariante:
(14.77)
Ainsi, toujours dans le cas de l’exemple de la métrique de Minkowski, si nous considérons le quadrivecteur contravariant:
(14.78)
Nous avons alors:
(14.79)
Voyons une autre approche pour déterminer les vecteurs de base de l’espace dual qui peut permettre par ailleurs de mieux appréhender le concept et qui nous permettra d’obtenir un résultat intéressant que nous utiliserons lors de certains calculs de la relativité générale (principalement son étude selon le formalisme lagrangien).
Nous avons donc pour
:
(14.80)
Ce produit scalaire peut être vu comme une condition de normalisation
pour les deux bases et les deux produits scalaires
comme
des conditions d’orthogonalisation. Ainsi, comme
est
perpendiculaire à
nous
pouvons écrire:
(14.81)
Où
est
une constante de proportionnalité. Maintenant jouons un peu avec
la relation précédente:
(14.82)
Dès lors, nous obtenons:
(14.83)
où nous voyons apparaître le produit mixte tel que nous l’avions défini dans le chapitre de Calcul Vectoriel.
Ainsi, nous obtenons très facilement:
(14.84)
ou de manière plus générale (sans démonstration car peut-être trop évident) nous avons donc pour les vecteurs covariants:
(14.85)
et de même pour les vecteurs contravariants (sans démonstration car peut-être trop évident?):
(14.86)
Remarques:
R1. Le lecteur aura remarqué que les relations ci-dessus ne sont valables que pour un espace à trois dimensions.
R2. La notation des deux relations précédentes est mathématiquement un peu abusive car en réalité ce n’est pas une égalité entre deux vecteurs mais une application d’un espace vectoriel dans l’autre!
R3. Comme en physique, on considère très fréquemment des bases cartésiennes, cylindriques et sphériques orthonormées et que le dénominateur des deux relations précédentes est toujours égal à l’unité dans ces bases alors les vecteurs de bases contravariants s’identifient aux vecteurs de base covariants (et réciproquement). Donc les coordonnées covariantes sont égales aux coordonnées contravariantes.
Revenons maintenant sur quelque chose qui va nous sembler bien ancien… Dans le chapitre de Calcul Vectoriel, nous avons défini et étudié ce qu’étaient le produit vectoriel et le produit mixte. Nous allons voir maintenant une autre manière de représenter ceux-ci et voir que cette représentation permet d’obtenir un résultat pour le moins pertinent!
Nous avons vu dans le chapitre de Calcul Vectoriel que le produit vectoriel était donné par:
(14.87)
Or, ce que nous n’avions pas vu et que nous pouvons constater maintenant de manière triviale c’est que cette expression n’est que le déterminant vectoriel des matrices suivantes:
(14.88)
…donc oui le résultat ne donne pas un scalaire! Il s’agit juste d’une notation d’usage.
Mais comme nous faisons du calcul tensoriel, il nous faut maintenant proprement distinguer composantes covariantes et contravariantes. Nous allons donc réécrire cela correctement avec les composantes contravariantes:
(14.89)
De même, le produit mixte peut être écrit à l’aide de cette relation et notation:
(14.90)
Or, en regardant l’expression du déterminant nous voyons assez facilement, sans même avoir à faire les développements que:
(14.91)
Effectivement (nous calculons le déterminant en faisant usage de la démonstration du déterminant à trois composantes vue dans le chapitre d’Algèbre Linéaire):
(14.92)
La relation antéprécédente est fréquemment notée:
(14.93)
avec:
(14.94)
appelé "volume euclidien" (effectivement rappelons que le produit mixte est un volume!)
(14.95)
Par ailleurs, nous avons aussi la relation non moins importante:
(14.96)
En effet, en utilisant la relation vue dans le chapitre de Calcul Vectoriel:
(14.97)
Or, nous avons vu plus haut que
donc:
(14.98)
et ainsi finalement:
(14.99)
Ceci ayant été fait revenons à la relation du produit vectoriel:
(14.100)
et exprimons les composantes de la 1ère ligne du déterminant vectoriel dans leur base duale (en coordonnées contravariantes):
(14.101)
Bien évidemment, si le produit vectoriel est exprimé en composantes covariantes alors nous avons:
(14.102)
Maintenant appliquons le produit mixte:
(14.103)
en connaissant l’expression du déterminant d’une matrice carrée
(cf.
chapitre d’Algèbre Linéaire) il vient immédiatement:
(14.104)
Inversement, il vient immédiatement:
(14.105)
Or, nous avons vu dans le chapitre de Calcul Vectoriel que
.
Il vient alors:
(14.106)
et donc:
(14.107)
Cette dernière relation étant souvent appelée "déterminant de Gram". Un cas particulier très intéressant nous donne:
(14.108)
écrit autrement:
(14.109)
Ainsi, le volume euclidien est donné par ce que nous appellerons le "déterminant fonctionnel" du système (expression que nous retrouverons en relativité générale pour calculer le volume réel et en théorie des cordes):
(14.110)
qui est sans unités (il faut donc le multiplier par un facteur de volume élémentaire pour avoir des unités de volume). Si nous notons autrement le déterminant:
(14.111)
Nous avons donc le "volume riemmanien":
(14.112)
Le lecteur pourra vérifier normalement assez aiséement que pour le repère orthonormal cartésienn on retombe biens sur le volume d’un cube et pour le cas sphérique nous retombons bien sur l’expression du volume infinitésimal de la sphère tel que utilisé dans le chapitre sur les Formes Géométriques.
Jusqu’à maintenant nous avons écrit les indices muets arbitrairement en exposant ou en indice selon notre bon vouloir. Cependant, cela n’est pas toujours autorisé et parfois le fait qu’un indice muet soit en exposant ou en indice a une signification bien particulière. Ceci constitue souvent la difficulté lors de l’étude de certains théorèmes, car si nous n’étudions pas ceux-là depuis le début, nous ne savons pas vraiment comment interpréter la position des indices muets. Il faut donc être extrêmement prudent à ce niveau.
Pour un espace vectoriel euclidien
rapporté à une
base quelconque
,
le produit scalaire d’un vecteur
par
un vecteur
de
sa base s’écrit:
(14.113)
Donc:
(14.114)
Cette relation est de première importance en physique théorique et en calcul tensoriel. Il est important de s’en souvenir lorsque nous étudierons la contraction des indices plus tard (vous pouvez observer dans la relation précédente que nous avons "abaissé" dans le membre de gauche l’indice des composantes du membre droit de l’égalité).
Ces produits scalaires notés
,
s’appellent les "composantes covariantes",
dans la base
,
du vecteur
.
Ces composantes sont donc définies par:
(14.115)
Elles seront notées au moyen d’indices inférieurs !!! Nous verrons par la suite que ces composantes s’introduisent naturellement pour certains vecteurs de la physique, par exemple le vecteur gradient. D’autre part, la notion de composante covariante est essentielle pour les tenseurs.
Inversement, les "composantes contravariantes" (autrement
dit les composantes non projetées) peuvent être calculées en résolvant,
par rapport aux n inconnues
,
le système de n équations de:
(14.116)
Les relations précédentes montrent que les composantes
covariantes
sont
liées aux composantes
classiques
et que les composantes contravariantes sont donc des nombres
tels
que:
(14.117)
Elles seront indiquées au moyen d’indices supérieurs !! L’étude des changements de base permettra de justifier encore plus l’appellation des différentes composantes.
Dans une base orthonormée canonique (cas très particulier), les composantes covariantes et contravariantes sont identiques comme nous le savons déjà suite à l’étude du déterminant de Gram. Effectivement:
(14.118)
L’intérêt du physicien pour le calcul tensoriel, est le passage de paramètres d’une base à une autre pour des raisons données (souvent dans le but soit de simplifier l’étude de problèmes ou simplement parce que les états étudiés dépendent – ou peuvent dépendre – de la géométrie de l’espace dont il est question). Il convient donc d’introduire les principaux outils qui y sont relatifs. Nous en profiterons aussi pour présenter des développements que nous aurions pu déjà aborder dans le chapitre de Calcul Vectoriel.
La "méthode d’orthogonalisation
de Schmidt" (dite également de "Gram-Schmidt")
permet la détermination effective d’une base orthogonale pour
tout espace vectoriel pré-euclidien
(nous
aurions pu présenter cette méthode dans le chapitre
de Calcul Vectoriel mais il nous semblait plus intéressant
de la présenter
dans le cadre général et esthétique du calcul
tensoriel).
Pour cela, considérons un ensemble de n vecteurs linéairement
indépendants
de
et
supposons que nous ayons pour chaque vecteur le produit scalaire
(la norme):
(14.119)
Cherchons n vecteurs
orthogonaux
entre eux. Partons pour cela de
et
cherchons
orthogonal à
sous
la forme:
(14.120)
Le coefficient
se
calcule en écrivant la relation d’orthogonalité:
(14.121)
Nous en déduisons sans trop de peine:
(14.122)
Le paramètre
étant
déterminé, nous obtenons le vecteur
qui
est orthogonal à
et
non nul puisque le système
est
linéairement indépendant.
Le vecteur
est
cherché sous la forme:
(14.123)
Les deux relations d’orthogonalité:
et
,
permettent le calcul des coefficients
et
.
Nous obtenons:
;
(14.124)
ce qui détermine le vecteur
,
orthogonal à
et
,
et non nul puisque le système
est
indépendant. En continuant le même type de calcul, nous obtenons
de proche en proche un système de vecteurs
orthogonaux
entre eux et dont aucun n’est nul.
Dans le cas où certains vecteurs seraient tels que
(leur
norme est nulle), nous remplaçons
par
,
en choisissant un vecteur
de
telle sorte que nous obtenions
.
Nous en déduisons donc que tout espace vectoriel pré-euclidien admet des bases orthogonales!
Ce système de calcul des bases est de première importance. Il permet par exemple d’étudier des systèmes physiques à partir d’un référentiel pré-euclidien dont les propriétés changent dans le temps. Ce qui est par exemple typique de la relativité générale.
Soient deux bases
et
d’un
espace vectoriel
.
Chaque vecteur d’une base peut être décomposé sur l’autre base
sous la forme suivante (nous l’avons déjà démontré):
et
(14.125)
Un vecteur
de
peut être
décomposé sur chaque base sous la forme:
(14.126)
et nous avons aussi déjà démontré que:
et
(14.127)
Nous remarquons que les relations de transformation des composantes contravariantes d’un vecteur sont le contraire de celles des vecteurs de base, les grandeurs A et A‚ s’échangeant, d’où l’origine de l’appellation "contra"-"variantes" de ces composantes!
Soient
et
les
composantes covariantes du vecteur
respectivement
sur les bases
et
.
Remplaçons les vecteurs de base, exprimés par les relations:
et
(14.128)
dans l’expression de définition des composantes covariantes, il vient:
(14.129)
d’où la relation entre les composantes covariantes dans chaque base:
(14.130)
Nous obtenons de même:
(14.131)
Nous remarquons que les composantes covariantes se transforment comme les vecteurs de bases, d’où l’appellation de ces composantes.
Revenons maintenant sur le concept d’espace dual mais tel qu’il est vu dans le cadre du calcul vectoriel. Cette deuxième approche peut peut-être aider certains à mieux comprendre le concept vu précédemment mais par contre masque la raison profonde de l’origine des dénominations de "covariant" et "contravariant". Pourtant c’est la présentation la plus courante dans la littérature…
Soit une base quelconque
d’un
espace vectoriel euclidien
.
Par définition, n vecteurs
qui
vérifient les relations suivantes:
(14.132)
sont appelés les "vecteurs réciproques" des
vecteurs
.
Ils seront notés
avec des indices supérieurs.
Par définition, chaque
vecteur réciproque
se
doit donc d’être orthogonal à tous les vecteurs
,
sauf pour
.
Montrons d’abord que les vecteurs réciproques
d’une
base donnée
sont
linéairement indépendants. Pour cela, il faut montrer
qu’une combinaison linéaire
donne
un vecteur nul, si et seulement si chaque coefficient
est
nul.
Soit
un
vecteur quelconque de
.
Multiplions scalairement par
la
combinaison linéaire précédente
,
on obtient:
(14.133)
Cette dernière égalité devant être vérifiée quels que soient les
,
il est nécessaire que chaque
soit
nul et ainsi les vecteurs
sont
donc linéairement indépendants (fallait déjà avoir l’idée de procéder
ainsi n’est-ce pas?).
Le système de n vecteurs réciproques forme
donc une base appelée la "base
réciproque" (qui
n’est autre que la base duale) de l’espace vectoriel
.
Exemple:
Soient trois vecteurs
formant
une base (non nécessairement orthonormée!) d’un espace
vectoriel euclidien. Nous décidons de noter:
(14.134)
où, rappelons-le, le symbole
représente
le produit vectoriel (au cas où il y aurait un petit oubli…)
et l’ensemble est le produit mixte vu dans le chapitre de Calcul
Vectoriel et qui représente donc un volume orienté.
Les vecteurs suivants:
(14.135)
vérifient la relation
et
constituent le système réciproque des vecteurs
.
En cristallographie, ces vecteurs constituent ce que nous appelons "l’espace
de Fourier associé".
Maintenant, considérons donc un vecteur sur la base d’origine
que
nous noterons donc (comme déjà vu plus haut):
(14.136)
avec donc par définition les composantes contravariantes du vecteur qui apparaissent comme nous l’avons défini plus haut (et dont nous avons en même temps expliqué l’origine du nom). Nous avons vu aussi plus haut que chaque composante contravariante sera aussi (naturellement et par extension) donnée par:
(14.137)
De façon similaire, nous avons donc les composantes covariantes qui apparaissent:
(14.138)
Dans cette approche, nous définissons alors le tenseur métrique contravariant et respectivement covariant par:
(14.139)
Il vient alors par exemple pour les composantes contravariantes (dans le cas particulier de l’espace à trois dimensions), sachant que la démarche est la même pour les composantes covariantes:
(14.140)
Et donc nous retrouvons la relation de transformation entre composantes covariantes et contravariantes déjà vue plus haut à la différence que cela semble plus sortir d’un chapeau par définitions successives et que cela masque donc l’origine de la dénomination de ces mêmes composantes. Mais peut-être que certains lecteurs préférent cette approche.
La généralisation de la notion de vecteur nous a
conduits à l’étude
des espaces vectoriels à
dimensions.
Les tenseurs sont également des vecteurs de dimension quelconque
mais qui possèdent des propriétés supplémentaires
par rapport aux vecteurs.
Pour le physicien théoricien, le calcul tensoriel s’intéresse en premier lieu à la manière dont les composantes des tenseurs se transforment lors d’un changement de base des espaces vectoriels dont ils sont issus. Nous commencerons donc à étudier ces propriétés vis-à-vis des changements de base (car c’est le cas le plus intéressant).
Un tenseur est, en pratique, souvent uniquement défini et utilisé sous forme de ses composantes. Ces dernières peuvent être exprimées sous forme covariante ou contravariante comme pour tout vecteur. Mais un nouveau type de composantes va apparaître pour les tenseurs, ce sont les "composantes mixtes". Ces trois types de composantes constituent des décompositions des tenseurs euclidiens sur des bases différentes.
Au cours de la théorie vue précédemment,
nous avons utilisé les
quantités
,
définies à partir du produit scalaire des vecteurs
de base
d’un
espace vectoriel pré-euclidien
à n dimensions,
par:
(14.141)
Ces
quantités
constituent les composantes covariantes d’un tenseur appelé le "tenseur
fondamental" ou "tenseur
métrique".
Etudions comment varient les quantités
lorsque
nous effectuons un changement de base:
Soit
une
autre base liée à la précédente par les relations
connues:
et
(14.142)
Substituant la relation
dans
l’expression de
,
il vient (nous changeons les indices comme il se doit lors d’une
substitution):
(14.143)
Dans la nouvelle base
,
les produits scalaires des vecteurs de base sont donc des quantités
telles que:
(14.144)
Nous avons donc finalement pour l’expression des composantes covariantes
lors
d’un changement de base:
(14.145)
Identiquement nous avons:
(14.146)
De manière générale, une suite de
quantités
qui
se transforment, lors d’un changement de base de
,
selon les deux relations précédentes, à savoir:
et
(14.147)
constituent, par définition, les "composantes
covariantes d’un tenseur d’ordre deux" (à deux indices)
sur
.
Nous pouvons ainsi manipuler des quantités exprimant les propriétés intrinsèques des bases comme des tenseurs normaux !
Considérons un espace vectoriel euclidien
de
base
et
soient deux vecteurs de
:
et
(14.148)
Formons les produits deux à deux des composantes contravariantes
et
,
soit:
(14.149)
Nous obtenons ainsi
quantités,
si les deux vecteurs ont le même nombre de composantes, qui constituent également
les composantes contravariantes d’un tenseur d’ordre deux appelé le "produit
tensoriel" du vecteur
par
le vecteur
.
Par exemple pour
de
dimension 2 et
de
dimension 3 nous avons:
(14.150)
Nous
pouvons bien évidemment construire des produits tensoriels
d’ordre trois (donc avec
termes)
tels qu’avec le tenseur trois fois contravariant suivant:
(14.151)
etc…
Etudions les propriétés de changement de base de ces composantes. Utilisons pour cela les relations de changement de base des composantes contravariantes d’un vecteur, à savoir:
et
(14.152)
Remplaçons dans la relation
les
composantes
et
par
leur expression de changement de base, il vient:
(14.153)
Les quantités
sont
les nouvelles composantes:
(14.154)
La formule de transformation des
quantités
lors
d’un changement de base de
est
donc finalement (très similaire au tenseur métrique):
(14.155)
Une telle relation de changement de base caractérise les composantes contravariantes d’un tenseur d’ordre deux. Inversement, nous obtenons:
(14.156)
Les
quantités
constituent
donc les "composantes contravariantes
d’un tenseur d’ordre deux".
Nous pouvons former de même les produits deux à deux des composantes
covariantes
et
des
vecteurs
et
soit:
(14.157)
Les formules de changement de base des composantes covariantes des vecteurs sont données par les relations suivantes que nous avons déjà démontrées précédemment:
et
(14.158)
Substituant la première relation dans le produit
,
il vient:
(14.159)
C’est la relation de changement de base des composantes covariantes d’un tenseur d’ordre deux. On vérifie que l’on a:
(14.160)
Identiquement nous avons bien évidemment:
puisque
.
Les
quantités
constituent
donc les "composantes covariantes d’un
tenseur d’ordre deux".
Formons à présent
quantités
en multipliant deux à deux les composantes covariantes du vecteur
par
les composantes contravariantes de
,
nous obtenons:
(14.161)
Effectuons un changement de base dans cette dernière relation
en tenant compte des expressions
et
,
on obtient:
(14.162)
Cette relation de changement de base caractérise les "composantes mixtes" d’un tenseur d’ordre deux. Inversement, on peut vérifier que l’on a:
(14.163)
Ces composantes mixtes constituent également des composantes
du produit tensoriel de
par
,
selon une certaine base.
De manière générale, une suite de
quantités
qui
se transforment, lors d’un changement de base de
,
selon les relations établies juste précédemment constituent donc,
par définition, les "composantes mixtes
d’un tenseur d’ordre deux".
Au cours de l’étude précédente, nous avons
utilisé des systèmes
de
nombres,
créés à partir d’un espace vectoriel
.
Lorsque ces nombres vérifient certaines relations de changement
de base, nous avons appelé ces grandeurs, par définition,
les "composantes
d’un tenseur".
Nous avons vu que toute combinaison linéaire de ces composantes constitue les composantes d’autres tenseurs. Nous pouvons donc additionner entre elles les composantes des tenseurs ainsi que les multiplier par des scalaires, pour obtenir d’autres composantes de tenseurs. Ces propriétés d’addition et de multiplication font que nous allons pouvoir utiliser ces grandeurs tensorielles comme composantes de vecteurs.
D’un point de vue pratique, nous pourrions nous contenter de définir les tenseurs à partir des relations de transformation de leurs composantes lors d’un changement de base. C’est ce qui est souvent fait en physique. Cependant, la définition des tenseurs sous forme de vecteurs conduit à une meilleure compréhension de leurs propriétés et les rattache à la théorie générale des vecteurs.
Pour préciser comment nous définissons un tenseur
sur une base, étudions
le cas particulier d’un produit tensoriel de deux vecteurs constitués
par des triplets de nombres. Considérons l’espace vectoriel
euclidien
dont
les vecteurs sont des triplets de nombre de la forme:
.
La base orthonormée canonique de
est
formée de trois vecteurs:
(14.164)
avec
(jolie
façon d’écrire la chose n’est-il pas…).
Des vecteurs de
permettent
de former les neuf quantités
que
nous avons appelées les "composantes
du produit tensoriel" des vecteurs
et
.
Si nous effectuons tous les produits tensoriels possibles entre
vecteurs de
,
nous obtenons des suites de neuf nombres qui peuvent servir à définir
le vecteur suivant:
(14.165)
Nous nous retrouvons alors avec des éléments d’un espace vectoriel
à neuf
dimensions, ayant pour éléments tous les multiplets formés de neuf
nombres.
Ces vecteurs peuvent être décomposés, par exemple, sur une base canonique orthonormée:
(14.166)
avec
.
Si nous renumérotons les quantités
selon
la place qu’elles occupent dans l’expression de
,
soit:
(14.167)
avec
et
,
les vecteurs
s’écrivent
alors:
(14.168)
et constituent un exemple de tenseur d’ordre deux (évidemment on peut généraliser la démarche).
En quoi ces tenseurs
diffèrent-ils
des vecteurs ordinaires ? Ils sont certes identiques à certains
vecteurs de
mais
ils ont été formés à partir des vecteurs de
et
de
.
Pour rappeler ce fait, nous les notons:
(14.169)
et ils sont appelés "produits tensoriels
d’ordre deux" des vecteurs
et
.
Le symbole
est
donc défini de la manière dont nous avons formé les quantités
et
l’ordre dans lequel nous les avons classées pour former le vecteur
.
Pour rappeler la dépendance entre une quantité
et
le vecteur de base
auquel
il est affecté, renumérotons ces vecteurs en mettant à la place
de l’indice k les deux indices i et j,
relatifs aux composantes, soit:
(14.170)
Ce dernier peut très bien être noté sous la forme:
(14.171)
Les vecteurs
constituent
donc une base de
qui
est appelée la "base associée".
Nous rappelons également que le produit tensoriel est non-commutatif (il est vraiment important de s’en rappeler)! Autrement dit:
(14.172)
Les relations précédentes nous permettent finalement d’écrire
le produit tensoriel des vecteurs
et
sous
la forme:
(14.173)
L’espace vectoriel
est
doté d’une structure plus précise que celle de simple espace vectoriel
de dimension neuf lorsque nous définissons les produits tensoriels
comme
constituant la base de
.
Nous disons que
est
doté d’une "structure de produit tensoriel" ce
qui nous amène à noter cet espace
ou
encore
.
En tant qu’élément d’un espace
,
un tenseur
est
un vecteur de la forme générale:
(14.174)
Etudions ses propriétés vis-à-vis d’un changement de base de
tel
que:
et
(14.175)
Lors d’un tel changement, la base
associée à
devient
une autre base
associée à
, à savoir:
(14.176)
Par suite, le produit tensoriel
a
pour composantes dans la nouvelle base:
(14.177)
Nous avons les propriétés suivantes pour le produit tensoriel:
Soit donc:
(14.178)
P1. Distributivité, à gauche et à droite, par rapport à l’addition des vecteurs:
(14.179)
La démonstration de ces propriétés découle simplement de la définition du produit tensoriel. Nous avons par exemple:
(14.180)
P2. Associativité avec la multiplication par une grandeur scalaire:
(14.181)
Nous avons en effet:
(14.182)
P3. Lorsque nous choisissons une base dans chacun des espaces
vectoriels
pour
,
pour
,
les
éléments
de
que
nous notons
forment également
une base de
.
Démonstration:
Déjà faite dans l’exemple particulier que nous avons utilisé au début.
C.Q.F.D.
Nous pouvons bien évidemment généraliser le produit tensoriel à un
nombre quelconque de vecteurs. De proche en proche, compte tenu
de la propriété P1, nous pouvons considérer
vecteurs
appartenant
chacun à des espaces vectoriels différents
.
Si nous avons:
(14.183)
nous pouvons former le produit tensoriel:
(14.184)
avec
.
Nous construisons ainsi des produits tensoriels d’ordre p appartenant à l’espace
vectoriel
,
espace qui est muni d’une structure de produit tensoriel. Les éléments
de cet espace constituent par définition des tenseurs d’ordre p.
Afin d’unifier la classification, les espaces vectoriels élémentaires, qui ne peuvent être munis d’une structure de produit tensoriel, peuvent être considérés comme ayant pour éléments des tenseurs d’ordre un. En général, nous appelons ces éléments des "vecteurs", réservant le nom de "tenseurs" à des éléments d’espaces tensoriels d’ordre égal ou supérieur à deux!
Il est assez évident et nous n’en ferons pas la démonstration (excepté s’il y a une demande) que nous pouvons redéfinir absolument tous les concepts (base, décomposition sur une base, base réciproque, produit scalaire, produit tensoriel) que nous avons vus jusqu’à maintenant en considérant les tenseurs d’ordre un comme des vecteurs (il faudrait donc que nous réécrivions tout ce qui est déjà écrit ci-dessus… ce qui est inutile).
Il est aussi tout à fait possible de réitérer toutes ces définitions pour des tenseurs d’ordre supérieurs et ainsi généraliser le concept d’espace tensoriel pour toutes les dimensions.
De ces considérations, nous pouvons énoncer le "critère de tensorialité":
Pour que les éléments d’une suite de
quantités,
rapportées à une base d’un espace vectoriel
,
puissent être considérés comme les composantes
d’un tenseur, il faut et il suffit que ces quantités
soit liées entre elles,
dans deux bases différentes de
,
par les relations de transformation des composantes.
Exemple:
Un vecteur peut se représenter dans une base quelconque par une suite de n composantes. Cependant, nous ne pouvons pas conclure que n’importe quelle suite de n chiffres constitue un vecteur. En effet, lorsque nous nous plaçons dans une autre base de l’espace, les composantes doivent changer également, pour représenter le même objet: nous disons alors que le vecteur est un objet intrinsèque (dont l’existence ne dépend pas du choix du repère). Il reste alors à savoir qu’un vecteur est un tenseur d’ordre 1.
Nous pouvons former d’autres tenseurs en combinant entre elles
les composantes de différents produits tensoriels définis à l’aide
des vecteurs d’un même espace vectoriel. Considérons par exemple
les composantes contravariantes des produits tensoriels des
vecteurs
et
:
(14.185)
Formons les quantités suivantes:
(14.186)
Les
quantités
vérifient également
les formules générales de changement de base. Nous avons en
effet, en substituant les relations de transformation des composantes
contravariantes d’un produit tensoriel dans l’expression précédente:
(14.187)
Les
quantités
,
vérifiant la relation de changement de base, constituent donc également
des composantes contravariantes d’un tenseur d’ordre deux.
Considérons le produit tensoriel mixte de deux vecteurs
et
de
composantes respectives contravariantes
et
covariantes
.
Les composantes mixtes du produit tensoriel
de
ces deux vecteurs, sont:
(14.188)
Effectuons l’addition des différentes composantes du
tenseur
telles
que
,
soit:
(14.189)
Nous obtenons ainsi l’expression du produit scalaire des vecteurs
et
;
la quantité
est
un scalaire (tenseur d’ordre zéro). Une telle addition
sur des indices de variance différente constitue, par
définition,
l’opération de "contraction
des indices" du tenseur
.
Cette opération a permis de passer d’un tenseur d’ordre
deux à un
tenseur d’ordre zéro; le tenseur
a été amputé d’une
covariance et d’une contravariance.
Prenons également l’exemple d’un tenseur
dont
les composantes mixtes sont une fois covariante et deux fois
contravariantes
(attention…
il ne s’agit pas d’une matrice tridimensionnelle mais simplement
de l’indication que les composantes de ce tenseur s’expriment à partir
de trois autres variables). Considérons certaines de
ses composantes telles que
, à savoir
les quantités
et
effectuons l’addition de ces dernières. Nous obtenons
alors:
(14.190)
Ces nouvelles quantités
forment
les composantes d’un tenseur
d’ordre
un (donc un vecteur!) et constituent
ce que nous appelons alors les "composantes
contractées" du
tenseur
et
satisfont bien évidemment aux relations de changement
de base (sur demande nous pouvons faire la démonstration
mais sachez qu’elle est similaire à celle que nous avions
faite pour les vecteurs). Nous sommes ainsi passé d’un
tenseur d’ordre trois à un
tenseur d’ordre un.
Ainsi, nous pouvons constater que l’idée sous-jacente de la contraction est de nous permettre de faciliter la résolution d’un problème purement mathématique et suivant la situation il peut être arrangeant d’élever ou de réduire l’ordre d’un tenseur. C’est souvent un choix qui se fait par tâtonnements en fonction d’un contexte précis ou qui découle naturellement d’un développement purement mathématique ou mathematico-physique (comme nous en verrons des exemples concrets plus loin).
Si nous partons d’un tenseur de composantes contravariantes
ou covariantes, nous pouvons abaisser/élever
un ou plusieurs des indices par multiplication (le cas échéant
répétée) par
ou
(métrique
diagonale unitaire et à signature positive: de type canonique) afin
d’obtenir des composantes mixtes sur lesquelles nous pourrons
ensuite effectuer des opérations de contraction.
Considérons un tenseur euclidien
de
composantes contravariantes
.
Si nous voulons effectuer une contraction sur ce tenseur, il nous faudra d’abord le transformer en un tenseur mixte. Cette transformation se fera à l’aide d’un tenseur fondamental.
Écrivons
en
composantes mixtes en
abaissant à la position covariante l’indice
par
exemple (cela revient donc à exprimer cette composante contravariante
en composante covariante). Alors:
(14.191)
Nous voyons bien que dans le cas présent pour descendre un indice contravariant dans un tenseur au moyen d’un tenseur fondamental, il faut d’abord aller rechercher dans les indices covariants du tenseur fondamental celui qui se retrouve en contravariant dans le tenseur d’origine et le remplacer à sa position (mais cette fois en covariance) par l’autre indice du tenseur fondamental (il en est de même lorsque l’on souhaite monter un indice dans le cas où l’on souhaiterait opérer une contraction sur un tenseur covariant).
Effectivement, rappelons que nous avons démontré que:
(14.192)
Maintenant que nous avons obtenu un tenseur à composantes
mixtes, nous pouvons très bien en plus contracter les
indices. Choisissons par exemple l’indice
et
effectuons la contraction avec l’indice
,
posons
(nous
ne nous intéressons plus alors qu’à certains termes
particuliers), il vient alors en écrivant toute la démarche
depuis le début:
(14.193)
Nous obtenons donc après abaissement de l’indice et contraction,
un tenseur d’ordre
.
Ainsi, nous verrons plus loins une exemple où nous contracterons un tenseur d’ordre 1 (une des composantes contravariantes des vecteurs de la base sphérique) ayant un indice déjà abaissé:
(14.194)
Remarques:
R1. La deuxième égalité de l’expression précédente est une notation abusive que l’on retrouve dans certains ouvrages (car rigoureusement il faudrait faire le calcul en deux étapes).
R2. Par
suite de la symétrie des quantités
(produit
scalaire est commutatif) ce dernier tenseur est identique à celui
que nous obtiendrions en abaissant à la position covariante
l’indice
puis
en effectuant la contraction de l’indice
avec
l’indice
.
Voyons cela :
La symétrie
prend
ici la forme :
(14.195)
(cela peut paraître déroutant mais rappelons-nous que le chiffre d’une composante i indique la place de cette composante)
Donc il vient :
(14.196)
et en posant
:
(14.197)
De manière générale, la contraction d’un tenseur permet donc
de former un tenseur d’ordre
à partir
d’un tenseur d’ordre p. Nous pouvons naturellement
répéter l’opération de contraction. Ainsi, un tenseur pair,
2p, deviendra un scalaire après p contractions
et un tenseur d’ordre impair,
,
deviendra un vecteur.
Nous pouvons étendre après cette définition de la contraction des indices, le critère de tensorialité. Nous avons vu jusqu’à maintenant, deux manières de reconnaître le caractère tensoriel d’une suite de quantités:
– la première consiste à démontrer que ces quantités sont formées par le produit tensoriel de composantes de vecteurs ou par une somme de produits tensoriels;
– la deuxième consiste à étudier la manière dont ces quantités se transforment lors d’un changement de base et à vérifier la conformité des relations de transformation;
– la troisième et nouvelle amène à poser que pour qu’un ensemble
de
quantités,
comportant p indices supérieurs et q indices
inférieurs soit tensoriel, il faut et il suffit que leur produit
complètement contracté par les composantes contravariantes
de p vecteurs quelconques et les composantes
covariantes de q vecteurs quelconques, soit une
quantité (la norme au fait…) qui demeure invariante par changement
de base.
Nous pouvons être confrontés en physique théorique à des tenseurs qui ont des propriétés intéressantes. Afin d’éviter de faire un travail redondant au cas par cas, nous allons énumérer et démontrer les différentes propriétés existantes et parler de leurs possibles implications.
Considérons un tenseur
d’ordre
deux de composantes contravariantes
.
Supposons que, suivant une base
,
toutes ces composantes satisfassent aux relations:
(14.198)
Sur une autre base
,
liée à la précédente par les relations de transformation connues,
les nouvelles composantes de
vérifient
la relation:
(14.199)
Nous voyons que la propriété
est
donc une caractéristique intrinsèque du tenseur
,
indépendante de la base ! Nous disons alors que le tenseur
est un "tenseur symétrique" (nous
reviendrons sur cette notion un peu plus loin).
La propriété de symétrie se vérifie également pour les composantes covariantes d’un tenseur symétrique puisque nous avons:
(14.200)
Réciproquement, la symétrie des composantes covariantes entraîne celle des composantes contravariantes.
Pour des tenseurs d’ordre plus élevé, la symétrie peut être
partielle, portant sur deux indices covariants ou deux indices
contravariants. Ainsi, un tenseur d’ordre quatre, de composantes
mixtes
peut être également
symétrique en i et j, par exemple,
soit:
(14.201)
Nous vérifions, de même que ci-dessus, qu’une telle propriété est intrinsèque.
Un tenseur est dit "tenseur complètement
symétrique" si toute transposition de deux indices
de même variance, change la composante correspondante en
elle-même. Par exemple, pour un tenseur d’ordre trois
,
complètement symétrique, nous avons les composantes suivantes
qui sont égales entre elles:
(14.202)
Des exemples de tenseurs compléments symétriques sont le tenseur
des contraintes
que
nous verrons lors de notre étude des équations de Navier-Stokes
en mécanique des fluides et les tenseurs des transformations
relativistes de Lorentz que nous verrons en mécanique relativiste.
Ces tenseurs sont alors dits aussi "tenseurs
totalement invariants" (sous-entendu par changement
de base).
Nous pouvons également (curiosité intéressante) obtenir une
représentation géométrique des valeurs des composantes d’un
tenseur symétrique d’ordre deux. Pour cela, considérons dans
l’espace géométrique ordinaire des coordonnées
,
l’équation suivante:
(14.203)
où, rappelons-le,
peut être
vu comme un produit tensoriel avec
et
où les
sont
des coefficients réels donnés. Supposons que
ces coefficients soient tels que:
(14.204)
L’équation précédente s’écrit alors:
(14.205)
Nous retrouvons ici l’équation d’une surface de second degré ou
quadrique similaire à celle du plan que nous avons vue en géométrie
plane. Nous savons par extension à la troisième dimension
que ces surfaces sont des ellipsoïdes ou hyperboloïdes, selon
les valeurs des quantités
.
Étudions comment se transforment les quantités
lorsque
nous effectuons un changement de coordonnées tel que:
et
(14.206)
L’équation de la quadrique s’écrit dans ce nouveau système de coordonnées:
(14.207)
d’où l’expression des coefficients dans le nouveau système d’axes:
(14.208)
Les coefficients
se
transforment donc comme les composantes covariantes d’un tenseur
d’ordre deux. Réciproquement, si les quantités
sont
les composantes d’un tenseur symétrique, ces composantes définissent
les coefficients d’une quadrique. Il existe donc une certaine équivalence
entre un tenseur symétrique et les coefficients d’une quadrique.
Nous dirons que l’équation de la quadrique est la "quadrique
représentative" du tenseur symétrique.
Nous savons de par notre étude des quadriques en géométrie plane (en étendant cela au cas tridimensionnel) que nous pouvons toujours trouver un système de coordonnées par rapport auquel l’équation d’une quadrique prend une forme plus simple:
(14.209)
Dans ce cas, les vecteurs de base sont portés par les axes
principaux de la quadrique. Dans ce système de coordonnées,
les composantes du tenseur
se
réduisent à:
(14.210)
et
pour
les autres composantes. Les quantités
sont
appelées les "composantes principales" du
tenseur
.
Si les quantités
sont
positives, la surface est un ellipsoïde, si deux quantités
sont strictement positives et la troisième strictement
négative,
nous avons un hyperboloïde à une nappe, si deux quantités
sont strictement négatives et la troisième positive,
nous avons un hyperboloïde à deux nappes (pour plus d’information
voir le chapitre de Géométrie Analytique).
La comparaison de l’expression de la quadrique obtenue précédemment avec l’équation classique:
(14.211)
où a, b, c sont les demi-axes d’un ellipsoïde montre que nous avons:
(14.212)
Lorsque les composantes contravariantes
d’un
tenseur d’ordre deux, vérifient les relations:
(14.213)
nous disons que le tenseur est un "tenseur antisymétrique" (il en va de même si les composantes sont covariantes). C’est une propriété intrinsèque du tenseur qui se démontre comme pour les tenseurs symétriques, au signe "-" près. Un tenseur contravariant d’ordre deux, vérifiant donc la relation suivante sera dit "tenseur symétrique" (nous l’avons déjà mentionné un paquet de fois dans les paragraphes précédents):
(14.214)
Et il en va de même si les composantes sont covariantes.
Un tenseur antisymétrique doit bien évidemment satisfaire au fait que ses composantes diagonales soient nulles telles que:
(14.215)
Si les composantes contravariantes d’un tenseur sont antisymétriques, ses composantes covariantes le sont également.
Un tenseur par exemple covariant d’ordre trois
sera
dit symétrique en i et k si pour toutes
les valeurs que peuvent prendre les indices, nous avons:
(14.216)
Ou encore le tenseur covariant
sera
dit antisymétrique en i et l si pour
toutes les valeurs que peuvent prendre les indices, nous avons:
(14.217)
Un tenseur
sera
partiellement antisymétrique si nous avons par exemple:
(14.218)
Il sera complètement antisymétrique si toute transposition d’indice de même variance change la composante correspondante en son opposée.
Tout tenseur
peut être
mis sous la forme d’une somme d’un tenseur symétrique et d’un
tenseur antisymétrique. Nous avons en effet:
(14.219)
Le premier terme de la somme ci-dessus est un tenseur symétrique et le second, un tenseur antisymétrique.
Considérons maintenant deux vecteurs
et
d’un
espace vectoriel
.
Formons les quantités antisymétriques suivantes (nous y trouvons
deux produits tensoriels):
(14.220)
où nous voyons immédiatement que les composantes
sont
celles d’un tenseur antisymétrique
.
La décomposition du vecteur
dans
la base
s’écrit:
(14.221)
Le tenseur
(noté ainsi
en analogie avec le produit vectoriel pour
)
est appelé le "produit extérieur" des
vecteurs
et
.
Nous disons encore que ce tenseur est un "bivecteur".
Le produit extérieur est donc un tenseur antisymétrique qui vérifie les propriétés suivantes:
P1. Anticommutativité:
,
il en résulte:
(14.222)
P2. Distributivité à gauche et à droite pour l’addition vectorielle:
(14.223)
P3. Associativité pour la multiplication par un scalaire:
(14.224)
P4. Les produits extérieurs:
(14.225)
constituent une base de l’ensemble des bivecteurs.
Démonstration:
Un tenseur antisymétrique
d’ordre
deux, élément de
,
peut s’écrire sous la forme:
(14.226)
Échangeant, dans la dernière somme de la relation
ci-dessus, le nom des indices et en tenant compte que
,
nous obtenons:
(14.227)
Les éléments:
(14.228)
sont linéairement indépendants puisque les vecteurs
le
sont également. Ces éléments constituent donc une base sur
laquelle les tenseurs antisymétriques peuvent être décomposés.
C.Q.F.D.
Le nombre de vecteurs
distinguables
est égal au nombre de combinaisons de vecteurs pris deux à deux
et distinguables parmi n tel que:
(14.229)
Effectivement parmi les
composantes, n composantes
sont nulles et les
autres
composantes ont des valeurs opposées deux à deux. Nous pouvons
donc considérer que la moitié de ces dernières suffit à caractériser
le tenseur.
Dans le cadre du produit tensoriel extérieur où nous avons:
(14.230)
le nombre de composantes distinguables est également de
et
elles sont appelées "composantes
strictes".
Nous remarquons que pour
,
le nombre de composantes strictes du produit extérieur de deux
vecteurs est aussi égal à trois. Ceci permet de former avec
les composantes du bivecteur, les composantes d’un produit
vectoriel
.
Ainsi, un produit vectoriel n’existe donc que pour un sous-espace de bivecteurs dont le nombre de dimensions est égal à 3 et dont les pré-images sont des tenseurs antisymétriques.
Si
toutes ces conditions sont satisfaites, nous disons que le
vecteur
constitue
le "tenseur adjoint" du
tenseur
.
Nous avons vu au début de notre étude du calcul tensoriel
la définition des composantes covariantes
du
tenseur fondamental, à savoir:
(14.231)
Ces quantités interviennent, nous le savons, dans
l’expression du produit scalaire de deux vecteurs
et
,
de composantes contravariantes
et
,
donné par la relation:
(14.232)
Utilisons le critère général de tensorialité pour mettre
en évidence le caractère tensoriel des
.
L’expression précédente est un produit complètement contracté des
quantités
avec
les composantes contravariantes
d’un tenseur
arbitraire. Comme le produit scalaire est une quantité invariante
(en l’occurrence un scalaire) par rapport aux changements
de base, il en résulte que les
quantités
sont
les composantes covariantes d’un tenseur.
Ce tenseur est de plus symétrique par suite de la propriété de symétrie du produit scalaire des vecteurs de base telle que:
(14.233)
Nous avons de même pour les composantes contravariantes du tenseur fondamental:
(14.234)
Si nous notons
les
composantes mixtes du tenseur fondamental à lui-même:
(14.235)
avec évidemment dans la base canonique:
(14.236)
Les notions classiques de système de coordonnées peuvent être
généralisées à des espaces ponctuels (voir le chapitre traitant
des Principes) à n dimensions. Nous appelons "système
de coordonnées" dans
(espace
ponctuel à n dimensions donc), tout mode de
définition d’un point M dans le système considéré.
Pour un système donné de coordonnées (cartésiennes, sphériques, cylindriques, polaires…), nous appelons "ligne de coordonnées" le "lieu" des points M lorsqu’une seule coordonnée varie, les autres étant égales à des constantes.
Etudions tout d’abord la généralisation d’un système de coordonnées relatives à un repère fixe (nous conseillons vivement au lecteur d’avoir lu au préalable la partie traitant des systèmes de coordonnées dans le chapitre de Calcul Vectoriel et la partie traitant du formalisme lagrangien dans le chapitre Principes).
Considérons un espace ponctuel
et
un repère
de
cet espace. Soit
les
coordonnées rectilignes d’un point M de
par
rapport à ce repère. Un système de coordonnées quelconque
,
,
est obtenu en se donnant n fonctions arbitraires
des
paramètres
,
telles que:
(14.237)
Nous supposerons par la suite que ces n fonctions satisfont aux trois propriétés suivantes:
P1. Elles sont de classe supérieure ou égale à
(dérivables
au moins deux fois pour les besoins de la physique). Cette
hypothèse implique, en tout point où elle est satisfaite,
que nous avons la permutabilité des dérivations
(par rapport aux deux dérivations):
(14.238)
P2. Ces fonctions sont telles que nous pouvons résoudre
le système des n équations de changement de
système de coordonnées par rapport aux variables
et
les exprimer en fonction des
,
soit:
(14.239)
toujours avec
.
P3. Lorsque les variables
varient
dans un domaine
,
les variables
varient
dans un domaine
.
Le jacobien des fonctions
,
défini par:
(14.240)
sera supposé différent de zéro dans
le domaine
(ainsi
que le jacobien
des
fonctions
) et
est l’inverse du jacobien de
.
Si les jacobiens existent, ils sont non nuls comme conséquence
en premier lieu de la deuxième propriété ci-dessus
et implicitement de la première.
Si nous fixons
paramètres
en
faisant varier un seul paramètre,
par
exemple, nous obtenons les coordonnées
d’un
ensemble de points M de
qui
constituent une "ligne de coordonnées".
En général, les lignes de coordonnées
ne sont pas des droites mais des courbes; ces coordonnées
sont
appelées pour cette raison des "coordonnées
curvilignes". En un point M de
se
croisent d’ailleurs n lignes de coordonnées.
Nous démontrons en mécanique analytique, lors de l’étude
des espaces ponctuels, que les dérivées et les différentielles
d’un vecteur
de
sont
indépendantes du point O d’un repère donné.
Si
est
rapporté à un système de coordonnées curvilignes
,
nous écrivons:
(14.241)
Exemple:
Un exemple de coordonnées curvilignes
,
où chaque
est
une fonction uniforme des coordonnées rectilignes
,
les
étant
de plus des fonctions continues au point courant M,
est celui des coordonnées sphériques où nous
avons (cf.
chapitre de Calcul Vectoriel):
(14.242)
Rappelons aussi que lors de notre étude du système de coordonnées sphériques en calcul vectoriel nous avions obtenu:
(14.243)
Ainsi, nous voyons bien cette dépendance sous l’expression des relations suivantes:
(14.244)
Dans un espace non-euclidien, nous ne pouvons définir
une base valable sur tout l’espace. Ainsi, nous construisons
une base en chaque point séparément et pour
cela, nous utilisons bien les coordonnées curvilignes
telles qu’en chaque point M,
les vecteurs de base
sont
tangents à la ligne de coordonnées correspondante
via
la relation donnée plus haut:
(14.245)
Soient maintenant
les
coordonnées curvilignes du point M par
rapport à un repère cartésien
.
Dans ce repère, nous avons bien évidemment:
(14.246)
où les coordonnées cartésiennes sont des fonctions
.
Le vecteur
a
donc pour expression:
(14.247)
A partir des composantes
du
vecteur
,
nous pouvons former un déterminant
qui
est précisément le jacobien des fonctions
que
nous avions défini précédemment. Puisque ce déterminant
est différent de zéro (du moins imposé tel quel), il en résulte
que les n vecteurs
sont
linéairement indépendants.
Ces n vecteurs, définis par la relation:
(14.248)
sont appelés la "base
naturelle" au
point M de l’espace vectoriel
.
Ils sont colinéaires aux tangentes des n lignes
coordonnées qui se coupent au point M où ils
sont définis.
Nous n’insisterons pas sur le fait évident qu’à tout système de coordonnées curvilignes est associé un repère naturel dont la base est exprimée par ces mêmes coordonnées (cf. chapitre de Calcul Vectoriel).
Exemple:
En coordonnées sphériques, les vecteurs de la base naturelle sont ceux que nous avons obtenus lors de notre étude du système de coordonnées sphériques dans le chapitre de Calcul Vectoriel et qui sont orthogonaux mais non orthonormés.
Associons au point M de
un
repère formé par le point M et par les vecteurs
de la base naturelle. Ce repère est appelé le "repère
naturel" en M du système de coordonnées
.
Il sera noté:
ou
(14.249)
La différentielle du vecteur
s’exprime
alors sous la forme:
(14.250)
Les quantités
constituent
les composantes contravariantes du vecteur
dans
le repère naturel
du
système de coordonnées
.
Considérons maintenant deux systèmes quelconques de coordonnées
curvilignes
et
,
liées entre elles par les relations:
(14.251)
où les fonctions
sont
supposées plusieurs fois continument dérivables par rapport
aux
et
de même pour les fonctions
par
rapport aux coordonnées
.
Lorsque nous passons d’un système de coordonnées à un
autre, nous disons que nous effectuons un "changement
de coordonnées curvilignes".
Nous avons vu en relativité générale que le carré de la
distance
entre
deux points M et M‚ infiniment
proches est donné par la relation:
(14.252)
où les
sont
les composantes du vecteur
,
rapportées à un repère fixe d’un espace ponctuel
.
Lorsque cet espace est rapporté à un système de coordonnées
curvilignes
,
nous avons vu que la relation:
(14.253)
montre que le vecteur
a
pour composantes contravariantes les quantités
par
rapport au repère naturel
.
Le carré de la distance
s’écrit
alors dans le repère naturel:
(14.254)
où les quantités
sont
les composantes du tenseur fondamental ou du tenseur métrique
définies à l’aide d’une base naturelle. L’expression précédente
s’appelle "l’élément linéaire
de l’espace ponctuel"
ou
encore la "métrique" de
cet espace.
Les vecteurs
du
repère naturel varient en général d’un point un autre. C’est
le cas, par exemple, des coordonnées sphériques dont les
quantités
(nous
le démontrerons de suite après) sont variables !!
Une courbe
de
peut être
définie par la donnée des coordonnées curvilignes
du
lieu des points
en
fonction d’un paramètre
.
La distance élémentaire ds sur cette courbe
s’écrit
alors:
(14.255)
Déterminons la base naturelle de l’espace vectoriel
associé à l’espace
ponctuel
de
la géométrie ordinaire, en coordonnées
sphériques. Ecrivons
l’expression des vecteurs
dans
un repère cartésien fixe
qui
est par définition (voir le chapitre de Calcul Vectoriel
pour plus de détails):
(14.256)
Les vecteurs de la base naturelle étant donnés par:
(14.257)
Nous avons ainsi:
(14.258)
La dérivée de
par
rapport à
donne
le vecteur
:
(14.259)
La dérivée par rapport à
donne
le vecteur
:
(14.260)
Ces trois vecteurs sont orthogonaux entre eux ainsi que
nous le vérifions aisément en effectuant les
produits scalaires
.
Lorsqu’il en est ainsi, nous disons que les coordonnées
sont des "coordonnées curvilignes
orthogonales" (cf. chapitre
de Géométrie Différentielle).
Nous retrouvons donc bien le même résultat que dans le chapitre de Calcul Vectoriel.
Ces vecteurs ne sont cependant pas tous normés, puisque nous avons:
(14.261)
Le repère naturel, en coordonnées sphériques,
est donc formé par
des vecteurs variables en direction et en module en chaque
point de M. Les quantités
constituent
un exemple de tenseur métrique attaché à chacun
des points M de
l’espace
.
L’élément linéaire du plan est donné par (les détails des calculs peuvent être trouvés dans le chapitre de Relativité Générale):
(14.262)
Déterminons la base naturelle de l’espace vectoriel
associé à l’espace
ponctuel
de
la géométrie ordinaire, en coordonnées
polaires. Ecrivons l’expression des vecteurs
dans
un repère fixe cartésien
qui
est par définition (voir le chapitre de Calcul Vectoriel
pour plus de détails):
(14.263)
Les vecteurs de la base naturelle étant donnés par:
(14.264)
Nous avons:
(14.265)
La dérivée de
par
rapport à
donne
le vecteur
:
(14.266)
Ces deux vecteurs sont orthogonaux entre eux ainsi que nous
le vérifions aisément en effectuant les produits
scalaires
.
Nous retrouvons donc bien le même résultat que dans le chapitre
de Calcul Vectoriel.
Nous avons:
(14.267)
L’élément linéaire du plan est alors donné par (cf. chapitre de Relativité Générale):
(14.268)
Déterminons la base naturelle de l’espace vectoriel
associé à l’espace
ponctuel
de
la géométrie ordinaire, en coordonnées
cylindriques. Écrivons l’expression des vecteurs
dans
un repère fixe cartésien
qui
est par définition (voir le chapitre de Calcul Vectoriel
pour plus de détails):
(14.269)
Les vecteurs de la base naturelle étant donnés par:
(14.270)
Nous avons:
(14.271)
La dérivée de
par
rapport à
donne
le vecteur
:
(14.272)
et enfin:
(14.273)
Ces trois vecteurs sont orthogonaux entre eux ainsi qu’on
le vérifie aisément en effectuant les produits
scalaires
.
Nous retrouvons donc encore une fois le même résultat
que dans le chapitre de Calcul Vectoriel.
Nous avons:
(14.274)
L’élément linéaire du plan est alors donné par (cf. chapitre de Relativité Restreinte):
(14.275)
L’étude des champs de tenseurs constitue, pour le physicien,
l’essentiel de l’analyse tensorielle. Le tenseur générique
de
ce champ est une fonction du point M et nous le
notons:
(14.276)
Si le tenseur
est
une fonction seulement de M, le champ considéré est
appelé un "champ fixe".
Si
est,
en outre, une fonction d’un ou plusieurs paramètres
autres
que les coordonnées de M, nous disons alors que
ce champ est variable et nous le notons:
(14.277)
Les différentes opérations algébriques sur les tenseurs
associés à un
même point M ne soulèvent pas de difficulté particulière.
La dérivée de
par
rapport à un paramètre
conduit à utiliser
les résultats classiques relatifs à la dérivation des vecteurs.
Cependant, une difficulté apparaît lorsque nous cherchons à calculer
la dérivée d’un tenseur
par
rapport aux coordonnées curvilignes. En effet, les composantes
du tenseur sont définies en chaque point M par
rapport à un repère naturel qui varie d’un point à un autre.
Par suite, le calcul de la variation élémentaire, appelée "transport élémentaire":
(14.278)
lorsque nous passons d’un point M à un point
infiniment voisin M ‚ ne peut se faire que
si nous avons recours à une même base. Pour pouvoir comparer
l’un à l’autre les tenseurs
et
,
nous sommes amenés à étudier comment varie
un repère naturel,
pour un système de coordonnées donné,
lorsque nous passons d’un point M au point
infiniment voisin M ‚.
Pour un système de coordonnées curvilignes
donné d’un
espace ponctuel
un
problème fondamental de l’analyse tensorielle consiste
donc à déterminer,
par rapport au repère naturel
au
point M, le repère naturel
au
point infiniment voisin M ‚. Nous disons alors que
nous recherchons une "connexion
affine".
D’une part, le point M‚ sera parfaitement
défini par rapport à M si nous déterminons
le vecteur
tel
que
.
Pour des coordonnées curvilignes
,
la décomposition d’un vecteur élémentaire
est
donnée par la relation que nous avons démontrée précédemment:
(14.279)
les quantités
étant
les composantes contravariantes du vecteur
sur
la base naturelle
.
D’autre part, les vecteurs
vont
pouvoir être déterminés en calculant les variations élémentaires
des
vecteurs
,
par rapport au repère naturel
,
lorsque nous passons de M en M ‚;
nous avons alors:
(14.280)
Le calcul des vecteurs
reste
alors le problème essentiel à résoudre.
Nous allons tout d’abord étudier un exemple de ce
type de calcul en coordonnées
sphériques.
Pour cela, reprenons l’expression des vecteurs
de
la base naturelle en coordonnées sphériques, soit:
(14.281)
Les vecteurs de base
du
repère fixe cartésien étant constants en module et en direction,
la différentielle du vecteur
s’écrit:
(14.282)
Nous remarquons que les termes entre parenthèses représentent
respectivement les vecteurs
et
,
d’où:
(14.283)
Nous calculons de même, en différentiant les vecteurs
:

(14.284)
Avec:
(14.285)
nous avons:
(14.286)
Donc finalement:
(14.287)
Et:
(14.288)
Après quelques opérations algébriques élémentaires et très pertinentes (…), nous arrivons à:
(14.289)
Les différentielles
sont
ainsi décomposées sur la base naturelle
.
Si nous notons
,
les composantes contravariantes du vecteur
,
celui-ci s’écrit:
(14.290)
Les composantes
du
vecteur
sont
des formes différentielles (combinaisons linéaires
de différentielles).
Nous avons, par exemple:
(14.291)
Si nous notons de manière générale
les
coordonnées sphériques, nous avons:
(14.292)
Les différentielles des coordonnées sont alors notées:
(14.293)
et les composantes
s’écrivent
alors de manière générale:
(14.294)
où les quantités
sont
des fonctions de
qui
vont être explicitement obtenues en identifiant chaque composante
.
Par exemple, la composante
s’écrit
avec la notation de la relation précédente:
(14.295)
Identifiant les coefficients des différentielles, il vient:
(14.296)
En procédant de même avec les neuf composantes
,
nous obtenons les vingt-sept (…) termes
dont
les calculs détaillés pour les 27 sont
donnés
beaucoup plus bas dans le texte. Pour un système
de coordonnées
curvilignes quelconques, ces quantités
sont
appelées les "symboles
de Christoffel de deuxième espèce" ou
encore "fonctions
euclidiennes de connexion affine".
Ainsi, pour un espace ponctuel
et
un système de coordonnées curvilignes
quelconque,
la différentielle
des
vecteurs
de
la base naturelle s’écrit sur cette base:
(14.297)
Nous venons de voir, sur l’exemple des coordonnées sphériques,
qu’un calcul direct permet, par identification, d’obtenir
explicitement les quantités
.
Nous allons voir que nous pouvons également obtenir l’expression
de ces quantités en fonction des composantes
.
Le calcul des quantités
en
fonction des
va
nous amener à introduire d’autres symboles de Christoffel.
Pour cela, écrivons les composantes covariantes, notées
,
des différentielles
,
soit:
(14.298)
Les composantes covariantes sont également des combinaisons
linéaires des différentielles
que
nous pouvons écrire sous la forme:
(14.299)
Les quantités
sont
appelées les "symboles de Christoffel
de première espèce".
Nous voyons très bien en parcourant à nouveau les définitions des symboles de Christoffel que:
1. Pour ce qui est des symboles de 2ème espèce, ils sont symétriques par rapport à leurs indices inférieurs et donc si la métrique est symétrique, nous avons:
(14.300)
2. Pour ce qui est des symboles de 1ère espèce, ils sont aussi symétriques par rapport à leurs indices extrêmes si la métrique est symétrique:
(14.301)
Effectivement (suite à la demande d’un lecteur), puisque nous avons:
(14.302)
Il vient alors:
(14.303)
et en permutant les indices i et j:
(14.304)
L’identification terme à terme du développement sur un cas concret des deux dernières relations donnera (forcément) l’égalité:
(14.305)
que nous voulions prouver.
Puisque les composantes covariantes sont liées aux composantes contravariantes par les relations (contraction des indices):
(14.306)
nous obtenons l’expression liant les symboles de Christoffel de chaque espèce:
(14.307)
Inversement:
(14.308)
– Symboles de première espèce:
(14.309)
– Symboles de deuxième espèce:
(14.310)
Considérons maintenant un espace ponctuel
et
soit un élément linéaire
donné de
cet espace:
(14.311)
Partant de:
(14.312)
nous obtenons par différenciation:
(14.313)
En y injectant l’expression des différentielles
cela
nous
donne:
(14.314)
où le terme
représente
la composante mixte du
vecteur
.
On peut rendre cette composante covariante en la prémultipliant
par le tenseur métrique
de
manière à former
quantité que
l’on pourra à son tour
exprimer au moyen des symboles de Christoffel comme suit:
(14.315)
substituant la relation
dans
l’expression précédente (les indices utilisés
dans cette relation ne sont pas ceux de l’expression
en cause, mais mutatis mutandis cela revient
au même), nous obtenons alors:
(14.316)
La différentielle
s’écrit
alors:
(14.317)
D’autre part, la différentielle de la fonction
s’écrit également:
(14.318)
d’où en identifiant les coefficients des différentielles
dans
ces deux dernières expressions (beaucoup plus bas
dans le présent chapitre, il y a un exemple détaillé de toutes
les relations qui vont suivre avec plusieurs systèmes de
coordonnées):
(14.319)
Relation que le lecteur pourra (s’il doute) vérifier avec les exemples pratiques détaillés qui se trouvent bien plus bas.
Comme nous avons (dans le cas pour rappel d’une métrique symétrique):
(14.320)
où il est fortement recommandé au lecteur de se rappeler pour la suite que la permutation des indices respectant cette dernière relation ne fonctionne, en général, que sur les indices extrêmes.
Nous pouvons donc écrire l’avant-dernière relation:
(14.321)
puis en effectuant une permutation circulaire sur les indices (donc il ne s’agit pas d’une permutation des indices extrêmaux!), nous obtenons:
(14.322)
En effectuant la somme:
(14.323)
et en retranchant:
(14.324)
En simplifiant il vient:
(14.325)
d’où:
(14.326)
C’est l’expression des symboles de Christoffel de première
espèce en fonction des dérivées partielles
des composantes
du
tenseur fondamental. Nous comprenons ainsi pourquoi dans
un référentiel localement inertiel (du type
Minkowski) les symboles de Christoffel sont tous nuls (étant donné que
la métrique est constante).
Nous obtenons ceux de deuxième espèce à partir de la relation (par définition) suivante souvent appelée "théorème fondamental de la géométrie riemannienne" ou "connexion de Levi-Civita":
(14.327)
Les deux dernières expressions encadrées ci-dessus
permettent le calcul effectif des symboles de Christoffel
pour une métrique
donnée
(d’où un énorme gain en calculs). Lorsque les quantités
sont
données a priori, nous pouvons ainsi étudier
les propriétés
de l’espace ponctuel défini par la donnée de
cette métrique,
ce qui est le cas des espaces de Riemann que nous verrons
plus loin.
Exemple:
Proposons-nous de calculer les
correspondant
au système de coordonnées polaires (ce sera
déjà suffisamment
long…) dans le plan que nous noterons cette fois-ci (contrairement
au chapitre de Calcul Vectoriel) en notation indicielle:
avec
(14.328)
Nous allons calculer les symboles de Christoffel à partir de notre dernière relation:
(14.329)
Occupons-nous de déterminer les composantes de la
métrique.
Au fait, elles sont les mêmes que celles que nous avions
calculées pour les coordonnées cylindriques
plus haut à la
différence normalement évidente que
n’existe
pas. Dès lors, nous avons:
(14.330)
Calculons alors les
.
Dans cet exemple c’est assez trivial, il suffit d’appliquer
la relation démontrée au début de ce
chapitre:
(14.331)
Nous avons alors immédiatement:
(14.332)
Maintenant développons l’écriture de symboles de Christoffel pour ces coordonnées:
(14.333)
d’où en raison des propriétés de symétrie:
(14.334)
De même:
(14.335)
En résumé:
(14.336)
Avant de lire ce qui va suivre… je tiens à rappeler au lecteur que la rédaction de ce chapitre n’est pas terminée! Ainsi, il me faut encore illustrer les notions abstraites qui vont suivre par des exemples pratiques concrets!
Ceci étant dit, nous avons donc vu dans le chapitre de Relativité Générale
que les géodésiques sont les distances les
plus courtes entre deux points dans n’importe quel type d’espace.
Ce qui va nous intéresser maintenant, c’est d’étudier
les variations d’un vecteur au cours d’un tel déplacement.
Rappelons d’abord que l’équation des géodésiques
pour un système de coordonnées curvilignes
quelconque
de
l’espace ponctuel
(cf.
chapitre des Principes) est donnée par (cf.
chapitre de Relativité Générale):
(14.337)
Considérons maintenant un vecteur
de
de
composantes covariantes
et
formons le produit scalaire des vecteurs
et
(ce
dernier vecteur, noté directement ici de manière
abusive avec les indices, donne les composantes tangentes à la
géodésique sur laquelle circule le premier
vecteur), nous avons alors la quantité suivante:
(14.338)
Lors d’un déplacement le long de la géodésique, d’un point M à un point infiniment voisin M‚, le scalaire subit la variation:
(14.339)
et comme:
![]()
(14.340)
d’où:
(14.341)
Remplaçons dans cette dernière expression,
d’une part la différentielle de
par
sa différentielle totale exacte:
(14.342)
et d’autre part, la dérivée seconde
par
son expression tirée de l’équation des géodésiques.
Nous obtenons:
(14.343)
qui peut encore s’écrire:
(14.344)
où nous avons posé:
(14.345)
qui sont par définition les différentielles
absolues des composantes covariantes du vecteur
.
Nous définissons également la "dérivée
covariante" (appelée également „connexion„)
par la relation:
(14.347)
faisant donc usage du „;“ pour noter la dérivée covariante et de la „,“ pour différentielle partielle.
Puisque la dérivée du produit de deux fonctions est la somme des dérivées partielles, nous avons alors aussi:
(14.348)
Si nous posons
alors
nous avons (résultat que nous utiliserons après
avoir démontré le théorème de
Ricci pour déterminer plus loin le tenseur d’Einstein
nécessaire
dans le chapitre de Relativité Générale):
(14.349)
En coordonnées curvilignes, pour que la différentielle
d’un vecteur soit un vecteur, il faut que les deux vecteurs
dont nous prenons la différence se trouvent en un
même point de l’espace. En d’autres termes, il faut
transporter, d’une manière ou d’une autre, l’un des
deux vecteurs infiniment voisins au point où se trouve
le second et , seulement après faire la différence
des deux vecteurs qui se trouvent maintenant en un seul et
même point de l’espace. L’opération de transport
parallèle doit être définie de telle
sorte qu’en coordonnées cartésiennes (pour
le petit exemple), la différence des composantes coïncide
avec la différence ordinaire
.
Ainsi, nous avons bien en coordonnées cartésiennes:
(14.350)
puisque dans ce système:
.
Ainsi, en coordonnées curvilignes la différence
des composantes des deux vecteurs après le transport
de l’un d’entre eux au point où se trouve l’autre
est notée
telle
que nous ayons:
(14.351)
Ceci nous amène à:
(14.352)
Mais aussi à écrire le principe de moindre action (principe variationnel) sous la forme tensorielle:
(14.353)
Considérons maintenant un tenseur d’ordre deux, produit de deux tenseurs d’ordre un tel que (nous l’avons vu lors de notre étude des compositions de tenseurs):
(14.354)
Donc:
(14.355)
d’où (nous sortons les deux dernières égalités juste pour l’esthétique!):
(14.356)
Ce qui nous amène à pouvoir écrire la métrique sous sa forme variationnelle appelée "identité de Ricci":
Mais nous avons aussi puisque
:
(14.358)
d’où l’identité:
(14.359)
Avec les deux relations:
et
(14.360)
et la différentielle absolue (qui se généralise simplement pour un tenseur d’ordre deux):
(14.361)
Nous avons:
(14.362)
Or, rappelons que nous avons par définition:
et
(14.363)
Donc finalement:
(14.364)
La différentielle absolue sur une géodésique dans l’approximation d’un transport infinitésimal du tenseur fondamental est donc (comme nous pouvions nous y attendre) nulle. C’est le „théorème de Ricci„. Certains physiciens théoriciens disent dès lors que „la dérivée covariante tue la métrique“ dans le sens où la métrique ne change pas sur un différentiel d’espace.
Finalement, nous voyons aussi que pour un tenseur d’ordre deux (la métrique en particulier) nous avons:
(14.365)
Nous pouvons donc écrire la différentielle absolue qui dans ce cas particulier est nulle:
(14.366)
et donc la dérivée covariante de la métrique est bien nulle:
(14.367)
et
(14.368)
et qu’il s’agit d’une autre manière d’exprimer qu’une variation infinitésimale sur une géodésique selon le principe de moindre action tue la métrique. Nous allons donc travailler à partir de maintenant (comme avant déjà) avec des équations différentielles non nécessairement linéaires qu’il faudra intégrer pour trouver le comportement de la matière dans un espace donné.
Déterminons maintenant une expression qui nous sera très utile en relativité générale lorsque nous déterminerons l’équation d’Einstein des champs (une autre manière d’exprimer que la dérivée covariante de la métrique est nulle):
Effectuons la multiplication contractée de:
(14.369)
par
,
il vient alors en utilisant la relation
(que
nous avions démontrée beaucoup plus haut) que:
(14.370)
d’où la relation:
(14.371)
Les quantités
et
représentant
les mêmes sommes, nous avons alors:
(14.372)
(14.373)
Démonstration:
Soit une variable quelconque
que nous choisissons ici être
le temps t uniquement pour simplifier les notations
des calculs qui vont suivre. Lorsque la partie principale
du développement sera achevée, le résultat
peut être adapté à toute autre variable.
Nous noterons pour la suite
les éléments
de la j-ème colonne de
.
Pour les développements qui vont suivre, nous définissons les notations:
(14.374)
La règle de dérivation d’un déterminant fonctionnel est (cf. chapitre d’Algèbre Linéaire):
(14.375)
En considérant le premier déterminant, en faisant appel aux mineurs pour le développement de sa première colonne:
(14.376)
Pour le j-ème déterminant, il vient:
(14.377)
Soit:
ou
(14.378)
Or, nous avons démontré bien plus haut que le tenseur métrique est son propre inverse. Donc
(14.379)
Ce qui nous permet d’écrire:
(14.380)
et donc:
(14.381)
Ce qui s’écrit également (suite aux conventions définies au début de la démonstration):
(14.382)
où le lecteur doit donc prendre garde à ne pas mal lire
en pensant typiquement que la dérivée dans le terme de droite
dérive tout… alors qu’il ne dérive que
.
Nous pouvons adopter cependant une autre variable. Soit h cette autre variable:
(14.383)
Soit en réarrangeant:
(14.384)
C’est ce que nous voulions (devions) démontrer.
C.Q.F.D.
Maintenant en combinant:
(14.385)
démontré plus haut et le résultat que nous venons de démontrer:
(14.386)
il vient:
(14.387)
Nous avons donc:
(14.388)
Montrons qu’il est possible de dériver cette dernière relation de l’égalité importante suivante:
(14.389)
Effectivement:
(14.390)
Cette relation ne veut pas dire grand-chose tant que nous n’en ferons pas un usage plus explicite lors de notre étude de la relativité générale (cf. chapitre de Relativité Générale).
Soit maintenant à déterminer la dérivée covariante seconde du tenseur métrique. Rappelons-nous avant d’aller plus loin (car c’est important) que nous avions obtenu:
(14.391)
Rappelons que nous avons démontré plus haut que:
(14.392)
Cette relation exprime sauf erreur de la part du rédacteur de ces lignes…. la dérivée covariante d’un tenseur d’ordre deux – tel que la métrique – sur un chemin géodésique dans deux directions parallèles (la dérivée covariante seconde permettant de créer la „perpendiculaire géodésique“ entre les deux géodésiques infiniment proches de la dérivée covariante première). Nous appelons un tel déplacement: un „transport parallèle„.
En y substituant:
(14.393)
Nous avons alors:
(14.394)
Permutons maintenant les indices j et k dans l’expression précédente pour avoir une différentielle par rapport à un autre chemin:
(14.395)
En admettant que les composantes vérifient les propriétés
classiques
,
nous obtenons par soustraction des deux expressions précédentes:
(14.396)
et puisque nous avons démontré que dans le cas d’une métrique symétrique nous avions:
(14.397)
Nous avons donc:
(14.398)
Remarque: Le fait d’avoir dans le
cas d’une métrique symétrique
et
qui s’annule dans la relation précédent, amène
de nombreux praticiens à définir ce que nous
appelons le "tenseur
de torsion" ou "torseur" (mais en réalité il
s’agit d’un cas particulier d’une relation plus générale
qui appartient au domaine de la géométrie
différentielle). Ainsi, nous définissons
le tenseur de torsion comme:
(14.399)
et dans le cas d’une métrique symétrique (espace euclidien), la torsion est par extension nulle! En réalité, l’équation d’Einstein des champs que nous démontrerons plus loin supposera implicitement une métrique symétrique à torsion nulle. Cependant, il est possible de démontrer qu’un tenseur non symétrique peut toujours être décomposé en un tenseur symétrique et non symétrique (c’est trivial car c’est comme séparer une matrice complète en la somme d’une matrice ayant une diagonale seule et une autre matrice ayant la diagonale nulle).
Il reste alors:
(14.400)
Comme le transport parallèle se fait sur des chemins de géodésiques infiniment proches, nous prenons la limite:
(14.401)
ce qui sous-tend surtout le fait que le champ de vitesse est quasi égal en deux points parallèles infiniment proches.
Il reste alors:
(14.402)
Cette relation exprime le fait que, comme la gravité, la courbure de l’espace-temps cause une accélération mutuelle entre les géodésiques. De plus, il est facile de constater, que l’accélération mutuelle entre les géodésiques est nulle si les tenseurs de Riemann-Christoffel sont nuls (typiquement en coordonnées cartésiennes, in extenso cela signifie pour un espace-temps plat). C’est exactement ce que nous attendons de la gravité: si nous n’observons aucune accélération, la courbure (nous allons de suite définir ce que c’est) est nulle et si la courbure est nulle, nous n’observons aucune accélération. Morale de l’histoire: la gravité est courbure et la courbure est gravité!!
Nous voyons que la quantité entre parenthèses est un tenseur d’ordre quatre que nous noterons sur ce site (car il y a plusieurs traditions dans la manière de le noter…):
(14.403)
et qui résume à lui seul le transport parallèle
et le fait que gravité et géométrie
de l’espace sont liées ensemble. Évidemment,
si la métrique est de type Minkowski (ou tend vers
une métrique
de Minkowski dans certaines conditions),
est
alors nul!!! De très rares auteurs notent cette dernière
égalité sous la forme (malheureuse….):
(14.404)
Le tenseur
est
appelé „tenseur de Riemann-Christoffel“ ou „tenseur
de l’espace Riemannien„. La courbure d’un espace Riemannien
peut aussi être caractérisée à l’aide
de ce tenseur.
Si nous multiplions le tenseur
par
,
nous avons alors les données covariantes de ce tenseur
telles que:
(14.405)
et soient les relations suivantes que nous avions démontrées:
(14.406)
Dès lors, il vient:
(14.407)
et remplaçons les quantités
par
.
Nous obtenons alors:
(14.408)
Nous avions aussi démontré que:
(14.409)
D’où:
(14.410)
et comme:
(14.411)
Nous avons:
(14.412)
et nous avions aussi démontré que:
![]()
d’où:
(14.413)
et en les reportant dans l’avant-dernière relation, nous obtenons:
(14.414)
Nous avons donc finalement pour l’expression covariante du tenseur de Riemann-Christoffel:
(14.415)
Il convient de remarquer que le tenseur de Riemann-Christoffel est donc antisymétrique:
(14.416)
et que dans la parenthèse de la relation antéprécédente, nous n’avons que des dérivées partielles doubles alors qu’en dehors de la parenthèse les symboles de Christoffel ne contiennent que des dérivées partielles simples!
Enfin, la permutation en bloc des indices ij et rs nous
donne, par suite de la symétrie des
et
en invertissant leur ordre de dérivation:
(14.417)
Effectuons maintenant une permutation circulaire sur les indices j, r, s dans l’expression (obtenue juste un peu plus haut):
(14.418)
il vient:
et nous avons alors (c’est très simple à contrôler en sommant les trois lignes ci-dessus):
L’identité précédente est appelée „première identité de Bianchi“ ou également "identité de Bianchi algébrique" et elle met en évidence la propriété de cyclicité du tenseur. En réalité, nous ne devrions pas parler d’identité puisqu’elle est vérifiée uniquement (du moins à ma connaissance) dans le cas d’un tenseur métrique symétrique (sinon quoi la torsion n’est pas nulle pour rappel!).
Le lecteur observera qu’il est immédiat que cette dernière relation est satisfaite dans le cas de la métrique de Minkowski puisque si en tout point la dérivée partielle de la métrique est nulle nous avons:
Et nous verrons dans le chapitre de Relativité Générale que cette première identité servira de base à la construction de la métrique de Schwarzschild.
Si la métrique est de type Minkowski (nous changeons les notations des indices afin d’être plus conforme aux écritures habituelles en relativité générale) alors il est immédiat que nous avons aussi:
(14.422)
Mais dans le cas où la métrique n’est pas du type Minkowski, cette dernière relation peut être satisfaite et a un intérêt que si et seulement si la métrique choisie est décomposable en série de Taylor dont les dérivés partielles premières sont nulles en 0 (cf. chapitre de Géométrie Différentielle lors de notre étude.
Relation qui ne serait valable que dans le cas d’un système localement inertiel où tous les symboles de Christoffel s’annulent mais pas leurs dérivées.
Par extension:
(14.423)
Rappelons qu’implicitement, cette relation (appelée "deuxième identité de Bianchi" ou "identité de Bianchi différentielle") exprime toujours simplement (si l’on peut dire…) le fait que gravité et géométrie de l’espace sont liées ensemble.
Avant de voir les conséquences de l’identité de Bianchi, nous avons besoin de définir le "tenseur de Ricci":
(14.424)
qui est donc simplement la contraction des premier et troisième indices du tenseur de Riemann-Christoffel que nous avions donné plus haut:
(14.425)
en d’autres termes c’est juste une notation plus condensée… et puis les lettres pour les indices supérieurs ou inférieurs ainsi que la présence de la virgule sont au libre choix de celui qui écrit (en fonction de l’humeur et surtout si le contexte permet d’éviter toute confusion).
Par exemple avec le tenseur de Riemann-Christoffel que nous venons de donner le tenseur de Ricci pourrait en fonction de l’humeur s’écrire des deux manières suivantes (nous gardons les indices avec les lettres latines):
(14.426)
D’autres contractions d’autres indices
pourraient aussi être
possibles mais parce que
est
antisymétrique sur
et
alors
la contraction sur ces indices reviennent à avoir
.
De manière similaire, nous définissons le "scalaire de Ricci" (aussi parfois appelé "scalaire de Riemann") par la relation:
(14.427)
qui possède les propriétés suivantes:
– Si l’espace est plat, le scalaire de Ricci est nul
– Si l’espace est courbé comme une sphère, le scalaire de Ricci est positif
– Si l’espace est courbé comme une selle de cheval, le scalaire de Ricci est négatif
Soit explicitement (en changeant de notation pour les indices afin de bien insister sur le fait que cela n’a aucun impact!):
(14.428)
Nous aurons des exemples pratiques concrets dans le chapitre de Relativité Générale pour les deux premiers cas mais regardons des exemples simplifiés pour les deux premiers (nous ne démontrerons par contre pas la réciproque).
Exemples
(tous avec des métriques symétriques…):
E1. Commençons par la métrique de l’espace plat (sans la composante temporelle). Nous avons (cf. chapitre de Relativité Générale):
(14.429)
En reprenant la définition du scalaire de Ricci sous forme explicite:
(14.430)
Il est immédiat que R est nul puisque les dérivées partielles seront toutes nulles. Donc un espace plat a un scalaire de Ricci nul.
E2. Regardons maintenant avec la métrique du plan exprimée en coordonnées sphériques (sans la composante temporelle). Nous avons (cf. chapitre de Relativité Générale):
(14.431)
et:
(14.432)
avec:
(14.433)
Nous savons que pour calculer le scalaire de Ricci (ou: courbure de Ricci), il nous faut donc calculer la contraction du tenseur de Riemann-Christoffel (soit: le tenseur de Ricci) qui lui-même dépend des symboles de Christoffel de deuxième espèce qui eux-mêmes dépendent des symboles de Christoffel de première espèce (argh!).
Nous allons donc commencer par le plus bas niveau, c’est-à-dire par déterminer tous les symboles de Christoffel de première espèce donnés pour rappel par:
(14.434)
Nous avons donc
,
soit 27 symboles de Christoffel de première espèce possibles!
Même si certains symboles sont égaux (nous l’avons démontré!),
nous allons quand même tout calculer.
Commençons dans la joie et la bonne humeur…:




(14.435)




Calculons maintenant tous les symboles de Christoffel de deuxième espèce dans les détails:
(14.436)
Encore une fois, comme le tenseur métrique est diagonal, cela va nous simplifier les calculs!
Nous avons alors:
(14.437)
Calculons maintenant les 9 composantes du tenseur de Ricci dans les détails selon:
(14.438)
Nous avons alors (nous les calculons tous, même si nous
savons que par la suite ceux qui n’ont pas
seront
inutiles de par la métrique diagonale):


(14.439)





Calculons maintenant le scalaire de Ricci:
(14.440)
Nous avons alors:
(14.441)
Le scalaire de Ricci est donc nul aussi. Ce résultat peut surprendre, mais en réalité il est logique puisque nous n’avons fait que de calculer la courbure scalaire d’un espace plat exprimé en coordonnées sphériques.
E3. Imposons-nous maintenant la métrique diagonale
de surface de la 2-sphère
(sans
la composante temporelle). Nous avons alors conformément à ce
que nous avons vu dans le chapitre de Géométrie Différentielle:
(14.442)
et:
(14.443)
Soit (cf. chapitre de Géométrie Différentielle):
(14.444)
où r est une constante!
Nous allons donc commencer par le plus bas niveau, c’est-à-dire par déterminer tous les symboles de Christoffel de première espèce donnés pour rappel par:
(14.445)
Nous avons donc
,
soit 8 symboles de Christoffel de première espèce possibles!
Même si certains symboles sont égaux (nous l’avons démontré!),
nous allons quand même tout calculer.
(14.446)


Calculons maintenant tous les symboles de Christoffel de deuxième espèce dans les détails:
(14.447)
Encore une fois, comme le tenseur métrique est diagonal, cela va nous simplifier les calculs!
Nous avons alors:
(14.448)
Calculons maintenant les 4 composantes du tenseur de Ricci dans les détails selon:
(14.449)
Nous avons alors (nous les calculons tous, même si nous
savons que par la suite ceux qui n’ont pas
seront
inutiles de par la métrique diagonale):


(14.450)

Calculons maintenant le scalaire de Ricci:
(14.451)
Nous avons alors:
(14.452)
Nous constatons que:
1. Le scalaire de Ricci est une constante. Cela signifie que l’hypersurface possède une courbure constante en tous points de la surface (nous savons que la sphère par symétrie possède une courbure constante en tous points). Elle possède donc une forme de symétrie, vis-à-vis de sa courbure. Nous avons alors affaire à une "variété maximalement symétrique".
2. Ce scalaire est positif ce qui décrit un espace bombé (boule, sphère)
Appliquons une contraction à la deuxième identité de Bianchi (valable pour rappel que si la métrique est positive):
(14.453)
Rappelons que
et
de même par extension que
.
Donc finalement ceci nous amène à écrire
de par la propriété des dérivées
(produit en somme):
(14.454)
et donc à obtenir:
(14.455)
En utilisant la propriété d’antisymétrie du tenseur de Riemann-Christoffel, nous écrivons:
(14.456)
Ce qui revient finalement à écrire de par la définition du tenseur de Ricci:
(14.457)
Cette dernière relation étant appelée „identité de Bianchi contractée„.
Contractons cette relation encore une fois:
(14.458)
Ce qui revient identiquement à écrire en utilisant les propriétés de la sommation d’Einstein (qui permet librement de changer les indices):
(14.459)
Ce qui équivaut à:
(14.460)
Comme
,
nous avons:
(14.461)
En montant l’indice
par
multiplication avec
,
nous obtenons "l’identité d’Einstein":
(14.462)
Le "tenseur d’Einstein" (tenseur d’ordre deux et contravariant dans le cas présent) qui est donc une constante dans un espace Riemannien donné est dès lors défini par:
(14.463)
et exprime de la façon la plus courte qui soit, le transport parallèle..
Identiquement, nous pouvons obtenir la forme covariante:
(14.464)
Le tenseur est donc construit pour une métrique uniquement Riemannienne (ce qui fait cependant quand même pas mal d’espaces possibles…), et est automatiquement non divergent:
(14.465)
Il faut bien se rappeler cependant qu’une grande partie des derniers développements considèrent une métrique symétrique. Raison pour laquelle certains parlent de "théorie gravitationnelle symétrique".
Nous retrouverons ce tenseur naturellement dans le chapitre de Relativité Générale lorsqu’en faisant usage du principe variationnel nous décomposerons l’action en deux termes:
1. l’action de la masse dans le champ gravitationnel
2. l’action du champ gravitationnel en l’absence de masse
En exprimant le tout dans un espace Riemannien nous obtiendrons alors la non moins fameuse équation d’Einstein des champs (sans plus d’explications dans ce chapitre):
(14.466)
les détails étant donnés dans le chapitre de Relativité Générale.
Remarque: Comme nous le voyons, nous pouvons très bien rajouter un terme constant à l’expression du tenseur d’Einstein, sans que cela ne change la nullité de sa divergence. Ce fait, utilisé en astrophysique, permet de construire des modèles d’Univers particuliers que nous traitons dans le chapitre d’Astrophysique.
Exemple:
Calculons le tenseur d’ordre 2 covariant d’Einstein:
(14.467)
basé
sur la métrique diagonale de surface de
la 2-sphère
(sans
la composante temporelle):
(14.468)
Comme la métrique est diagonale, nous avons bien démontré plus haut par l’exemple que:
(14.469)
et comme dans le cas présent, nous avons aussi:
(14.470)
Il vient que:
(14.471)
Donc nous n’avons qu’à nous concentrer sur deux composantes:
(14.472)
ce qui vérifie bien ce que nous avons dit plus haut.

– Le calcul tensoriel en physique, J. Hladik + P.-E. Hladik, Éditions Dunod, ISBN10: 2100040715 (172 pages) – Imprimé en 1993
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